On va pas en faire un sondage

De la crise, des sondages et des présupposés

Docteur Panel
Sondologue
Publié le 07/12/2009 à 18h41

Pour qui n’était pas encore tout à fait convaincu que le bonheur était une chose bien trop importante pour être mesurée par des instituts de sondage, Guillemette Faure dans son article d’Eco89 sur les dépenses de Noël, nous a dégotté un beau cas d’école.

Déjà, mesurer de façon tant soit peu crédible les petits bouts de bonheurs qu’on offre à Noël leur semble hors de portée. Voyons plutôt : en une petite question (« Quel sera l’impact de la crise sur vos dépenses de fin d’année ? » destinée à prouver que les Français se serreront la ceinture à Noël), Ipsos cumule un nombre impressionnant de présupposés et de biais.

  • Présupposé n°1. Il y a crise pour tout le monde. Soit, on peut considérer qu’il y a là un relatif consensus, mais tout de même, le rappeler n’ajoute rien à la compréhension ou à l’univocité (règle d’or) de la question, et impose ce contexte à l’esprit des répondants, à l’exclusion du contexte plus personnel de chacun (comme par exemple dans la question suggérée par Guillemette « Quel est l’impact de votre 13e mois sur vos dépenses de Noël ? »). C’est donc un élément de biais sans aucun apport.
  • Présupposé n°2. La crise aura forcément un impact sur les dépenses...
  • ... ce qui, biais n°3, rend la question ambivalente : on peut être d’accord avec une portion de la question et pas l’autre (que répondra celui qui dépensera moins, non pour cause de crise mais simplement parce qu’il sera au ski pour Noël cette année et pas chez tonton Albert et ses 8 enfants ?). Il va de soi que, cette question étant la première de tout le questionnaire, l’ensemble du sujet est marqué (sans qu’on puisse savoir dans quelles proportions) par ce prisme « impact de la crise ».
  • Biais n°4. Dans un autre registre, la tournure grammaticale de la question et des réponses citées impose au répondant une posture passive par rapport aux dépenses à venir, témoignant également du regard -quelque peu condescendant à mon sens- que pose ce sondeur sur les personnes qu’il interroge : le répondant n’est pas le sujet de la phrase (Ipsos ne demande pas « dépenserez-vous plus ou moins ou autant ») mais une sorte de petit bouchon de liège balloté par les flots, qui ne décide pas grand-chose de ce qui le concerne. Qu’il s’agisse de se serrer la ceinture ou de se faire plaisir malgré tout, dans les deux cas c’est la crise qui décide pour lui.

Les sondages de la « famille en or »

Le slogan d’Ipsos est « nobody’s unpredictable » (personne n’est imprévisible). Je l’ai toujours trouvé affreusement méprisant pour la population sondée. Mais avec de pareils sondages, effectivement, Ipsos est sûr de tenir sa promesse : la réponse est déjà toute « prédite » dans la question.

Cette question indigente souligne la dérive « Une famille en Or » que prennent les sondages (« Une Famille en Or » c’est ce jeu télévisé, je ne sais pas s’il existe encore, où on gagne si on répond comme la majorité des Français à un sondage donné). Pour savoir en quoi cette dérive consiste, il faut se rappeler qu’un sondage consiste à livrer une information dont l’objectivité ne tient qu’à la représentativité statistique de la somme des subjectivités recueillies.

L’effet « famille en or » c’est ce qui consiste à demander directement à chaque individu son opinion sur une question qui est en réalité une hypothèse, valable seulement, le cas échéant (c’est-à-dire une fois objectivée), à une échelle macroscopique.

Ce qui veut dire que l’hypothèse que pose France Bleu (« Quel est l’impact de la crise sur les dépenses des Français ? ») devrait, pour être vérifiée ou invalidée, être traduite par le sondeur en questions valables à l’échelle individuelle (par exemple : « A votre avis, dans quel sens le montant de vos achats de fin d’année va-t-il évoluer cette année par rapport à l’an dernier ? » + « Pour quelle raison ? »). Au lieu de quoi elle semble avoir été forwardée telle quelle du journaliste au consommateur.

