En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

L'iPad, produit star des technologies nomades

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 07/04/2010 à 15h49

Le 27 janvier 2010, Steve Jobs, le patron messianique d’Apple, miraculé d’un cancer réputé inguérissable, avait présenté l’iPad. Que n’a-t-on entendu sur ce matériel -un déferlement de remarques déçues- et pourtant, alors que l’iPad sort aux Etats-Unis cette semaine et très prochainement en France, l’attente est grande. Qu’il s’agisse du modèle économique, de la tempête dans les eaux déjà troubles de la concurrence entre « tablettes » ou de la curiosité toujours entière à l’endroit de l’inventivité d’Apple.

Un modèle économique rodé

Le modèle économique de l’iPad, Apple l’a rodé avec l’iPod : l’iPod, c’est le prix élevé du matériel et le verrouillage du consommateur par un système propriétaire.

En effet, le principe de base, c’est le téléchargement des titres sur le magasin iTunes. Un modèle classique d’intégration verticale.

Plus de trois milliards d’applications auraient été téléchargées depuis juillet 2008 sur iPhone. Elles auraient rapporté 4,2 milliards de dollars en 2009. Apple récupère 30% de commissions à l’occasion de chaque achat d’une application.

On peut s’étonner de ce que le consommateur accepte un tel verrouillage, d’autant que le matériel est coûteux. L’explication, c’est la qualité du matériel et le choix très vaste des services liés, mais aussi les effets d’imitation et de snobisme.

Ajoutons les externalités indirectes de réseau -terme qui désigne le fait que le succès du matériel incite à la créativité en matière d’applications, et que l’offre d’applications renforce à son tour la demande de matériel.

Un signal de la profitabilité potentielle de l’activité de développeur d’applications vient de la société d’investissement Kleiner Perkins Caufield & Byers qui s’apprête à doubler le montant de son iFund (soit un total de 200 millions de dollars), son fonds d’investissements destinés au développement d’applications.

Une question rarement posée et pourtant essentielle est celle de la bande passante. Si l’usage nomade de l’iPad en 3G se répand (c’est-à-dire en dehors de chez soi), le réseau peut frôler la saturation. Il faudrait un modèle hybride aux termes duquel l’usager se contenterait du téléchargement des gros fichiers à la maison en WiFi, et se cantonnerait à des usages légers en 3G.

Des négociations serrées avec les producteurs de contenus

Côté livre numérique, la guerre est déclarée entre Apple et Amazon. Amazon aurait menacé plusieurs grands éditeurs de stopper la vente de leurs ouvrages s’ils ne se pliaient pas à de nouvelles clauses pour la distribution des versions électroniques.

Ces éditeurs -Simon & Schuster, HarperCollins, Penguin et Hachette- ont contracté avec Apple pour la vente de leurs livres numériques. L’idée est de contrer la stratégie d’Amazon consistant à vendre les nouveautés à 9,99 dollars pour capturer le marché et inciter à l’achat de son matériel dédié, le Kindle.

Les éditeurs souhaitent décider du prix de vente de leurs ouvrages à un niveau plus élevé (jusqu’à 14,99 dollars pour un nouveau titre). Amazon est prêt à négocier à la condition d’un engagement des éditeurs de trois années de ne pas faire bénéficier les distributeurs concurrents de prix plus intéressants ou de conditions plus favorables.

Une propension à la dépense qui pourrait plafonner

Autre question : les internautes, même pour un service très alléchant, sont-ils prêts à prendre un nouvel abonnement lorsqu’ils payent déjà un forfait pour le téléphone portable et un forfait Internet fixe ?

Comment faire payer pour certains services, tel celui de la consultation de la presse ? Sans doute à travers l’ergonomie du matériel et des offres de services. Par exemple des vidéos lisibles directement dans les articles.
Quant à la tarification de la presse, elle s’adaptera : paiement à l’acte, formules d’abonnement et achat de packages de services.

