En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Le triste scénario du nouvel Hollywood

Françoise Benhamou
Professeur d'économie à Paris-XIII
Publié le 28/05/2008 à 00h01

Il faut lire Le Nouvel Hollywood, un livre de Peter Biskind (paru au Cherche Midi) qui nous raconte la petite et la grande histoire de cette génération de réalisateurs qui voulurent tout à la fois tourner des films exigeants, s’émanciper de la tutelle des studios, et inventer de nouveaux modèles économiques.

C’est un livre qui détaille la vie à Los Angeles, avec son cortège de drames, de mariages ratés, avec les ravages de la drogue et de l’argent, avant ceux du Sida. Un livre qui raconte aussi le talent, l’amitié, les trahisons des uns et la fidélité des autres. Un scénario sur l’histoire du cinéma, sombre et prenant.

Au départ du mouvement, on trouve la fièvre de la fin des années soixante. Le « Nouvel Hollywood » est enfanté par de nouveaux réalisateurs qui s’affirment comme auteurs et artistes. Il rassemble à la fois des metteurs en scène nés dans les années trente (Francis Ford Coppola, Warren Beatty, Stanley Kubrick, Dennis Hopper, et d’autres), et des baby boomers (Steven Spielberg, George Lucas, Brian de Palma, Michael Cimino, etc.). Tous vont tourner tout à la fois des œuvres phares à succès et des œuvres secondaires non commerciales. C’est le cinéma des œuvres à haut risque, celui que les économistes désignent comme le cinéma des prototypes et de l’incertitude radicale, qui défie les conventions, un cinéma qui refuse les hiérarchies imposées par le système des studios, un cinéma qui cherche certes le succès mais qui se refuse à se résumer en money-maker.

Après la grâce, le déclin

Après les années de grâce, arrive le déclin. Un peu comme en miroir de la fin du film Easy Rider, lorsque Wyatt lance à Billy « on a tout foutu en l’air », le monde de Hollywood se réveille un peu sonné. Coppola, désabusé, résume ainsi la situation : « Nous voilà, 20 ans après la Porte du Paradis. Les réalisateurs n’ont plus beaucoup de pouvoir, les dirigeants des studios gagnent un fric monstrueux et les budgets sont plus que jamais impossibles à maitriser ». La passion de Raging Bull s’est enfuie, la prise de risque artistique se fait plus rare, le « trop et trop vite » pervertit les projets.

Il y avait, avec la volonté de reconnaissance du cinéma comme art et pas seulement comme commerce, la recherche de nouveaux modèles économiques. Coppola voulut tenter l’aventure de l’indépendance avec le rachat de Hollywood General Studios, dont il voulait faire une structure indépendante qui accompagne les films de la conception à la sortie, avec toutes les technologies de pointe permettant d’alléger et de fluidifier chaque étape de la production. Ni la qualité ni le succès furent au rendez-vous, comme si la machine s’était brisée.

Le premier film fut un vrai flop, et Coppola perdit beaucoup. En 1982, il vendit son studio au plus offrant, et vit dans cet échec une revanche de l’establishment hollywoodien, qui s’était refusé à financer Apolcalypse Now, et qui craignait ceux qui entendaient de même contourner le poids des studios. Coppola dira plus tard : « nous avions cru naïvement qu’un matériel léger permettrait une production légère. Mais nous avons vite compris que l’essentiel n’était pas le matériel mais l’argent ».

George Lucas fut sans doute plus heureux, du moins au plan financier, lorsque son studio ultramoderne, Industrial Light and Magic, finit par devenir rentable avec la vogue des effets spéciaux. Lucas sera le seul réalisateur du Nouvel Hollywood à s’être affranchi durablement des studios.

Pourtant, en réalité, pour les uns comme pour les autres, c’est le marché qui fut à l’origine de leur puissance : le marché qui, en couvrant les grands succès d’une pluie de dollars, les autorisa à tourner quelques films plus expérimentaux. Et Peter Biskind d’ajouter : « heureusement, alors que des films aussi ridicules que Titanic continuent de légitimer la folie dépensière des studios, une nouvelle génération de cinéastes a fait son apparition. Oliver Stone et les frères Coen dans les années 80, Quentin Tarantino et Aton Egoyan dans les années 90 ont tous injecté une nouvelle vitalité dans le système ».

Cette capacité à rebondir traverse l’histoire du cinéma. Encore faut-il qu’un nouvel Altman puisse trouver aujourd’hui les ressources nécessaires à la réalisation de ses projets. Le cinéma indépendant n’est souvent qu’un leurre, toujours au bord de se faire engloutir par les studios.

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  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 08h15 le 28/05/2008
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    Le film de Coppola , celui qui fit s’écrouler sa compagnie, est d’après moi un petit bijou. One From The Heart n’a pas connu un succès financier, c’est vrai, mais il est devenu avec le temps un film culte qui lui survivra. Reconstruire le centre ville de Las Vegas en studio, lui permit de faire les prises de vues les plus incroyables que j’ai pu voir dans un même film. A ne pas voir sur une télé, il faut voir ça en salle, sur grand écran. Les éclairages de Storaro sont magiques. Et la bande sonore, une merveille....Tom Waits et Crystal Gail, qui de mieux pour décrire une ville de paumé comme Vegas ?

