En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Où va la fiction à la télévision française ?

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 12/05/2009 à 10h47

On l’a dit et redit, tant est si bien que c’est devenu un cliché : ce que les Français aiment par-dessus tout à la télévision, c’est la fiction. Et d’aucuns d’ajouter : la fiction française, les séries culte, de « Julie Lescault » aux « Avocats et associés », « Plus belle la vie », et aux autres séries.

Pourtant, une étude très fine du CNC vient bousculer cette affirmation.

On apprend en effet qu’en 2008, sur les cent meilleures audiences de fiction, 77% étaient de nationalité étrangère.

C’est d’autant plus surprenant que les éditeurs de services de télévision doivent réserver, dans leur programmation, au moins 60% du temps à la diffusion d’œuvres européennes et 40% à la diffusion d’œuvres d’expression originale française. Ces obligations doivent être respectées aux heures de grande écoute (entre 20h30 et 22h30).

Malgré ces quotas de programmation d’œuvres françaises et européennes, la fiction étrangère -surtout américaine- attire les téléspectateurs bien plus que la fiction française. La plus forte proportion de fictions étrangères est observée sur M6, où elle atteint presque 100%. A l’inverse, 61% des cent meilleures audiences de fictions sont des programmes français sur France 3.

On a beau dire, même avant la suppression de la publicité sur les chaînes publiques, les chaines publiques et les chaines privées ne proposaient pas des offres équivalentes, et leur réception par le public était très contrastée.

Les fictions qui ont notre préférence ont des formats plutôt longs : 82% des fictions les plus appréciées sont des 52 minutes. Ces fictions représentent plus de 80% des cent meilleures audiences sur TF1 et sur France 2, et 100% sur M6.

Il est intéressant de relever que les fictions plus longues encore, qui atteignent 90 minutes, sont majoritaires sur France 3 et sur Arte. On est alors très proche du film de cinéma. Et c’est là une des évolutions intéressantes des rapports cinéma/télévision, que cette forme de convergence entre la ficton de télévision et le film de cinéma.

Des circuits à redéfinir à l’heure d’Hadopi

Il faut se pencher sur le cas très intéressant de « La Journée de la jupe », fiction sortie d’abord sur Arte, qui recueillit un record exceptionnel d’audience, et qui est arrivée juste après dans les salles de cinéma. C’était là une inversion du circuit traditionnel du film de cinéma qui part normalement, si l’on peut dire, de la salle pour rejoindre le petit écran, selon une chronologie très précisément réglementée.

Que se passa-t-il ? Les gros circuits de salles -les UGC, Europalace (Gaumont, Pathé), CGR- refusèrent de diffuser le film, au motif -ou au prétexte-, qu’il venait de passer à la télévision et s’en trouverait ainsi dévalué, en quelque sorte, aux yeux du spectateur des salles. Face à ce refus, Arte s’était même engagé à supprimer les deux autres diffusions du film sur sa chaîne.

Rien n’y fit et « La Journée de la jupe » n’aura été programmée que dans 53 salles, sur les réseaux MK2, Les Ecrans de Paris et Utopia en première semaine, et dans 2 salles supplémentaires en deuxième semaine.

Or, quand on sait que le nombre d’entrées est toujours étroitement corrélé au nombre de copies, on mesure le handicap qui grévait le devenir du film.

Ce n’était pourtant pas la première expérience du genre, puisque « Sarabande » d’Ingmar Bergman, et « La Belle Personne », de Christophe Honoré, sur Arte, « Plus tard tu comprendras » d’Amos Gitai et « Le Monde Selon Bush », de William Karel sur France 2, avaient de même été programmés à la télévision avant d’arriver dans les salles. Il faudrait aussi évoquer des films comme « Les Roseaux sauvages », « Le Péril jeune » ou « Marius et Jeannette », projetés à la télévision avant d’arriver dans les salles. Et il en sera de même bientôt avec « London River », de Rachid Bouchareb, qu’Arte programmera bien avant sa sortie en salles prévue en septembre prochain.

