En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Rentrée en demi-teinte pour le monde de l'édition

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 07/09/2010 à 15h30

Côté édition, atmosphère mouvementée. Après de longs mois où l’on se réjouissait de la résistance du livre à la crise, voilà que les ventes ont baissé en juillet, alors que le commerce de détail se porte plutôt bien. On attend les données du mois d’août avec inquiétude.

Zizanie sur la méthode à adopter avec Apple

Côté livre numérique, c’est un peu la zizanie. Hachette a accepté de travailler avec Apple. Les livres édités par le groupe seront disponibles sur l’eBook store. Logique : si l’iPad est l’une des tablettes de l’avenir, mieux vaut en être, et dès le départ. Hachette a même axé sa campagne publicitaire sur l’iPad avec la mention « déjà disponible sur iPad ».

Mais ce n’est pas du goût des autres éditeurs, ou du moins de certains autres, qui craignent le pouvoir de monopole et donc de fixation des prix de la maison Apple. Même si on en est loin, le marché étant insignifiant, on n’est jamais trop prudent.

Et ce n’est pas non plus du goût des libraires, qui ont le sentiment qu’on les méprise ou les sous-estime. Le PDG d’Hachette, Arnaud Nourry, s’est même fendu d’un message d’excuses. Quant à savoir ce qu’en pensent les auteurs et les lecteurs, le match éditeurs/libraires laisse peu de temps pour vraiment s’en soucier.

Vent de panique côté éducatif

Comme un ennui n’arrive jamais seul, c’est le marché scolaire qui se trouve lui aussi secoué. Une réforme, ce sont des livres nouveaux, mais le ministère de l’Education semble ignorer qu’un bon manuel ne se fait pas à coups de couper-coller, mais requiert un long processus d’élaboration.

A réforme bâclée, livres en retard. Les élèves de seconde et leurs profs devront patienter. Guère enthousiasmant, mais on fera avec. Comme c’est déjà la grève, on gagne un peu de temps sur les jours sans manuel.

Côté réformes ou plutôt régulation, il faut enfin souligner parmi les enjeux de la rentrée les intentions de Frédéric Mitterrand de faire voter une loi sur le prix du livre numérique, à l’instar de ce qui existe dans l’univers du papier.

Toutes sortes de questions se posent à cet égard : une telle loi qui régule un marché naissant est-elle opportune ? Est-elle applicable ? Est-elle socialement justifiée ? Rien ne va de soi dans la précipitation ministérielle à déjà codifier le livre numérique, un objet pourtant encore si mal identifié.

Moins de premiers romans

Toujours un plaisir de découvrir quelques perles d’auteurs déjà confirmés ou d’inconnus sur lesquels le hasard nous fait tomber. Et d’ailleurs, pour cela, rien ne vaut la table du libraire. A côté des stars, les Nothomb, Houellebecq et quelques autres, le libraire promeut quelques auteurs moins connus.

Mais c’est là que le bât blesse. Dans les industries de prototype, on gère la crise par la surproduction : beaucoup de titres dans l’espoir que quelques-uns marcheront. Donc en cette rentrée, 701 nouveaux romans, contre 659 en 2009 et... 575 en 2001 ; entre 2001 et 2019, la lecture ne s’est pas accrue, et le budget livre des ménages non plus.

Alors que craindre ? Que le trop soit l’ennemi du neuf. Le nombre des premiers romans est en baisse. 85 cette année.

Certes, l’inflation de titres à la rentrée de septembre est un marronnier. Mais la nouveauté, c’est que l’espoir de couvrir les tables des libraires et les espaces médias se produit dans un contexte de concurrence dominé par le numérique. Malgré ou à cause du nombre, la focalisation sur quelques valeurs réputées sûres et rentables est à son comble.

Le salut viendra peut-être d’Internet, pas seulement comme lieu de vente du livre papier et du livre numérique, mais grâce aussi à l’émergence de circuits alternatifs de circulation de l’information, de communautés de lecteurs, de blogs, de tweets qui proposeront des lectures inattendues.

