Chez Jean-Marc Fedida

Le blog de l'avocat Jean-Marc Fédida.

Garde à vue : le Conseil constitutionnel joue avec les principes

Publié le 04/08/2010 à 20h26

Nous avions précédemment dénoncé la garde à vue comme la noire citadelle assiégée d’un droit pénal pris d’assaut par tous ceux qui logiquement d’indignent par le récit maintes fois entendu des humiliations subies dans une garde à vue par des proches qui se sont trouvés pour une infraction plus que banale - parfois au Code de la Route - projeté dans une cellule puante, fouillés à corps, tutoyés et humiliés.

Le Conseil Constitutionnel, vient de rendre une décision, le 30 juillet dernier. Son appréciation est sévère, la garde à vue n’est pas constitutionnelle, elle ne correspond pas à un traitement proportionné justifiant une arrestation au sens des dispositions de l’article 9 de la Déclaration quant à l’enfermement qui s’ensuit, s’il est conforme selon le Conseil à la dignité, il n’empêche pas qu’il heurte les droits de la défense et le principe de proportionnalité.

C’est donc la confirmation et la victoire de tous ceux qui ont soutenu depuis des années que la garde à vue était une persistance rétinienne judiciaire des procédures les plus primitives, celles qui voient dominer la force, l’humiliation et l’aveu.

Gloire soit rendue à ceux qui ont participé à cette décision du conseil constitutionnel. J’invite tous les citoyens qui seront placés en garde à vue dorénavant de refuser toute déclarations hors la présence d’un Avocat et de faire acter par les services de police, cette simple phrase « je considère que la mesure dont je fais l’objet est contraire aux dispositions des articles 9 et 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen tels qu’appréciées par le Conseil Constitutionnel dans sa Décision du 30 juillet 2010 », cela devrait Il reste pourtant un goût amer dans la bouche.

Une triple amertume

Cette amertume provient de la décision en elle-même, elle est triple :

  • En premier lieu, l’examen du Conseil se fonde sur des données statistiques qu’il a recueilli et qui sont a proprement parler effrayantes. Il justifie son examen par la constatation de l’inflation considérable de mesures de garde à vue mises en œuvre par les services de police en 2009, soit 790.000 dont il fait état pour justifier le fait que cette mesure fait partie désormais du quotidien des français. Il s’en émeut et s’est parce qu’il constate que le recours à cette mesure est devenu banal, qu’il estime de son devoir de rappeler les principes constitutionnels. On craint de lire que si la garde à vue n’avait pas statistiquement explosé, le Conseil aurait été conduit à s’en désintéresser
  • En second lieu, le Conseil considère que les mesures de garde à vue concernées par un certain nombre d’infractions graves ayant d’ores et déjà fait l’objet d’un examen de sa part, il ne peut revenir sur sa décision. On craint de lire que plus l’accusation sera lourde, plus les services du Parquet auront la liberté d’agir. Nous avons la faiblesse de penser que c’est au contraire lorsque l’accusation est pesante que la Défense est urgente ! Pire encore, il ne faudrait pas que cette décision constitue une invitation pour les Procureurs à « charger la barque » dès l’interpellation pour avoir ainsi la possibilité de continuer des pratiques policières qui sont par ailleurs jugées insupportables pour les libertés individuelles.
  • Enfin et en dernier lieu, le Conseil stigmatise la garde à vue comme contraire tout à la fois au principe à valeur constitutionnelle de la liberté de l’exercice des droits de la défense et au droit à profiter d’un avocat à la première heure disposant d’un accès complet au dossier, mais aussi au principe dit de proportionnalité qui veut que nul ne puisse être arrêté ou détenu sans un motif légitime. Il rappelle que ces principes sont non seulement contenus dans notre constitution, mais plus encore, si l’on ose dire dans le texte fondateur de notre République, savoir les articles 9 et 16 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen. Pour autant, de crainte de voir se volatiliser les procédures en cours, il donne au législateur un délai pour procéder à une correction en l’invitant à changer les textes d’ici le 1er juillet 2011.

