En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Vivendi, NBC Universal : grandes manœuvres dans les médias

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 11/12/2009 à 16h17


Les grandes manœuvres ont repris dans les médias, et ce n’est pas la crise qui les arrêtera. Le groupe de médias Vivendi - au bord du gouffre il y a a quelques années suite à la stratégie catastrophique de Jean-Marie Messier- a cédé les 20% de participation qu’il détient dans NBC Universal.

L’heureux acheteur est le conglomérat américain General Electric, l’actionnaire majoritaire de NBC. Il en devient, grâce à cette acquisition, l’unique actionnaire. General Electric aura déboursé, pour cette emplette de Thanksgiving, 5,8 milliards de dollars (soit environ 3,9 milliards d’euros). Mais les manœuvres ne se sont pas arrêtées à cette étape.

En effet, General Electric a cédé sa filiale NBC Universal, pour laquelle il vient donc de payer une jolie somme. L’acheteur est le câblo-opérateur américain Comcast. Pour ce faire, Comcast va à son tour dépenser... 30 milliards de dollars.

Il aura fallu neuf mois de négociations pour en arriver là. Il est vrai que c’est un géant qui se constitue, en face des autres géants du secteur : Disney, News Corp., Time Warner et Viacom. Pour donner une idée, ce sont 130 000 employés qui sont concernés. Le deal a été annoncé en fanfare jeudi dernier au siège de NBC Universal de Rockefeller Center, à Manhattan.

Une nouvelle méga société

General Electric et Comcast vont rassembler leurs activités médias dans une nouvelle société. Celle-ci sera détenue à 51% par Comcast et à 49% par General Electric. NBC Universal apporte dans la corbeille des chaînes de télévision (NBC, Telemundo... 30 chaînes câblées), un studio de cinéma (Universal), ainsi que des parcs à thème.

La nouvelle société sera dirigée par Jeff Zucker, actuel directeur général de NBC Universal. Pour l’instant, le nom de NBC Universal demeure, mais Comcast pourrait décider de rebaptiser la nouvelle entité.

Comme le note Tim Arango dans le New York Times :

« Presque immédiatement, la transaction redessine le paysage de l’industrie américaine de l’entertainment, en apportant à un câblo-opérateur un énorme portefeuille de “contenus”. Mais l’opération accroît dans le même temps les inquiétudes quant à l’avenir du secteur des médias. »

Pour General Electric, c’est rompre avec des spécialisations qui ne constituaient pas un ensemble cohérent avec le reste des investissements du groupe. Pour Vivendi, c’est mettre un terme définitif et total à l’ère Messier, au moment même où le procès américain de l’ancien PDG se déroule aux Etats-Unis.

Pour Comcast enfin, c’est s’accaparer des contenus afin de conserver ses clients et de se positionner sur le marché en pleine croissance de la catch up TV. Le PDG de Comcast, Brian L. Roberts, a déclaré que cet achat est la réalisation de son ambition, forgée de longue date, de devenir un producteur majeur de shows télévisés et de cinéma. Rappelons que la maison avait échoué dans son ambition d’acquérir Disney, en 2004.

Le prochain examen de passage : l’antitrust américain

Cela étant, la fusion doit passer par les fourches caudines de l’antitrust. Il s’agira d’apprécier jusqu’à quel point la nouvelle entité dispose d’un pouvoir de marché qui la met en position dominante dans le secteur des médias.

Selon les analystes, 20% du temps passé devant la télévision aux Etats-Unis le sera devant des programmes de Comcast-NBC. Comcast possèdera une chaîne sur 7. L’ensemble constitue ainsi une opération d’intégration verticale assez importante pour que l’on voie dans la position des autorités un test de la volonté de l’administration Obama de s’opposer -ou non- à la formation de conglomérats.

  • 6744 visites
  • 4 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • un homme dans la foule
    un homme dans la foule
    chef de projet
    • Posté à 17h02 le 11/12/2009
    • Internaute 95078
      chef de projet

    Cet article suscite pas mal d question :
    On nous cite les noms des principaux acteurs de ce marché du divertissement. Ils semblent tous américains ou anglo saxons (newscorp doit être australien ou sud af). Existe-t-il des acteurs de poids issus d’autres pays notamment émergents et non anglophone ?
    les conséquences sociales d’une fusion dans ce secteur sont elles les mêmes que dans une industrie plus traditionnel ?

  • puresonic
    puresonic
    Contempteur irascible
    • Posté à 17h03 le 11/12/2009
    • Internaute 55211
      Contempteur irascible

    NBC universal ? ? ?

    « Nucléaire Bactériologique Chimique » en language bidasse

  • eden-saga.com
    eden-saga.com
    webmestre
    • Posté à 17h59 le 11/12/2009
    • Internaute 89905
      webmestre

    Au lieu de bouffer ces images imbéciles, les bobos préfèrent se faire des films à coup d’ayahuasca. Chacun son délire.

    Lien

  • Stephane MOT
    Stephane MOT
    Author & Chief AtoZ Officer
    • Posté à 12h48 le 13/12/2009
    • Internaute 17943
      Author & Chief AtoZ Officer

    Viacom-Comcast ne saurait etre compare a l’alliance AOL - Time Warner (Lien) : l’ensemble parait bien plus coherent et equilibre.

    Un peu trop a mon gout : Comcast n’a jamais brille par son audace, et Viacom a une image beaucoup plus forte du fait de la personnalite de Sumner Redstone, mais celui-ci est sur le depart et Zucker n’a pour le moment pas vraiment convaincu...

    Sur le papier, c’est un beau bebe, mais cela sera avant tout une question de personnes et tout depend qui restera, qui montera, qui partira...

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.