En pleine culture

Chaque semaine, une chronique sur l'économie de la culture par Françoise Benhamou, professeur d'économie à Paris-13.

Vers un affaiblissement du ministère de la Culture ?

Publié le 30/03/2008 à 04h24

Eric Besson était déjà secrétaire d'Etat chargé de la prospective et de l'évaluation des politiques publiques. Nicolas Sarkozy vient de lui confier, en plus, le poste de secrétaire d'Etat en charge du développement de l'économie numérique ; il rapportera directement au Premier ministre. Ses missions ? Centraliser et coordonner tout ce qui a trait à l'économie numérique. Eric Besson sera donc amené à s'emparer des dossiers des industries culturelles, qui toutes se voient bouleversées par l'intrusion du numérique tout au long de leur filière, depuis les pratiques de consommation, les modes de tarification et les conditions d'accès jusqu'aux nouvelles structures de production et aux nouvelles formes de prescription et de distribution.

Les réactions ont été plutôt positives à l'annonce de cette nomination, en particulier, bien entendu, du côté des lobbies ou des groupes d'experts de la nouvelle économie. Le think tank Renaissance numérique, s'est ainsi réjoui de la nouvelle, comme on pouvait s'y attendre, rappelant que selon le rapport Lévy-Jouyet, l'influence des technologies de l'information et de la communication dans la croissance du PIB français est de 0,4 à 0,8 point inférieure à ce qu'elle est dans d'autres pays européens et que les TIC représentent 40% des gains de productivité. Une évaluation non démontrée au demeurant, l'effet des TIC sur la productivité étant fort difficile à saisir ou à mesurer, comme l'avait démontré le prix Nobel d'économie Robert Solow il y a déjà quelques années.

Les missions du ministère de la Culture sont affectées par cette création ? Rien n'a été dit, et le périmètre du ministère demeure inchangé. On est, en revanche, en droit de se demander si cette mesure ne réduit pas de fait le champ de compétence du ministère de la culture, déjà plutôt affaibli par l'inquiétude des artistes du spectacle vivant face à la rigueur budgétaire qui met parfois en péril un équilibre économique toujours menacé. Un ministère dont les projets de réorganisation font craindre un retrait ou un moindre engagement. Un ministère fragilisé par le caractère contestable de certaines annonces auxquelles la ministre a dû se plier sans qu'elle ait été consultée : suppression de la publicité sur les chaînes publiques de télévision, expérimentation de la gratuité dans les musées. Une ministre qui doit enfin assumer son échec aux municipales.

Cette moindre capacité d'agir du ministère procède aussi d'un nouveau rapport de force avec les industries venues d'autres horizons, des télécommunications et de l'informatique, largement étrangères au monde de la culture (France Télécom, Free, Microsoft, etc.). Ces nouveaux entrants, qui jusque-là se contentaient de véhiculer des contenus, entendent aujourd'hui en devenir des producteurs. Les biens culturels sont caractérisés par l'importance de production en regard des coûts de reproduction, les nouvelles technologies permettant la duplication en un nombre de copies quasi infini, sans déperdition de qualité. Dans cette économie de coûts fixes, les grands distributeurs peuvent bénéficier d'économies d'échelle en diffusant massivement les biens dont ils sont les coproducteurs.

Le ministère de la culture doit dialoguer avec ces nouveaux acteurs dont les capacités de développement sont sans commune mesure avec celles des médias traditionnels. La ministre de la culture peut-elle encore se faire entendre, si un secrétariat d'Etat s'empare des questions de l'économie numérique, et ne risque-t-elle pas de devoir se replier sur la seule politique du spectacle vivant, et plus généralement de la culture non marchande, laissant au nouveau secrétariat d'Etat ce qui relève de l'économie culturelle marchande, et devant partager avec lui le chantier gigantesque de la mise à disposition du patrimoine immatériel auprès du plus large public ?

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  • marie 75
    • Posté à 18h27 le 31/03/2008

    et le sort des intermittents ?
    Et les subventions pour le spectacle vivant ?

