En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Du copyright anglo-saxon et du droit d'auteur à la française

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 26/12/2009 à 13h40

Le copyright américain est fondé sur un principe constitutionnel. Pourtant, sa philosophie est utilitariste. A l’inverse, le droit d’auteur relève d’une philosophie de la création, même si ses incidences économiques sont considérables.

Les Etats-Unis, le Royaume-Uni, l’Irlande et aussi, dans une certaine mesure, les Pays-Bas et les pays nordiques ont adopté le système du copyright. Les droits sont attribués à celui qui assume le risque économique en prenant en charge le financement de la création.

Un exemple bien connu est celui du film d’Orson Welles, « Citizen Kane ». Le réalisateur aimait à rappeler que l’auteur n’en était pas le réalisateur - c’est-à-dire sa propre personne -, mais le producteur, le financeur, autrement dit, la major du cinéma RKO.

Dans les pays qui relèvent d’un droit « à la française », le droit d’auteur renvoie aux individus qui sont à l’origine de la création de l’œuvre, à ceux qui l’ont écrite et pensée. Le droit d’auteur est celui du créateur, il s’attache à sa personne physique.

Clivage conceptuel ou affaire de terminologie ?

Un autre élément joue un rôle fondamental dans la distinction entre droit d’auteur et copyright, c’est le droit moral, central dans le cas du droit d’auteur et quasiment absent du copyright. Il faut savoir en effet qu’il y a deux composantes dans notre droit d’auteur.

D’un côté il y a le droit patrimonial, c’est-à-dire les sommes d’argent qui reviennent au créateur, au prorata du devenir commercial de son œuvre, et qui doivent lui être reversées durant toute sa vie, puis à ses descendants pendant 70 ans après sa mort. D’un autre côté, il y a le droit moral qui est inaliénable (on ne peut le céder) et imprescriptible (il est éternel et passe de l’auteur à ses héritiers puis aux héritiers de ses héritiers, etc.).

Le droit moral revêt plusieurs dimensions : le droit de divulgation, qui implique que la mise en contact de l’œuvre avec le public doit être décidée par l’auteur. Le droit de paternité, qui permet à l’auteur d’afficher (ou de ne pas le faire, si tel est son souhait) la filiation de l’œuvre à son égard.

Le droit de repentir est un droit à retirer du circuit économique une œuvre avec laquelle l’auteur ne se sent plus en phase. Quant au droit au respect de l’intégrité de l’œuvre, il signifie qu’on ne peut dénaturer, transformer une œuvre, sans l’autorisation de l’auteur.

Un droit moral qui flirte avec l’économie

Le droit moral a des incidences économiques. Un cas bien connu fut celui de la colorisation du film de John Huston « Quand la ville dort ». Le film avait été colorisé, malgré l’opposition des héritiers de Houston, et mis en circulation aux Etats-Unis. Les héritiers considéraient la colorisation comme une dénaturation de l’œuvre, arguant du refus de Houston lorsqu’il était vivant, d’e coloriser un autre de ses films, « Le faucon maltais ».

Dans un premier temps, les juges français s’en étaient tenus aux règles du copyright américain, qui n’interdit pas les modifications de l’œuvre sans l’accord des auteurs ou de leurs héritiers. Mais l’affaire fut portée devant la Cour de Cassation, qui jugea finalement « qu’aucune atteinte ne peut être portée à l’intégrité d’une œuvre littéraire ou artistique, quel que soit l’Etat sur le territoire duquel cette œuvre a été divulguée la première fois ».

En d’autres termes, l’auteur et ses héritiers restent les seuls juges et les seuls maitres du devenir artistique de l’œuvre. Tel est le sens du droit moral, au cœur du droit d’auteur, et quasi absent du système du copyright. A l’heure d’Internet, quand l’œuvre peut être déformée, revue, réappropriée sur les réseaux, le droit moral, confortable et vertueux, doit-il être conforté ou marginalisé ? Le moins qu’on puisse dire est que la réponse ne va pas de soi.

Aller plus loin
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  • personne
    • Posté à 14h20 le 26/12/2009
    • Internaute 21725

    Le droit moral est une aberration qui conforte les auteurs dans leur mégalomanie. Ils s’imaginent tout puissant, créateur alors qu’ils ne sont que de vulgaires arrogants qui passent leur temps à recycler des idées préexistantes d’autres auteurs sans jamais leurs reconnaitre leurs paternités.

