En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

L'exposition Picasso sème la discorde entre les musées

Publié le 09/02/2009 à 05h15

Une grande exposition, ce sont en général des pertes importantes à inscrire au budget des musées ; les recettes de la billetterie et des produits dérivés peinent à couvrir les coûts du transport des œuvres, des assurances, du gardiennage, de la scénographie, et les subventions -comme le mécénat- sont indispensables au bouclage du budget. L'exposition Picasso et les maîtres a attiré 700 000 visiteurs payants au Grand Palais à Paris, soit une recette de billetterie de 1,4 millions d'euros. Les trois musées français prêteurs (le Musée Picasso à Paris, le Louvre et a href=« http://www.musee-orsay.fr » target= »—blank« >Orsay) réclamaient à la Réunion des musées nationaux (RMN) 70% de cette somme, soit un million d'euros. Ils ont essuyé une fin de non-recevoir.

Pour comprendre les enjeux de l'affaire, il faut s'arrêter un instant sur ce qu'est la RMN. Créée en 1895, la RMN remplit deux missions : l'une a trait au financement des acquisitions, et l'autre au public. Elle organise et finance notamment les expositions du Grand palais et de certains musées nationaux, perçoit les tarifs d'entrée afférents à ces expositions, qu'elle mutualise entre les musées en assumant le déficit des expositions moins tournées vers le grand public.

Pour Picasso et les Maîtres, de petites expositions étaient organisées au Louvre et à Orsay, en complément de celle du Grand palais ; les musées en question en conserveront les recettes. En revanche, les trois musées ne sont pas associés aux recettes du Grand palais, la RMN faisant valoir qu'elle a assumé les déficits des expositions moins médiatiques. On ne peut en effet lui demander d'éponger les pertes, et de se défaire des bénéfices quand il y en a. L'argument est plutôt convaincant.

En revanche, la RMN avance deux autres arguments : le premier est que les collections des musées nationaux sont la propriété de l'Etat et pas de tel ou tel musée ; le second est qu'il n'y a pas lieu de faire valoir le fait que les deux commissaires à l'origine de l'exposition Picasso et les Maîtres venaient du musée Picasso et du Louvre.

Que le financeur principal des expositions doive récupérer une partie de son avance semble légitime. Mais est-il encore possible, à l'heure où l'on demande aux musées plus de rationalité dans leur gestion, de refuser d'associer les musées au succès des évènements qu'ils conçoivent et organisent ? La solidarité entre les musées doit demeurer ; elle passe avant tout par la circulation des œuvres. Doit-elle aussi prendre la forme de la lourde machine redistributive de la RMN ? La question mérite d'être posée.

De même, si les œuvres n'appartiennent pas à tel ou tel musée national car elles sont la propriété de l'Etat, ce sont bien les musées qui les exposent et les conservent qui ont la charge des responsabilités scientifiques qui en découlent. Il peut paraître légitime qu'ils aient vocation à valoriser ces missions, dans le respect des charges de service public : prêts gratuits aux autres musées par exemple. De ce point de vue, la revendication du Louvre, du musée Picasso et du musée d'Orsay de conserver une part des recettes de l'exposition ne me semble pas extravagante.

Ailleurs sur le Web
Le site du musée Picasso à Paris
Le site du Louvre
Le site du musée d'Orsay
Le site de la Réunion des musées nationaux (RMN)

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  • supprimé à la demande du riverain 28.04.09
    • Posté à 20h00 le 09/02/2009

    « je mets dans mes tableaux tout ce que j'aime.
    Tant pis pour les choses,elles n'ont qu'à s'arranger entre-elles. »

  • léo solo
    • Posté à 20h46 le 09/02/2009

    Comme
    il y a les toros toros
    il y a la peinture peinture.

    Voir l'affaire côté sous-sous-picsou relève de la bien nommée
    « horreur économique »

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 22h14 le 09/02/2009
    • Internaute
      D'actualité, de dessin surtout

    A propos de ces grandes expos on ne parle plus que de fric.
    Pour ma part leur seul prix d'entrée me choque. Je ne comprend pas qu'il faille dépenser de telles sommes pour accéder à une culture qui appartient à tous.
    Et le fait qu'il s'agisse d'expositions à thème, même coûteuses à organiser, ne me semble pas d'avantage être une justification valable.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 23h16 le 09/02/2009
    • Internaute
      Littéral

    Avec cette querelle d'argent entre établissements publics, on voit se dessiner le problème du caractère juridique des établissements publics à vocation culturelle et artistique qui sont confrontés à cette réalité : la marchandisation de services et de produits dérivés de biens culturels et artistiques dont les droits sont dans le domaine public et dont des collectivités nationales ou locales en sont les propriétaires.

    Pour le moment, l'intérêt général doit guider la stratégie d'un établissement public administratif.

