Les fleurs du printemps nucléaire

Le Japon post-Fukushima

Redémarrage de réacteurs : le combat des stars et des surfeurs japonais

Publié le 12/03/2012 à 11h06

« Un beau paysage où les enfants jouent, un village où l’âme des ancêtres est joyeuse », au loin à gauche les réacteurs de la centrale d’Oi. (Kento Jade)

Une foule s’est réunie devant le conseil municipal de Fukui : une centaine d’habitants a décidé de participer en auditeurs libres au débat sur la remise en marche de la centrale d’Oi, au centre du Japon. Elle est située dans une préfecture où sont installés quatorze réacteurs, surnommée « les Champs-Elysées du nucléaire ».

« C’est incroyable, penser rouvrir les centrales nucléaires après ce qui est arrivé à Fukushima ! », s’indigne ne mère accompagnée de son enfant.

L’opérateur Kansai Denryoku doit remettre en marche les deux réacteurs de la centrale d’Oi en avril, après l’annonce des résultats positifs du « stress test » par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Une décision qui doit être validée par la préfecture de Fukui d’ici le 16 mars.

« Si la centrale d’Oi redémarre, cela veut dire que tous les autres réacteurs vont l’être aussi. Il faut que la population de Fukui se mobilise. Il y a urgence. » déclare l’acteur Taro Yamamoto sous les flashs des caméras.

Cette star de la télé japonaise, qui jouait le délinquant au bon cœur dans « Battle Royale », le film sanglant de Kinji Fukasaku, a disparu des tabloïds depuis sa prise de position antinucléaire.

A Fukui, il a décidé de venir supporter Greenpeace, qui a lancé un appel à participation au premier round d’un débat historique : l’arrêt ou non du nucléaire au Japon.

Fukui, la préfecture aux quatorze réacteurs

Dans la salle du conseil municipal, les derniers gradins sont occupés par des activistes et des familles. Pour cette première journée, l’audience fait salle pleine avec 113 auditeurs libres. Du jamais vu à Fukui.

Un an après la triple catastrophe, le débat nucléaire ne laisse personne indifférent. Mais la plupart des Japonais préfèrent oublier l’incident et reprendre le fil de leur vie comme si de rien n’était.

Sato Junichi, président de Greenpeace Japan, explique :

« Les gens veulent se protéger, ils ont peur du changement. Mais les Japonais doivent réaliser que c’est leur droit de citoyen de manifester ou de donner leur opinion. »

L’organisation mondialement connue ne rassemble que 5 000 membres japonais, signe que l’activisme ne se porte pas très bien ici.

« Le préfet a parlé de renforcer la sécurité des réacteurs pendant sept minutes, et de l’énergie renouvelable pendant une minute », conclut à la fin de la séance Sato Junichi, chrono en main.

Les deux sujets les plus abordés ont été le développement du tourisme et le prolongement de la ligne de train grande vitesse jusqu’à Tsuruga – une ville en bordure de la mer du Japon connue pour ses fruits de mer et les accidents à répétition de sa centrale nucléaire de Monju.

Le réacteur expérimental à neutrons a pris feu en 1995 puis a été écrasé (à vide) trois mois après sa remise en fonctionnement, en août 2010. Situé sur une faille sismique à moins de 100 km de la ville de Kyoto, la centrale accidentée de Monju pourrait provoquer un accident nucléaire pire que Fukushima.

« Avant, je ne pensais qu’à surfer »

Kento, un surfeur, a fait le déplacement exprès depuis Fujisawa, à côté de Tokyo, pour s’opposer à la remise en service des réacteurs d’Oi :

« Avant le 11 mars, je ne pensais qu’à surfer, mais là, c’est difficile de rester sans rien faire. On en a marre ! [...] La centrale de Mihama est située à quelques mètres d’une station balnéaire remplie d’enfants ! »

Kento n’en croit pas ses yeux. Il a profité de son voyage à Fukui pour aller surfer sur la mer du Japon, et a découvert que Mihama et d’autres centrales de Fukui contaminent la mer à chaque accident nucléaire.

« Je tiens un magasin de surf sur la côte Pacifique. Depuis le 11 mars, quand des clients viennent me demander si la mer est contaminée, que voulez-vous que je leur dise ? Que tout va bien ? »

Au bar, une petite bande acquiesce de la tête. Ces membres de la fédération des surfeurs de Fukui sont venus pour échanger les nouvelles. « La situation est grave », résume l’un.

