En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Les six travaux de Rémy Pfimlin à la tête de France Télévisions

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 15/07/2010 à 13h01

On l’attendait -on l’espérait- à Arte pour succéder à Jérôme Clément à la tête de la chaîne franco-allemande. On le retrouve à la présidence de France Télévision. Les chantiers ne manqueront pas pour cet homme qui devra jouer de son image pour faire un peu oublier son mode de nomination.

1

Le chantier de l’emploi, celui qui inquiète

Ce premier chantier a trait au mode de gouvernance et à l’organisation du groupe. Il s’agit de savoir si l’organisation présente peut être améliorée, si, notamment sur France 3, les effectifs se justifient et si leur répartition ne pourrait pas être plus performante :

  • sur France 2 en effet, pour un chiffre d’affaires de 1 032 millions d’euros, on comptait 1 582 salariés ;
  • sur France 3, pour un CA à peine supérieur (1 150 millions d’euros), on dénombre 4 854 salariés.

Il est vrai que France 3 dispose de 24 rédactions régionales et de 35 locales, ainsi que de 58 bureaux décentralisés, mais la rationalisation de cette répartition est peut-être nécessaire.

Rémy Pfimlin annonce son intention de substituer une organisation déconcentrée à une organisation pyramidale et il a raison. Mais cela ne le dispensera pas d’une réflexion d’ensemble sur les coûts de grille, les coûts de l’information et leur répartition.

2

Le chantier du financement, celui qui fâche

Rémy Pflimlin est « en faveur de la suppression totale de la publicité “. La question doit être tranchée en septembre.

La vraie question n’est pas celle de la suppression totale ou partielle de la publicité, mais des moyens du groupe pour mener la politique de qualité qui est sa raison d’être comme service public.

Les solutions adoptées à la suite des travaux de la commission Copé sont boiteuses, les finances publiques à sec. Attention donc, d’autant qu’un peu de publicité n’influence que marginalement les contenus, mais peut être essentiel à une télévision publique soucieuse de prendre parfois le risque d’innover.

Avec un budget trop contraint, finies les quelques rares envolées d’une télévision qui, avec ou sans publicité, devra répondre du niveau de son audience.

3

Le chantier de l’entente avec les producteurs, celui qui boîte.

Rémy Pflimlin annonce la fin des guichets uniques (dévolus à la fiction, au documentaire, à la jeunesse...) qui mettent les producteurs à la merci des goûts de ceux qui choisissent les futurs programmes et qui accentuent les phénomènes de réseaux, coteries, prébendes... déjà bien trop fréquents dans l’économie de la télévision, qui est une économie de commandes. On ne peut qu’applaudir.

Chaque chaîne se verra attribuer un responsable direct par thème. C’est déjà mieux. Même si cela n’est pas une garantie du pluralisme.

4

Le chantier de l’identité des chaînes, celui qui lutte contre la standardisation

Ce quatrième chantier renvoie aussi à l’articulation des politiques de programmation des chaînes.
L’économiste Steiner montrait en 1952 ce résultat contre-intuitif : la concentration peut être un facteur de diversité plus puissant que la concurrence dans le domaine télévisuel.

Plusieurs chaînes d’un même groupe sont amenées à adapter leurs programmes à des publics différenciés plutôt qu’à proposer systématiquement des programmes standardisés supposés rassembleurs.

Espérons que l’avenir lui donne raison et que France Télévision saura lutter efficacement contre la tentation toujours présente de la standardisation.

5

Le chantier du numérique, celui qui est en retard

Le public ne cesse de vieillir : sur France 2, l’âge moyen du téléspectateur est de 55 ans. Les jeunes préfèrent l’écran d’ordinateur et s’émancipent de plus en plus des logiques de grilles et de grands rendez-vous.

Dans son livre ‘La Fin de la télévision’ paru aux éditions du Seuil, Jean-Louis Missika analysait le phénomène de démédiation qui est, pour la télévision, la perte progressive de son statut d’acteur économique incontournable.

Du fait de la multiplication du nombre des chaînes, l’offre devient hyper-segmentée, et en conséquence, l’audience se fractionne. Ce fractionnement pénalise les grandes chaînes (sans pour autant conforter la situation des petites). Et il s’accentue avec l’ordinateur.

