Milos Forman se perd dans « Les Fantômes de Goya »
Le cinéaste Milos Forman, auteur, entre autres films d’envergure, d’ » Amadeus « , “ Larry Flynt ‘ , ou encore Vol au-dessus d’un nid de coucou , caressait l’espoir de porter un jour à l’écran la vie et l’œuvre du peintre espagnol Francisco Goya.
Impossible à monter du temps de l’emprise soviétique, le projet a attendu longtemps avant de prendre forme, il y a quelques années, grâce à la collaboration précieuse de Jean-Claude Carrière, scénariste émérite et éclairé. Leur décision commune fut d’abord de confronter Goya, en tant que témoin, à une situation fictive capable d’expliquer une grande partie de son œuvre en germe, sans en faire le héros central du film. Bien plus qu’une simple biographie académique et appliquée, les auteurs on voulu avant tout brosser le portrait d’une Espagne troublée par les soubresauts de l’Histoire.
Destins croisés sous l’Inquisition espagnole
Et l’histoire du film, donc ? Sous l’Inquisition espagnole, Inès, la muse du peintre Fransisco Goya, soupçonnée d’être juive pour avoir refusé de manger du porc, est soumise à la torture puis incarcérée à vie. Lorenzo, moine manipulateur et ambitieux, proche de l’artiste, intervient à la demande de ce dernier en faveur de la jeune fille, qu’il viole finalement après avoir succombé à ses charmes et abandonne à son sort.
Vingt ans plus tard, le prêtre reconnaît son erreur. Fidèle à sa défiance naturelle envers toute forme d’autorité ou de dogme, Forman stigmatise ici les abus de pouvoir commis par l’élite, quelle qu’elle soit, sur une population obligée de subir les errements politiques de ses dirigeants. La période révolutionnaire et napoléonienne en fournit une illustration idéale, passant sans transition de l’intolérance religieuse à la répression des ennemis de la liberté.
Goya est lâche et cupide, la muse du peintre violée, le prêtre défroqué
Intégrisme religieux, tortures, instrumentalisation de la peur, dogmatisme aveugle, soumission des dirigeants (le chef de l’Inquisition, incarné par Michael Lonsdale, n’est rien de plus qu’un docile pantin) : autant de thèmes qui résonnent aujourd’hui encore dans certaines parties du monde.
Les destins croisés de trois personnages sont peints de façon à dire la complexité d’une époque et la manière de survivre en son sein, ou de s’y perdre. Goya, lâche, cupide et soucieux d’éviter le conflit, plie systématiquement devant l’autorité. Le prêtre, défroqué et opportuniste, finit par fuir les ordres et rejoindre la Révolution française. Ines, quant à elle, est cette pure victime, souillée et anéantie, devenue folle de n’avoir jamais connu l’enfant qu’elle a eu du prêtre.
Mais qu’est-il donc arrivé pour que le maître du cinéma tchèque, spécialiste des biopics audacieux, passe autant à côté de son sujet ? Le projet a-t-il mûri trop longtemps ? Car si son ouverture laisse présager de pistes à venir intéressantes, le film s’enfonce finalement dans l’aberration jusqu’à les anéantir. Empesé par une mise en scène trop classique, Les Fantômes de Goya’ s’embourbe dans des ellipses incohérentes, des confusions de points de vue et des absurdités dramatiques.
Mise en scène anecdotique et musique pompeuse
Malgré un scénario plutôt robuste versant toutefois régulièrement dans le romanesque quelque peu outrancier, la mise en scène demeure anecdotique et plate. Si certains plans sont des hommages avérés à la peinture de Goya, la photographie de Javier Aguirresarobe peine à nous évoquer l’atmosphère délétère et morbide de ses toiles.
La musique est pompeuse, et les acteurs, pourtant tous confirmés, ne sont pas à leur endroit. Ce n’est ainsi qu’au détour de quelques scènes –comme le repas chez la famille Bilbatua au malaise communicatif, lors des plongées dans les geôles putrides de l’Inquisition ou encore lors de la scène finale d’exécution– que l’auteur de ‘ Man on the Moon’ retrouve le souffle libertaire propre à son cinéma.
►Les Fantômes de Goya, de Milos Forman, fresque historique avec Javier Bardem, Stellan Skarsgard, Natalie Portman, durée 1h54.
CORRECTION : Michael Londsale est le chef de l’Inquisition, pas le roi. Merci à l’internaute qui nous a signalé cette erreur.
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J’ai vu le film hier et je l’ai trouvé très bon, dans la lignée des autres Forman avec cette opposition à toute autorité et loi inique. Les trois acteurs principaux sont impeccables et je ne me suis pas ennuyé une seconde, pris dans la narration de cette chronique d’une époque (et les amis qui m’accompagnait, un peu de force, ont aussi adorré ce film).
En effet il ne faut pas s’attendre à une bio de Goya, le peintre n’est là que comme un témoin privilégié et un prétexte pour suivre la « fin » de l’inquisition espagnole et développer tout le propos libertaire de Milos Forman. C’est quand même une habitude chez Forman : Amadeus est plus une évocation de Mozart qu’une biographie, de même pour Larry Flint ou Man on the Moon...
Il serait vraiment dommage de passer à côté de ce film peu médiatisé et très décrié par les critiques : il faut aller le voir pour juger, car il est évident que ce n’est pas le genre de film qui plaira au plus grand nombre. Mais si vous aimez les chroniques historiques avec un rythme posé, je suis sûr que vous ne serez pas déçu.




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