Juguler la douleur pour que la maladie garde sa place
Alain m’a prévenue au début de la consultation : il est plutôt anti-médicament et je mesure qu’en lui parlant de morphine, j’affronte la peur ancestrale du stupéfiant et de la « drogue ».
C’est une difficulté qui se présente fréquemment, quel que soit le niveau socioprofessionnel du malade. Il ne veut pas s’intoxiquer, ne veut pas devenir dépendant et maintenant, depuis l’émergence de ce que j’appelle les comportements « bio » [c’est mon côté réac de la médecine ; -)], il ne veut tout simplement pas prendre des médicaments car « ce n’est pas naturel » et que « ce n’est pas bon pour la santé ».
Mon discours sur ce chapitre est assez bien rôdé, mais un peu facile car « mes » malades viennent acculés par la douleur. Ils ont d’ailleurs souvent épuisé tous les autres recours avant de me solliciter.
La douleur isole socialement le malade
La douleur est un challenge de notre génération de médecins. Il faut savoir que notre propre éducation à la prescription et au maniement de la morphine est devenu une clef de voûte de notre formation. De plus, nous disposons de nombreux dérivés de la morphine, qui s’articulent sur les différents axes de la douleur : nociceptive (douleur défensive, d’alarme), érogène, psychogène…
J’explique donc à Alain que la douleur est une contrainte inacceptable, qu’elle est liée à la maladie, qu’elle l’épuise. Elle l’isole socialement puisqu’elle l’empêche d’être avec les siens dans les moments de la vie à partager, ou même parce qu’à reprendre du paracétamol toutes les « 3h35 », elle le ramène constamment à sa maladie.
La maladie soir « rester à sa place »
La douleur épuise aussi ses capacités à lutter contre la maladie et accroît la toxicité des drogues de chimiothérapie. Enfin, elle participe très souvent à l’anorexie.
J’ajoute qu’à mon sens, pour permettre la vie avec dignité, le cancer doit avoir une place limitée au maximum : à l’hôpital, à mon cabinet, peut-être dans certains moments de réflexion… On peut juguler la douleur pour que la maladie garde sa place, avec la prise de cachets matin et soir.
Après ce chapitre, je suis souvent sur les genoux parce qu’il faut se battre contre une culture, une histoire, une éducation. Mais faire adhérer à ce concept est fondamental dans ma prise en charge, puisque celle-ci repose sur l’adhésion du patient.
- Sur guerir.orgNathalie sur Guérir.org
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Délinquante au coin de la rue
Délinquante au coin de la rue
Oui, la douleur doit être domptée, d’accord. Pour pouvoir vivre, partager, pouvoir écouter les autres, travailler.
Ce que je déplore, c’est que peu de médecins sont attentifs à la douleur. Ou bien ils vous dirigent vers des centres anti-douleur, avec des rendez-vous impossibles à caser dans l’immédiat.
Je suis confrontée à la douleur tous les jours (pas de cancer heureusement) mais des problèmes osseux. Et je ne tolère pas la morphine, ni les médicaments avec du tramadol... donc, je reste avec mon paracétamol tout simple pris toutes les 4 heures....
Tout ça pour dire que le jour où l’on devra vraiment me proposer la morphine et les dérivés morphiniques, le choix sera difficile.




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