Chez Edouard Cisse

Agé de 34 ans, Edouard Cissé est un visage bien connu du foot français. Ancien joueur du PSG et de Marseille, passé par l'Angleterre et la Turquie, ce milieu défensif jouait à Auxerre l'an dernier. Il est consultant pour beINsport.

Comment les footballeurs vivent-ils le statut de remplaçant ?

Edouard Cissé
Footballeur professionnel
Publié le 08/11/2012 à 07h46


Le banc de touche de l’Olympique de Marseille à Caen le 2 décembre 2011 (Kenzo Tribouillard/AFP)

C’est une phrase de Jean-Louis Gasset en 2001 qui a changé ma manière de concevoir le statut de remplaçant. Il était alors adjoint au PSG et dans l’équipe, il y avait des stars comme Okocha, Ronaldinho, Anelka et à mon poste, Luccin, Arteta, Hugo Leal.

Je ne jouais pas tous les matches et Gasset me disait :

« Dans un groupe comme celui-là, remplaçant, ça ne veut rien dire. Il y a juste des titulaires qui ne débutent pas. »

Ça m’a beaucoup aidé à gérer les moments où je ne débutais pas et même à mieux appréhender mon métier. J’ai souvent vérifié que ce n’était pas juste une déclaration en l’air.

Le but important de Nonda contre Chelsea

Au Besiktas, j’avais un coach, plusieurs fois champion de Turquie, Mustafa Denizli, un vieux loup avec qui j’avais un peu de mal au départ mais que j’ai fini par beaucoup apprécier. Il disait pendant la causerie d’avant-match :

« J’ai choisi de commencer ce match avec ces onze joueurs mais ce sont ceux qui entreront en jeu qui nous aideront à le gagner. Bon match ! »

Et souvent, c’était les remplaçants qui faisaient la différence.

Quand un entraîneur sait mobiliser tout son groupe et pas juste les 11 titulaires habituels, le banc de touche comprend la situation et vit bien. A Monaco – Didier Deschamps en était le coach – je me souviens que pour son retour de blessure, Shabani Nonda avait débuté sur le banc et avait marqué un but important contre Chelsea en demi-finale aller de Ligue des champions dès son entrée en jeu.

Un souvenir de remplaçant qui me vient – enfin, de titulaire qui ne débute pas –- c’est un PSG-OM en 2004. Vahid Halihodzic était entraîneur. Ce jour-là, j’étais remplaçant. On s’est retrouvé à 10 contre 11 après l’expulsion d’Armand en première mi-temps et c’est moi qui, après mon entrée en jeu, ai marqué le but de la victoire : 2-1 !

Après ce genre de matches, on oublie vite qui était sur la pelouse ou pas au départ. C’est la qualité de ce que tu y fais qui est importante.

Chez les footballeurs, la manière de vivre sa situation de remplaçant varie en fonction de l’âge. Les premières fois, quand on est tout jeune, on est super excité et concentré ; on suit le match avec attention.

Ensuite, quand on a acquis un peu d’expérience, on peut parfois le vivre comme une sanction, bouder, se dire que c’est injuste et même souhaiter parfois la défaite de son équipe. Mais quand on se rapproche de la fin de sa carrière, on vit tout ça avec plus de sérénité.

Les conseils à André Ayew

Lors de ma dernière année à Marseille, j’étais remplaçant lors de la finale de Coupe de la Ligue face à Montpellier. Rapidement, quand Kaboré est entré en première mi-temps, j’ai compris que je ne jouerai pas mais ça ne m’a pas empêché de vivre cette victoire avec beaucoup de joie.

Au contraire, je me souviens aussi que cette saison-là, André Ayew, apprenant qu’il allait être remplaçant face Chelsea, commençait à se mettre en mode « Je boude ». Il me disait que la rencontre était retransmise au Ghana et qu’il aurait voulu que ses proches le voient.

