En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Fermes éoliennes, jeux vidéo, indice des prix : Google étend son empire

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 20/10/2010 à 10h43

Vendredi, on apprenait que l’action Google montait de plus de 11% à la suite de la publication des derniers résultats du groupe. Des résultats impressionnants en ces temps de crise : un bénéfice net ajusté en croissance de 31% à près de 2,5 milliards de dollars au troisième trimestre, un chiffre d’affaires en croissance de 23%.

Un marché publicitaire en pleine croissance...

La croissance et la diversification des activités du groupe permettent de générer des revenus publicitaires de plus en plus importants : plus de 3,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires en une année, dont un milliard sur mobile et 2,5 en ligne.

Le nombre de clics ne cesse de croitre, à la mesure du nombre des internautes qui choisissent ce moteur de recherche, et cela s’ajoute aux revenus plus récents des encarts publicitaires.

Tandis que le marché de la publicité doit l’essentiel de sa croissance à internet, le volume de la publicité sur Google s’accroît de 50% plus vite que le reste de la publicité sur internet.

... lié à la diversification permanente des activités

Proche de son cœur de métier, Google affiche son intention de se positionner dans le secteur des jeux vidéo destinés aux réseaux sociaux en absorbant Zynga ou Crowdstar.

Plus loin du noyau dur Internet, le site de recherche va investir dans un projet de réseau de lignes à haute tension sous-marines destinées à relier des fermes éoliennes, réparties sur plus de 500 kilomètres, à la côte Est des Etats-Unis.

Deux explications : d’abord, la trésorerie est là. Ensuite, la culture d’ingénieur : Larry Page et Sergey Brin expliquent qu’ils sont dans la droite ligne de leur projet initial de contribuer à « résoudre des problèmes importants à l’aide de la technologie ».

Vers un nouveau service, la prévision économique

Contribuer à la prévision économique est affiché comme un des objectifs. Hal Varian, chef économiste chez Google et qui fut un des pères fondateurs de l’économie de l’information, vient de concocter un indice mensuel des prix à la consommation, publiable quasiment en temps réel, grâce au relevé des prix d’un ensemble de biens et de services vendus sur la Toile.

L’indice intéressera particulièrement Amazon, le premier des magasins de détail sur le Net, qui fête ses 10 ans aujourd’hui.

L’indice ne saurait remplacer l’indice des prix tel qu’on le connait, dans la mesure où le panier de biens achetés par le consommateur moyen sur le Net est très différent du panier de biens achetés dans le commerce traditionnel.

Un exemple : le logement représente environ 40% des dépenses prises en compte dans l’indice des prix traditionnels, mais seulement 18% dans l’indice internet, le GPI (Google Price Index).

Prévision des marchés et des évolutions de la consommation

Pour la petite histoire, on apprend par le Financial Times que c’est en naviguant sur Google afin d’acheter un moulin à poivre que Varian fut frappé par la liste des prix. Lui vint alors l’idée de construire cet indice spécifique.

Plus généralement il est possible d’utiliser le caractère immédiat et transnational des données que l’on peut collecter sur le Net afin d’améliorer la connaissance de l’économie et des comportements.

Sachant (selon l’enquête Discoverdigitallife) que 24% des internautes du monde entier mènent des recherches en ligne sur des produits ou des services à acheter, on aperçoit l’enjeu pour les entreprises en matière de prévision des marchés et pour les Etats en ce qui concerne la prévision des évolutions de la consommation.

Avec une part de marché mondiale de 85%, Google domine la recherche sur le Web, et sature ce marché. La volonté de se diversifier ne cessera donc pas en si bon chemin.

Aller plus loin
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  • Fifidou
    Fifidou
    Post Doc
    • Posté à 10h58 le 20/10/2010
    • Internaute 48893
      Post Doc

    C’est fou, je n’arrive même pas à les classer vraiment parmi les affreux capitalistes sans foi ni loi, chez Google...
    Bon, ils ont bien deux trois casseroles aux fesses, mais je les trouve largement moins antipathiques que certains (genre Goldman Sachs, Total ou même Microsoft). Et leur ferme éolienne n’est pas loin de me conforter dans cette idée.
    Je me demande à quelle point elle est marketting, cette ferme éolienne...

