En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Faut-il vraiment allonger la durée de protection des oeuvres ?

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 23/02/2008 à 18h01

En 1985, étaient institués des droits dits voisins pour les artistes interprètes, les producteurs de phonogrammes et de vidéogrammes, ainsi que pour les entreprises de communication audiovisuelle. Ces droits permettent aux interprètes de bénéficier de droits moraux et patrimoniaux sur les œuvres auxquelles ils ont participé. Ils couraient jusqu’à présent sur une durée de cinquante ans.

On vient d’apprendre que le commissaire européen au Marché intérieur, Charlie McCreevy, a l’intention de proposer la prolongation, dans l’industrie musicale, de la durée de protection de ces droits de cinquante à quatre-vingt-quinze ans, comme c’est le cas aux Etats-Unis notamment.

Outre-Atlantique en effet, le Congrès adoptait en 1998 le Sonny Bono Copyright Term Extension Act, du nom du député et ex-chanteur de variétés, qui connut la gloire dans son association avec la chanteuse Cher. Le Sonny Bono Act faisait passer la durée des droits d’auteur de cinquante à soixante-dix années, et celle des droits voisins de soixante-quinze à quatre-vingts-quinze ans.

Le groupe Disney n’avait pas ménagé sa peine en vue de l’allongement de la durée de protection de ses personnages et de ses royalties, à tel point que l’on surnomma la nouvelle loi Mickey Mouse Protection Act -la souris aux grandes oreilles serait passée dans le domaine public, celui que l’on peut exploiter sans payer de droits, si la durée de protection n’avait pas été allongée.

La diversité culturelle risque d’en souffrir

Il est donc question pour les Européens d’aligner la durée des droits voisins sur le mieux disant américain. Christine Albanel s’est félicitée de ce qu’elle juge comme une initiative heureuse, notamment pour la diversité culturelle.

L’initiative est sans doute heureuse pour les interprètes des oeuvres qui s’apprêtent à rejoindre le domaine public et dont les enregistrements continuent d’être exploités. Mais la diversité culturelle ne s’accroîtra pas avec ce nouveau renforcement de la législation.

En effet, le droit d’auteur obéit à deux fins complémentaires : rémunérer équitablement la création, et permettre à tous les ayants droits de se voir associés au succès de l’œuvre. Mais cet effet incitatif n’est pas sans inconvénient. L’application du droit d’auteur réduit de fait l’ampleur de la diffusion des œuvres.

C’est pourquoi une solution en deux temps a été adoptée. Dans un premier temps, l’œuvre est sous droit et chaque utilisateur doit s’acquitter d’une somme qui revient -en partie- à l’auteur. Puis l’oeuvre rejoint le domaine public et son usage est désormais libre de droit.

Si la première période est trop courte, le créateur est insuffisamment rémunéré ; si elle est trop longue, l’accès à l’oeuvre est entravé. Un juste équilibre doit être trouvé.

Mickey gagne contre dix-sept économistes

L’allongement de la durée des droits ne va pas dans le bon sens. Telle était la conclusion à laquelle étaient parvenus dix-sept économistes, dont cinq prix Nobel, lorsqu’en 1998 le Congrès américain avait adopté le Sonny Bono Act. Ils démontraient que l’extension de la durée du copyright ne créait pas d’incitations à la création, mais correspondait seulement à l’attribution de rentes.

Ils ne furent guère écoutés, le lobbying de Disney valant sans doute plus que l’analyse de dix-sept économistes de premier plan. De même, des économistes de l’université de Cambridge, dans un rapport au gouvernement britannique, montraient que l’extension de la durée de la protection n’était aucunement souhaitable.

Le communiqué du ministère français de la culture insiste pourtant sur la nécessité de lutter contre « le piratage massif des œuvres sur les nouveaux réseaux et de se préparer, dans ce contexte particulièrement difficile, à la transition vers un nouveau modèle économique pleinement en phase avec le contexte numérique ».

Sur ce point, il a raison. Mais n’y a-t-il pas quelque paradoxe à vouloir toujours allonger la durée du copyright alors que l’on peine tant et plus à faire appliquer la législation présente ? S’agit-il encore de protéger les auteurs, de servir l’intérêt général, ou de prolonger les rentes des labels et de quelques stars surmédiatisées ?

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  • Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
    • Posté à 18h54 le 23/02/2008
    • Internaute 16256

    Mettons nous à la place d’un créateur, auteur compositeur interprète. Je trouve logique qu’il profite de sa production sa vie durant. Je juge anormal que ce bénéfice profite à ses ayant-droits en revanche car eux, n’ont participé en rien à l’oeuvre.

    • personne
      • Posté à 21h24 le 23/02/2008
      • Internaute 21725

      ici il ne s’agit que des interprètes et des producteurs, et encore quand on parle d’interprètes ils ne doivent être qu’une poignée de réellement concernés et du genre à vivre en Suisse. Dans la majorités des cas il ne s’agit que des maisons de disques ou autres gestionnaires.