C’est dire que non seulement le Conseil constitutionnel estime que des procédures pénales vont pouvoir prospérer alors même qu’elles se fondent sur une violation des droits fondamentaux, mais plus encore, que de telles pratiques pourront perdurer pendant encore un an !

Drôle de manière de concevoir le respect des principes fondateurs de notre constitution, que d’admettre que des pratiques avilissantes puisse ainsi continuer à être tolérées et validées par nos juridictions alors que le constat est fait de leur complète et entière illégitimité. Drôle d’aveuglement que de compter sur une majorité parlementaire acquise au tout sécuritaire pour mettre en œuvre un système libéral...

Le conseil constitutionnel a donc transigé avec les principes, ce qui n’était pas son rôle.

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  • pmithrandir
    pmithrandir
    Developpeur
    • Posté à 22h11 le 04/08/2010
    • Internaute 90097
      Developpeur

    Je trouve que les 3 points que vous évoquez sont peut être compréhensible pour un avocat, mais que pour le travail de la justice ils sont normaux.

    1 : Si il n’y avait pas eu 790 000 GAV, rien n’aurait été fait :
    C’est quand une mesure policière devient banale qu’elle depasse son cadre. Par sa généralisation, elle s’est détournée de son objectif, ce qui entraine sa nullité. Restreinddre l’activité et fouiller au corps certaine personne, parfoiss pour leur sécurité, est une necessité dans certains cas.(empechement de suicide, empecheer quelqu’un de commetre quelque chose, etc...)

    2 : Est ce que les procureurs chargeront la barre, je ne sais pas... ce que je sais c’est que si ils abusent sur l’accusation, ils se prendront le même coup de baton que se prennent les policiers actuellement. A trop tirer sur la corde...

    3 : Le délai d’un an est il normal...
    Légalement je ne sais pas, mais imaginez le chaos si le conseil avait décidé du jour au lendemain que les procédures étaient toutes caduques... On aurait relaché tous les criminels d’un seul coup ? Est ce que le conseil n’aurait pas été accusé de rendre justice en lieu et place des juges ?
    Cette décision aurait dailleur été innaplicable et aurait servi a supprimer au plus vite cette procédure de question de constitutionalité trop dangereuse pour les citoyens(le méchant conseil a tué des gens en libérant des meurtriers...) et surtout très génante pour le gouvernement.
    Il aurait pu donner un délai de 4 ou 5 ans, comme le fait l’Europe, mais il a donné un an... c’est le temps qu’il faut pour faire une réforme sereinement. Que ce serait il passé si il avait donné un mois, le gouvernement aurait pondu un texte pire et completement décalé avec la réalité. On ne travaille pas bien dans la précipitation.
    De plus, cette mesure sonne comme un avertisssment, elle dit aux citoyens, vous avez des droits, faites les respecter et aux policier : stoppez les conneries, vous êtes aller trop loin.
    Juste parce qu’il acte le problème, le conseil constitutionnel fait déja 80% du chemin.

    Bref, vous semblez oublier dans votre démonstration que la loi ne sert qu’à une chose, garantir une justice équitable et utile à la société. une justice qui utilise des vices de formes pour des libérations de grandes ampleurs me semble loin d’être un idéal de société.

    En fait, vous ressemblez étrangement dans votre comentaire aux policiers qui abusent des gardes à vue... vous êtes aussi extremiste qu’eux, mais juste à l’opposé.

