L'éducation à l'anglaise

Carnet de notes d'une assistante de français depuis un établissement secondaire londonien, situé à proximité de l'aéroport d'Heathrow. Un secteur classé au "top 10" des plus défavorisés d'Angleterre.

« Nos écoles anglaises fonctionnent comme le championnat de football »

Publié le 03/11/2011 à 15h16

Assistante de langue, j’enseigne le français dans un établissement secondaire au sud-ouest de Londres. Depuis deux ans, je découvre cette culture anglo-saxonne ultracompétitive, basée sur l’idée que l’avenir des enfants se joue dès le bac à sable.

De ce fait, autour de Londres, les types d’écoles (académie, fondation, sélective, publique ou privée...) sont plus nombreuses que les catégories sociales, qui tendent à se diviser de plus en plus entre une classe aisée – très aisée – et une classe pauvre – très pauvre.

L’école où je travaille est une « comprehensive state school ». C’est-à-dire une école publique où les enfants ne redoublent pas et où l’objectif est qu’un maximum d’élève obtiennent la note C à l’examen du GCSE (équivalent du brevet avec l’importance que l’on donne au bac en France).

Sur les 900 élèves âgés de 11 à 19 ans, la moitié sont considérés comme des enfants en difficultés. Dans cette zone classée dans le « top 10 » des plus défavorisées d’Angleterre, des repas sont offerts à quatre enfants sur dix.

Pour sortir des rangs, en fin de Year 6 (CM2), les élèves doivent passer des examens d’entrée dans les établissements sélectifs, dits « grammar school ».

A la prestigieuse école sélective pour filles The Henrietta Barnett School, par exemple, plus de 1 000 fillettes se présentent chaque année au premier test d’entrée constitué de questions à choix multiples. Les 500 premières d’entre elles réaliseront deux tests d’anglais et de maths par la suite, afin de tenter de décrocher l’une des 97 places gratuites.

Préparer l’entrée à Oxford ou Cambridge dès le collège

Il y a également la « public school », qui contrairement à son nom, est privée. Pierre est assistant dans une telle école à Oxford :

« L’établissement sélectionne les enfants non sur leur capacité intellectuelle mais sur les capacités financières de leurs parents. »

Payer pour avoir l’assurance que ses enfants iront dans l’une des prestigieuses universités : Cambridge ou Oxford.

Par exemple, les frais d’inscription à l’école privée pour garçons d’Harrow, réputé en partie pour son uniforme en queue de pie, s’élèvent à 30 930 livres par an, soit 35 525 euros.

Pierre, lui, m’explique que son école lui fournit gracieusement logement et heures supplémentaires pour entraîner l’équipe de rugby, tous les après-midi. En tournant la cuillère dans son café, il me demande :

« Tu as aussi un serveur en salle des profs qui vous prépare le café ? » `

Je m’esclaffe dans mon petit noir. Un serveur ? L’image de la « staff room » de mon école à Southall me vient en tête : les 30 centimes à insérer dans la machine à café, les ordinateurs avec une connexion internet archaïque, les profs qui cachent leurs sachets de thé dans leur casier et les souris qui pointent leur museau de temps à autres… Non, pas de serveur. Et Pierre de poursuivre :

« Les élèves, eux, ont accès gratuitement à une chaîne de café qui s’est installée gracieusement dans l’enceinte de l’école. »

Une entreprise qui dicte une partie du programme

Je lui mentionne la présence de la compagnie aérienne britannique, intéressée par les multiples « langues considérées rares » parlées dans mon école, comme le somalien, l’ourdou ou le panjabi.

Depuis quatre ans, le « British Airways Flag » remplace l’examen classique du département des langues en fin de Year 10 (troisième). Les élèves de 14 ans doivent apprendre par cœur un message de steward en français.

Une fois le test réussi, ils reçoivent un badge avec un drapeau tricolore à épingler sur leur uniforme et les professeurs, des points selon la performance des candidats.

L’école la mieux représentée et avec le meilleur taux de réussite en Grande-Bretagne gagne des financements pour du matériel pédagogique.

Du fait de la proximité géographique de l’école et de l’aéroport d’Heathrow, les élèves peuvent aller visiter, pendant une journée, le centre de langues de la compagnie aérienne. Au programme, des jeux de rôles afin de les familiariser avec le monde du travail.

