Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Callas, une voix toujours en or trente ans après sa mort

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 03/09/2007 à 18h27

Maria Callas est morte il y a trente ans, le 16 septembre 1977. Les grandes manoeuvres autour de cet anniversaire ont déjà commencé, et les hommages vont se multiplier pendant tout le mois de septembre.

On ne sait pas exactement quand elle est née, on ne sait pas de quoi elle est morte. Tout est là. Maria Callas est un mystère, que les brouettes de livres, les palanquées de magazines et les fleuves d’émissions qui lui ont été consacrées ne sont pas parvenues à élucider complètement.

Aucun mystère en revanche quant à la puissance de l’artillerie utilisée pour commémorer le trentième anniversaire de sa mort. Maria Callas est une poule aux oeufs d’or : elle « vend » , encore et toujours...



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14 septembre 1997. Le journal d’Antenne 2 revient sur le carrière de la diva et le mystère de sa voix.

Née à New York dans une clinique de la 106e rue en 1923, le 4 décembre d’après le certificat de naissance, le 3 d’après sa mère, et sans doute le 2, Mary Ann Kalogeropoulos -avant que son père ne choisisse le nom Callas, plus facile à prononcer-, passe ses premières années aux Etats-Unis.

Elle est alors une petite fille rondelette, très myope, surnommée à l’école “ gros serpent à lunettes” . Elle part en Grèce avec sa mère en 1937, et entre aussitôt au Conservatoire. A 17 ans, elle fait ses débuts sur scène à Athènes, dans Tosca de Puccini. Son premier succès, elle le remporte aux Arènes de Vérone, dans le rôle-titre de La Gioconda de Ponchielli.

De 1948 à 1958, une décennie prodigieuse

Là, elle rencontre aussi son mari, qui sera aussi son agent, Giovanni Battista Meneghini. Et tout va très vite : en une décennie prodigieuse, de 1948 à 1958, Callas devient la Callas, et enchaîne les triomphes : “ Les Puritains” et “ Norma” de Bellini, “ Le Trouvère” , “ La Force du destin” et “ Aïda” de Verdi, “ Turandot” de Puccini, “ Le Turc en Italie” de Rossini.

Dans cette ascension, le chef d’orchestre Tullio Serafin a eu un rôle déterminant, car il a su deviner le formidable potentiel artistique de cette chanteuse qui débutait.

C’est aussi pendant cette décennie qu’elle fait la connaissance de Luchino Visconti, qui sera un ami très proche et qui la mettra plusieurs fois en scène, dont de célèbres “ Traviata” de Verdi et “ Somnambule” de Bellini à la Scala de Milan en 1955.

Et puis c’est l’idylle avec Aristote Onassis, qui la propulse dans les pages people des magazines. Mais c’est aussi la fin. Le 2 janvier 1958, alors qu’elle chante “ Norma” , à Rome, devant le président de la République, elle déclare forfait après le premier acte. Elle a craqué. Le scandale est énorme.

Si elle se retire de la scène en 1965 après avoir chanté “ Tosca” au Covent Garden à Londres, elle ne renonce pas définitivement. En 1969, elle tourne un film avec Pasolini, “ Médée” , une œuvre inclassable dans la filmographie du cinéaste.


28 janvier 1970. La cantatrice confie ses doutes, à l’occasion de la sortie de “ Médée” .

Et puis, en 1973, c’est le retour sur scène tant espéré, avec une série de trente-huit récitals avec piano. Ce seront les derniers. Installée à Paris, avenue Georges-Mandel, Maria Callas y vivra recluse jusqu’à sa mort le 16 septembre 1977.



Les obséques de Maria Callas (INA).

20 septembre 1977. Les obsèques de la Callas, au JT de FR3.

Aujourd’hui, le trentième anniversaire de la disparition de la cantatrice donne l’occasion d’entretenir la légende. A commencer par la Grèce, son pays d’origine, qui a décrété 2007 l’année Maria Callas.

EMI, sa maison de disques, sort un coffret de 70 CD, qui contient tous ses enregistrements faits en studio : 23 intégrales d’opéras (de 20 ouvrages différents), 11 récitals. Autour de ce plat de résistance est déployée une foultitude de produits divers : compilation, DVD, inédits…

“ Chaque nouvelle compilation est un succès”

“ Callas vend de façon incroyable, comme aucun autre artiste du classique” , explique Alain Lanceron, président de Virgin et vice-président pour l’artistique d’EMI, la maison de disques où la chanteuse a enregistré de façon exclusive de 1953 à sa mort :

“ Certaines années, les ventes de ses disques ont représenté 10% du chiffre d’affaires de l’ensemble du marché classique. Chaque nouvelle compilation avec elle est un succès. A chaque fois, elle trouve un nouveau public…

‘ De tous les artistes classiques, s’il n’y avait qu’un seul nom à citer, ce serait le sien, même si cela peut paraître banal de dire cela. Son art, complètement indémodable, a ouvert la voie à plusieurs générations de chanteurs.