    • padiran
      padiran répond à pmithrandir
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 22h56 le 04/08/2010
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      1)« Restreinddre l’activité et fouiller au corps certaine personne, parfoiss pour leur sécurité, est une necessité dans certains cas.(empechement de suicide, empecheer quelqu’un de commetre quelque chose, etc... »
      La garde à vue n’implique pas l’enfermement, donc pratiques inutiles et humiliantes
      2)« je ne sais pas... ce que je sais c’est que si ils abusent sur l’accusation, ils se prendront le même coup de baton que se prennent les policiers actuellement. A trop tirer sur la corde... »
      Ah bon les procureurs se prennent des coups de batons lorsqu’ils appliquent avec sévérité la loi ; c’est nouveau ça vient de sortir
      3)« si le conseil avait décidé du jour au lendemain que les procédures étaient toutes caduques... On aurait relaché tous les criminels d’un seul coup ? “
      -un certain nombre d’infractions graves ayant d’ores et déjà fait l’objet d’un examen de sa part, il ne peut revenir sur sa décision.
      Quand on veut contribuer sur Ru89 on commence par lire
      Je trouve que les 3 points que vous évoquez sont peut être incompréhensible pour un développeur , mais que pour le travail de la justice ils sont normaux. (Le développeur)

      • pmithrandir
        pmithrandir répond à padiran
        Developpeur
        • Posté à 04h47 le 05/08/2010
        • Internaute 90097
          Developpeur

        L’enfermement est une nécessité dans certaines enquetes. Il ne doit pas etre la norme, mais garde a vue, ca veut dire ce que ca dit, on garde la personne a vue.
        Normalement, des limites sont prévues par la loi qui définisse dans quel cas la GAV est légitime, ces ces principes qui ont été un peu oubliés ces derniers temps(non, le mec qui est en excès de vitesse n’est dangereux pour personne au point de lui restreindre sa liberté. Oui, le mec que tu chope avec un flingue en train de tambouriner a la porte du mec avec qui sa copine le fait cocu, lui il mérite d’être mis au calme.

        Et oui, les procureurs ne sont pas sans limites. Si demain ils se mettent a faire les même abus que les flics, il y aura le même ras le bol de la population au bout de quelques années.
        Si les flics perdent la GAV actuelle, c’est moins parce que la procédure pose problème que parce qu’elle a été généralisé a des personnes qui n’aurait jamais du la subir.
        La société, et donc ses politiques, s’en foute que l’on humilie des braqueur d’épicerie. En revanche quand ca te tombe dessus parce que tu as fais une petite infraction ou parce que tes papiers sont a la maison, tu comprends plus.

        Et oui, je maintiens, on ne pouvais pas les rendre illégale du jour au lendemain. Il n’existe pas une société au monde qui accepterait que tous les criminels soient relâché du jour au lendemain.

  • Le Yéti
    Le Yéti
    yetiblog.org
    • Posté à 22h14 le 04/08/2010
    • Internaute 6095
      yetiblog.org

    Ce n’est pas son boulot, ça, au Conseil constitutionnel, non pas de « jouer » avec les principes, mais de les défendre ?

  • Adéménagé le 3 janvier 2011
    • Posté à 23h01 le 04/08/2010
    • Internaute 29846
      menuisier

    - Monsieur l’agent, « “ je considère que la mesure dont je fais l’objet est contraire aux dispositions des articles 9 et 16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen tels qu’appréciées par le Conseil Constitutionnel dans sa Décision du 30 juillet 2010 ”, “

    -Ta gueule connard ! v’là le bottin du XVème si tu veux d’la lecture !

    • padiran
      padiran répond à Adéménagé le 3 janvier 2011
      Chroniqueur Grolandais
      • Posté à 23h15 le 04/08/2010
      • Internaute 5159
        Chroniqueur Grolandais

      Ca pourrait être après interrogatoire « “subtile” de l’individu, pardon du suspect et quelques ratiches en moins.
      Monfieur l’avent, “‘ ve confidère que la mevure dont ve fais l’objet est contraire aux difpovifions des articles 9 et fève de la Déclarafion des droits de l’homme et du fitoyen tels qu’appréfiées par le Confeil Conftitufionnel dans fa Défivion du 30 vuillet 2010 ’, ‘

  • Jean-Marc Fédida
    • Posté à 23h41 le 04/08/2010
    • Expert 85501
      Avocat

    Je suis d’accord avec Yeti, le rôle du Conseil Constitutionnel est de dire le droit et non de chercher des arrangements pour que le droit soit appliqué sans trop déranger....
    J’ajoute que cela fait plusieurs années que les pouvoirs publics sont alertés sur le caractère inconstitutionnel de la Garde à vue. Le législateur devait s’y prendre avant que la sanction ne tombe !

