Chez Edouard Cisse

Agé de 33 ans, Edouard Cissé est un visage bien connu du foot français. Ancien joueur du PSG et de Marseille, passé par l'Angleterre et la Turquie, ce milieu défensif évolue à Auxerre depuis cet été.

Nous, footballeurs, on adore les jeux vidéo. Et ce n'est pas un problème

Edouard Cissé
Footballeur professionnel
Publié le 10/02/2012 à 10h41


Ronaldinho à la présentation de FIFA 2006 à Barcelone (Gustau Nacarino/Reuters)

La plupart des footballeurs aiment les jeux vidéos, ce qui nous vaut d’être qualifiés de « génération Playstation ». Nous avons pris la succession de la « génération belote », souvent présentée comme moins individualiste et plus respectueuse que la nôtre.

La Playstation est, elle, un objet « non grata ».

Je trouve qu’au contraire, lorsqu’ils sont utilisés à bon escient, les jeux vidéo favorisent la cohésion du groupe et aident à l’intégration des nouveaux venus. En plus, je suis étonné que l’on continue à faire ce genre de reproches aux joueurs alors que le phénomène n’a rien de nouveau.

Evra et Rothen, deux vrais addicts

En 1997 déjà, Marco Simone, mon coéquipier au PSG qui avait un magasin de jeux vidéo à Milan, nous initiait aux joies de Formula One.

Quand je suis arrivé à Monaco en 2003, je ne connaissais pas les joueurs personnellement. La Playstation m’a permis de m’intégrer, Patrice Evra et Jérôme Rothen étaient des vrais addicts. Souvent, lorsque le match débutait à 20 heures, ces deux-là pouvaient ne pas faire de sieste – comme c’est la coutume le jour d’une rencontre – et jouer jusqu’à 16 heures.

Pas une mise au vert sans partie de PES ou de FIFA. Je me souviens d’un déplacement important où la veille, à l’hôtel, on n’arrivait pas à brancher la console. Notre entraîneur de l’époque, Didier Deschamps, a fait en sorte que le problème soit réglé le plus rapidement possible.

Et nous avons gagné le match. Bien sûr, il n’y a pas de lien de causalité mais les jeux vidéo rendent l’atmosphère plus douce.

L’enthousiasme du coach du Beskitas

A Istanbul, où j’évoluais entre 2007 et 2009, on jouait beaucoup aux jeux de foot pendant nos rassemblements. On se retrouvait à 10-12 dans une chambre, personne ne parlait la même langue mais des liens se tissaient. Les interprètes nous rejoignaient parfois. Avec mon ami chilien Rodrigo Tello, on prenait Villarreal et l’ambiance était super.

Un soir de mise au vert, le coach nous a surpris, manettes à la main, à rire et à crier. Le lendemain, dans sa causerie, il a fait référence à ce qu’il avait vu la veille :

« Je suis confiant. Ce que j’ai vu hier soir me rassure sur l’union du groupe. Autrefois, je jouais aux cartes avec mes amis. Maintenant, s’il faut tapoter sur des manettes devant une télé, alors faites ! Nous gagnerons ce soir. Bon match ! »

Et nous avons gagné.

Les réticences de Vahid et son étude chinoise

D’autres coaches ont plus de mal à accepter cette pratique. Lorsque j’étais à Paris, nous avions joué avec Jérôme Rothen – toujours lui – à la console dans le hall d’un hôtel, avant d’aller manger. Le coach d’alors, Vahid Halihodzic, était venu nous demander d’arrêter, citant une étude chinoise qui expliquerait que les jeux vidéo pompent 60 % ou je ne sais plus quel pourcentage de notre énergie.

Nous nous sommes exécutés mais nous nous sommes dit que, quand même, la saison d’avant, nous nous étions qualifiés en finale de la Ligue des champions tout en jouant beaucoup à la console.

Les gens se demandent souvent avec quelle équipe les footballeurs professionnels jouent à PES ou FIFA. En général, on ne joue pas avec son club mais plutôt avec l’équipe dont on rêve. Chelsea, Real Madrid, Manchester City... Moi, je prends le Barça et j’essaie de respecter leur philosophie de jeu.

Dans FIFA, j’ai les stats d’une merguez

De même, c’est rare de vouloir incarner son propre personnage. Forcément, on regarde à quoi on ressemble dans le jeu, quelles sont nos statistiques. Parfois, on se transfère dans l’équipe de notre choix mais c’est rare car on sait que ce sera sujet de moquerie.

J’en connais même qui s’amusent à modifier les statistiques de leur personnage dans le jeu mais si un partenaire les grille, quelle honte !

Dans FIFA, j’ai les stats d’une merguez, c’est quand même plus agréable d’incarner Messi.

Grichting accro à Football Manager

Par contre, les types de FIFA étaient venus à Marseille l’an dernier pour photographier nos visages. Du coup, je suis content de la manière dont je suis reproduit.

Il n’y a pas que FIFA ou PES : les footballeurs jouent beaucoup à Mario Kart sur la DS, entre coéquipiers ou en réseau ; d’autres à Call of Duty. A Auxerre, Stéphane Grichting se prend pour un entraîneur et joue à Football Manager. Il doit en être à l’année 2020....

La tradition du jeu de cartes n’a pas totalement disparu : à Marseille, Fabrice Abriel et Benoît Cheyrou y jouaient pas mal mais ne trouvaient pas grand monde pour jouer avec eux et devaient se tourner vers les membres du staff. Une autre forme d’intégration, tout aussi nécessaire.

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  • eskimo
    • Posté à 15h16 le 10/02/2012
    • Internaute 24163

    C’est un article intéressant je trouve, d’abord parce qu’il s’agit d’un témoignage : tout le monde parle sur les footballeurs, alignant clichés sur clichés, mais comme tout, c’est toujours bien de laisser les gens parler d’eux mêmes, on constate que les choses sont plus complexes.

    Parce que l’individualisme supposé du footballeur a trouvé deux symboles : les jeux vidéos et les écouteurs sur les oreilles, deux objets de consommation qui sont pourtant mondialisés et consommés en masse, et dont ils ne sont que les usagers les plus visibles. Les footballeurs apparaissent ainsi comme les boucs émissaires de comportements sociaux pourtant diffusés partout : qui n’a pas un frère, cousin, cousine, parent, accro aux jeux vidéos ?

    Sinon certains commentaires ironisent en évoquant l’absence des livres et journaux. Certes. Mais remarquez que du point de vue de l’individualisme supposé, cela ne résoudrait rien, car contrairement aux jeux vidéos, il n’y a pas de lecture collaborative, on line, à dix dans une chambre d’hôtel ! Et c’est bien là l’angle d’approche de Cissé, remettre en cause le caractère isolateur du jeu vidéo.

  • Denard
    Denard
    Consutologue
    • Posté à 18h22 le 10/02/2012
    • Internaute 143905
      Consutologue

    Merci Doudou pour ton témoignage sur l’évolution des mentalité de notre société à travers ton expérience.

    Le Coach Vahid rêve secrètement d’aller entrainer là-bas où les joueurs sont comme les travailleurs, corvéable à merci du grand timonier qu’est l’entraîneur.

    Si vous aviez pu lui répondre vous auriez pu lui mentionner les études relatives à l’augmentation des reflexes, mais au risque de prendre 500 tours de terrain.

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