    • Wildleech
      Wildleech répond à Fifidou
      révolutionnaire en devenir
      • Posté à 11h53 le 20/10/2010
      • Internaute 81842
        révolutionnaire en devenir

      Les deux fondateurs de google ne sont pas des salauds, même s’ils ne perdent pas de vue leurs intérêts.
      Par contre, après leur départ (quelle qu’en soit la raison), le géant risque fort de se polarisé sur le profit sans état d’âme.

  • egide
    egide
    Littéral
    • Posté à 15h46 le 20/10/2010
    • Internaute 45067
      Littéral

    En 14 ans, l’ascension de Google est exceptionnelle.

    Rarement dans l’histoire, on a vu une entreprise qui aura changé aussi considérablement le secteur dans lequel elle est intervenue.

    Rarement dans l’histoire, une entreprise doit si peu au politique pour s’imposer face à toute sa concurrence.

    Rarement dans l’histoire, le gouvernement du pays où cette entreprise prospère n’aura rien entrepris ni par le législatif ni par l’exécutif pour contrer l’extension de son activité

    Rarement dans l’histoire, la Justice fédérale et celle des états ne se seront permises d’intervenir à l’occasion d’un procès afin de contrecarrer les activités d’une entreprise à la croissance fulgurante.

    Qui se souvient de cet écran qui est apparu sur le web en 1997  ? Lien

    En France à l’époque, avant toute initiative économique, les politiciens se préoccupait très sérieusement de freiner tout développement d’Internet, ainsi le premier ministre François Fillon en personne, pourtant jeune homme, dépose un amendement assassin visant à instaurer un contrôle de tous les flux Internet 

    En 1996, « l’amendement Fillon » tentait d’instituer une autorité indépendante pour contrôler les sites, le CST. Le Conseil Constitutionnel l’a censurée.
    (source = Lien Lien )

    On voit que les conseils supérieurs et autres hautes autorités ne sont que les bras séculiers du pouvoir politique qui en France encadrent de fait et organisent l’économie par le biais de ces institutions dont les moyens considérables et le manque total de transparence règlent et comme elles l’entendent sans partage ni contrôles presque tous les secteurs économiques.

    Ainsi, en France, pour l’économie numérique, on voit fleurir ces organismes technocratiques véritables aréopages par qui tout se fait et en dehors de qui rien ne peut se faire.

    L’objectif étant d’empêcher par tout les moyens que des nouveaux acteurs économiques puissent prendre pied dans l’économie chasse gardée des sociétés du CAC40 et de leurs filiales

    L’absence d’un moteur de recherche européen qui rétablirait une concurrence nécessaire démontre s’il en était besoin le degré de fermeture et la manière ultra-centralisée des économies européennes qui sont les championnes du protectionnisme malgré le déclin inéluctable de la zone euro.

    L’économie américaine a accepté sans trop barguiner qu’un secteur très nouveau mais qui en est devenu la locomotive bouscule les hiérarchies financières et industrielles.

    L’idée en France est tout simplement inconcevable, la bureaucratie et les élites ne sauraient permettre un véritable big bang économique et social.

    Aussi, nous contenterons-nous de fabriquer des produits dérivés de notre «  patrimoine exceptionnel  » sous l’égide, forcément, du Conseil Supérieur de la Culture Française et de la Haute Autorité de la Communication avec l’aval de L’Autorité de l’Éducation et de la Formation.

    Le principe de ces instances d’arbitrage et de régulation est si perverti en France qu’il faudra bien songer, un jour à «  privatiser  » une bonne fois ces organisme afin de les libérer de la tutelle de fer du gouvernement et de l’état.

  • FEUSTE
    FEUSTE
    (*)
    • Posté à 10h11 le 22/10/2010
    • Internaute 87532
      (*)

    Il y a une chose dont vous ne parlez pas dans cet article, sur la diversification des activités de Google, c’est la mise à l’essai et bientôt sur le marché de voitures en pilotage automatique... Lien

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