Si l’iPad rencontre le succès escompté et que les autres tablettes conservent de solides parts de marché, le glas de la presse papier aura peut-être définitivement sonné.

  • 5614 visites
  • 10 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • Waldeck
    Waldeck
    Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)
    • Posté à 15h58 le 07/04/2010
    • Internaute 36864
      Vivement dimanche 20 mai 2012 ! (...)

    Un publireportage (encore) pour Apple, bon, pourquoi pas, si ça profite à notre site préféré ...

    • Keldan
      Keldan répond à Waldeck
      Now future & karpe diem
      • Posté à 17h22 le 07/04/2010
      • Internaute 5164
        Now future & karpe diem

      Ça y est, on a trouvé le modèle économique de la presse en ligne : D

      • Bad Time For Human Kind
        Bad Time For Human Kind répond à Keldan
        Chieur Public
        • Posté à 21h06 le 07/04/2010
        • Internaute 53377
          Chieur Public

        .... et des blogueurs en ligne !

        Pourtant suffit juste de marquer « Publi-information » en tête d’article, c’est pas grand chose !

         
        • Désinscrit le 15-7
          • Posté à 11h35 le 08/04/2010
          • Internaute 992
            nc

          ++++++++++++++++++++++++++++++++++++++

          On peut s’étonner de ce que le consommateur accepte un tel verrouillage, d’autant que le matériel est coûteux.

          A 1ere vue eux s’en tape le coquillard de la tablette (et a quel prix ? ?)...

        1 autres commentaires
  • k-i
    k-i
    endimanché
    • Posté à 16h18 le 07/04/2010
    • Internaute 55073
      endimanché

    Ma pomme, star des tartes...

  • tous_les_plaisirs
    tous_les_plaisirs
    et pas que du chocolat
    • Posté à 16h20 le 07/04/2010
    • Internaute 73078
      et pas que du chocolat

    On peut manger dessus ? Nan ?
    S’en servir de planche à découper ?
    C un chauffe plat à induction ?
    Ca fait niveau à bulle et coussin péteur ?
    C’est un miroir pour s’éclater les points noirs dans le bus ?
    Un Ail-Phone pour le Géant Vert ? nan j’déconne
    On peut faire des pompes dessus comme sur la Wii ? non plus ?

    ...porte gobelets pour la secrétaire... tst tst tst pas possible
    C ’est pas un pèse-personne High-Tech, ça tient pas dans la poche cargo... trop gros pour un sous-verre...

    ... Bon ! ? !

  • alberich
    alberich
    fumiste
    • Posté à 08h28 le 08/04/2010
    • Internaute 84604
      fumiste

    Nomade ...

    L’expression est savoureuse pour qualifier des gens qui se traînent un fil à la patte ...

  • rilax13
    • Posté à 11h09 le 08/04/2010
    • Internaute 39869

    Lien

    le futur produit star.. bien plus interressant que l’ipad et sa techno recyclée. Et qui a déjà moult bugs techniques.. wifi bancal, surchauffe au soleil..

  • Vincenzo_Sentenza-
    Vincenzo_Sentenza-
    Fort de café
    • Posté à 16h24 le 08/04/2010
    • Internaute 104025
      Fort de café

    Qu’est-ce que ça me dégoute cette folie pour les produits pour riches relayée servilement par des journalistes devenus camelots focalisés comme bien d’autres (geeks/bobos) sur leur consommation-jouissance !

  • mute
    mute
    jeune papa ; -)
    • Posté à 17h27 le 08/04/2010
    • Internaute 49964
      jeune papa ; -)

    Je ne comprends pas le titre de votre article : vous parlez de technologie nomade mais l’ipad a été présenté par apple comme l’outil de la famille, sorte de télécommande géante située en bonne place dans le living room de la famille John Doe. Pour moi on est plus proche du cocooning que du nomadisme.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.