La France est, de très loin, le pays où cela marche le mieux. Je n’ai pas d’explication à ce phénomène. Est-ce parce qu’elle y a vécu, qu’elle y est morte ? L’opéra numéro 1 pour les ventes est Tosca, la version de 1953 dirigée par Victor De Sabata (elle enregistrera une autre version de l’opéra de Puccini en 1964)’

Mais, à part EMI, à qui profite cette manne ? A sa sœur aînée Jackie et à son mari, Meneghini, puis, depuis leurs décès, au mari de la sœur et à la femme de ménage de Meneghini. EMI a tellement vendu de disques Callas qu’Alain Lanceron n’en connaît pas le chiffre exact.

‘ A une époque, il y en a eu dix millions. Mais avec toutes les compilations qui ne sont pas expressément consacrées à Callas mais où figurent des airs qu’elle a enregistrés, c’est presque impossible à comptabiliser.’

Avec un tel poids financier, on peut imaginer l’inquiétude des ayant droits lorsque les enregistrements tombent dans le domaine public. Ce qui arrive automatiquement, rappelons-le, au bout de cinquante ans. Aujourd’hui, plus de la moitié des enregistrements faits par Callas, c’est-à-dire les années 53, 54, 55 et 56, sont disponibles, et les maisons de disques concurrentes profitent bien sûr de l’aubaine. Seule condition : que les disques ne soient pas distribués aux Etats-Unis, ceux-ci ayant étendu la durée légale de protection à soixante-quinze ans.

Alain Lanceron souhaiterait bien évidemment que cette disposition américaine soit appliquée en Europe. Le débat est en cours en France, mais on peut légitimement penser que dans le domaine de la musique classique, les investissements se font sur du très long terme, et que cinquante ans, cela paraît bien court.

La diva célébrée tous azimuts. Il sera difficile d’échapper à Maria Callas en septembre, et c’est tant mieux

  • Télé/Radio. Le 8, émission sur France 3, le 16, date anniversaire, journée spéciale sur France 2, Arte, RTL et France Musique, tandis que Radio Classique lui consacre tout le mois.
  • Théâtre. Dans les théâtres, à Milan La Scala propose une exposition et la projection du film de Philippe Kholy, ‘ Callas assoluta’ , donné aussi à Paris à l’Opéra Garnier le 16 septembre. Le Châtelet crée un spectacle en son honneur, ‘ Les Cris des sirènes’ , par la Compagnie Gradisca.
  • La Mairie de Paris a vu grand : le 16 septembre, à 19 heures, sera projeté sur écran géant sur le parvis de l’Hôtel de Ville un documentaire et le deuxième acte de Tosca, filmé en 1964 à Covent Garden. Un témoignage précieux car unique captation de Maria Callas en scène. Idéal pour donner une réalité à la légende.
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  • 19 réactions
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  • Anonyme

    Pour compléter votre article, le chorégraphe Raimund Hoghe a joué « 36 avenue Georges Mandel » lors du dernier Festival d’Avignon où la vie de Callas se confond avec celle d’un SDF. Le public fut partagé. Le théâtre de la Bastille le programme du 06 Mars 2008 au 14 Mars 2008. A ne pas manquer.
    Vous pouvez lire la critique de ce spectacle sur mon blog : Lien
    pascal bély

  • Anonyme

    Bien entendu Callas était une immense chanteuse, le culte qui tourne souvent au mysticisme est sans doute très exagéré...
    N’oublions pas que d’autres étaient tout aussi talentueuses ; Joan Sutherland, Elisabeth Schwarzkopf, Régine Crespin...
    Callas n’a jamais su brillé dans le répertoire de Mozart.
    Le côté « people » de la vie de Callas est sans aucun doute à l’origine de son succés discographique.

    • Anonyme

      Elisabeth Schwarzkopf était géniale pour Bach,
      Régine Crespin pour wagner, Ravel, Berlioz, Verdi
      et la Callas avec son répertoire.... Il n’y a pas à comparer. Quelle merveille par exemple dans le barbier de Seville.... tout ce qui est bon est à prendre. Mais comment faire des comparaisons, d’abord avec des tessitures différentes, des de répertoires peu identiques......

      Pour ce qui est de la vie privée, il n’y a que de nos jours qu’un soi-disant amateur de musique puisse y faire référence......c’est stupide !

  • René B.
    • Posté à 22h46 le 03/09/2007
    • Internaute 8952

    Non, non, non vous faîtes fausse route, Courageux anonyme de 20h39. Callas est unique comme chanteuse et comme personne. On peut ne pas l’aimer mais comme elle il n’y en a pas deux. Elle n’a pas d’équivalent. En ce sens elle est une énigme qui ne s’explique ni par le seul talent ni encore moins par le côté « people ». Un phénomène.

  • Anonyme

    La Callas, je l’aime, je l’aime, je l’aimerai.
    Perec, aussi.
    Et je me souviens de ceci (facile, je l’ai lu aujourd’hui) :

    Lien

    Le traité scientifique de Georges Perec sur les effets des tomates lancées sur les sopranos.