Les parents d’élèves s’organisent

L’éducation constitue l’un des secteurs touchés par les coupes budgétaires votées l’an passé en Grande-Bretagne, renforçant ces inégalités entre les différentes écoles.

La pression est telle que dernièrement, en Angleterre, dans la lignée de la Big Society souhaitée par le leader conservateur David Cameron, des écoles créés par les parents ont été ouvertes. Ces établissements, dits « free school », financés par l’état, sont gérés par les parents d’élèves. Ce sont eux qui décident des matières enseignées à leurs enfants.

Ces établissements souhaitent répondre aux dérives des frais exorbitants des écoles privées et de ce qu’ils fustigent être le « GCSE loisirs » dans les écoles publiques. Ils critiquent le fait que les élèves puissent choisir leurs matières. Certains étudient le théâtre, les arts plastiques, la cuisine, et arrêtent dès la Year 10 (troisième) les matières dites classiques (langues, sciences, histoire...).

Un professeur de la fondation privée Sir John Cass me mentionnait l’importance de « faire du chiffre » dans le système éducatif anglais :

« Plus vous avez de résultats, plus vous avez d’argent. Nous avons besoin de résultats, comme en économie. Si le niveau baisse, on perd de l’argent c’est-à-dire des postes d’enseignants. Dans ce pays, le système éducatif est très compétitif. Et cela s’accentue à l’université. Les études supérieures sont de plus en plus compétitives et chères dans ce pays. »

En parlant, il soulignait trois fois en rouge le mot résultat. « Nos écoles anglaises fonctionnent comme le championnat de football », ajoutait-il, satisfait de la comparaison.

Aller plus loin
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  • kakoulite
    kakoulite
    Intermediation & Imprecation
    • Posté à 16h21 le 03/11/2011
    • Internaute 126452
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    Pour Cambridge ou Oxford aucunes assurances, il faut soit être soit bon et avoir de l argent soit être très bon mais fauche et obtenir une bourse.
    Perso je trouve le systeme Francais beaucoup plus élitiste dans le sens meritocratique du terme ou il faut tout simplement être très bon puisque mis a part les écoles de commerce payantes il ne vous en coutera rien de sortir de l X ou d obtenir 3 doctorats et quand l on voit la concentration de Francais a Londres NY ou Geneve çela permets de clairement comprendre,au niveau international, la qualité de notre enseignement.

    • Pas lolo
      Pas lolo répond à kakoulite
      fasciné
      • Posté à 07h13 le 04/11/2011
      • Internaute 29635
        fasciné

      zactement.
      Je ne suis pas non plus sur que ce système soit « ultra-compétitif » en ce qui concerne les élèves.
      On s’est juste assuré que la sélection se faisait par le blé dès le départ. Il n’y a pas de compet, les héritiers ont gagné avant de concourir.
      Et quand à la comparaison avec le championnat de foot, elle est pertinente. 95% des équipes de foot sont surendettées.

    • lonesome
      lonesome répond à kakoulite
      un parmi tant d'autres
      • Posté à 07h24 le 04/11/2011
      • Internaute 165032
        un parmi tant d'autres

      Heu... il n’existe pas que le commerce à l’international dans la vie...

      • kakoulite
        kakoulite répond à lonesome
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        • Posté à 09h56 le 04/11/2011
        • Internaute 126452
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        J’aurai pu aussi rajouter médecine , pharmacie ,pâtisserie,hôtellerie etc...en somme mis a part les écoles de commerce vous pouvez gratuitement acquérir une très bonne formation que vous pourrez toujours très bien monnayer un peu partout.

    • Chut
      Chut répond à kakoulite
      Etudiant
      • Posté à 10h19 le 04/11/2011
      • Internaute 136374
        Etudiant

      « Perso je trouve le systeme Francais beaucoup plus élitiste dans le sens méritocratique du terme ou il faut tout simplement être très bon puisque mis a part les écoles de commerce payantes il ne vous en coutera rien de sortir de l X ou d obtenir 3 doctorats »
      D’accord, et c’est pour ça que le système français des grandes école et des concours anonymés est si attaqué actuellement. Il permet encore à des enfants n’ayant que peu de ressources d’accéder à des postes élevés (notamment aux enfants d’enseignants, mais pas seulement). En faisant virer le système français vers le système anglo-saxon on leur en supprime de fait l’accès pour des raisons strictement financières.
      Les classes préparatoires sont elles même très élitistes si on regarde l’origine sociale de ceux qui en sortent (puisqu’il faut très tôt avoir un projet d’éducation pour son enfant qui complète la médiocrité crasse des écoles primaires et secondaires françaises). Mais si l’on ajoute aux résultats des grandes écoles les résultats des obtentions des doctorats d’états (qui n’ont rien à envier aux titres d’ingénieurs) alors effectivement on peut dire que le système de formation français remplit encore sa fonction démocratique. Mais pour combien de temps encore.....

