Ella vu, ella aimé

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« Cartouches Gauloises », l'Algérie rêvée de Mehdi Charef

Publié le 10/08/2007 à 14h46


Mehdi Charef sur le tournage (KG productions)

C’est à travers le regard doux et intelligent d’un tout jeune adolescent que l’auteur du « Thé au harem d’Archimède “ (1985) et de ‘ Miss Mona (1987), Mehdi Charef, brosse le portrait de l’Algérie, dans les mois qui précèdent son indépendance.

Celle que le petit garçon de 10 ans qu’il était alors a gardé en mémoire. L’Algérie du printemps 1962, donc, où les amitiés substantielles et solides devaient se tenir toujours prêtes à être brisées par le retour des Français dans leur pays ; où les pères engagés au FLN faisaient figure d’absents tandis que les mères, dans l’attente inquiète d’une issue heureuse’ , vivaient sur le qui-vive ; où la découverte de cadavres aussi bien que les rafles constituaient le lot commun.

Celle, enfin, de tous les espoirs, où la violence et l’insouciance se mêlaient (s’emmêlaient ?) inextricablement. Le ‘ héros’ de ‘ Cartouches Gauloises’ , Ali, 11 ans, est livreur de journaux. L’école a fermé, et il faut bien s’occuper, rapporter à la maison de quoi vivre. Quand il ne vend pas de gazettes, c’est dans sa cabane sous les voies du chemin de fer ou chez son ami le projectionniste, devant ‘ Los Olvidados de Buñuel ou le Voleur de bicyclette’ , de de Sica, qu’Ali trouve refuge. On suit ce regard-témoin discret et gracile dans son observation du monde ‘ à distance’ , pour mieux s’en protéger, et, partant, celui, tendre et lucide, du réalisateur.

‘ C’est le plus vital de mes films ; malgré ce que l’indépendance a pu apporter aux grands, malgré l’espoir qu’elle représentait, quand nous avons vu nos potes français partir, ç’a été une vraie déchirure. Nos parents ont étouffé notre enfance en se taisant. C’est en cela que ’Cartouches Gauloises’ est un film de réconciliation avec moi-même, bien sûr, mais aussi avec les autres. Je n’en pouvais plus d’ignorer l’enfant que j’avais été pendant des années’ , affirmait récemment ce dernier.

Car si la cause algérienne est justement prônée, on sent chez Mehdi Charef un véritable attachement pour le peuple français qui a dû fuir un territoire qu’il occupait, certes, mais où il vivait. Ici il y a le chef de gare qui, muté à Sarcelles, est persuadé de ne jamais y voir un Arabe ou un Juif, et Rachel, la voisine juive, qui préfère rester dans un pays qui est aussi le sien. Il y a Djelloul, le harki qui fait peur, Zina, la fille de passe qu’on aime en secret, et Nico, le meilleur ami. Charef révèle ici, grâce à une galerie de personnages imposants de justesse et une mise en lumière sans mièvreries ni enluminures, un peu de son histoire personnelle en même temps qu’un pan de notre Histoire collective.

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  • philemon_94
    philemon_94
    Enseignant - Val de Marne
    • Posté à 22h58 le 10/08/2007
    • Expert 8344
      Enseignant - Val de Marne

    Un film sponsorisé par Altadis ?

  • Anonyme

    trés bon film sur l’histoire de l’Algérie à travers le regard d’un gamin. Les décors, les costumes, tout y est. enfin un film sur l’Algérie tourné en Algérie, ça nous change des studios de ouarzazate au Maroc où on y fait un peu de tout et de n’importe quoi. Film recommander, pour changer de la série Nadir Moknèche à 300% en décalage avec la réalité algérienne au point où ses personnages ne parlent que le français, même les gamins des campagnes ! ! !

  • Anonyme

    Beaucoup de mes amis pied-noirs ont beaucoup aimé ce film. Images nostalgiques d’une amitié franco-algerienne qui n’a peut-être jamais existé ?
    Ce qui m’a dérangé, c’est cette scène du chef de gare demandant aux algeriens de se souvenir de lui et pleurant sur sa prétendue absence d’identité. Elle résume un aspect du film qui presente les français comme des victimes, qui ont su accepté le sacrifice du départ. J’ai eu l’impression d’une nouvelle forme de colonialisme et de paternalisme, intégrée par un Algérien : comme si l’on disait : toi mon fil, tu es maintenant indépendant, et je te laisse ma maison, mais n’oublie pas que tu m’en es redevable.
    La conquête de l’indépendance par les Algériens fût un combat ; elle est ici liée à la nostalgie des colons qui veulent imposer leur souvenir : c’est l’image d’un colonialisme qui prend de nouvelles formes mais dont il faudrait sortir.

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