Un autre surfeur, Kazunori Honne, déplore :

« Comme beaucoup de pêcheurs, les gens qui vivent du surf préfèrent ignorer le risque de la radioactivité et reprendre leur activité, comme avant. »

Il raconte comment les habitants du village d’Obama près de Fukui ont combattu contre l’implantation d’une centrale nucléaire en 1969.

« Ils ont eu raison du lobby nucléaire et le projet a été abandonné. Leur lutte est notre modèle à présent. Ils n’ont pas vendu la mer. »

 

Démanteler les centrales crée des emplois

Dans quelques semaines, le Japon devrait fonctionner sans aucun réacteur nucléaire, un évènement historique.

« On nous a dit qu’il n’y aurait pas assez d’électricité en été, puis en hiver. Finalement, il y a de l’énergie en trop. » résume Taro Yamamoto.

Le problème est plutôt de savoir comment régler la question de l’emploi dans ces régions où le nucléaire embauche la moitié des travailleurs – des anciens paysans dont on a racheté la terre. Un problème qui peut se régler, d’après Saito Shinryoku :

« Il faut environ trente à quarante ans pour démanteler des réacteurs. La sortie du nucléaire pourrait assurer un emploi à vie aux travailleurs des centrales, si seulement les opérateurs prenaient la responsabilité de leur donner cette garantie. »

L’intervention surprise de ce conseiller de Fukui – également surfeur, s’amuse Kento – a redonné espoir à tous.

Un autre habitué des vagues est aussi en pointe dans le mouvement contre la reprise des centrales : l’acteur Taro Yamamoto y a même sacrifié sa carrière. Depuis la catastrophe, il est parti filmer à Tchernobyl et à Fukushima, sans sponsors :

« Je le fais pour moi. Quand j’ai vu les images des réacteurs de Fukushima Daiichi exploser, j’ai cru que j’allais mourir. »

Le mois d’avril 2012 sera au Japon le printemps de tous les challenges.

« Nous ne savons pas si on pourra gagner cette bataille, mais le principal est d’essayer. Jusqu’au bout. »

Ce lundi, des militants écologistes japonais ont annoncé avoir déposé plainte pour empêcher le redémarrage de la centrale.

 


L’acteur et icone du mouvement anti-nucleaire Taro Yamamoto, « quand faut y aller, faut y aller » (Kent Jade)

Appel a manifestation pour le 11 mars 2012, « chaine humaine devant l’Assemblee nationale »

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  • 11 réactions
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  • yoshiwatashi
    yoshiwatashi
    ingenieur
    • Posté à 13h39 le 12/03/2012
    • 183115
      ingenieur

    Aidez le Japon en achetant un livre à 4€71.

    Un magnifique livre de photos de Tokyo est en vente sur Amazon (Lien) au format Kindle (voir ce lien si vous ne disposez pas de l’application, gratuite, Lien).

    Les bénéfices de la vente de ce livre sont reversés à la « Japanese Organization for International Cooperation in Family Planning » (Lien).

  • lebondoscié
    lebondoscié
    Clair-obscurantiste
    • Posté à 13h51 le 12/03/2012
    • Internaute 150550
      Clair-obscurantiste

    Si les japonais refoutent en marche les centrales après ce qu’il vient de leur arriver ils représenteront à l’échelon planétaire et aux yeux des puissances nucléaires qui gouvernent, la réponse d’impuissance d’un peuple face à son oppression. A partir de là toutes les exactions seront permises comme au XXeme siècle mais sous d’autres formes beaucoup plus destructives. Bravo le grand capital, bravo pour ce printemps japonais.

  • LienRag
    • Posté à 14h17 le 12/03/2012
    • Internaute 34767

    « Quand j’ai vu les images des réacteurs de Fukushima Daiichi exploser, »
    C’est vraiment dangereux la radio-activité si cela peut faire exploser des images...

  • Cadardoloth
    Cadardoloth
    independant
    • Posté à 19h44 le 12/03/2012
    • Internaute 150739
      independant

    L’arrêt des centrales coute très cher au japon :

    « Les importations de pétrole et de gaz uniquement destinées à faire tourner les centrales électriques thermiques ont bondi en 2011 respectivement de 77% et 18%. Pour la première fois en trente et un ans, le Japon a affiché en 2011 un déficit commercial, de 24 milliards d’euros. Et a démarré l’année avec un déficit mensuel record, de 15 milliards d’euros pour le mois de janvier, creusé par le prix du brut. »

    Lien
    Lien

    Tôt ou tard, pour ou contre, il y aura une réalité économique qui prendra le dessus.