On en vient donc au chantier du numérique sur lequel le groupe a pris un sacré retard, n’exploitant qu’insuffisamment le patrimoine qu’il a accumulé et les potentialités offertes par les réseaux sociaux.

6

Le chantier de la confiance et de l’indépendance

Reste enfin à restaurer la confiance en une information ‘ indépendante ’, et à s’ouvrir aux ‘autres cultures’.

Un président nommé par le Président est sommé, plus encore qu’un autre, de faire ses preuves en la matière. Rendez-vous dans un an pour un premier bilan.

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  • felix d
    felix d
    pré-retraité
    • Posté à 14h30 le 15/07/2010
    • Internaute 49464
      pré-retraité

    Le dossier lourd c’est France 3 : 4800 salariés. Certes. Mais 7000 « équivalents temps plein ». Un énorme merdier aujourd’hui. A tous les niveaux.
    Mme Benhamou, il faudrait sortir un peu du « village » pour comprendre et appréhender le problème .
    Ou bien changer de lunettes.
    Et si le « gras » de F3 c’était précisément sa structure parisienne, inutile ?
    Son « siège » ? Sa rédaction dite « nationale » ? Sa « filière » dite de production ?
    Et non pas son réseau régional, toujours villipendé, jamais évalué ?

    • clozedor
      clozedor répond à felix d
      • Posté à 16h13 le 16/07/2010
      • Internaute 112179

      Ouh la, ca sent le journaliste de province...
      Pas question de toucher à la caste parisienne.
      Ces gens là se reproduisent entre eux, à tous les étages.

  • Troll-en-folie
    Troll-en-folie
    Parano chronique
    • Posté à 15h02 le 15/07/2010
    • Internaute 87214
      Parano chronique

    « les finances publiques à sec »

    Manquerait pas un mot entre publiques et à sec ? : -)

    • R-T
      R-T répond à Troll-en-folie
      Etudiant
      • Posté à 15h18 le 15/07/2010
      • Internaute 118257
        Etudiant

      Lequel ?

      • Troll-en-folie
        Troll-en-folie répond à R-T
        Parano chronique
        • Posté à 15h28 le 15/07/2010
        • Internaute 87214
          Parano chronique

        Celui qui a servit de prétexte pour virer Didier Porte.

         
        • R-T
          R-T répond à Troll-en-folie
          Etudiant
          • Posté à 15h33 le 15/07/2010
          • Internaute 118257
            Etudiant

          Oh...

          Humour douteux mis à part, arriverons-nous (enfin nous... arrivera-t-on ?) un jour à dissocier télévision de publicité ? Cela semble tellement impossible, mais ce serait tellement agréable... Une télévision qui ne serait pas criarde... Je retourne dans mes rêves !

          • Troll-en-folie
            Troll-en-folie répond à R-T
            Parano chronique
            • Posté à 16h11 le 15/07/2010
            • Internaute 87214
              Parano chronique

            « Oh...

            Humour douteux »

            Je le reconnais, et je l’assume, mais c’est pour ça que j’avais volontairement laissé un flou.

        2 autres commentaires
    • clozedor
      • Posté à 12h24 le 19/07/2010
      • Internaute 112179

      acculées ?

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 15h40 le 15/07/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    A mes yeux, il n’aurait qu’un seul travail : couper tout lien entre sa société et l’état.

    Un état n’a pas à avoir sous ses ordres et dans ses comptes une société de radio ou de télévision, c’est une horreur absolue.
    Cela signifie rien de plus que l’on utilise des ressources pour diffuser ce que l’état estime être du divertissement. Et par extension ce qu’une poignée de pense-droit officiels estime être la seule et unique culture acceptable.

    Pour quelle putain de raison je devrais me ruiner pour aller voir le dernier Cameron en 3D et que messieurs les privilégiés peuvent regarder gratuitement leur navet français... Gratuitement, que dis-je ! Pas gratuit pour tout ceux qui raquent la redevance !

    Peut être que certains s’imaginent qu’ils sont cultivé parce qu’ils écoutent France Inter, mais moi je crois plutôt qu’un live de Pupajim sur Nova me rends plus cultivé. Et vu qu’il est impossible de partager les avis, autant traiter les radios à égalité.

