En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

L'eurobibliothèque en ligne : franco-centrée et plantée

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 23/11/2008 à 17h16

N’essayez pas d’aller sur le site d’Europeana, la bibliothèque dite « européenne ». Si son inauguration officielle a eu lieu à Bruxelles en grande pompe, le site a rapidement planté.

Il avait été lancé présence du président de la Commission José Manuel Barroso, de Viviane Reding, commissaire chargée de la société de l’information et des médias, de Christine Albanel, ministre française de la Culture, des ministres de l’Union chargés de la culture et de l’audiovisuel ainsi que de représentants d’organismes culturels européens.

Gardons-nous d’un procès facile, ce n’est pas le premier site qui bugue à sa première mise en service au public. Il paraît qu’on attendait 5 millions de visiteurs ; on en eut le double, et les serveurs ne furent pas à la hauteur du challenge.

Le virtuel qui se heurte au choc du réel, en quelque sorte, ça arrive. La réouverture est annoncée ; elle devrait se produire d’ici deux à trois semaines. Depuis le temps qu’on en parlait (ou que ses promoteurs tentaient d’en faire parler), cela peut attendre encore un peu. Il faut simplement regretter le battage médiatique précoce et finalement contre-performant.

Pour l’instant, la moitié du contenu disponible est en français

Europeana a pour objectif de « présenter l’histoire, la littérature, les arts et les sciences des différents pays de l’Union européenne ». Si, en 2006, toutes ces bibliothèques, à l’exception de celles du Portugal et de la Grande-Bretagne, ont rallié le projet sur le papier, la réalité est plutôt différente.

A l’heure de son lancement (manqué), le site propose quelques deux à trois millions d’entrées, livres, cartes, tableaux, vidéos venant de grands musées d’Europe (tell le Louvre, le British Museum ou le Rijksmuseum d’Amsterdam) ; il devrait être disponible dans 23 langues.

La plupart des objets numériques proviennent de France, des Pays-Bas et du Royaume-Uni. D’autres pays, dont l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne, devraient proposer des œuvres dans les prochains mois. Le hic, c’est que la moitié de ce qui est disponible l’est en français.

10 millions d’items disponibles d’ici 2010

Et, comme le note le New York Times avec le brin d’ironie auquel il ne sait résister dès qu’il s’agit de culture française, la conception française de sa position culturelle est telle que l’histoire des autres pays est écrite... en français, et que, par exemple, la chute du Mur de Berlin est illustrée par un documentaire français.

La Commission européenne se réjouit de ce projet qui devrait atteindre les 10 millions d’items d’ici 2010, pour un coût total de 350 à 400 millions d’euros (dont 119 millions d’euros au cours des deux prochaines années). Belle affaire pour la France puisqu’à l’heure actuelle seuls 1% des contenus concernent l’Allemagne, 1,4% l’Espagne et 10% la Grande-Bretagne.

Le patrimoine est une passion française ; l’affichage médiatique des projets culturels en est une autre. Quant à la dimension européenne du projet, elle séduit d’autant plus nos penchants patrimoniaux qu’elle est en réalité largement … française.

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  • Tinhinane
    Tinhinane
    Médiatrice scientifique
    • Posté à 18h15 le 23/11/2008
    • Internaute 4901
      Médiatrice scientifique

    le 17 janvier 2007, Agnès Saal, alors DG de la BnF sous la présidence de Jean-Noël Jeanneney, répondait à Frédéric Martel, dans son émission « Masse critique » sur France culture ceci : « C’est un magnifique projet politique. Il ne faut pas le réduire à ses dimensions techniques, technologiques, informatiques, ou même, même bibliothéconomiques. Ni le président Jeanneney, ni moi, ne sommes informaticiens, nous ne sommes pas non plus bibliothécaires, en revanche, nous avons la conviction, chevillée au corps, qu’il y a là une responsabilité absolument formidable, pour la France, de définir un projet qui touche finalement à tous les enjeux culturels du moment. Parce que finalement Europeana ça parle de quoi ? Ça parle de démocratisation de l’accès au savoir, ça parle de rayonnement national et international… “

    Cet extrait et bien d’autres propos échangés lors de cette émission sont importants sur le fond. Ils me semblent toujours d’actualité, c’est cela qui est finalement important. Les aléas techniques conjoncturels ne comptent pas dès lors que l’on ne déroge pas à ce qui a fondé Europeana. Tout n’est pas réductible à la concurrence même si celle-ci peut quelquefois être stimulante et énergisante.

    cf. Texte intégral de l’émission avec Agnès Saal : Lien

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