L'Europe oublie qu'elle n'est plus un enjeu pour les Etats-Unis
Nous sommes entrés dans un monde post-américain et les Européens sont les seuls à ne pas s’en être aperçus. C’est la principale conclusion d’un rapport publié cette semaine par le European Council on Foreign Relations, un think tank basé à Bruxelles.
Les auteurs de ce document remarqué, Jeremy Shapiro et Nick Witney, respectivement américain et britannique, estiment que la plupart des gouvernements européens se bercent d’illusions sur la « relation spéciale » qui les unit aux Américains.
Pour les Européens de l’Ouest, l’Otan a servi de rempart contre les ambitions supposées de l’Union soviétique après 1945. Pour les Européens de l’Est, ce sont les Américains qui ont provoqué la chute de l’URSS et qui les protègent désormais d’un éventuel réveil de l’impérialisme russe.
Pour Obama, l’avenir du monde se joue désormais côté Pacifique
Mais pour Washington, l’Europe n’a plus le même intérêt stratégique que pendant la Guerre froide. Et ce n’est pas l’élection de Barack Obama, accueillie ici avec une incroyable ferveur, qui y changera quelque chose. Le locataire de la Maison Blanche n’a aucune attache particulière avec le Vieux Continent et n’a jamais caché que l’avenir du monde se joue désormais autour du Pacifique.
Pourtant, écrivent Shapiro et Witney, les Européens continuent d’attendre beaucoup des Etats-Unis, notamment en matière de défense, sans rien leur offrir d’autre qu’un soutien souvent irréfléchi. Dans bien des cas, cette « déférence excessive » à l’égard de Washington conduirait les Etats européens à négliger leurs intérêts stratégiques immédiats.
Un seul exemple : dans le conflit afghan, les gouvernements alliés semblent se préoccuper davantage de leur simple présence aux côtés de Washington que de l’influence qu’ils pourraient avoir sur les opérations militaires.
Une Europe forte sur la scène internationale ? Les Etats-Unis ne sont pas contre
Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les Américains ne demandent pas mieux qu’une Union européenne plus forte et plus indépendante.
Toute la question, qui n’est pas vraiment abordée dans le rapport, est de savoir jusqu’à quel point ils s’accommoderaient d’une Europe puissante sur le plan militaire et indépendante au point d’agir contre ses intérêts. Mais on n’en est pas encore là.
Les Européens, de leur côté, sont incapables de s’accorder sur une stratégie commune pour redéfinir les relations transatlantiques. Un an après son entrée en fonction, Obama commencerait à perdre patience devant des partenaires aussi indécis. Ce qui explique peut-être qu’il ait choisi de se faire représenter par Joe Biden lors du déjeuner servi à la Maison Blanche pour le sommet UE-Etats-Unis de mercredi.
Aux Européens d’agir, donc. Depuis que le traité de Lisbonne a été ratifié, tout le monde prétend que l’UE va enfin s’exprimer d’une seule voix et se doter d’une politique étrangère commune portée par son Haut-représentant.
En réalité, il n’en sera rien tant que les Etats membres auront des appréciations divergentes de leurs priorités stratégiques. Par exemple sur les relations avec la Russie, que l’Allemagne souhaiterait approfondir, contrairement à ses voisins orientaux.
Quelle réactions des pays d’Europe de l’Est dans ce nouveau schéma ?
S’il porte un regard sans concessions sur les relations transatlantiques (surtout de la part d’auteurs anglo-saxons), le rapport de l’ECFA n’est pas le premier qui invite les Européens à faire preuve de davantage de volontarisme en matière de politique étrangère commune.
Et comme les choses avancent très lentement sur ce dossier, ce n’est probablement pas le dernier. Dans l’immédiat, il soulève plusieurs questions :
- Si les Américains se veulent moins présents, les pays d’Europe centrale et orientale accepteront-ils pour autant de faire davantage confiance à l’UE pour assurer leur protection militaire ? La récente décision polonaise de placer la défense européenne au coeur de ses priorités, après l’abandon soudain du projet de bouclier antimissiles américain, constitue un premier élément de réponse positif.
