Et si Nicolas Sarkozy se fichait royalement de sa popularité ?
Selon un sondage CSA, la cote de popularité du Président perd encore un point et passe à 32%. Mais est-ce un indicateur important ?
Tiens, il paraît que Nicolas Sarkozy a encore perdu un point d’opinions favorables. Journalistes, analystes, politologues, gens z’ordinaires… on a tous intégré comme une évidence qu’un président de la République se préoccupe forcément de sa cote de popularité. Tout en fustigeant bien sûr ce funeste penchant qui pousse à la démagogie, au court-termisme, à l’opportunisme, etc.
Et si Nicolas Sarkozy était le premier à se ficher comme d’une guigne de sa popularité dans les sondages ? Si son thermomètre à lui mesurait autre chose, au regard de quoi il aurait fait un sans-faute jusqu’à présent ?
Le Canard enchaîné, sondo-naïf ?
Ça commence à faire un bon bout de temps (environ neuf mois) que la cote du Président chute irrémédiablement dans les sondages. Mercredi dernier, le Canard enchaîné titrait en une « Il compte sur Ingrid pour remonter sa cote de popularité » . L’article qui suit dit et redit qu’il cherche à regagner des points, et que zut, il n’y arrive pas, donc ça l’énerve. Idem à propos de Carla, « dont le mari utilise la belle image pour regagner en popularité ce qu’elle lui prend en lumière “ . Comme le Canard, d’innombrables autres opposants à Nicolas Sarkozy se réjouissent de l’échec de ces tentatives, et l’attribuent à son intempérance, laquelle le fait gaffer et replonger aussitôt un bon point marqué.
De fait si on considère la popularité comme l’indicateur pertinent, il y a de quoi juger le Président peu performant, et incohérent dans ses actions et sa communication.
Il faut dire que sa personnalité cadre tellement mal avec l’idée qu’on se fait d’un président qui fait fi de sa popularité pour s’attaquer aux problèmes de la Nation avec calme, sagesse, hauteur de vue et vision à long-terme, qu’on n’arrive tout simplement pas à imaginer que ce président-ci puisse s’en tamponner le coquillard.
La cote de courage, inversement proportionnelle à la cote d’amour
Et pourtant, si l’on pose comme hypothèse que le bon indicateur, c’est non pas la popularité, mais l’impression de puissance, de pouvoir, d’être quelqu’un qui peut des choses que d’autres ne peuvent pas, alors tout ce qui a rendu perplexes les observateurs depuis un an devient extrêmement cohérent. Depuis son rapport à ses femmes successives, son T-shirt de jogging NYPD, ses petites insolences vis-à-vis des grands de ce monde (rappelez-vous les trois quarts d’heure de retard au rendez-vous chez les Bush à Wolfeboro, rappelez-vous Bigard chez le pape…), jusqu’à la libération de Betancourt et à l’humiliation de la télé publique.
Mais la plupart de ces sujets relèvent de la psychanalyse, je laisse donc aux psycho-présidologues le soin de commenter. Revenons aux sondages.
Déjà, dans les sondages de popularité, on peut lire que les quelque 36 à 38% (ça varie selon les instituts, mais la tendance reste la même) d’incompressibles adeptes du Président justifient leur appréciation principalement par le fait qu’il ‘ est courageux, parce qu’il met en œuvre des réformes malgré son impopularité’ . Autrement dit les fidèles le trouvent d’autant plus fortiche que les autres sont nombreux à lui cracher dessus. Souvenez-vous : c’était ce qui faisait le succès de Le Pen (dont chacun sait qu’il est toujours sous-coté dans les sondages par rapport aux résultats des urnes), jusqu’à ce que Nicolas Sarkozy ne lui dame le pion en 2007.
Libération de Betancourt : Opinionway élimine quelques ‘ concurrents’
Voici, à propos de la libération d’Ingrid Betancourt, un sondage dont un président sondo-malin sait qu’il lui est bien plus précieux que les quelques points de popularité par lesquels les journaux sondo-candides sont obnubilés.
Ce sondage d’Opinionway pour le Figaro.fr propose six réponses à la question :
‘ Pour chacun des acteurs suivants, diriez-vous qu’il a joué un rôle important ou pas important dans la libération d’Ingrid Betancourt ?
- Alvaro Uribe, le président de la Colombie : 90%
- La France : 69%
- Les comités de soutien à Ingrid Betancourt : 60%
- Hugo Chavez : 57%
- Nicolas Sarkozy : 56%
- Jacques Chirac : 42%
Nulle arnaque patente dans ce sondage. Il n’est pas nécessaire de tricher pour éclairer la voix de l’opinion’ sous un jour flatteur.
Il faut savoir que dans un sondage, lorsque les réponses sont citées par l’enquêteur (ce qui est le cas dans la plupart des sondages publiés), la quantité et la nature des réponses proposées influent sur les réponses des interviewés : plus le choix est grand, plus les réponses sont dispersées. En outre, une réponse suggérée peut faire penser les répondants à une notion à laquelle ils n’auraient pas spontanément pensé, et ainsi influencer leur réponse.
Or ici, la liste des réponses est quelque peu ‘ ethnocentrée’ : elle propose le pays France en plus de son président, ce qu’elle ne fait ni pour la Colombie ni pour le Venezuela. Elle ne suggère pas non plus l’armée colombienne, ni Villepin, deux acteurs abondamment remerciés par Ingrid Betancourt à sa libération, dont on peut donc penser qu’ils ont dû jouer un rôle. Voilà déjà éliminés quelques ‘ concurrents’ dans l’univers des réponses possibles.
