En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Internet : qui doit financer les réseaux ?

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 12/12/2008 à 21h12

Des FAI (fournisseurs d’accès à internet) ou des éditeurs de contenus, qui va payer les charges de ce qu’on appelle la bande passante, c’est-à-dire de la capacité du réseau ? Telle était la question posée lors de la conférence de l’Institut de l’audiovisuel et des télécommunications en Europe (Idate), à Montpellier, les 19 et 20 novembre derniers.

Une bande passante, qui, comme les autoroutes, voit son trafic qui ne cesse d’augmenter. Le transport des messages et celui des œuvres numériques requièrent des investissements nouveaux, de plus en plus lourds.

Pour l’internaute, ce trafic peut augmenter sans limite. Il faut pourtant savoir que la vidéo en ligne, la TV sur le Web, les contenus générés par les utilisateurs requièrent une augmentation de capacité de 100% par an, et que la bande passante n’a augmenté que de 68% l’année dernière.

Les opérateurs télécoms demandent que les fournisseurs de contenus participent aux investissements dans leurs réseaux haut et très haut débit. Mais les agrégateurs de contenu comme Dailymotion France, site de partage de vidéos, n’ont aucune envie de contribuer à l’effort, et préfèrent en appeler à la participation… des fournisseurs d’accès à Internet qui vendent des accès haut débit et facturent ces offres à leurs abonnés.

Les opérateurs ne veulent pas être les seuls à payer

Selon une information du site Pcinpact.com, le président de France Télécom, Didier Lombard, regrettait l’an passé qu’« aucune des sociétés nouvelles de l’Internet telles que Yahoo ! , Google ou eBay n’[ait] contribué significativement au financement des infrastructures [télécoms] (…). Il est nécessaire de s’assurer que les investisseurs reçoivent une rémunération à hauteur des risques pris. Or, le modèle basé sur l’audience crée le risque d’une décorrélation entre là où les investissements sont faits et là où les revenus générés par ces investissements sont collectés ».

Les réseaux offrent « à ces sociétés non régulées de véritables autoroutes pour déployer leurs services ». En bref, les opérateurs ne veulent pas assumer seuls le coût des infrastructures.

Cette « décorrélation » entre l’investisseur et celui qui profite de l’investissement constitue ce que les économistes désignent comme une défaillance de marché : d’un côté, les investisseurs des infrastructures dépensent des sommes folles pour développer le très haut débit, et d’un autre côté, des sociétés dites du contenu en profitent.

D’après Didier Lombard, lorsque ces contenus sont essentiellement américains :

« C’est un peu comme si on allait construire des autoroutes et que seules des voitures californiennes devaient rouler dessus. »

Face à cette situation, les compagnies américaines, comme Comcast ou ATT, envisagent de limiter le transfert de données par mois à un plafond au-delà duquel l’usage de la bande passante serait facturé.

Et dans le fond, d’aucuns se disent que, puisque ni les FAI ni les opérateurs ne veulent mettre seuls la main à la poche, le mieux ce serait de faire payer l’internaute. Après tout, c’est lui qui consomme.

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  • Tita
    Tita
    oiseau
    • Posté à 22h19 le 12/12/2008
    • Internaute 7659
      oiseau

    Quand ma grand-mère commandait une babiole quelconque auprès des 3 suisses, elle payait les frais de port ; mais elle ne payait pas l’entretien des routes, des douanes et des ponts. Il serait assez absurde qu’on ait à payer pour les routes d’internet.

    Ceci dit, je comprends le problème de la décorrélation entre l’investisseur et celui qui profite de l’investissement. Dans cette décorrélation il y a deux entités : l’investisseur et le bénéficiaire. L’injustice est ici : l’un cultive le pommier et l’autre mange les pommes. Cependant, rajouter une troisième entité ne changera rien. Il y en aura toujours un qui mangera les pommes que le consommateur, cette fois, aura cultivé.

    • mick69
      mick69 répond à Tita
      • Posté à 13h11 le 13/12/2008
      • Internaute 2907

      Même si votre grand mêre n’est pas imposable et même si elle n’a pas de voiture, elle paye 20% de tva sur sa commande aux 3 suisses. Cette TVA est un impôt qui permet entre autres de financer des biens publics tels que les routes nationales

  • A déménagé le 1-6
    • Posté à 01h06 le 13/12/2008
    • Internaute 61755

    lqui doit financer les réseaux ? la carte business platinum...

  • Bena-ctiviste
    Bena-ctiviste
    chargé d'affaires
    • Posté à 09h36 le 13/12/2008
    • Internaute 62092
      chargé d'affaires

    tant que les FAI engrangent des benefices, pourquoi devrait on s’inquieter pour eux ? Après tout ce n’est que de l’investissement que de financer ces réseaux. Donc soit ils ne financent plus ces réseaux, et alors notre facture mensuelle se doit de diminuer, soit ils investissent, justifiant par là même le fait que nos abonnement restent aussi chers.