    • Delfi
      Delfi répond à Cadardoloth
      Enjaille la vie
      • Posté à 21h21 le 12/03/2012
      • 182451
        Enjaille la vie

      C’est vrai, mais si cette catastrophe leur permettait de se lancer dés maintenant dans des processus d’installation d’énergie renouvelable, le Japon aurait à l’avenir une stature plus que confortable en figurant parmi les pionniers du développement durable.
      Moi pour ma part après autant d’incidents et de frayeurs je ne pourrais pas rester sur ce mode de vie, c’est d’autant plus inquiétant en ce qui concerne la fameuse faille proche de Kyoto.

      • Cadardoloth
        Cadardoloth répond à Delfi
        independant
        • Posté à 23h39 le 12/03/2012
        • Internaute 150739
          independant

        Cela pourrait être un bon point de départ en effet. Mais le pas à franchir reste énorme : les néons surnuméraires illuminent toujours Shibuya et Shinjuku...

    • memepasmort
      memepasmort répond à Cadardoloth
      altermilitant
      • Posté à 21h42 le 12/03/2012
      • Internaute 150792
        altermilitant

      Je ne crois pas que vous tiendriez le même raisonnement si vous, vos enfants et peut-être vos petits-enfants aviez le malheur de vivre au Japon.
      Le prétexte d’ un nucléaire indispensable à l’économie financière semble bien dérisoire et contradictoire si on se réfère aux énormes dégâts quasi-irreversibles qu’il a causés et qu’il causera encore à l’ensemble de l’économie réelle du Japon, voir du monde entier.
      Non seulement les morts immédiats ne reviendront pas, mais l’ensemble des ressources, y compris des ressources humaines, sont pour longtemps altérées par les conséquences de la tragédie subie par par un peuple qui ne peut se soustraire à une condamnation, à plus ou moins court terme, à une mort programmée par le cynisme des vautours de la finance locale et internationale.
      Le danger du nucléaire, imposé par un besoin sordide d’enrichissement d’un infime minorité de profiteurs cupides, plane sur la vie de milliards d’ êtres humains qui n’ont aucun refuge y échapper.
      La légalisation de l’utilisation de cet instrument mortifère ne constitue ni plus ni moins que la délivrance d’un permis de tuer dont les autorités responsables devront un jour rendre compte devant le tribunal des peuples au titre de criminels contre l’humanité.

      • Cadardoloth
        Cadardoloth répond à memepasmort
        independant
        • Posté à 23h33 le 12/03/2012
        • Internaute 150739
          independant

        Que de blabla...
        Si cela vous intéresse de comptabiliser les « instruments mortifères », compter alors la pollution atmosphérique qui tue 2.4 million de personnes chaque année et les 1.3 millions de morts directement lié à la voiture. Vous pouvez rajouter l’alcool et le tabac, et vous m’en donnerez les chiffres.

        Pour donner mon avis sur le nucléaire, fort est de constater que quelque soit le niveau technique ou le régime politique des pays qui l’utilise, nous ne soyons pas en mesure de contrôler cette énergie fabuleuse : il faut cesser de l’utiliser.

    • lebondoscié
      lebondoscié répond à Cadardoloth
      Clair-obscurantiste
      • Posté à 08h00 le 13/03/2012
      • Internaute 150550
        Clair-obscurantiste

      La réalité a, en effet, une tendance très peu humaine, en capitalie.

  • cétanfranseparaitil
    cétanfranseparaitil
    comprenvitequanonexpliquelontan
    • Posté à 00h25 le 13/03/2012
    • Internaute 109377
      comprenvitequanonexpliquelontan

    nous avons le nucléaire pour l’éternité, la suite c’est la bougie.Bien sur tous les bâtisseurs de cette merde nucléaire seront morts depuis longtemps, c’est pour cette raison qu’il faut dire pendant qu’ils sont vivants l’immensité du crime commis par ces monstres, leur enfants l’entendront...

  • Vivre libre ou mourir
    Vivre libre ou mourir
    Europe ? SALOPE !
    • Posté à 22h37 le 13/03/2012
    • 182797
      Europe ? SALOPE !

    déjà en page deux de la rue, dommage vraiment...

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