Ensuite, le commentaire du politologue d’Opinionway caresse le poil présidentiel dans le bon sens. Bruno Jeanbart, directeur des études politiques d’OpinionWay, explique ainsi :
‘ En dépit de la personnalité du Président, à laquelle les électeurs de gauche sont de plus en plus rétifs, le sentiment dominant dans l’opinion est que la France a joué son rôle dans cette libération à travers les initiatives de Nicolas Sarkozy et plus généralement par l’intérêt porté par les acteurs politiques et médiatiques à cette affaire.’
36% au populomètre, mais 56% au couillomètre ! La France et les comités de soutien viennent bien avant Nicolas Sarkozy dans l’ordre d’importance des résultats, mais le sondeur met en avant l’initiative de l’actuel président comme source du bon score de réponse ‘ la France’ , et les comités de soutien se transforment en ‘ acteurs politiques et médiatiques’ … Merci pour les milliers de courageux anonymes des comités de soutien.
Et le début de la phrase ‘ En dépit de la personnalité…’ laisse à penser que, n’eut été la montée de la Sarkophobie à gauche (qui plombe sa popularité, donc), son score aurait pu être encore plus élevé. Le tout appuyé par le gros titre de l’article du Figaro.fr : ‘ Pour 56% des Français, Sarkozy a joué un rôle important dans la libération’ .
Enfin, ce sondage a été réalisé immédiatement à l’annonce de la libération, avant qu’Ingrid n’ait été vue en train d’embrasser Chirac, de remercier Villepin, bref avant que les Français se soient fait remémorer les étapes de l’histoire. Je ne peux bien sûr pas préjuger de ce qu’eussent été les résultats d’un sondage réalisé et commenté par des prestataires moins complaisants, mais en tout cas tout a été fait pour qu’aucun point de pourcent n’échappe au Président quant à la perception de son rôle dans cette affaire.
Vous l’aurez compris, valoriser le rôle du Président dans une affaire où le concept de courage (courage de l’otage, courage de ses libérateurs…) est numéro un en présence à l’esprit du public, conforte bien plus efficacement son image de puissance que sa cote d’amour.
Génération sondologie
Nicolas Sarkozy appartient à la première génération de présidents réellement familière des sondages. Les gourous des précédents étaient plutôt des publicitaires. Celui de Nicolas Sarkozy est Pierre Giacometti, ancien monsieur sondages politiques d’Ipsos. Aussi n’est-ce pas étonnant qu’il ait appris à mieux utiliser les sondages que ses prédécesseurs. Il sait qu’un point de popularité ne vaut pas toujours un bulletin dans l’isoloir : on aime un type bien, mais on élit un type qui a l’air d’avoir le pouvoir de changer des choses, surtout en période de peur.
Souvenez-vous que Bush fut réelu non parce qu’il avait un bon bilan, non parce qu’il semblait intelligent ou sympathique à ses concitoyens, et bien qu’il leur eût menti sur un sujet bien grave, mais tout simplement parce qu’il donnait, dans un pays ‘ en guerre’ , vraiment l’impression d’être ‘the most powerful man of the free world’, ‘ L’homme le plus puissant du monde libre’ (le petit nom que ses collaborateurs donnent au Président dans la série ‘The West Wing’, fiction remarquable sur la Maison-Blanche).
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Nightfall, quietly it crept and (...)
Nightfall, quietly it crept and (...)
Le terme « côte de popularité » est trompeur. La question généralement posée n’est pas « aimez-vous Sarkozy ? » (auquel cas, il flirterait sans doute avec les 0) mais « Faites-vous confiance à Sarkozy pour résoudre les problèmes qui se posent actuellement en France ? ». Le « courage » est donc une composante de la côte de popularité. Mais peut-être les Français ont-ils compris que le courage seul ne mène nul part (sans compter que, de mon point de vue, Sarkozy est un lâche pur jus).
Je ne crois pas que Sarkozy se moque des sondages, je pense, bien au contraire, qu’il les a longtemps adulés, et n’a juré que par eux pendant la campagne, et pendant les quelques mois que suivirent. Mais l’enfant gâté, encensé plus par les sondeurs eux-mêmes que par les sondages, a dû bien se lasser depuis. Quand on est un pur narcisse, comment se fier à un miroir qui vous dirait à longueur de journée : « Vous êtes laid » ? Sarkozy, vexé, voyant sa côte de popularité plombé, a bien tenté de gesticuler pour la faire remonter mais, las, il faut bien se rendre à l’évidence, c’est en vain. Pourtant, des réflexes naissent encore en lui, et le Canard n’a rien de naïf : il comptait bien sur Ingrid pour faire monter sa côte.
Mais il comptait dessus surtout il y a quelques mois, quand il y avait encore un espoir de retour. Enfin, ça n’empêche pas ce type bourré de tics d’avoir eu quelques réflexes nerveux à l’annonce de cette libération.
« Il sait qu’un point de popularité ne vaut pas toujours un bulletin dans l’isoloir : on aime un type bien, mais on élit un type qui a l’air d’avoir le pouvoir de changer des choses, surtout en période de peur. »
Je réitère ce que j’ai dit. Non seulement les Français ne l’aiment pas, mais ils le jugent incapable.
Votre réflexion est très juste, et on ne peut qu’espérer que les opposants politiques de Sarkozy ne se reposeront pas sur les lauriers de son impopularité, mais j’ai tout de même bon espoir que les Français soient vraiment dégoûtés de cet homme.
Concernant Bush, les truquages y étaient aussi pour quelque chose, que ce soit à sa première ou sa deuxième élection. Sans parler que le candidat démocrate des dernières présidentielles n’était pas vraiment un candidat de poids.




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