Fromage et dessert

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Ducasse à New York : une « french cuisine » endormie

Guillemette Faure
Journaliste
Publié le 10/07/2008 à 10h07

Capture d’écran du site de Benoit NY.

Quand Alain Ducasse, il y a huit ans, avait ouvert son premier restaurant à New York, les critiques s’étaient offusqués. Dîner à cent soixante dollars, un choix d’une dizaine de stylos pour signer chèques et reçus de carte bleue, des plantes coupées devant vous pour les infusions… « A des Français, il n’aurait jamais osé faire ça… » Les critiques américains s’étaient sentis pris pour des Américains (et le service avait été revu à la baisse).

A présent, Ducasse fait une nouvelle tentative new-yorkaise, avec Benoit (sans accent circonflexe), restaurant de cuisine bistro, cette fois tellement faussement ordinaire que les mêmes critiques se demandent à nouveau si on ne se moque pas d’eux.

D’abord le thème brasserie déjà archi à la mode à New York. « Toutes les brasseries new-yorkaises sont, par nature, des contrefaçons. Mais étonnament, Benoit est encore plus artificiel » , note la critique de New York Magazine. « J’ai l’impression d’être à Paris, le casino de Las Vegas du même nom, dit un des grincheux à la table. »

La farandole des clichés

Escargots, cassoulet, soupe à l’oignon, tarte Tatin… « Un repas qui aurait pu être servi avec un béret en guise de set de table et des mini-Tour Eiffel en ronds de serviettes » , raille Frank Bruni, le célèbre chroniqueur du New York Times… Le dîner chez Benoit c’est une « expérience tellement familière que ça en est presque un cliché » .
Jusqu’au moment, où se dirigeant vers la porte du restaurant made in France, l’hôtesse lui lance un « ciao » , suivi d’un « grazie » … « C’est le genre de fausse note qu’un restaurant qui insiste aussi lourdement sur son classicisme régional ne peut pas se permettre » , s’amuse Frank Bruni.

Cassoulet et soupe à l’oignon, c’est bien le menu d’été… « Alors que trouve-t-on sur celui d’hiver ? un gaspacho glacé ? “ se demande le New York Times.

La salade la plus ennuyeuse du monde

Et le contenu des assiettes n’est pas renversant non plus. Le cassoulet a l’air d’avoir été ‘ préchauffé au micro-ondes’ , les frites sont tièdes, le poulet rôti est trop cuit, selon New York Magazine. Le critique du New York Daily News salivait à l’idée de Ducasse s’attaquant à la cuisine bistro. Il s’imaginait ‘ des saveurs vives, de la complexité, de l’histoire…’ Au lieu de quoi, ‘ je ne m’imaginais pas que je mangerais la salade la plus ennuyeuse du monde’ . Son conseil : se contenter de l’œuf mayo à un dollar au bar.

La troisième fois que le critique du New York Post a goûté des quenelles, elles étaient brûlées, ‘ Comment peut-on brûler des quenelles ? Y a t-il quelqu’un de réveillé à la cuisine ? (enfin s’il en a pris trois fois, elles ne devaient pas être si mauvaises).

Même les desserts ne font rien pour soulager le sentiment d’ennui qui imprègne la pièce’ , déplore New York Magazine.

Que fait Ducasse dans cette affaire ?

‘Est-ce qu’on peut détecter une touche de Ducasse dans toute cette cuisine ? se demande New York Magazine

Bien sûr que non. Dans le contexte du large empire du chef (il a déjà vingt-et-un restaurants et continue à en ajouter), Benoit a l’air d’un triste campement, un endroit monté sans but ni passion pour faire voler le drapeau et peut-être gagner un dollar ou deux.’

Pour le New York Post, que Ducasse soit derrière ce restaurant tient du mystère :

‘comment a t-il pu ouvrir un endroit aussi ennuyeux, ça n’attirerait pas un regard si ça venait de quelqu’un d’autre.’

New York Magazine finit sur une interrogation :

‘ Est-ce que Benoit diffère des autres pseudo-brasseries de la ville ? Probablement pas. Mais si le chef le plus célèbre de France ne peut pas se donner la peine faire mieux, alors peut-être que la cuisine française, telle que la nous la connaissions, est encore plus morte que ce que nous pensions.’

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  • TARPON
    • Posté à 10h46 le 10/07/2008
    • Internaute 27263

    Faudrait que rue 89 nous invite,c’est difficile de juger à distance .

  • Pterois Volitans
    Pterois Volitans
    (en plongee)
    • Posté à 11h09 le 10/07/2008
    • Internaute 47208
      (en plongee)

    Donc. J’y ai curieusement mange. Une salle aveugle ouverte a la va-vite (pas de licence d’alcool a l’epoque, donc BYOB - bring your own bottle). Un service triste (ou peut etre stone par les fraiches vapeurs de peinture) qui amene soit de l’old school (sympa le carre d’agneau) soit du gadget (des mini profiterolles que l’on trempe dans un grand bol de chocolat), bref c’est malheureusement invite que j’en repars.

    Meme si j’ai eu la grace d’une poignee de main du Ducasse lui meme, bel et bien plante a la sortie.

    J’ai quitte l’endroit comme une funeraille.

    Ou sont les hommes ?

  • Gosseyn
    • Posté à 15h16 le 10/07/2008
    • Internaute 1943

    « New York Magazine finit sur une interrogation :

    “Est-ce que Benoit diffère des autres pseudo-brasseries de la ville ? Probablement pas. Mais si le chef le plus célèbre de France ne peut pas se donner la peine faire mieux, alors peut-être que la cuisine française, telle que la nous la connaissions, est encore plus morte que ce que nous pensions.” “

    Rassurons le New York Magazine, Ducasse n’est plus français mais monégasque. Et pas pour la tradition culinaire de la principauté, mais bien pour sa tradition fiscale qui, bien assaisonnée, est bonne pour les affaires.

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