Je lui ai alors expliqué qu’il ne fallait pas le prendre trop mal : l’OM était déjà qualifié pour le tour suivant et paradoxalement, le match le plus important de la semaine, c’était celui à Nancy trois jours après. Etre sur le banc contre Chelsea prouvait que Didier Deschamps le considérait comme un joueur important. Il le gérait en quelque sorte : c’était une bonne nouvelle en fait !

Andrade et la bonne humeur sur le banc

Un remplaçant peut aussi se sentir concerné parce qu’à la mi-temps, il peut donner des conseils à ses coéquipiers à partir de ce qu’il a pu voir.

Quand on est sur le banc, on regarde le match un peu comme devant la télé. Entre joueurs, on se dit : « Non mais y avait faute ? », « Il aurait dû la mettre en retrait » ; on commente les choix du coach parfois.


Elinton Andrade joue contre le Bayern le 28 mars 2012 à Marseille (Gérard Julien/AFP)

Certains vivent le match avec une intensité folle depuis le banc. A Marseille, j’avais été marqué par l’attitude du gardien remplaçant, Andrade, qui était à fond, comme s’il était sur le terrain. Il a été un artisan important de nos titres grâce à sa joie de vivre. C’est une attitude appréciable.

Il y aura toujours des remplaçants qui bouderont, même leurs coéquipiers. A ceux-là, je conseille de se préparer comme s’ils allaient entrer et d’aller discuter avec leur coach le lendemain s’ils ne comprennent pas ses choix.

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  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 12h08 le 08/11/2012
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    Je n’ai jamais joué à un jeu d’équipe donc je ne connais pas ce que peuvent ressentir les remplaçants. Mais à voir les réactions après le but de Giroud en Espagne, entré pour les deux dernières minutes, je me dis que l’analyse de Cissé est intéressante et bien vue.

  • Le Renifleur
    Le Renifleur
    loin d'ici
    • Posté à 12h21 le 08/11/2012
    • Internaute 136986
      loin d'ici

    « Comment les footballeurs vivent-ils le statut de remplaçant ? »
    Certainement mieux que les chômeurs « sur la touche »...

    • A déménagé le 24-12-2012
      • Posté à 13h40 le 08/11/2012
      • Internaute 154051
        non connue

      Cet article aurait du prendre en considération le statut multiple de « remplaçant ». On ne gère pas de la même façon :

      - le titulaire habituel qui se retrouve remplaçant ponctuellement.
      - le remplaçant qui joue un match sur 2 et qui sait que le match suivant il va entrer en jeu ou en cours de jeu.
      - le remplaçant « titulaire » qui sait qu’il ne rentrera sur le terrain qu’en cas de blessure du titulaire (joueur de champs ou second gardien parfois).
      - le remplaçant du remplaçant ( ex : 3ème gardien) qui va participer à 2 ou 3 match dans l’année et très souvent jouer en équipe réserve afin de conserver un « rythme » nécessaire à un match de haut niveau.
      - Le très bon joueur en fin de carrière qui a une certaine « ora » est qui est là lorsqu’il est remplaçant pour parler avec les joueurs remplaçants afin de faire progresser l’ensemble du groupe.

      Dans les clubs professionnels, beaucoup de joueurs sous contrat qui jouent soit en Ligue1, soit en équipe réserve CFA2 , se contentent de se statut de remplacent en l’acceptant trop aisémant à la vue des conditions salariales dont ils bénéficient.
      Ce qui a le don d’énerver leurs entraîneurs. Et souvent les joueurs en question ne comprennent pas. J’ai même assité en CFA2 à la sortie d’un joueur, habituellement remplacent et titularisés dans un match, après seulement 5 minutes de jeu uniquement pour lui faire prendre conscience que dans son comportement il y avait quelque chose qui n’allait pas et qu’il fallait qu’il se bouge !

      • Le Renifleur
        • Posté à 15h04 le 08/11/2012
        • Internaute 136986
          loin d'ici

        Comme quoi remplaçant : c’est un métier avec ses échelons professionnels...