    Et la télé j’en parle même pas... Deux canaux principaux rien que pour les bons désirs du ministère de la culture... Quand on voit la gueule du ministre de la culture, ça fait peur. Encore un qui prend son pieds devant des rétrospectives de films soviétiques des années 30 et qui s’imagine contempler un tableau quand un psychopathe crache de la peinture sur une toile...

    Dites moi d’abord pourquoi M6 touche pas la redevance ? Ils en font autant pour la culture.
    Je suis désolé mais le hip hop, le r’n b, la dance, le rock californien et autres musiques de merde sont nettement plus la culture actuelle que l’opéra ou le centième remix de Mozart.
    Montrer des bourges au bord d’une piscine est la même chose que montrer des Wazou-Wazou sur leur île du Pacifique : comment qu’ils vivent les gens pas comme nous ?

    C’est étrange, l’intelligentsia est toujours la première à se la jouer outrer quand on nous cause d’égalité même pour les pires types, mais bizarrement quand il s’agit d’une égalité qui va flinguer leurs privilèges, on entend plus rien...

    • clozedor
      clozedor répond à Keldan
      • Posté à 16h15 le 16/07/2010
      • Internaute 112179

      C’est à la fois passionnant et un peu confus...
      J’ai pas ben compris la finalité de vos propos...

  • Sonchai
    Sonchai
    iconoclaste
    • Posté à 11h10 le 16/07/2010
    • Internaute 112878
      iconoclaste

    La réalité du truc, c’est que Pujadas continuera à servir la soupe, qu’ Arlette Chabot sera toujours sur le bateau malgré une éthique pour le moins discutable, que les commentateurs sportifs continuerons a faire comme si le tour de France était propre...
     » envoyé spéciale « fera toujours des reportages qui ne dérangent pas l’establishment, les jeux proposés resterons abrutissants et débiles, merci Nagui...
    Drucker continuera à nous présenter des portes avions et autres sous-marins(magnifique...) et on nous imposeras de financer toute cette médiocrité par la redevance...
    Bref ce n’est pas cette nomination à la méthode plus que discutable qui me ramènera vers la télévision publique...

    • clozedor
      clozedor répond à Sonchai
      • Posté à 16h16 le 16/07/2010
      • Internaute 112179

      Oh non, critiquez pas Drucker ; il est super sympa.

  • Naradamuni
    Naradamuni
    sans
    • Posté à 13h59 le 16/07/2010
    • Internaute 30050
      sans

    Voilà ce qui est sorti de ma boîte à outils : Un bel et excitant anagramme à six temps à afficher au mur du séjour, au dessus de la télé.

    ECRAN
    ANCRE
    NECAR
    CRÂNE
    CANER
    CARNE
    RANCE

    On y va ?

    ECRAN
    Un Écran, dans son sens premier, c’est un « panneau ou séparation servant à protéger de la chaleur, de la lumière, du son ». Bizarrement, un panneau, c’est une trappe, comme dans l’expression « tomber dans le panneau ». Et question de séparer, la télé est super. Il y a 50 ans, toutes les familles veillaient les unes chez les autres, un soir après l’autre. C’était le temps des chanteurs des rues. L’écran a tout tué. Il protège parfaitement de la chaleur humaine, de la lumière intérieure, et du son profond.

    ANCRE
    Pas besoin de dessin, l’ancre empêche le navire d’avancer, et maintient au sol ce qui pourrait s’envoler.

    NECAR
    Tuer, en latin, rappelle le grec nekros, le cadavre. Le second des quatre termes de la devise des Jésuites « Iustum Necar Reges Impios » (au sens littéral : il est juste de tuer les rois impies), basée sur l’acronyme INRI, censé avoir figuré en haut de la croix du Christ.

    CRÂNE : que dire de plus ? Vous manque les os croisés pour mettre autour ?

    CANER : reculer, flancher, mourir.

    Juste pour faire joli, on peut encore y ajouter CARNE, la mauvaise viande RANCE, donc cadavre avancé.