  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 14h24 le 26/12/2009
    • Internaute 84604
      fumiste

    Le droit moral inaliénable et transmissible est une aberration. Exercé dans toute sa rigueur, il permettrait d’empêcher les interprétations de la Joconde faites par des artistes aussi célébrés que Dali ou Deschamps.

    Chostakovitch n’aurait pas pu citer dans une symphonie Wagner, ni Rossini etc.

    Les artistes ne pourraient se rendre hommage à travers ces procédés sans avoir à rendre compte à d’improbables héritiers.

    • Gosseyn
      Gosseyn répond à alberich
      • Posté à 11h51 le 29/12/2009
      • Internaute 1943

      Etant donné que Dali a pu réalisé sa propre version, de même que Deschamps, Corot, Leger, Delauney, Kidby et Douet, cette remarque n’a aucun sens. Le droit moral n’empêche pas l’exploitation artistique, c’est-à-dire la création d’une autre œuvre, elle-même protégée ; il empêche par contre l’exploitation commerciale, par exemple la vente de cartes postales sans l’accord des ayant-droits.

      C’est aux juges de faire preuve du discernement nécessaire pour empêcher les détournements frauduleux d’une oeuvre sans bloquer la création artistique.

      Si vous vouliez donner un bon exemple d’abus du droit moral, référez-vous plutôt aux nombreuses plaintes des ayant-droits de Hergé concernant l’utilisation de Tintin.

  • caro
    caro
    délinquante avérée
    • Posté à 17h03 le 26/12/2009
    • Internaute 6484
      délinquante avérée

    il faut savoir si on veut rétribuer les financiers ou les auteurs. Sans les auteurs, pas de financiers, il est donc normal que les idées, les écrits et tout ce qui rélève de la création soient protégés.
    Il existe des possibilités d’adaptation de textes : « d’après une idée de ... » Alors, au moins que le véritable créateur d’une oeuvre puisse la garder intacte me semble participer du respect envers l’esprit et le talent d’une personne.

    • Moggio
      Moggio répond à caro
      Internaute
      • Posté à 21h54 le 26/12/2009
      • Internaute 94030
        Internaute

      Dans le cadre de ce qu’on appelle depuis maintenant des décennies les « industries culturelles », caractérisées notamment par la possibilité de cession de droits (patrimoniaux) par les « auteurs », je me risquerais humblement au complément suivant : « sans les financiers, pas d’auteurs » ! Non ? !

      • Gotch
        Gotch répond à Moggio
        • Posté à 06h56 le 27/12/2009
        • Internaute 15306

        Pour les droits financiers, bien sûr. S’agissant du droit moral, l’auteur reste le maître de l’intégrité de son œuvre. Lui seul, ou ses descendants, peut décider du droit à l’adaptation cinématographique, par exemple : et il ne s’agit pas là d’argent, mais de l’œuvre elle-même.

  • René Alavi
    René Alavi
    Parti de rien, revenu de tout
    • Posté à 18h04 le 26/12/2009
    • Internaute 24949
      Parti de rien, revenu de tout

    Les droits moraux et patrimoniaux existent également dans le système du copyright. En ce qui concerne les possibilités d’exploitation d’une œuvre indépendamment des ayants droit, il existe peut-être une différence plus fondamentale entre les deux systèmes : la notion d’« utilisation loyale » (fair use), qui protège les intérêts du public (promotion des arts et du progrès), contrairement à notre « exception légale » aux droits de l’auteur pour brève citation.

    • Moggio
      Moggio répond à René Alavi
      Internaute
      • Posté à 21h57 le 26/12/2009
      • Internaute 94030
        Internaute

      Intéressante observation, René, qui est, je crois, pertinente. Merci !

    • René Alavi
      René Alavi répond à René Alavi
      Parti de rien, revenu de tout
      • Posté à 09h01 le 27/12/2009
      • Internaute 24949
        Parti de rien, revenu de tout

      Avec pas mal de travail restant à faire, la protection des intérêts du public pourrait un jour être explicitement prise en compte par la législation internationale, si l’on croit SILex :