Se mettre dans la peau de DSK

Ce même biais me semble impliqué dans l’excitation autour du succès de Strauss-Kahn dans le dernier sondage Sofres. Voilà la question de TNS Sofres :

« Parmi les personnalités suivantes, quel est, selon vous, le meilleur candidat ou la meilleure candidate socialiste pour l’élection présidentielle 2012 ? » (Réponse à 36% DSK, qui est surtout le meilleur candidat de gauche... pour la droite, à 51%)

Cette question est posée par quelqu’un qui, visiblement, se met dans la peau du PS (« Quel candidat avons-nous intérêt à présenter ? ») et pas du tout dans celle du citoyen qui, lui, se demande plutôt : sur la base de ce que je sais à ce jour, qui aimerais-je voir remporter la présidentielle de 2012 ? C’est peut-être justement ça le problème du PS : ils ont un mal fou à se mettre dans la peau de quelqu’un d’autre que le PS.

Et c’est aussi ça le problème des sondeurs : ils oublient que d’aider les uns à se mettre dans la peau des autres est la seule raison de leur existence, et la seule difficulté de leur métier. Pour tout le reste, c’est-à-dire pour passer son temps à parler au nom de la Nation tout entière plutôt qu’en son nom propre, on a le café du coin.

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  • ysengrimus
    • Posté à 18h50 le 07/12/2009
    • Internaute 12674

    Mon présupposé sur la question... Le Parti Socialiste doit simplement revenir aux racines du socialisme

    Lien

    Des rendez-vous l’attendent encore, s’il le fait.
    Paul Laurendeau

    • pablico
      pablico répond à ysengrimus
      À la porte d'un sourd, 
un jour (...)
      • Posté à 19h21 le 07/12/2009
      • Internaute 14278
        À la porte d'un sourd, 
un jour (...)

      le mot racine, fait penser à une source, un même endroit.

      pour le capitalisme, comme pour le socialisme, les sources, les racines plongent dans le 19ème siècle, et 20ème siècle.

      quand on sait que tout change très vite, bouge très vite, demain ne ressemble jamais à hier, tous les paramètres économiques, sociaux, idéologiques etc ont changés et changent ....peut on parler de source ?

      parlons d’idéal de partage, de redistribution, de social pour les uns, ou d’idéal de gains, de loi du marché, de spéculation pour les autres..

      pas de racines.... ce ne sont pas des recettes préétablies qu’on applique en politique,
      tous les paramètres ont changé, et que ce soit le capitalisme ou le socialisme, une recette inadaptée rate toujours... comme les recettes adaptées souvent. ; -(

      • Azza
        Azza répond à pablico
        Ingénieur en informatique (...)
        • Posté à 15h03 le 08/12/2009
        • Internaute 25467
          Ingénieur en informatique (...)

        Bravo.

        C’est un point souvent oublie, mais le socialisme et le capitalisme sont les enfants jumeaux d’un meme contexte historique : la revolution industrielle et la formidable croissance de la production de biens materiels qui l’a accompagne (les deux approches se focalisant sur la question du partage des richesses ainsi crees).

        Dans un contexte different, ces deux ideologies n’auraient pas forcement de sens.

  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 09h59 le 08/12/2009
    • Internaute 26226
       ? ?

    Il y a quelques années j’ai effectué des sondages de façon occasionnelle.Il y a les questions où la réponse par oui ou par non s’impose et celles où la personne interrogée peut donner un échantillon de son opinion sans être dirigée par le sondeur.Dans cet exercice,je perdais un temps considérable car je laissais parler les gens,n’ayant qu’une expérience restreinte de ce type de boulot.Cela me semblait en être la partie digne d’intérêt puisque correspondant vraiment à la pensée des gens.Je passais ainsi un temps considérable à papoter avec eux.
    Mais ce n’était pas ce que les instituts de sondage recherchent : la pensée profonde des personnes sondées.Dommage parce que c’est ce qui devrait être pris en considération.

