Drôles de gammes

La musique classique sans frac ni claque, par Nathalie Krafft.

Quand Schoenberg composait pour l'armée autrichienne

Nathalie Krafft
Journaliste
Publié le 09/10/2007 à 18h12

Aboiements, miaulements, ronflements et bruits divers… Lors du festival Pianoscope à Beauvais, la « Marche de la Brigade de fer » , une pièce d’Arnold Schoenberg parfaitement inconnue, a été jouée devant un public stupéfait.

Quand la Première Guerre mondiale éclate, Arnold Schoenberg, qui a alors 40 ans et qui est un compositeur ultra connu, s’engage dans l’armée autrichienne. A l’époque, il a déjà bouleversé le système tonal pour en inventer un nouveau, le dodécaphonisme (système d’écriture musicale fondée sur l’utilisation de douze sons de la gamme chromatique), et il a écrit ses plus grandes oeuvres : la « Nuit transfigurée » , les deux « Symphonies de chmabre » , « Erwartung » , « Pierrot lunaire » .

Difficile alors d’imaginer que la « Marche de la Brigade de fer » (en allemand « Die eiserne Brigade Marsch » ) soit de sa main ! Et pourtant, elle a bien été écrite par lui, à l’occasion d’une soirée des engagés volontaires, pour « fêter un an de camaraderie commune » .

La pièce, un quintette pour piano et cordes dans la veine du comique troupier le plus radical, sera créée à Bruck, près de Vienne, par des militaires dont très probablement Schoenberg lui-même. Comble de la dérision, la partition est dédiée à un officier, le Dr. v. Kusmitsch…

A Beauvais, vendredi dernier, c’est sous les ordres de la pianiste Brigitte Engerer que le violoniste Olivier Charlier, l’altiste Gérard Caussé, le violoncelliste Henri Demarquette, et le contrebassiste Vincent Pasquier, sont entrés sur scène, casques de pompier sur la tête, pour le bis le plus désopilant que l’on puisse imaginer.

Si vous voulez absolument entendre à nouveau ce chef d’oeuvre de parodie, cette marche a été enregistrée à notre connaissance à deux reprises : par l’Ensemble Stanislav et le pianiste Jeff Cohen, et par le Schoenberg Quartet et le pianiste Sepp Grotenhuis.

► Le site du Arnold Schoenberg Center de Vienne

Vidéo : LTVI



Le compositeur Arnold Schoenberg en 1948 (Florence Homolka/USC).

  • 5148 visites
  • 12 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Anonyme

    Voilà bien la France et les français vis-à-vis de la musique : zéro commentaire, maintenant au moins UN avec le mien.

    Dès que l’on parle de musique « classique » dans ce pays, il n’y a plus personne.

    Très bien Nathalie Krafft !

    Vos articles sont de qualité et bravo pour celui consacré à la Symphonie Italienne de Vincent d’Indy.

    G

    • Anonyme

      Ce n’est pas parce qu’on ne laisse aucun commentaire que l’on n’a pas trouvé l’information intéressante, amusante ou pertinente ; il se trouve seulement que certains sujets n’appellent pas spécialement de commentaire.
      D’ailleurs, le vôtre n’en est pas un : il ne dit pas un mot de l’article lui-même ou de l’info en question, et se contente d’entonner la rengaine bien connue « Scrogneugneu, les Français... tous des veaux ».
      C’est que, comme nous, vous n’avez rien à dire...

      Ce qui n’empêche pas d’apprécier les articles de Nathalie Kraft, qui abordent des thèmes peu présents dans les médias.

  • Anonyme

    Il n’y avait que celà à Beauvais ? ? dans tout le festival ? ? rien d’autre ? ? Madame Krafft faites un effort pour vous souvenir ! vous y étiez ? ?

    • Anonyme

      J’ai assisté à tous les concerts qui se sont déroulés ce week-end à Beauvais, festival dont j’ai par ailleurs annoncé ici-même la programmation à travers un portrait de Brigitte Engerer. Ils étaient tous d’un niveau exeptionnel, et l’ambiance y était très chaleureuse. Rendez-vous l’année prochaine !

  • Anonyme

    Si le titre avait été : « Cécilia joue de la lyre “... Le jackpot !

    • Anonyme

      CA de 22h04
      non, pas la lyre : du pipo
      chacun fait de la musique comme il peut...

      Pi-PO

      CAndide

  • Servais-Jean
    • Posté à 03h32 le 11/10/2007
    • Internaute 4591
      43

    On y reconnait la main d’un pro, mais à mon avis soit il s’était mis au niveau de ses auditeurs, soit il avait ingurgité un peu trop de shnaps.

  • alainhdv
    • Posté à 04h11 le 11/10/2007
    • Internaute 19065

    Ben oui, cela peut paraître étonnant de la part de Schœnberg, mais après tout il n’est pas le premier à avoir composé des fantaisies parodiques (Mozart, Rossini, même le très sérieux JS Bach avec son Quodlibet). Et quand on connaît le degré d’humour qui régnait dans les armées de Guillaume II pendant la 1ère guerre mondiale, bien qu’il fut autrichien, on peut prendre cela pour une audace impertinente.
    Il n’en est pas resté là l’ami Schœnberg et en d’autres temps de vaches maigres, après la guerre je crois, il a aussi fait de l’alimentaire en transcrivant des valses de Strauss. Celle de l’Empereur est particulièrement réussie et fut utilisée pendant des années comme indicatif sur notre chaîne nationale France Musique, pour l’émission Le Matin des Musiciens. C’est qu’après la chute des Habsbourg, quand l’apocalypse joyeuse est devenue réalité et d’ailleurs plus très joyeuse, il fallait bien manger, tout génie révolutionnaire qu’il fût.

  • zorbeck
    • Posté à 07h22 le 11/10/2007
    • Internaute 9110

    Bravo pour cette trouvaille !
    Bien sur qu’il ne s’est pas limité à la parodie.
    Sans vouloir etaler ma culture, je recommande l’op 46, un chef-d’oeuvre. A faire ecouter à tous les negationistes de la planète...

  • Anonyme

    Schoenberg, compositeur ultra-connu en 1914 ? Première nouvelle. Certes, il était connu... dans des cercles très fermés de mélomanes à Vienne ! Quant à l’invention du dodécaphonisme, elle date de 1923 (Pièces pour piano op. 23, Sérénade op. 24) ! Avant d’écrire, il faut bien se renseigner...

  • Anonyme

    ... et quant à la Marche de la Brigade de fer, elle est certes peu jouée, mais est en revanche bien connue de tous ceux qui s’intéressent à Schoenberg.

    • saintgui
      • Posté à 02h23 le 12/10/2007
      • Internaute 16732

      ... de toute évidence, cet article ne s’adressait pas à eux.

      Ah, je sais bien qu’il faut toujours être très sérieux quand on s’attaque à la Grande Musique parce que c’est important, c’est la Culture (avec un casque de pompier).

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.