L'éducation à l'anglaise

Carnet de notes d'une assistante de français depuis un établissement secondaire londonien, situé à proximité de l'aéroport d'Heathrow. Un secteur classé au "top 10" des plus défavorisés d'Angleterre.

Grande-Bretagne : des coquelicots sur le voile et l'uniforme

Publié le 14/11/2011 à 12h29

A la veille du deuxième dimanche du mois, les Anglais épinglent le « Poppy Appeal » sur leur vêtement. (Howardlake/Flickr/CC)

Sur son voile noir, Mariam, d’origine afghane a épinglé un coquelicot. Un de ses amis polonais, Kristian, a, lui, accroché cette même fleur de papier sur sa cravate.

Le « poppy appeal » est vendu dans la salle des professeurs à un prix libre, en soutien aux soldats britanniques blessés ainsi qu’à leur famille.

Ce coquelicot de papier est devenu un phénomène de mode, porté autant par les présentateurs de football à la télé, les professeurs de l’école, les célébrités ou la majorité des Anglais croisés dans la rue. Il fleurit la première quinzaine de novembre, jusqu’au « Remembrance day “. L’an passé, plus de 35 millions de livres ont été ainsi récoltés. Une collègue m’éclaire sur la signification de ce symbole :

‘Cette fleur fait référence aux champs des batailles de la Somme, en France, décrits par le poème Flanders Field du Colonel Canadien John McCrae.’.

Un uniforme digne d’un CV

Ce signe distinctif est l’un des seuls que les élèves puissent porter sur leur uniforme. De l’école primaire à la Year 11 (seconde), les élèves sont tenus de s’habiller en appliquant le code vestimentaire de l’établissement : chemise, pantalon, veston, cravate et souliers noir vernis.

Les profs, eux, n’ont pas le droit au jean. Talons hauts pour les femmes et costards pour les hommes sont même recommandés.

A mon grand étonnement, en Year 12, même les filles les plus coquettes, regrettent ne plus porter la tenue réglementaire.

‘ Nous ne devions pas nous prendre la tête pour s’habiller le matin.’

En un coup d’oeil, l’uniforme indique le ‘CV’ de l’élève. La couleur de la cravate indique son rôle dans l’école. Violette s’il fait parti de l’équipe de ‘prefects’, équivalent de nos ‘délégués’, rouge s’il participe à l’organisation des événements culturels au sein de l’établissement, rayée bleu et blanche s’il n’a aucun rôle spécifique.

Sur le revers de leur veste, des pin’s mentionnent les prix remportés : ‘Prix du français’, ‘Major en maths’... Certains élèves croulent sous le poids de leur ‘mérites’ alors que la majorité n’en porte aucun.

Signes religieux acceptés

Le port de signes religieux, comme le turban pour les sikhs ou le voile pour les musulmanes, reste autorisé au sein de l’établissement. De temps en temps, certaines élèves dévoilent leur chevelure soigneusement peignée. Étonnée, la première fois, j’ai fait la remarque dont il fallait s’abstenir :

‘ Jolie coiffure aujourd’hui Soredo.’

En prononçant ces mots, je réalisais la stupidité de mes propos. Elle esquissait un sourire. Le lendemain, elle porta à nouveau un voile bleu marine. Cette année, elle ne le porte plus du tout.

Même étonnement le jour du ‘Business day’. Organisé par l’école une fois par an, les élèves de Year 11 (2nde), y passent un faux entretien d’embauche. Ce jour-là pas d’uniforme mais un costard ou un tailleur. Et pour de nombreuses filles, pas de voiles mais une coiffure soignée.

Quitteront-elles leur voile quand elles entreront dans la vie active ? Le perçoivent-elles comme un élément discriminant pour un emploi ? En classe, le sujet reste tabou. Les professeurs ne leur poseront pas la question, du moment que leur nœud de cravate soit bien fait et que leur chemise ne dépasse pas du pantalon.

Lorsqu’en leur présentant l’école française, je mentionne l’interdiction de porter le voile à l’école, élèves et professeurs s’indignent :

‘ Si je veux respecter ma religion ou porter quelque chose différent, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas.’

Woody est fière d’étudier dans une école multiculturelle : une chance et une leçon de tolérance, selon elle. Cette lycéenne de 17 ans ne porte pas le voile. Mais dit respecter les différences et ne comprend pas le système français.

Dans les couloirs, les profs se souhaitent toutes sortes de fêtes, de la Diwali à l’Aïd. Ce jour là par exemple, professeurs et enfants musulmans sont excusés de leur absence à l’école.

Un dictionnaire ne me suffit pas pour traduire et expliquer le concept de ‘Laicité’ en anglais. Je leur explique mon étonnement, lorsqu’au ‘Sciences museum’, une femme portant le voile animait un atelier ‘une bombe en trois seconde’.

Elle soulignait ironiquement :

‘Aujourd’hui, tout le monde peut apprendre à faire une bombe sur internet. Tout le monde sauf moi, car la police m’arrêterait tout de suite.’

L’audience riait aux éclats. En France, cet humour ‘british’ n’aurait certainement pas fait son effet. Certains auraient ri jaune.

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  • pablico
    pablico
    À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
    • Posté à 13h02 le 14/11/2011
    • Internaute 14278
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

    En France, depuis qu’on a la poule au pot obligatoire le dimanche, on a du mal à se mettre le coq gaulois en boutonnière. ; -)

    culpabilité.. l’oeil de Caïn de la poule au pot....

  • LienRag
    • Posté à 14h48 le 14/11/2011
    • Internaute 34767

    C’est étonnant de continuer de célébrer le « courage » d’hommes qui ont acceptés de monter à l’abattoir pour rien...

  • lothi.123
    • Posté à 18h02 le 14/11/2011
    • Internaute 131953

    C’est étonnant de lire une article aussi naïf sur le multiculturalisme à l’anglaise... au moment où les anglais eux-mêmes en reviennent. Ce qui me rassure, c’est que si ces enfants sont aussi ouverts à la différence pour les religions que quand vous essayez de leur expliquer les valeurs culturelles de la France ( « ils ne comprennent pas » ), alors ils ne sont pas bien différents de mes élèves et je suis bien contente que la laïcité existe.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 16h09 le 15/11/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    « Nous ne devions pas nous prendre la tête pour s’habiller le matin. “
    Aller, va t’acheter un parpaing et jette toi dans la Tamise...
    Et si tu peux pas t’empêcher d’être une victime de la mode, t’as qu’à enfiler ce qui vient sous la main et déclarer que tu es avant-gardiste.

    ‘ Si je veux respecter ma religion ou porter quelque chose différent, je ne vois pas pourquoi je ne le ferais pas’
    Je sais pas, peut être parce que ta putain de religion passe son temps à m’insulter ?
    Je pense que tu ferais la gueule si je me baladais avec un tshirt ‘les musulmans au four crématoire’. Donc normal que je fasse la gueule en voyant ton symbole religieux qui passe son temps à me dire que tu espère que je brule en Enfer parce que je fais des trucs qui déplaisent à ton curé.

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