  • Ishtar
    Ishtar
     ? ?
    • Posté à 10h12 le 08/12/2009
    • Internaute 26226
       ? ?

    meilleur candidat PS pour 2012/

    -pour les électeurs de gauche DSK à 36%
    -pour ceux de droite DSK à 51%

    cela en dit long aussi sur DSK lui-même,celui qui arrive à fédérer sur ses idées un maximum de gens de droite.
    S’il était élu on pourrait se poser la question : a t-il été élu par les électeurs de gauche sur un programme socialiste ? enfin socialiste à la DSK.....
    Personnellement je n’espère pas un président comme lui,redoutant en outre certaines de ses prises de position en matière de politique étrangère.Après cinq ans de sarkosisme la France mérite mieux que cela.

  • enfumage
    enfumage
    parti de rien pour arriver (...)
    • Posté à 11h25 le 08/12/2009
    • Internaute 97031
      parti de rien pour arriver (...)

    les sondages , personne n’est dupe et opinionway en est le meilleur exemple , ne servent qu’à faire répondre aux gens ce que le sondeur veut et ainsi légitimer par une soit disant acceptation du peuple des choix qui ont été décidés bien avant ... pour cela le sondeur utilise des employés chargés de poser des questions déjà préparées .. et ces valets bien serviles sont payés pour remplir très rapidement leurs fiches... si les réponses par un hasard infime ne correpondraient pas au desir ou choix du sondeur ou à son commanditaire , rien de plus facile que de l’enterrer dans le cimetière des sondages que bien sur aucun journaliste n’ira jamais consulter ... pourquoi croyez vous que sarko se soit entourré de parsonnalités aussi indépendantes que pierre Giacometti ... ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h14 le 08/12/2009
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    En clair, ils ont demandé « pensez vous que la crise influencera le budget de Noël des Français ? », question à laquelle toute personne réfléchissant à moitié par elle même à moitié par la télé répondra oui, sans même se demander si le oui était pour une augmentation ou une diminution.

    En fait les sondages sont devenus les nouvelles thèses des journaux. Avant il fallait une opinion qui se manifeste en masse, ou encore mieux une démonstration, mais maintenant il suffit de poser une question obscure et interprétable à loisir à un petit milliers de types et le tour est joué.

  • lapoisse
    lapoisse
    Jeune dépité
    • Posté à 15h33 le 08/12/2009
    • Internaute 98339
      Jeune dépité

    La vraie question que l’on devrait se poser, ce n’est non pas de savoir comment sont réalisés ces sondages, mais plutôt de se demander quelles fonctions ont-ils ?

    On peut penser qu’ils servent à prendre la température du peuple innocemment mais c’est faux. Ils servent une cause bien plus sournoise, celle de faire penser au dit peuple qu’il est écouté attentivement.

    Ainsi le peuple n’a plus besoin d’affirmer ses opinions puisque les sondages le font pour lui. Et il a aussi tendance à créer un pessimisme important (celui dont les convictions ne sont partagés qu’à 10% sur telle ou telle question se dit qu’il est bien isolé) et à renforcer les clivages sans encourager les débats dans une société où l’individualisme est porté comme valeur première et où le dialogue se mue en silence. Le sondage, on le sait, n’encourage en aucunement à la réflexion.

    Quid de ceux de la présidentielle et des autres élections ? Pourquoi les sondages liés à ces évènements politiques ne demandent-ils pas aux électeurs ces simples questions : il y a-t-il un candidat qui vous paraît de bonne foi, de confiance et apte à apporter des réponses concrètes pour le bien de tous ? Que pensez-vous du traitement du vote blanc en France ?

    Si un sondage du type » pensez-vous que les sondages reflètent réellement l’avis des français ? » devait sortir, nul doute, et c’est bien là l’ironie, que la majorité des réponses serait négative.

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