    • Azza
      Azza répond à Jean-Marc Fédida
      Ingénieur en informatique (...)
      • Posté à 17h02 le 05/08/2010
      • Internaute 25467
        Ingénieur en informatique (...)

      Ceci dit, d’apres Eolas, ce sont seulement les mesures qui sont maintenues (en gros, la privation de libertee, les delais d’intervention de l’avocat etc...). Les actes n’etant pas des mesures, l’essentiel du contenu des PV devrait d’ors et deja etre anulable.

      Qu’en pensez vous ?

      Lien

  • Achernar
    Achernar
    Etudiant
    • Posté à 05h51 le 05/08/2010
    • Internaute 119490
      Etudiant

    Il y a un truc que j’aimerais bien savoir, parmi les 790000 gardes à vue chaque année, quel est le pourcentage de personnes qui n’en sont pas à leur première garde à vue ?

    • asozial
      asozial répond à Achernar
      Bobo reprazent - aus Berlin.
      • Posté à 07h16 le 05/08/2010
      • Internaute 2273
        Bobo reprazent - aus Berlin.

      aaaaaaaaaah, encore un étudiant !

      • Achernar
        Achernar répond à asozial
        Etudiant
        • Posté à 16h18 le 05/08/2010
        • Internaute 119490
          Etudiant

        C’est un véritable TOC chez vous on dirait.

        Dans deux mois je passe à Doctorant.

         
        • Azza
          Azza répond à Achernar
          Ingénieur en informatique (...)
          • Posté à 17h03 le 05/08/2010
          • Internaute 25467
            Ingénieur en informatique (...)

          Et bien mon cher, voici un devoir de vacances : trouver la reponse a votre question et venir la publier ici !

        1 autres commentaires
  • otto didakt
    otto didakt
    citoyen en colère
    • Posté à 07h17 le 05/08/2010
    • Internaute 19852
      citoyen en colère

    un conseil constitutionnel composé de mecs comme chichi et son copain debré à la baguette n’auraient-t-il pas comme idée de mettre en porte-à-faux leur « copain » nico histoire de lui pourrir un peu la vie pour sa dernière ligne droite et l’enfoncer un peu plus ? ? ?

  • grosnaze
    • Posté à 09h05 le 05/08/2010
    • Internaute 27732

    La garde a vue était jusqu’à peu supportable et limitée a ce qui est strictement nécessaire avec accord du Parquet.
    La dérive vient avec la mesure de l’efficacité des services de Police (un nombre élevé de garde a vue est bon pour les chiffres) et le glissement vers la facilite du Parquet.
    Reste a voir quel sera le texte final retenu . Et dire qu’on en est arrive là uniquement pour faire briller la lutte contre la délinquance de ce gouvernement. Résultat on est passe de 336 718 gardes à vue en 2001 a 790000 en 2009. Le tout avec des différences de traitement inacceptable. Le placement en garde a vue tient en partie de plus en plus a la tête du client.

  • julienE
    julienE
    producteur
    • Posté à 11h22 le 05/08/2010
    • Internaute 116770
      producteur

    Il est clair que le Conseil Constitutionnel s’est callé sur le droit européen, pas sur la constitution française

  • julienE
    julienE
    producteur
    • Posté à 11h26 le 05/08/2010
    • Internaute 116770
      producteur

    Il

  • CEDHIC
    • Posté à 16h04 le 05/08/2010
    • Internaute 20745

    Conséquences directes de cette banalisation de la GAV, les jeunes de La Courneuve, aubervilliers que je rencontre dans mon taf, ont fatalement banalisé cette sanction. Et quand le curseur de gravité de la sanction bouge dans ce sens, c’est l’ensemble du système qui est fragilisé, notamment le cadre INDISPENSABLE dans lequel ces jeunes grandissent.

    La performance de nullité atteinte par la politique Sarozienne en matière de sécurité est tout bonnement Olympique !
    Faux sur toute la ligne.

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