A l’heure des débats sur la loi Hadopi et en ces temps de crise, on sent bien que cette question de l’exploitation optimale d’un film selon les circuits, et du juste rythme de visionnage sur les différents supports est essentielle à la définition des nouveaux modèles économiques devenus indispensables au développement de la production cinématographique et de fiction.

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  • Sylvain85
    • Posté à 13h25 le 12/05/2009
    • Internaute 49955

    Pourquoi les fictions françaises ne marchent pas ? Avant de penser système, il faut regarder de plus près les produits...
    Hier j’ai regardé « La Taupe 2 » sur TF1 :
    - des répliques lentes et peu captivantes
    - des effets de transition trop présent et cassant la dynamique des scènes
    - des scènes d’action n’impressionnant pas
    - des policiers peu réalistes (procédures, façon d’agir et de parler, utilisation des locaux...)

    Franchement, TF1 devrait revoir ses programmations s’ils veulent survivre parceque j’ai failli zappé sur « L’enfer du devoir », film que j’ai déjà vu et revu de nombreuses fois.

    Ce soir on a droit à une série américaine : « les Experts », pourtant ce n’est pas sûr que l’audience soit des meilleures tant ils commencent à avoir trop tirer sur ce groupe de séries (les experts miami, manhattan...) que le téléspectateurs doivent avaler à longueur de semaine.

    Je me demande parfois pourquoi je continue à allumer ma TV moi...

    • vinz13
      vinz13 répond à Sylvain85
      moine thélonieux
      • Posté à 13h37 le 12/05/2009
      • Internaute 37135
        moine thélonieux

      Surtout TF1...

      • Valentiiiine
        Valentiiiine répond à vinz13
        architecte
        • Posté à 16h30 le 12/05/2009
        • Internaute 79523
          architecte

        Ne vous forcez pas à l’allumer !

    • MathGon
      MathGon répond à Sylvain85
      Apprenti Futur Chercheur en (...)
      • Posté à 13h33 le 13/05/2009
      • Expert 41978
        Apprenti Futur Chercheur en (...)

      On en revient un peu à la loi Hadopi, les personnes qui créent (télévision ou lois) sont tellement décalées de la réalité qu’ils ne font que du factice. Si la télé est sensé nous faire rêver pour oublier la réalité, pourquoi dépenser autant (d’énergie) pour créer de l’ennui... pour le temps de cerveau disponible ?

      Lien

  • pete_bondurant
    pete_bondurant
    Consultant
    • Posté à 16h24 le 12/05/2009
    • Internaute 78989
      Consultant

    Canal + a une politique de création de série et fiction Française.
    Mafiosa était tout à fait regardable : une vraie histoire, une réalisation travaillée (Rochant si ma mémoire est bonne) un zeste d’humour et aussi pas mal de viloence.
    « La commune » était bien aussi mais vraiment très noir.
    il y en a eu d’autres sur différents thèmes et ça changeait des séries 3ème ages des chaines hertzienne (navarro et consort...)
    Ils ont également produit des long métrages TV comme « Rue Lauriston » qui était plutôt une réussite.
    En outre ils ont toujours fait connaître les meilleures séries américaines de Hill street blues à Six feet under et Weeds.
    Le problème vient peut être de la perception que les grandes chaînes ont de leur public : elles les jugeraient inaptes à suivre une série un peu sophistiquée, avec des personnages moins unidimensionnelle et des histoires plus réalistes et ancrées dans la réalité.
    Enfin existe t’il en France un outil de production pour des séries moisn standardiséés : Scénariste, réalisateur, studio ?