    Allez, je me lance dans la haute voltige :
    « Ancrée devant l’écran nacré, la carne rance au crâne vide se prépare à caner car ne vit plus ».

    Ai-je sollicité le sens, ou tombe-t-il du ciel ?

    Détruisez vos télés avant qu’elles ne vous détruisent !

    Vieux jade
    Lien

  • Ardjibi
    • Posté à 14h46 le 16/07/2010
    • Internaute 71107

    Depuis quatre ou cinq ans les embauches CDI sont gelées. En 2008, suite à la suppression de la pub, des économies ont été réalisées sur le « petit personnel » : CDD et journaliers « remerciés » par centaines. Je me suis ainsi retrouvé, comme beaucoup, au chômage du jour au lendemain, au RSA quelques mois ensuite, après dix ans d’activité au sein du groupe (en tant que monteur). La surcharge de travail a été confiée aux titulaires dont un certain nombre, auparavant, a été nommé cadre... Sont malins !

    Quant à la différence entre france 2 et france 3 il y a d’indéniables abus de la part de la seconde (c’est le côté sombre du service public avec ses placards dorés, ses postes redondants...) mais on oublie de préciser que france 2 (comme france 5) sous-traite beaucoup en faisant appel à diverses prestataires audiovisuels, tandis que france 3 assume tout ou presque de ses productions (il suffit de regarder les génériques pour s’en rendre compte).

    Maintenant s’imaginer que Pflimlin, qui a dirigé france 3 et généré cette situation va soudainement faire régner la rigueur dans le groupe...

    Quid également du rapport de la cour des comptes et des 57 pourcent du budget consacré à l’information ? L’équilibre est nécessaire mais il doit être envisagé globalement et non pas seulement - comme toujours - sur le mode du : « combien on va pouvoir virer de monde pour faire baisser la colonne dépense ? ».

    L’audiovisuel public a trois besoins majeurs, me semble-t-il :

    1) l’unification. Carolis a entrepris ce chantier, faisant face à la guerre fratricide qui sévit depuis toujours entres les chaînes et aux conservatismes syndicaux. Ceux-ci sont de véritables caricatures : loi des « amis », préavis de grève à chaque souffle de changement... Si le passage au numérique traine tant c’est qu’ils s’opposent à toute modification de leurs habitudes ! Dans le domaine technologique c’est profondément absurde. Quoi qu’il en soit la refonte est en cours, le groupe devrait être géré d’une manière unitaire (pôles techniques, unités de productions communes etc....) et en tirer nombre d’avantages.

    2) Savoir exploiter les compétences et faire preuve d’audace. Les responsables de la programmation sont frileux, se réfugient années après années derrière les mêmes « valeurs sûres ». Des peureux sans imagination qui défendent leur pré carré. L’audiovisuel public dispose de moyens humains et techniques formidables dont on ne fait rien...

    En 2002 JP. Cottet a insufflé une formidable énergie au sein de france 5, recréant l’identité de la chaîne, refondant 80% de la grille... On aime ou on n’aime pas. Mais quelque chose s’est passé dans le sens de la créativité et de la qualité. Depuis son départ ça ronronne. Les mauvaises habitudes ont repris le dessus : on « fait simple » (traduire : on fait peu) on s’appuie sur les habitudes, on se contente de vivre sur les acquis de cette époque. L’ennui revient...

    3) Des gestionnaires qui assument d’être dans un groupe public : pas de bénéfice à réaliser mais un équilibre financier à maintenir. Pour le reste laisser faire les « professionnels du métier » qui, à l’heure actuelle, étouffent entre ces diplômés d’écoles de commerce frustrés d’un côté (qui inventent régulièrement des trucs insensés comme des « cellules de dynamisation des audiences » à l’heure où on abandonne la pub) et les administratifs à l’esprit « fonctionnaire » dans ce qu’il a de moins plaisant : pour changer la moindre ampoule il faut un formulaire en trois exemplaires assorti des pièces justificatives et des visa des responsables hiérarchiques. Alors pour mettre en place un programme novateur... Je caricature un peu. Mais très peu.

    J’ai cependant peu d’espoir. C’est dommage, c’est un groupe au potentiel extraordinaire. Un beau gâchis.

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