  • Rascar Kapac
    • Posté à 10h05 le 13/12/2008
    • Internaute 35014

    Salut ,intéressant ,mais caduc .
    Pourquoi le parlement lutte de toute c’est force contre le piratage ?
    1) avoir un très haut débit pour lire le journal ,n’a aucune utilité .
    2) Les temps de téléchargement que nous connaissont ,devraient normalement disparaitre ,pour du quasi instantané .On pourra nous vendre toute sorte de contenu à grand volume (film ,radio,son ,image ,collection)..
    3) Le coup du déploiement du réseau ,n’est pas si énorme que cela ,dans les pôles urbain ,pour la campagne c’est autre chose...
    Mais ,la ou la population est la plus dense ,le coup ne sera pas si exorbitant.

    4) A votre avis qui paieras tout ça ? vous avez dèja la réponse ! !

    Tien ,ça me rappel en 1995 ,ou je payais le droit d’accès ,puis les communications ...

    Ces sociétés ,F.A.I et autre ,engrangent des bénéfices ,il serait étonnant qu’elles n’est pas provisionnés ,les investissements futur .
    Et si c’est le contraire ,c’est vraiment ,le foutoir ,car à l’heure actuelle ,c’est un des rares secteurs ,qui résiste à la crise....

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 11h58 le 13/12/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    Mais Françoise, l’internaute paye déjà ! Quand un FAI tel qu’Orange, filiale de France Télécom, vous fait une offre ADSL « haut débit » de l’ordre de 512 mégas, et que la consommation effective de cette offre se limite, comme dans mon cas, à un débit de l’ordre de 100 mégas maximum, l’internaute paye un service inexistant.

    L’infrastructure se limite dans la plupart des cas à des lignes métal conventionnelles à capacité restreinte, parce qu’en fait aucun investissement réel n’a été consenti par le FAI. Il y a seulement un jeu de passe-passe – les lignes conventionnelles peuvent supporter un débit de tant, « and thats’ the story » diraient les Anglo-Saxons.

    Les fameux investissements dans les lignes en fibre optique beaucoup plus performante ne concernent qu’une très faible partie des internautes de France. Notre consommation de bande passante a bon dos !

  • Syht3t
    Syht3t
    mort-vivant
    • Posté à 09h41 le 14/12/2008
    • Internaute 53230
      mort-vivant

    Au lieu de financer tout un tas de trucs inutiles (voire pires) comme la télévision, ce devrait être à l’état de financer un réseau très haut débit symétrique (aussi rapide en upload qu’en download) et libre. C’est la garantie d’un accès pour tous (sans distinction, les jeunes, les vieux, les handicapés, les pauvres...) à la culture, l’information, la communication, la liberté de pensée et de parole, ce qui n’est quand même pas rien, au moment où nos libertés fondamentales sont remises en cause.

    C’est déjà l’état qui a financé le premier réseau (cuivre/téléphone) qui fait tourner le web actuel. Forcément, France Télécom, maintenant qu’elle en récupère tous les fruits à l’oeil (avec des années de monopole en plus), ne veut pas sortir son propre argent.

    L’état pourrait même faire cet investissement au nom du développement économique et de l’adaptation des compétences françaises au futur (quand l’industrie et l’agriculture ne valent plus rien dans la mondialisation). Seulement même cette vision-là, ils ne l’ont pas. Mais pourquoi ?

    Tant que les politiques et les industriels considèreront que le web n’est qu’une autre forme de consommation, comme la télévision, nous n’avancerons pas... Le web est plus qu’une tv ou qu’un grand magasin. Les derniers arrivés ne le savent pas, mais fut un temps où le web était vraiment plus libre, créatif et insoumis.

    Le problème pour eux, c’est que donner du très haut débit, et particulièrement de l’upload, cela signifie donner le pouvoir au peuple, qui peut « fabriquer » son propre web, créer, publier, partager, imaginer. Le tout en hébergeant directement chez soi ses propres contenus (alors qu’il faut payer des serveurs actuellement, ou se soumettre à des sites agrégateurs financés par la pub, et ce n’est pas FT qui s’occupe de cet aspect indispensable du web). C’est comme cela que le web est né, puis il a dégénéré.

    Autant le dire tout net, le web est un danger pour les pouvoirs, politiques et industriels, dans le sens où ils ne le maîtrisent pas (au sens propre comme au figuré). Nécessairement, les pouvoirs vont tout inventer pour brider ce qui reste de liberté sur le web en brandissant des épouvantails terribles comme les pirates, ces terroristes du web si pratiques pour sortir des lois liberticides...

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