        Un peu comme les « gardiens » en Afrique :
        à Dakar (où j’ai créché et bosser quelques semaines), il y avait un gardien pour l’appartement, lui même gardé par le gardien d’immeuble, lui même gardé par le gardien de la rue, lui même gardé par le gardien du quartier...
        Le point commun étant qu’ils étaient tous corruptibles voire corrompus et très mal payés « officiellement ».

  • castro
    castro
    structuralo-situ
    • Posté à 13h55 le 08/11/2012
    • Internaute 61302
      structuralo-situ

    Doudou Cissé merci pour toutes ces années passées à Marseille. ton attitude toujours très pro est grandement respectée par les supporters.
    on te souhaite bonne continuation !

  • Sebek
    Sebek
    Assis debout
    • Posté à 15h34 le 08/11/2012
    • Internaute 148937
      Assis debout

    Les remplaçants, en effet, ça n’existe pas en tant que tel. Ce n’est pas une fonction. On achète jamais un joueur pour en faire un remplaçant.

    Dans les rencontres serrées qui semblent n’avoir aucune issue, ce qui fait la différence c’est la capacité du coach à modifier son plan de jeu pour battre son adversaire. En l’occurrence, prendre la ressource adéquate sur le banc afin de parvenir à ses fins. Ici, le joueur dit « remplaçant » aura une importance similaire aux titulaires. Rappelons-nous ce Milan AC - Olympique Lyonnais retour, avec un 1-1 qualifiant l’OL, les Français tenant tête aux Italiens. Ancelotti avait alors fait rentrer Maldini dans le couloir gauche, permettant à Serginho de monter d’un cran. La punition fut immédiate avec 2-1 pour les Rossoneri ... sur un ballon provenant du côté gauche ! Le score final fut de 3-1.

    Il y a aussi les titulaires qui ont une importance moindre que les remplaçants. C’est devenu rare, mais dans certaines équipes, des joueurs ayant un impact physique important sont placés d’entrée de jeu - surtout dans le registre offensif - afin d’exténuer l’adversaire. Il suffit de faire rentrer le buteur racé dans la dernière demi-heure pour planter l’opposant.

    Les meilleurs entraîneurs ne considèrent pas leur équipe comme 11 titulaires et 3 remplaçants utilisables, mais plus globalement comme une vingtaine d’éléments à gérer.

  • pemmore
    pemmore
    geek
    • Posté à 17h22 le 08/11/2012
    • Internaute 121073
      geek

    Bon éclairage sur un sport qui n’est pas mon truc .
    J’étais persuadé jusque la que les grandes équipes achetaient de très grands joueurs pour ne pas s’en servir afin qu’ils ne jouent pas pour d’autres.
    Continuez mr Cissé et évitez de vous blesser ça serait dommage.

    • Sebek
      Sebek répond à pemmore
      Assis debout
      • Posté à 17h40 le 08/11/2012
      • Internaute 148937
        Assis debout

      C’est ce qu’ont fait des clubs comme l’Olympique Lyonnais et le Bayern München au niveau national, du temps de leur hégémonie sur leurs championnats respectifs. L’objectif était d’assécher la ligue en joueurs, pour s’assurer de disputer la Ligue des Champions tous les ans.

      Dans les 2 cas, le salut est venu de clubs avec des moyens limités qui se sont bâti (Lille) ou re-bâti (Borussia Dortmund) avec des jeunes joueurs prometteurs et bien formés.

      D’autres clubs s’arrangent pour empêcher des rivaux de prendre des joueurs importants, mais dont ces premiers ne veulent pas. Par exemple, quand le buteur Chevanton était en partance de Lecce (Italie) après une grosse saison, le Milan AC voulait le recruter. La Juventus ne souhaitait pas que cette opération réussisse, et ils ont tout fait pour l’envoyer à Monaco, ce qui s’est finalement produit.

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