      Lien

  • pikasso02
    • Posté à 19h20 le 26/12/2009
    • Internaute 10134

    « Quant au droit au respect de l’intégrité de l’œuvre, il signifie qu’on ne peut dénaturer, transformer une œuvre, sans l’autorisation de l’auteur. »
    Dénaturer, transformer une oeuvre, sans l’autorisation de l’auteur me semble logique. Auteur vivant, pas de problème. Auteur mort, les choses se compliquent. Les héritiers sont là pour cette raison.
    Parler du processus créatif d’une oeuvre est-ce la dénaturer, est-ce la transformer ?
    Tous propos sur une oeuvre perturbe-t-elle sa lecture. En général nous n’aimons pas avoir d’avis avant de voir ou lire ou entendre ou goûter, bref ce qui touche à nos sens. Sauf exceptions bien sûr ! Difficile aujourd’hui de ne pas entendre parler des oeuvres avant de les voir. Nous devrions lire les critiques après avoir vu, entendu, lu...une oeuvre.
    Tout créateur utilise un processus créatif. Les processus pour créer sont en général connus. Pour un roman, la grammaire et le vocabulaire sont connus des lecteurs. Pour la musique, celui qui écoute sait qu’il participe du solfège et de l’histoire de la musique. Quel musicien n’a pas utilisé des morceaux connus d’une oeuvre du passé pour structurer son oeuvre ? Ils sont nombreux. Est-ce nuire à l’oeuvre écoutée aujourd’hui que savoir que Mozart, BartoK ou Gainsbourg ont procédé ainsi ? Il me semble que non. Que nous ne souhaitions pas connaître les emprunts c’est notre droit. Libre à chacun.
    Mais en peinture, les choses ne semblent pas être aussi simples.
    Est-ce porter atteinte au génie d’un peintre que de révéler ses processus créatifs comme nous le faisons pour les musiciens, reconnus par les oreilles qui le souhaitent ? Tout ce qui a été écrit sur disons... Picasso, semble faire obstacle à toute approche nouvelle de son oeuvre.
    Est-ce manquer de respect ? Est-ce dénaturer l’oeuvre ? Est-ce transformer l’oeuvre de Picasso ?
    Je répéterai donc dans ce message que Picasso structura toutes ses oeuvres majeures depuis les « Demoiselles d’Avignon » avec une peinture de Cézanne : « Madame Cézanne dans un fauteuil rouge ».
    Vous pouvez me mettre des nazes, ça soulage !
    Ce que j’ai trouvé modifie, évidemment les écrits des personnes qui ont connu Picasso. Mais Picasso se livra-t-il sur le comment il procédait ? Pourquoi à « tout » ce qui a été écrit sur Picasso, ne peut-on envisager d’ajouter et réfléchir ensemble, aujourd’hui, à une autre hypothèse de travail ? Merci.

    • Compte supprimé le 6 janvier
      • Posté à 20h03 le 26/12/2009
      • Internaute 99530
        enviable

      Vous avez découvert quoi au juste d’inédit sur Picasso et dans ce cas, qu’attendez-vous pour le publier ? Ca pourrait passionner un large public. Je suis moi même amateur d’histoire de l’art et j’ai du mal à saisir le lien avec Cézanne. Pourriez-vous nous en dire plus ?

      • alberich
        • Posté à 20h21 le 26/12/2009
        • Internaute 84604
          fumiste

        Cézanne/Picasso a été le sujet à la mode de beaucoup d’expos de 2009.

        Comme vous, à part des thèmes communs, je ne vois pas trop ... Picasso parlait beaucoup de Cézanne nous dit-on.

      • pikasso02
        • Posté à 00h23 le 27/12/2009
        • Internaute 10134

        Pardonnez, je vous prie cette réponse tardive
        Je viens de regarder à la Télévision
        De l’Avare magistral une interprétation
        Tant de fois fut joué et jamais maladive.