    Si vous voulez rire (tout en pleurant).

  • Bonobo35
    • Posté à 06h39 le 04/09/2007
    • Internaute 4205

    Un frisson qui part de la nuque pour se propager le long de la colonne vertébrale .....
    Une émotion sans cesse retrouvée ...
    Allez , comme hier soir après avoir lu l’article , je me remettrai ce matin en allant au boulot Mme Butterflfy de Puccini ....
    Merçi Madame La Callas......

    • Anonyme répond à Bonobo35

      vous avez raison,bonobo35
      UN FRISSON .c’est vrai !
      laissez-vous allez-écoutez- c’est tout,
      et ne comparez pas ne comparez rien s ; v ; p ;
      comme si comparer apportait qq chose
      UNIQUE , vous dis-je
      comme le divin bien sur
      le reste ,ce n’est que de la vie ...
      et quand on vous dit
      que l’art aide à vivre,
      voici un bon exemple ,,,
      zénon denon 84

    • Anonyme répond à Bonobo35

      vous avez raison,bonobo35
      UN FRISSON .c’est vrai !
      laissez-vous allez-écoutez- c’est tout,
      et ne comparez pas ne comparez rien s ; v ; p ;
      comme si comparer apportait qq chose
      UNIQUE , vous dis-je
      comme le divin bien sur
      le reste ,ce n’est que de la vie ...
      et quand on vous dit
      que l’art aide à vivre,
      voici un bon exemple ,,,
      zénon denon 84

  • Leclere gérald
    Leclere gérald
    paysagiste
    • Posté à 09h40 le 04/09/2007
    • Internaute 9130
      paysagiste

    Merci, vraiment merci pour le traité de Georges Perec. Quand on peut mélanger un peu de dérrision avec la puretée de ses voix, cela nous procurent un sentiment de fraicheur et de gaité.
    Merci encore sincèrement..

  • Anonyme

    pour moi elle reste « la » diva
    des esprits chagrins la trouvent trop ceci ou trop cela ; compare sa voix avant ou aprés sa perte de poids pour moi elle reste « la » voix entendue un matin en voiture sur France musique chantant Casta Diva : à midi j’achetai le disque et commençai à le passer en boucle le soir même. Une découverte, un frisson, la naissance d’une passion pour l’opéra, un moment fort de ma vie.
    M K Bayé

  • Anonyme

    Toujours aussi incroyables, ces balivernes au sujet de la voix de Maria Callas : une voix qui n’avait rien d’exeptionnel en terme de qualité pure. Prenons cet extrait de « Casta Diva » (Norma), et comparons avec une prestation de Monserrat Caballe...
    Bon. Le problème, c’est que tous ceux qui ne connaissent absolument rien au lyrique croient connaître Maria Callas pour sa voix.
    Hors s’il est un talent qu’il faut bien mettre en avant chez cette grande artiste, c’est sa capacité à incarner les rôles qu’elle a endossés au long de sa carrière.
    Son immense talent de tragédienne qui, il est vrai, se ressent beaucoup par l’intermédiaire de son interprétation vocale, est moins souvent mis en exergue, alors que si elle a « écrasé la concurrence », à l’époque, c’était évidemment sur ses qualité de tragédienne, qui ne peuvent guère être discutées.

    • gargamelle
      • Posté à 22h03 le 04/09/2007
      • Internaute 14123

      Monsieur le professeur qui donne des leçons aux amateurs de lyrique qui n’y connaissent rien du tout.... l’interprétation de Carmen était elle seulement sublime de par la qualité de tragédienne de la Callas ou y voyez vous tout de même un vague qualité de voix ? J’attends votre parole de connaisseur divinement éclairé !

  • Anonyme

    Mais on sait très bien de quoi elle morte, Maria Callas : d’un arrêt cardiaque. Tant pis pour la légende...

    • Anonyme

      C’est vrai ! Tout comme elle est née le jour de sa naissance...

  • Anonyme

    Kennedy John et Jackie, Onassis, Callas...
    Sarkozy Nicolas et Cécilia, Bolloré, Chimène Badi...
    On aurait pas baissé d’un cran, là ?

  • Anonyme

    CALLAS ! ! !

    Une découverte tardive dans ma vie, complètement par hasard et sans préjugé ou influence de quiconque, et depuis rien n’est pareil...

    Cette voix magique, cette voix théatre de tant d’émotions. Je la vois littérallement lorsque je l’entends ! Elle est d’une proximité incroyable, inexplicable. Lorsque je fais un break de quelques jours ou quelques semaines, je la retrouve intacte et même avec une force décuplée qui me surprend à chaque fois.

    Les fameuses « larmes dans la voix » me rendent ses interprétations irremplaçables. Aucune autre ne me donne autant de frissons... Alors à CALLAS pour la vie ! ! !

    MONA LISA

  • Anonyme

    Merci à l’auteur de ce papier sur Callas
    Une fée

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