    • bloozmarch
      bloozmarch answers to marie 75
      indocile heureux
      • Posté à 01h20 le 01/04/2008
      • Internaute
        indocile heureux

      Mais ma bonne dame vous rêvez ? La Culture, en Sarkozye triomphante, (ou presque), c » est Bigard, qui a tant fait rire le Pape, c » est Barbelivien, qui écrit si bien, et sans fautes d » orthographe, et en vrai français, et avec pas trop de mots pour que tout le monde le comprenne, c » est Laurent Gerra, qui amuse tant Drucker, et qui est si fin, si classieux, et qui sait surtout si bien sur qui taper, c » est Clavier, qui dit si bien Ookkaayy ! ! ! , et qui a su garder l » « esprit Bronzés », (quelques millions d » entrées), la liste est si longue, mais si ragaillardissante dans cette époque lamentable où certains arriérés, au lieu de ne penser qu » au fric, voudraient encore écouter de la musique un peu élaborée, voudraient voir des films où on penserait un peu, voir des créateurs un peu exigeants, des défricheurs, des gens pour qui les neurones des autres ne sont pas encore complètement gangrenés. Bref, des gauchistes, des anarchistes, des asociaux, en un mot, des ARTISTES !

    • marmotte64
      marmotte64 answers to marie 75
      • Posté à 09h36 le 01/04/2008

      Pour le coup, je pense quand même qu'on peut avoir une politique culturelle sans pour autant tomber dans le travers (très dans la lignée de jack lang) qui consisterait à subventionner le moindre gars déclamant du falstaff dans une ruelle d'Avignon.

  • kawouede
    • Posté à 18h31 le 31/03/2008

    Cet après-midi, sur France Culture, « sur les docs », un documentaire sur la « désobéissance civile » (un peu confus mais bon) ; au passage une interview d'un haut fonctionnaire, énarque qui a démissionné à deux reprises de ses fonctions, parce qu'il trouvait les budgets de la culture en totale contradiction avec les beaux discours...

  • Servais-Jean
    • Posté à 19h11 le 31/03/2008
    • Internaute
      43

    Vers un affaiblissement du ministère de la culture ?

    Mais ma bonne dame, depuis la nomination de La Estupidez a ce poste c'était prévisible, ainsi que nous le disait Rue89 il y a queque temps.

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  • pikasso02
    • Posté à 19h48 le 31/03/2008

    Croyez-vous que le niveau culturel des Français dépend de notre ministère de la Culture ? Je ne le pense pas ! Alors pourquoi s'inquiéter de son affaiblissement ?

  • skalpa
    skalpa
    actif et militant ?
    • Posté à 20h32 le 31/03/2008
    • Internaute
      actif et militant ?

    Un ministère de la Culture, il y en a un dans ce gouvernement ? ? ?

    Pas la peine, le Président est tellement cultivé....

    Lien

  • Servais-Jean
    • Posté à 02h12 le 01/04/2008
    • Internaute
      43

    skalpa
    Vous aussi vous êtes dans la confidence ?

  • sylvain B
    • Posté à 12h57 le 01/04/2008
    • Internaute

    je crois que votre anaylse est un peu succinte, bien entendu que le numérique rogne sur l'action culturelle, mais c'est une incidence technique, la vrai reflexion est quid de l'action culturelle, quid du rôle d'un ministre qui devient petit à petit ministre du patrimoine. Car quelle sont les moyens pour developper l'action culturelle, cette soupe à la crème quie est le mécénat et qui n'est pas dans la tradition française est ce une piste sérieuse ou une fausse piste, le cinéma dont le financement est assuré par des obligation des chaines et une taxe spéciale, n'est il pas faute de risque et par manque de talent et d'espace dans une production en moyenne très mauvaise ?
    le périmêtre de la ministre rogné comme le dit notre universitaire. oui c'est une constante depuis Jospin et catherine trautman, alors bling bling encore une fois n'innove pas. Mais comment redéployer un ministère de la culture, quelle frontière entre privé et public, est ce que le louvre a abou dabi la solution financière ?
    voilà les question à aborder.

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