        L’inédit, De mirabo je vous l’ai dit. Picasso mima chacune de ses œuvres, depuis ses Demoiselles, avec les signes présents dans la peinture de Cézanne, dans une peinture de Cézanne. Choisir plusieurs œuvres ne put que créer le chaos. Sachez, vous le savez, qu’une œuvre picturale est composée de lignes savamment agencées. Les couleurs pour Picasso furent secondaires. Le dessin, la composition et la réussite dans la composition à partir de la composition qu’est « Madame Cézanne dans un fauteuil rouge » lui permettait de savoir si son œuvre était bonne. Il nous cacha le choix de ce « poncif ». Excusez ce mot qui fit rire des spécialistes du Maître, quand je présentai, dans la Chapelle des Beaux Arts de Paris, à la fin d’un colloque sur le Mythe Picasso, un dépliant montrant cette œuvre de Cézanne et sa reproduction en miroir. (Picasso eut recours pour composer, soit à l’œuvre soit à sa reproduction en miroir : deux modèles). Si vous souhaitez en savoir un peu plus, vous pouvez vous rendre sur mon site, bien que nommé blog, sur Google et taper pikasso02. Vous y apprendrez des choses sur l’art jamais publié. Si mes démonstrations sonnent faux, je doute que ce soit sur la confrontation Rubens/Picasso, dont vous pourrez retrouver les pages dans le sommaire. Ce qui pour moi fut révélé par le dessin et la chance, est présent dans ce blog. De nombreuses confrontations avec les deux modèles y sont visibles.
        « Vous avez découvert quoi au juste d’inédit sur Picasso.... ? “
        Inédit, j’en suis sûr. Découverte, je le crois, car elle permet de savoir que Picasso composait et interprétait selon un modèle qui lui était indispensable. Picasso fut un interprète. Sans les points de repère, les rythmes d’une œuvre et sa composition, il n’aurait rien pu faire. Sinon ce qu’il fit de 1901 à 1906. Des œuvres où nous retrouvons déjà le goût de l’emprunt pour créer. Picasso fut un interprète de Génie. Un inventeur de formes avec celles d’un autre. En aucun cas, cette découverte, ne démolit l’œuvre de Picasso. Elle en offre une autre lecture donc vision. Si j’ai commis un sacrilège en révélant ces deux modèles, j’aimerais savoir en quoi. J’aimerais simplement comme vous le faites De mirabo, entretenir un dialogue avec des amateurs des œuvres de Picasso, de 1907 à 1973.
        Quant à la publication, elle existe déjà sur mon blog. Beaucoup de temps est nécessaire pour le lire en entier. Je l’offre à tous pour rien. J’attends des remarques. Je suis prêt à vous démontrer ce que j’ai trouvé à partir d’œuvres de Picasso de votre choix.
        ‘Passionner un large public’ Je vous renvoie à mon blog, et à son sommaire juste au début. De nombreux moments sont à passer avec des œuvres confrontées. Ce plaisir, né de la confrontation d’œuvres de Peintres est aujourd’hui en expansion. Paris, Philadelphie, Aix en 2009. Ce plaisir est offert sur mon blog depuis quelques années.

         
        • Gotch
          Gotch répond à pikasso02
          • Posté à 09h04 le 27/12/2009
          • Internaute 15306

          Mon fils, maîtrise d’histoire de l’art en poche, m’en avait parlé, de cet apport de l’œuvre de Cézanne dans les tableaux de Picasso. Il avait eu pour professeur celui qui, selon ce qu’on lui en a dit, est LE spécialiste de Cézanne dans le monde (J R Soubiran).

          • pikasso02
            pikasso02 répond à Gotch
            • Posté à 09h54 le 27/12/2009
            • Internaute 10134

            Cher Monsieur De Gotch, votre message est un peu court. Je crois que vous n’avez pas saisi ce que j’ai de nouveau à proposer sur l’apport de Cézanne à Picasso. Il est évident que tous les élèves des beaux arts ou avec une maïtrise d’histoire de l’art en poche, ont entendu parler de l’ « apport de l’oeuvre de Cézanne dans les tableaux de Picasso ». Vous employez « CET apport de l’oeuvre de Cézanne ». Ce qui signifie pour vous que ce que je propose est identique à ce que sait votre fils. C’est de lui que j’aurais aimé recevoir le message. D’autre part, même un spécialiste de Cézanne ne peut pas TOUT savoir d’un artiste. C’est de Picasso qu’il s’agit. Je respecte tous les écrivains qui participent à une meilleure approche des artistes. J’ai lu en quantité leurs ouvrages. Si je savais que ce que je propose a déjà été découvert, ou si vous me citez l’ouvrage où je peux l’apprendre, vous ne me lirez plus dans Rue89 ou ailleurs. Bien à vous.

            • Gotch
              Gotch répond à pikasso02
              • Posté à 10h57 le 27/12/2009
              • Internaute 15306

              Monsieur Pikasso02, je viens d’avoir mon fils au téléphone. Je peux donc me permettre de vous confirmer (il n’a malheureusement pas le temps de le faire lui-même) qu’il a bien eu l’info verbale concernant cette particularité de l’apport de ce tableau de Cézanne dans la construction des œuvres de Picasso. Comme la conversation qu’il avait eue à ce propos date de plusieurs années, il n’est pas en mesure de donner plus de précisions. Il m’a également confirmé que son professeur était considéré en Europe comme le spécialiste de Cézanne, sachant qu’un autre le surpassait sans doute aux États-Unis.