    Mais si ces E.P.A. commencent à se livrer à des activités relevant de l'industrie et du commerce, on ouvre la voie à une future délégation de services publics au profit d'entreprises de droit privé qui auraient la responsabilité d'exploiter commercialement des services et des produits dérivés des biens culturels et artistiques.

    Certes ces biens sont inaliénables, et leurs prêts se feraient contre rétribution aux musées prêteurs.

    La seul charge de la préservation du patrimoine d'œuvres d'art de l'état et des collectivités représente des dépenses importantes.

    Mais la vocation proprement éducative et les nécessités de formation qui resteraient sans aucun doute à la charge des administrations de tutelle dépendraient alors des seules ressources provenant des subventions.

    Avec des politiques culturelles de plus en plus acquises à la demande qu'en sera-t-il de la possibilité de voir en exposition permanente des œuvres difficiles ou complexes, moins célébrées, ou simplement inconnues du public ?

    On assisterait alors à un changement de paradigme de l'œuvre d'art. Elle ne tirerait plus sa légitimité d'une logique de création intuitive, libertaire et indifférente aux contraintes d'un marché.

    Les médiateurs habituels des œuvres et des artistes ne seraient plus des critiques et des experts ou des intermédiaires rémunérés auprès des collectionneurs.

    A la place, des multinationales de la distribution et des télécoms inciteront les demandes avec des règles qui sont proprement celles des industries actuelles.

    Le rêve des futuristes de voir enfin les arts intégrés aux dernières technologies et soumis à des standards risque fort de se réaliser.

    Enfin l'art proviendra de bureaux d'études comme l'architecture, et qui répondront à des appels d'offres.

    Le fin du fin pour les esthètes et les aspirants artistes mêlés aux prescripteurs et à la gentry sera d'assister en présence au concours eux-mêmes organisés comme des spectacles.

    Les œuvres qui en seront issues serviront-elles encore un savoir ?

    L'artiste comme Marcel Duchamp l'avait défini ne sera plus une invention. On n'en retournera pas pour autant à l'anonymat de l'atelier artisanal de la Renaissance.

    L'avenir est aux Écoles des Beaux-Arts. Enfin le beau, le juste et le vrai présideront aux retrouvailles du public avec l'œuvre définitivement post-moderne plutôt que contemporaine.

  • Toby E
    • Posté à 23h20 le 09/02/2009
    • Internaute

    « 700 000 visiteurs payants au Grand Palais à Paris, soit une recette de billetterie de 1,4 millions d'euros. »
    A 2 € l'entrée, pas étonnant qu'elle ait eu du succès, cette expo !

    • Toby E
      Toby E answers to Toby E
      • Posté à 23h22 le 09/02/2009
      • Internaute

      Ah, on me dit que c'était 12 € l'entrée avec un tarif préférentiel à 7 €.
      Mais alors, quel chiffre est faux ?

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 00h20 le 10/02/2009

    Là où le service public s'efface, l'autonomie de gestion prend la place, la liberté et tout ça :

    Bref :

    De la gestion de droit d'auteur en lieu et place de politique culturelle.

    Bienvenue dans la culture responsable à coup d'avocats d'affaire.

    • egide
      egide answers to Adéménagé le 3 janvier 2011
      Littéral
      • Posté à 22h38 le 10/02/2009
      • Internaute
        Littéral

      La personnalité morale et l'autonomie de gestion, c'est précisément la définition des établissements publics.

      Le contrôle des dépenses est effectué par un trésorier payeur général.
      Pour les établissements public qui se livrent activités à caractère industriel et commercial comme la RMN, le recours au service d'un commissaire au compte agréé est obligatoire.

  • ArTlImItEd
    ArTlImItEd
    cam isolée
    • Posté à 07h47 le 10/02/2009
    • Internaute
      cam isolée

    où l'on reparle de la liberté de l'artiste.....

  • Mojique
    • Posté à 08h36 le 10/02/2009
    • Internaute
      *

    Je serais plus pour Les maîtres et Picasso car il ne tient pas la distance avec Velasquez Manet et autres grands maîtres. Picasso ou la grande arnaque de l'art contemporain.

    • pikasso02
      pikasso02 answers to Mojique
      • Posté à 10h55 le 10/02/2009

      Dire que Picasso fut « l'arnaque de l'art contemporain », si vous voulez ! Encore faudrait-il en apporter les preuves. Que Picasso fut un artiste très original qui n'aura rien dit de son processus créatif, cela est évident. Si chacun faisait un petit effort en analysant formellement ses oeuvres il s'apercevrait qu'il fut un dessinateur hors du commun, capable de dessiner comme tous ses prédecesseurs avec en plus cet art de la métamorphose qui en fait son originalité. J'ai consacré une dizaine d'années à ses oeuvres.Mon blog apporte des clès qu'il est impossible de remettre en question, à condition de savoir regarder et trouver les ressemblances quand elles existent. L'ignorance de son art a permis au marché de l'art de surenchérir ses oeuvres. Le 20ème siècle a pété les plombs et Picasso et ses marchands en sont un peu responsables. Le 19ème connut la même époque avec les peintres pompiers. Je ne pense pas qu'ils soient autant assurés dans les expositions. Mais les réclament-on ? Et à combien les trouvent-on dans les ventes ? Il serait temps de se pencher sérieusement sur le cas Picasso. Quand ? Et est-ce possible ? Le marché se verrait peut-être assaini. Mais je dois délirer sans doute !