      • kakoulite
        kakoulite répond à Chut
        Intermediation & Imprecation
        • Posté à 11h38 le 04/11/2011
        • Internaute 126452
          Intermediation & Imprecation

        Dans quel sens est il attaque parce que je ne vois vraiment aucun rapprochement entre le systeme Francais et Anglais ?
        Concernant les prepas il est vrai qu’une grande école se prépare des la maternelle et que les parents doivent donc en parallele du programme officiel avoir un programme officieux et perso je donne a mon fils qui est en 6 eme les dictées et cours de maths des 50/60 s de mes parents...je vous laisse imaginer le niveau a cette époque ! ...un petit peu comme si la norme était les grandes écoles .

         
        • Chut
          Chut répond à kakoulite
          Etudiant
          • Posté à 23h06 le 05/11/2011
          • Internaute 136374
            Etudiant

          Il est attaqué de trois côtés à la fois :
          1) Tout un mouvement tient à supprimer les grandes écoles et à en faire un thème de campagne électorale (tape « faut-il supprimer les grandes écoles » sur Google pour avoir une idée du phénomène). Bizarrement cela ne concerne pas que les allumés réacs de la droite mais la bonne gauche jusqu’à Eva joly. Hors la suppression des grandes écoles (donc des classes prépas) risque de décapiter un élitisme, plein de défauts certes, mais performant. Pour le remplacer par quoi ? Dans quelles institutions formera t-on les médailles Fields dont nos politiques se vantent tant ? (ils ont tous fait des classes prépas) D’accord ce système forment des personnalités peu ouvertes, mais terriblement efficace. C’est pour cette raison qu’ils n’ont aucun mal à se placer à l’international. Il doit être réformé mais doucement, délicatement...
          2) Par une attaque tout azimut sur l’institution des concours comme moyen d’accès à certaines écoles et à la fonction publique. Par quoi voudrait-on les remplacer (l’entretien oral, la validation de l’expérience, le contrôle continu...) Excuse-moi, n’ayant aucun appui bien placé, j’ai la faiblesse de préférer la bonne vielle copie anonyme des concours.
          3) Par la hausse progressive et régulière des frais universitaires à partir des Masters. Le phénomène est le même en Allemagne. En la matière la grande-Bretagne a une jolie avance.
          Bon, j’ai quelques tendances paranos, mais je me soigne.

        1 autres commentaires
    • watashi_baka
      watashi_baka répond à kakoulite
      ...
      • Posté à 11h50 le 04/11/2011
      • Internaute 47330
        ...

      Enfin, le système Français a aussi le même genre de défaut,
      si vous voulez envoyer vos enfants à l’X ou à l’ENA, il faut les preparer des collèges, pour que leurs notes de lycée leurs permette d’integrer l’une des 2-3 classe prépa d’ou sorte 80% des élèves de ces écoles. Bien sur un élève doué et scolaire modeste pourra integrer ces prépas aussi.

      Pour les autres, le choix est moins joyeux, soit faire quand même une prépa pour avoir une école pas terrible, soit faire une fac (qui officiellemen t sont toute égale même si certaines dispense une très bonne formation)

      Enfin pour obtenir un doctorat, ne pas oublié que les postes de doctorants se compte sur les doigts de la main. Lorsqu’une école doctorale recrute 40 doctorants par an c’est beaucoup alors qu’un gros labo US/Allemand aura a lui seul 20-30 doctorants.

  • LienRag
    • Posté à 19h37 le 03/11/2011
    • Internaute 34767

    Le coup des langues rares pour une entreprise c’est plutôt une bonne chose, mais que ça aille au-delà de signaler aux élèves qu’ils ont des atouts qu’ils pourront un jour utiliser professionnellement ça craint quand même un max, pour parler vulgairement...

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