              • pikasso02
                pikasso02 répond à Gotch
                • Posté à 12h35 le 27/12/2009
                • Internaute 10134

                les internautes prendront note de votre message. Ce genre de réponse ne change rien à ce que je vous ai écrit. Bon dimanche.

        4 autres commentaires
  • vol19
    • Posté à 23h48 le 27/12/2009
    • Internaute 13492

    Une piste pourrait être de se questionner sur les représentations culturelles sous jacentes à chaque modèle.

    Le Droit français est influencé indirectement par les représentations de l’Eglise catholique, c’est à dire le clergé, le prêtre comme médiateur entre le fidèle et Dieu... ce qui a mené différents chercheurs à classifier les organisations de plus « personnalistes » (poids de la personne, son statut, charisme...) plus important que les fonctions (ou descriptions de fonctions) qui relèvent davantage du modèle protestant ou le livre est le seul médiateur entre le fidèle et Dieu.
    Une autre différenciation se situe sur le poids du concept, de la création dans une conception plus « hypothéticodéductive » latine qui s’inscrit dans le langage et l’éducation et de l’autre dans le monde anglo, le poids plus important de l’expérience, du concret, c’est à dire une vision pragmatique qui mène l’action à un résultat.

    Sur cet antagonisme : droit d’auteur /copyright
    se reposerait les antagonismes suivants

    concept /pragmatique
    (création attaché à la personne qui pense, conceptualise avec quelquepart des illuminations néo « sacrés »)
    versus (Prédominance du médiateur, de l’éditeur qui prend les risques financiers et a le rôle de diffuseur de l’oeuvre au monde, ce qui va avec une vision marchande de la société)

    vision personnaliste / fonctionnaliste
    (création attachée à la personne et ses descendants) versus (diffusion d’une oeuvre contingeante selon des acteurs, un contrat et des rapports contractuels)

    En fait, il ne s’agit pas vraiment de la même chose dans les deux cas, ni ne correspond au mêmes rapports sociaux et organisationnels.

    Internet véhicule implicitement une vision anglosaxone plutôt centrée sur le pragmatisme, le concret, la tâche, la fonction... la question c’est comment les tribunaux, et les acteurs vont interpréter, reprendre les situations rencontrées pour que celà créé litige ou pas ? Une chose est certaine, la propriété des idées avec leur extrême circulation sera plus difficile à revendiquer... ce qui est un gros problème en ce qui concerne le statut de la matière grise dans la culture et risque de mener à des conduites, des stratégies très complexes de la part des acteurs, voire à des différenciations selon les types de créations, constitutions de guildes, réseaux sécurisés, arsenaux juridiques etc. Sans doute des réponses vont s’inventer à partir de l’existant.

  • C. Creseveur
    C. Creseveur
    D'actualité, de dessin surtout
    • Posté à 11h50 le 28/12/2009
    • Internaute 7715
      D'actualité, de dessin surtout

    « inaliénable » ne signifie pas qu’on ne peut pas céder son droit moral, mais que personne ne peut vous l’enlever, vous l’arracher, donc vous empêcher d’exercer ce droit.

    Au delà de la question du droit moral se pose plus encore la question de la rétribution des auteurs.
    Aux US un auteur ne dispose d’aucuns droits sur son oeuvre ou presque mis il est très correctement payé, pour un scénario en tout cas.
    En France, à l’opposé, l’auteur jouit d’une quantité de droits étonnantes (remake, prequel, sequel, de suite, etc.), pour lesquels il touche des montants dérisoires.

    Il y a donc en France une grande hypocrisie à se gargariser d’un droit d’auteur qui serait d’avantage au service de l’auteur, et bien moins à celui du financier.

    Les histoires de droit moral ne concernent que quelques cas d’empêcheurs de se faire du blé à bon compte.

  • vol19
    • Posté à 14h38 le 28/12/2009
    • Internaute 13492

    En complément au post précédent, parmi les réponses possibles des créateurs celà peut être aussi « l’autocensure » qui peut être perçue par le créateur comme une volonté de punir le marché et les dispositifs intermédiaires, ceci lorsqu’il peut être perçue que la part intime du concept de la création est pillée par d’autres. Bre, l’autocensure, la rétention peut aussi être une réponse possible qui ne va pas sans doute dans l’intérêt national...