    Hollywood, ça me fait penser au dessin de Goya, Cronos devorant ses enfants. Ne pas oublier le sort de Chaplin et de Welles qui furent jettés comme des merdes.

    Il y a juste un detail qui me chicotte dans votre article, Egoyan n’a rien avoir avec Hollywood, il travaille au Canada, et très souvent uniquement avec de l’argent et le soutient de Telefilm Canada. Ou alors je me trompe ?

  • Puttermesser
    • Posté à 09h27 le 28/05/2008
    • Internaute 6280

    Citons le fabuleux « Les Portes du paradis » de Cimino qui fut responsable de la faillite de United Artists, en 1981.
    Le réalisateur avait eu carte blanche et patatra commercial !
    Ceci dit Coppola a raison, sans argent, un tel film n’aurait pas été possible, ou alors en animation !

  • Tyb
    Tyb
    (par ici, par là)
    • Posté à 09h50 le 28/05/2008
    • Internaute 24914
      (par ici, par là)

    C’est pas étonnant que seul Lucas et Spielberg s’en soient tirés, ils se sont tout simplement mis à faire de la soupe !

    • Lemmy_Nothor
      Lemmy_Nothor répond à Tyb
      - Gone fishing !
      • Posté à 10h18 le 28/05/2008
      • Internaute 12434
        - Gone fishing !

      Coppola , Scorsese, Jarmusch et bien d’autres vivent quand même bien de leur travail. On n’est pas obligé de gagner 375 millions de dollars par année ( Spielberg, l’année dernière !) pour être à l’aise.
      Spike Lee aussi fait un travail qui est interessant.
      Et puis a Hollywood il y a une loi qui est toujours en vigueur, pour qui que ce soit, on est toujours jugé sur son dernier travail. Donc si ça merde, on devient une merde ; même si on a fait dix films qui ont rapportés des milliards.
      Et puis pour vendre sa salade aux grands bonzes qui opèrent les studios, c’est pas evident pour personne, même quelqu’un de très connu comme Rob Reiner qui a mit trois années pour convaincre les studios de mettre du fric dans The Bucket List. Les studios ne voulaient pas mettre un sous sur une histoire de vieux, malgré qu’il s’agissait de Nicholson et de Freeman.
      Si on a pas la benediction des grands studios, le film ne sera pas distribué, car c’est eux qui detiennent presque toutes les salles.
      Il y a quelques années, quand Terry Gilliam avait fait Brazil, les studios ne voulaient pas le sortir en salle, et il a croupit deux ans sur des tablettes. C’est à coup de pétitions du public qu’il sortit en salle.
      Les producteurs, à 90% sont de grands ignares, incultes, qui ne pensent qu’au pouvoir et au fric.
      Je me souviens avoir lu, que les producteurs de Chinatown n’ont jamais comprit le scénario.

  • CA Not Dead
    CA Not Dead
    Glandouilleur Pro
    • Posté à 10h40 le 28/05/2008
    • Internaute 24390
      Glandouilleur Pro

    Les réalisateurs des années 70 que vous citez ont pu connaitre une période de grâce et de financement, par l’entremise d’une crise du cinéma provoquée par la désaffection du publique. Les studios étaient prêt a tout pour reconquérir leurs clients :
    - Recrutement de cinéastes fraichement sortis de l’école (tous copains de promo d’ailleurs).
    - Carte Blanche aux cinéastes et financement.
    - Signature de contrat impensable 10 ans plus tard (Lucas et ses produits dérivés).

    Faut il que le cinéma soit en crise pour qu’il se renouvelle et prenne des risques ?

  • Julien83
    Julien83
    chroniqueur BD au Mague, (...)
    • Posté à 11h46 le 28/05/2008
    • Internaute 37797
      chroniqueur BD au Mague, (...)

    Et alors ? Pourquoi pas une suite ! On le fait bien en France : Les Bronzés (trois volets), Arthur et les Minimoys (prévu en trois volets), ou encore la faameuse Auberge de Klapish...Astérix (trois volets, plus les dessins animés), ou encore la série du Gendarme à St Tropez !
    Et pourquoi pas IRON MAN 2 ! En tout cas, c’est parti pour ! Sur le groupe Myspace officiel de Iron Man, les paris sur le prochain vilain sont en bon train : le Mandarin, comme il circule aussi le bruit d’une « War Machine ». Oui, IRON MAN doit avoir une suite, et Favreau refera un carton ! Et tant mieux !
    Comme il y aura des SAW V et VI, comme il y aura un SPIDERMAN IV & V (tourné en même temps) , et ainsi de suite, avec les prochaines franchises Marvel ou autres.
    Ils ont raison !
    La Promo d’IRON MAN a débuté au Comic-Con de San Diego, et les premières images montées ont garanti un premier succès pour le film, applaudit par des milliers de personnes. Jon Favreau a écouté les fans du groupe, et il s’est arrangé avec la Paramount et la Marvel pour que ce teaser puisse être vu en ligne.
    Les Américains savent lancer les films, entre un « teaser » et le « trailer » ensuite, la foule s’interesse déjà ! En France, nous ne sommes pas capable, on veut tellement tout tenir au secret ! Certains réalisateurs sont tellement dans le doute ! C’est sur ! On ne risque pas la majorité du temps de faire de la « franchise ».

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