      • Suppriméàlademandeduriverain17.02.09
        • Posté à 22h00 le 23/02/2008
        • Internaute 16256

        mais non pas du tout, laissez tomber le faux suisse
        je pensais surtout à certaines oeuvres encore protégées pour des auteurs compositeurs classiques disparus, vous l’ignorez sans doute mais effectivement certaines oeuvres du répertoire classique sont toujours protégées et quand elles ne le sont plus continuent à « rapporter » aux ayants-droits, Wagner me semble-t-il illustre mon propos

         
        • personne
          • Posté à 23h06 le 23/02/2008
          • Internaute 21725

          Si vous parler de Richard, ça fait 125 ans qu’il est mort, qu’elle serait la légitimité de ses descendants si longtemps après ?
          Ensuite vous ne semblez toujours pas avoir compris que cette disposition ne concerne en rien les auteurs uniquement les détenteurs des droits des interprètes et des producteurs.
          Après je ne vais paraphraser l’article pour expliquer qu’ici on parle du mépris de l’intérêt commun face à l’intérêt particulier.

        1 autres commentaires
  • jmm65
    jmm65
    qualité ISO
    • Posté à 23h23 le 23/02/2008
    • Internaute 25836
      qualité ISO

    Les brevets pharmaceutiques sont protégés pendant une durée bien précise... Or, comme dirait un certain Président qui se prend pour un Roi, je ne vous dis pas combien ils coûtent ; c’est indécent !

    L’œuvre d’un artiste devrait aussi avoir une durée protégée mais ensuite être accessible à tous ceux qui souhaiteraient l’écouter... Si toutefois il y en a !

    Mais les auteurs/compositeurs veulent toujours plus. Auraient-ils un pouvoir d’achat qui baisse ? Qu’en pensent Macias, Faudel, Halliday, Sardou, etc, etc, etc, etc...

    Savent-ils seulement qu’en France la grande majorité des salariés travaillent pour moins de 1300 €uros par mois ! ! ! Et ce n’est pas 1 an au chômage qui leur garantira un repas décent tous les jours pour eux et leur famille.

    Plus ils sont « gros/gras » et plus ils se plaignent.

    Ce n’est qu’un avis, le mien.

  • leconcombrevert
    leconcombrevert
    La vraie vérité > : -))
    • Posté à 16h13 le 24/02/2008
    • Internaute 8843
      La vraie vérité > : -))

    Il me semble évident que dans la vraie vie un prolongement de la durée de protection ne profite pas aux auteurs et intervenants, mais quasi exclusivement à l’industrie des média.

    En plus de cela, nous les amateurs sommes de cette façon très souvant privés de la possibilité de lire ou écouter des oeuvres, dont la distribution ne présente peut être pas d’intérêt commercial, mais qui font néanmoins parti du patrimoine culturel indispensable.

    Par exemple, j’ai été à la chasse de certains enrégistrements d’Archie Shepp pendant des années et il m’a fallu les trouver dans une brocante. La même chose pour de nombreux livres qu’il a fallu soit photocopier soit « oublier ».

  • Network 23
    Network 23
    identité perdue dans mes papiers (...)
    • Posté à 15h56 le 25/02/2008
    • Internaute 23367
      identité perdue dans mes papiers (...)

    Utile contre-feu à la propagande de Pascal Nègre, quoique je reste en complet désaccord par rapport à la soi-disante « nécessaire » lutte contre le « piratage »...

    Encore une fois, la vente des CDs n’a jamais fait vivre les musiciens, il faut arrêter ce mytho !

    « Sur les 90 000 adhérents de la Sacem, environ 1 500 vivent de leurs droits ; la proportion est moindre encore pour les écrivains, dérisoire pour les plasticiens. Comment défendre un système qui fonctionne mal, et en tout cas rarement ? »

    (Lien)

    La majorité des musiciens, en France, vivent du RMI. Il faut créer un REVENU UNIVERSEL GARANTI, de la même façon que Virginia Woolf disait que l’émancipation de la femme passe par l’écriture, une chambre à soi, fermée à clef, et 7 000 livres de rente.

    Cela est tout à fait envisageable, de même que la lutte contre les paradis fiscaux et le blanchiment d’argent international.

    Non à la loi Mickey ! ! !

    Et Liberté pour les Cent Mille Milliards de Poèmes !

    (Lien)

  • Network 23
    Network 23
    identité perdue dans mes papiers (...)
    • Posté à 15h57 le 25/02/2008
    • Internaute 23367
      identité perdue dans mes papiers (...)

    Un poème interdit par le droit d’auteur :

    Le vieux marin breton de tabac prit sa prise
    Pour déplaire au profane aussi bien qu’aux idiots
    La critique lucide aperçoit ce qu’il vise
    On espère toujours être de vrais normaux

    Du voisin le Papou suçe l’apophyse
    Le vulgaire s’entête à vouloir des vers beaux
    Un audacieux baron empoche toute accise
    À tous n’est pas donné d’aimer les chocs verbaux

    La Grèce de Platon à coup sûr n’est point sotte
    On sale le requin on fume à l’échalotte

    Lorsqu’on boit du maté l’on devient argentin
    Frère je te comprends si parfois tu débloques
    Frère je t’absoudrai si tu m’emberlucoques
    Si l’Europe le veut l’Europe ou son destin.

    A votre tour !

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