    Toutefois une question se pose autour de la création culturelle, en art, ou certes un par très intime est investie dans ce type de processus, lorsque l’on n’évoque pas la résilience. Bref, une ère postindustrielle, dite de création communication peut mener à une industrialisation de la création/culture et quelquepart aussi à la précarisation/prolétarisation du créateur et à un système qui se termine en vampire... jusqu’à quel point jouer le jeu... ?

  • guyome
    • Posté à 12h14 le 29/12/2009
    • Internaute 11884

    Je vois pas pourquoi vous liez le droit moral et Internet. Si vous avez suivi le débat sur l’HADOPI, le principal sujet était la rémunération des auteurs, soit le droit patrimonial.

    De façon générale, si les œuvres sont reprises, elles sont rarement « déformées » sinon carrément aggloméré dans quelque chose de nouveau (ex : mozinor).

  • forest
    forest
    citoyen ou homme qui ne veut s' (...)
    • Posté à 20h52 le 29/12/2009
    • Internaute 37616
      citoyen ou homme qui ne veut s' (...)

    Sauf erreur, si je comprends bien, ce qui gênant avec le droit moral éternel, appliqué à une oeuvre vendue, c’est que le détenteur du droit n’entretient pas son oeuvre à ses frais et que le propriétaire est donc tenu de le faire indéfiniment...quand bien même 49 personnes sur 50 voudraient voir l’oeuvre réduite en poussière, elles n’ont pas le droit de la détruire sans l’accord de l’artiste ( à vie) voire pire des héritiers. Voir si l’oeuvre est publique, le contribuable est tenu justement de contribuer la maintenir...genre, vous avez une vieille oeuvre monumentale grisonnante en béton sous vos fenêtres, 1% artistique ou équivalent...mais je suis un peu étroit dans ma vision de l’ art.

    L’art devrait être liée à l’idée d’éphémère, comme tout. L’envie de faire durer associé au libre arbitre de la collectivité , de l’opinion ou du propriétaire.

  • yasny
    yasny
    Entreprenant
    • Posté à 11h48 le 30/12/2009
    • Internaute 100208
      Entreprenant

    La création a toujours consisté à réutiliser de manière plus ou moins directe ce qui existait déjà. C’est le principe même de production des idées en général, qui existe depuis la nuit des temps. Ce qui change avec le numérique, c’est simplement l’accélération du processus. Accès instantané aux oeuvres du monde entier et capacité immédiate de transformation des oeuvres, notamment musique et video. C’est un cas historique où le changement technologique remet en question certains principes de droit soi-disant intemporels. La principale remise en question, c’est que certaines protections juridiques du passé viennent freiner voire bloquer la création d’aujourd’hui et de demain. L’autre changement majeur, c’est que la création par « remix et reuse » n’est plus l’apanage d’une minorité d’auteurs. Tout le monde peut créer aujourd’hui en modifiant des oeuvre existantes. Que le résultat soit de qualité ou non, c’est une autre question. Mais ce sont les notions traditionnelles de création et d’auteur qui sont remises en cause. Les droits définis il y a des décennies voire des siècles se trouveront donc de plus en plus en décalage par rapport à la réalité de la création. C’est déjà le cas.

    Ce qui change tout, c’est le fait que l’on passe d’un modèle avec une très petite minorité d’auteurs et une vaste majorité de consommateurs à un modèle où la frontière entre auteurs et consommateurs est moins nette et où la proportion d’auteurs est beaucoup plus forte.

    Pour une réponse très pertinente face à cette nouvelle donne, je mentionne simplement ici les travaux de Lawrence Lessig, prof de droit à Stanford et auteur de livres remarquables de simplicité et de bon sens sur un sujet (Free Culture, Remix) où beaucoup ont intérêt à faire croire qu’il s’agit d’un domaine réservé aux experts. Il montre aussi que l’internet n’est absolument pas le premier cas où une nouvelle technologie a créé des tensions autour de ces sujets de copyright ou de droit d’auteur. Ils prennent juste une ampleur particulière cette fois-ci et ce n’est qu’un début !

    Encore plus, la mise au point des Creative Commons, toujours par L. Lessig, apporte une réponse très intéressante à mon avis. Et ils me semblent applicables aussi bien dans des pays de droit anglo-saxon que français.

    Comme le dit le site (Lien)
    « Creative Commons licenses provide a flexible range of protections and freedoms for authors, artists, and educators. »

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