- Les Britanniques consentiront-ils à renoncer à la « relation spéciale » qui les lie à leur ancienne colonie pour s’impliquer vraiment dans la construction d’une défense européenne ? La perspective d’un retour aux affaires des Tories laisse planer un sérieux doute sur cette possibilité.
- Enfin, quel rôle la France entend-elle jouer dans cette affaire ? Nicolas Sarkozy a toujours expliqué, sans être tout à fait convaincant, qu’il avait décidé de faire entrer la France dans le commandement intégré de l’Otan pour mieux construire l’Europe de la défense. Le rapport de Shapiro et Witney est totalement muet sur ce point, que les deux auteurs considèrent sans doute comme anecdotique.
Ce qui est certain, c’est que l’Europe de la défense ne se fera pas sans les Britanniques. A cet égard, on ne peut pas peut dire que la charge de Pierre Lellouche contre les orientations européennes de David Cameron soit du meilleur effet pour préparer les prochaines échéances entre Paris et Londres.
Lien vers le rapport :
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utopiste
utopiste
Oui et non cher Eric... la réalité semble plutôt être que les américains ne sont plus les maîtres du monde quoi qu’en disent toujours et encore effectivement les médias européens. C’est la raison pour laquelle vous avez raison de souligner l’incompréhensible permanence des européens d’avoir toujours une « relation particulière » avec les USA. Mais attention ! encore une fois, cette attitude est celle des diverses « élus et élites » européennes. Ces derniers n’ont toujours pas non plus compris que les peuples (et en France en particulier malgré l’ahurissant comportement de nos politiques sur ce sujet ! ?) ont de l’avance sur ce sujet. Nous avons majoritairement bien compris que les choses se jouaient autrement et ailleurs et surtout, avec un regard sur l’équilibre du monde totalement différent de cette axe Euro-Amérique. Comme toujours, le mépris à peine déguisé pour les peuples aveugle grandement cette « élite européenne » qui n’en finit plus de tout faire pour pérenniser un système dépassé voir, mort.
Cela dit, ne vous y trompez pas non plus avec les USA :
1/ Obama n’est pas l’homme le plus puissant du monde, c’est un simple porte parole, comme tous les présidents américains, dont le sort présidentiel dépend largement des lobbies permanents qui occupent le périmètre du pouvoir américian,
2/ le $ perd lentement, que ça plaise ou non, de sa crédibilité. Les Chinois, l’Inde et la Russie l’ont parfaitement bien compris et oeuvrent précisémment pour se démettre de leur dépendance financière au $,
3/ l’Europe demeure malgré tout pour les USA, l’un des morceaux majeur du projet de leur futur puzzle : la constitution d’un hyper bloc composé de l’Europe + Mexique + Canada + Japon et USA, dans lequel une future monnaie (Amero, en attendant peut-être un nom plus sexy ! ?) serait le nouveau poids lourd du monde des échanges.
4/ 375 millions de consommateurs ne représentent pas rien pour les USA et le chagrin d’Obama et de ses divers « conseillers » est surtout de voir que les élus européens se heurtent à des résistances populaires de plus en plus massives...
et c’est cette toute dernière caractéristique qui fera basculer le monde à terme. Car les « élus » d’ici et d’ailleurs n’ont toujours pas compris que les vrais, grands et profonds changements ne se produisent jamais grâce à des politiques, quels qu’ils soient, mais systématiquement grâce à des groupes populaires suffisamment organisés et structurés dont le mouvement finit par faire une grosse tâche d’huile partout. La puissance de ce phénomène est réel, mais habitués que nous sommes en Europe à une atonie générale depuis quelques décennies, ces mêmes élus d’ici et d’ailleurs croient, à tort, que ce phénomène ne se produira pas.... too bad pour eux !
L’illusion qui perdure est celle qui consiste à croire qu’avec une armée dévastatrice comme celle des USA, on parvient à construire. Pas de bol... c’est le contraire que l’Europe et les USA vont recevoir...




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