      • Mojique
        Mojique answers to pikasso02
        *
        • Posté à 12h56 le 10/02/2009
        • Internaute
          *

        Bon vous devez certainement mieux connaitre Picasso que moi. Je suis allé voir l'expo Picasso et les maitres. Que Picasso a été subjugué par certains de ces prédécesseurs cela ne fait aucun doute. Non plus qu'il est un grand dessinateur mais de la à dire que ces réalisations d'après Manet, Poussin ou Velasquez etc soient des chefd'oeuvres, je trouve cela vraiment exagéré. Il se vantait de peindre beaucoup plus vite que les autres. C'est sûr ! mais le résultat n'est pas le même. L'avantage de cette expo est d'avoir vu des tableaux comme La Maya de Goya qui ne se déplacent pratiquement jamais. Dommage que les Menines étaient absentes. Le Prado est un peu loin.

  • Lucien Veran
    Lucien Veran
    Professeur Sciences de Gestion
    • Posté à 13h55 le 10/02/2009
    • Expert
      Professeur Sciences de Gestion

    Dans un autre monde, l'on appellerait cela de la coproduction. Des apports contre des droits à partage d« un résultat.
    Ce contrat est clair lorsque l'apport du coproducteur est mesurable en monnaie ou en prestations. Quoi que déjà là, ça se complique, chacun étant tenté de sur évaluer son effort.
    Pour une exposition “coproduite” la première question est bien sûr où est le contrat de “ coproduction ” ? S'il existe, s'appui t il sur une définition claire des droits de propriétés mis en jeu et prévoit il une redistribution du surplus et/ou un partage proportionné du manque ?

    Le plus troublant pour le contribuable c'est, outre de ne pas bien comprendre à quoi correspond le prix d'entrée sur une telle opération exceptionnelle si les œuvres sont des biens publics, c'est de voir des établissements publics apparemment imprévoyants vouloir se partager une rente sans s“être mis d'accord préalablement (lorsque l'incertitude dominait) sur la règle du jeu.
    Ce serait dans la cadre d'une kermesse de village dont la buvette aurait fait un résultat exceptionnel le bon sens indiquerait la direction du réinvestissement vers la prochaine manifestation.
    Ici, présence d'experts chez les parties oblige le débat prend une tournure très ‘ Rue de Valois ’ qui semble détourner de la recherche d'une solution simple.
    En cas de conflit entre opérateurs coproducteurs publics pour le partage d'un surplus c'est à un tiers de confiance de ‘ confisquer ’ la somme et de l'affecter en toute transparence à un réinvestissement équitable qu'il soit de même nature ou pas, une autre exposition ou une action vers le jeune public par exemple.

    Lucien Véran.

  • jean breton
    • Posté à 04h19 le 12/02/2009

    Les musées sont conçus depuis la révolution française pour permettre à tous d'accéder à l'art dans son ampleur historique.
    Tel est le Le Louvre.
    La démocratie c'est permettre à tous d'y entrer : la gratuité en est une condition.
    L'enseignement de l'histoire de l'art une autre.
    Il faut que l'Etat prenne en charge vraiment et totalement Le Louvre et le rende gratuit.
    On arrêtera ainsi les périgrinations scandaleuses comme celle de l'intransportable Bathalzar Castiglione de Raphaël qui mettent en péril le patrimoine, on cessera alors les transferts d'oeuvres à aboudabi, on en finira avec les contrats étranges et mal contrôlés entre le louvre, certains marchands et les saouds.
    Le pdg du louvre redeviendra un homme chargé de la préservation et la présentation à tous des oeuvres d'art et ne sera plus comme aujourd'hui un capitaine d'industrie engagé dans des transactions douteuses.
    Une fois qu'on aura fait ça : rendre le louvre à la nation, enseigner l'histoire de l'art à tous, rendre tous les musées au peuple, après on verra s'il faut des expos.
    Souvent, aujourd'hui, elles sont faites pour la gloire des hauts fonctionnaires et la conversation des snobs.
    En plus elles coutent les yeux de la tête.
    On ne voit rien tellement on est serré comme des sardines.
    Les droits d'entrée sont exorbitants.
    Les gens crient leurs impressions et on n'apprend pas grand chose sauf en achetant le catalogue 50 euros quand ce n'est pas 70.
    Les expos confirment l'élitisme et ne servent qu'à masquer le fait qu'en sous-main on détruit et et on privatise les musées

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