    • ceecee
      ceecee répond à pete_bondurant
      employée
      • Posté à 19h37 le 12/05/2009
      • Internaute 79066
        employée

      « Le problème vient peut être de la perception que les grandes chaînes ont de leur public : elles les jugeraient inaptes à suivre une série un peu sophistiquée, avec des personnages moins unidimensionnelle et des histoires plus réalistes et ancrées dans la réalité. »

      Je suis tout à fait d’accord avec vous. Les chaînes françaises prennent souvent les téléspectateurs pour des idiots qui ont besoin d’histoires simples apparemment. Elles les prennent également pour des idiots quand elles diffusent les épisodes d’une série américaine dans le désordre, faisant fi de toute chronologie et de toute logique, les épisodes étant toujours interdépendants et les personnages évoluant au fil de ces derniers. Je ne parle même pas de la censure de certaines scènes sur bon nombre de séries à cause de l’horaire de diffusion (dans ce cas là pourquoi ne pas changer l’horaire, on se le demande...)...

      « Enfin existe t’il en France un outil de production pour des séries moisn standardiséés : Scénariste, réalisateur, studio ? “

      Je pense que ça existe, mais que les chaînes sont frileuses (peut-être à part Canal+ ou Arte) pour investir dans la création d’oeuvres originales et surtout pour leur laisser le temps de trouver leur public... Car je crois qu’ils raisonnent hélas souvent sur le ‘il faut que ça cartonne de suite’...

    • showshoes
      showshoes répond à pete_bondurant
      observatrice
      • Posté à 15h18 le 15/05/2009
      • Internaute 49959
        observatrice

      Je ne suis pas tout à fait d’accord avec vous.
      Canal plus fait du « téléjournalisme ».
      C+ cherche à faire parler dans les médias de ses films ou séries TV. J’ai regardé la commune en entier, les huit épisodes. Il faut dépasser le premier épisode pour se rendre compte que c’est pomper sur une série américaine OZ. Mais comme dans les cas de TF1 qui a copié les experts et les séries de Dick Wolf, Canal Plus dans ce cas a copié sans faire attention au sens. Du coup, c’est indigeste.
      Mais l’effet buzz, le tag line, comme on dit en pub, la banlieue racontée par un gars de la banlieue (et accessoirement journaliste), ça ca marche auprès des médias. Mais pas auprès du téléspectateur qui lui zappe. Le téléspectateur, lui il veut qu’on lui raconte des histoires. Canal veut qu’on parle de ses histoires. Donc Canal fait écrire et/ ou co-écrire toutes ses histoires par des journalistes. S’assurant un service après vente, gratos.

  • Alex Engwete
    Alex Engwete
    Consultant
    • Posté à 06h16 le 13/05/2009
    • Internaute 45440
      Consultant

    Je vis aux States et la seule chaîne francophone qu’on a ici est TV5MONDE, qui est une sélection des grandes chaînes françaises et de Radio Canada... L’année dernière, on a rediffusé « Avocats et Associés » que vous mentionnez. Cette saison, TV5MONDE rediffuse la passionnante série policière « Les Bleus ». On diffuse aussi presque chaque soir un film français, y compris des films des années 30 et 40 (j’ai ainsi vu pour la première fois Sacha Guitry). Ce qui me change des fictions plates américaines. Merci pour ce bel article basé sur une recherche très fouillée.

  • désenchantée
    • Posté à 10h24 le 13/05/2009
    • Internaute 43955
      aucune

    je ne prends même plus la peine de regarder c’est toujours du cosuu main sans relief et sans attait...... et horreur de prendre les maux de notre socièté avec ses clichés pour nous ressortir un mauvais jus !
    c’est qui tf1 ? mdrrrrrrr
    allez aux urnes le 7 juin !

  • zénon denon 84
    • Posté à 19h53 le 13/05/2009
    • Internaute 30028
      Bonne

    Que faites-vous d’Arte ,ma chère .
    N’est-ce pas aussi une télévision française ?

    Toujours le même propos .Bien dommage ,
    Pour ma part je suis rarement déçu par les
    programmes variés ,de qualité diverse ,des débats
    sans vedettes inamovibles (tjs les mêmes)
    et surtout des rabatteurs de pub à 2 balles .
    Bref ,heureusement que le père Clément est là.

    ça n’est pas Catherine qui me démentira ?

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