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  • Moggio
    Moggio
    Internaute
    • Posté à 21h03 le 07/09/2010
    • Internaute 94030
      Internaute

    « les intentions de Frédéric Mitterrand de faire voter une loi sur le prix du livre numérique, à l’instar de ce qui existe dans l’univers du papier »... Le lobbying d’éditeurs et de libraires est en cours depuis des mois pour faire absolument passer une telle loi malgré l’avis prudent, argumenté et opposé d’économistes comme vous, comme Mathieu Perona et Jérôme Pouyet (leur opuscule récent paru aux éditions du Cepremap sur le prix unique du livre et leur présentation du livre accessible en ligne sur le site de l’ENS), ou comme ceux ayant travaillé pour l’Autorité de la concurrence sur le sujet (cf. l’Avis de l’Autorité de la concurrence du 18 décembre 2009 publié le 12 janvier 2010)... : ( : ( : (

    • Moggio
      Moggio répond à Moggio
      Internaute
      • Posté à 14h24 le 11/09/2010
      • Internaute 94030
        Internaute

      Le travail de lobbying progresse... : Lien

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 17h57 le 08/09/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    Dans le rapport de Marc Tessier, il y a ce terme, entre guillemets français :
    « océrisation » *

    Jacques Toubon a-t-il protesté ?

    Qu’un homme issu du monde de la télévision se fende d’un rapport sur le de venir du patrimoine écrit ne laisse pas qu’on se pose des questions ?

    Représente-il un lobby ?

    Un pays dans lequel l’état « tient » d’une main rude tout ce qui concerne la culture, le divertissement et la presse, on ne s’étonnera pas que les acteurs habituels du secteur ne le pressent de réguler l’économie numérique.

    Cette régulation dont l’état serait le pivot central n’aura pas d’autres conséquences qu’une accélération de la déliquescence de l’édition.

    Ce qui est déjà caricatural dans l’édition n’est que le reflet de ce qui se passe dans tous les secteurs de l’économie française. Les conservateurs et la gauche des corporations dominantes du salariat ont imposé un système oligopolistique où la création de valeur, dans tous les domaines, est en panne depuis plusieurs années.

    Pour l’édition et la musique cela se traduit par la réduction drastique du nombre de contrats d’édition ou de production avec des nouveaux auteurs ou compositeurs.

    De plus l’attitude des gestionnaires du patrimoine littéraire artistique et surtout documentaire consistent à fermer encore plus les accès au domaine publique déjà très resserrées par des aspirants créateurs.

    Les discussions avec les responsables de ces établissements, rares sont ceux qui acceptent de dialoguer avec leurs usagers, conduisent au même constat :

    La numérisation est pour ex un pis-aller auquel il se rallie que par obligation. Aucune politique n’est clairement annoncée, aucun débat.

    La certitude que ces responsables veulent, au nom du droit moral, de continuer à décider de l’usage des sources qu’ils diffusent. Bref qu’il réduisent le domaine public à un simple droit de consultation pour des raisons personnelles à des fins privées.

    Chaque usager qui souhaite user d’un document issu des fonds patrimoniaux doit obligatoirement recevoir une accréditation à priori pour les obtenir.

    Bureaucratie, technocratie, clientélisme sont en voie de «  digitalisation  ».

    Et les gagnants seront ... les universités, les éditeurs et les producteurs des U.S.A.

    Quand à l’établissement d’un prix unique du livre numérique, c’est à se tordre de rire.

    Cela ne servira qu’à surenchérir l’offre française et n’aura aucun effet quand à la véritable valeur d’un texte numérique sur le marché.

    Les différentes mesures que l’état français a prises depuis les années 80 au sujet de l’édition a conduit au tarissement du rayonnement de la civilisation française à l’étranger, a privé de revenus les auteurs afin qu’ils financent leurs créations.

    Par contre, l’édition est devenu une industrie, les métiers du livre une chaine de valeur dont les bénéfices reviennent aux financiers qui financent les campagnes de promotions de la poignée de véritables auteurs qui enchainent les livres faciles d’accès pour le grand public qui, il faut le reconnaitre, en redemande, tout en achetant de moins en moins.

    Surtout, il existe un marché sans cotation des contrats d’édition.
    C’est à dire des contrats que des auteurs ont signés pour chacun de leur texte avec un éditeur et dont seul ce dernier détient la valeur puisqu’il a reçu l’exclusivité de la diffusion de l’œuvre.

    Ce marché très opaque permet à des filiales multimédias des grands groupes industriels et financiers d’accumuler à des fins de spéculation, le plus clair de la production de textes d’auteurs reconnus à défaut d’être renommés.

    Finalement l’art et la littérature ont comme les spectacles sportifs leur propre mercato  !
    * numérisation en mode texte.

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