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Liberté de panorama : pourra-t-on bientôt montrer des photos d'architecture ?

Publié le 22/11/2011 à 19h09

Le Louvre « troué » (Free-Online-Photos)

Peu de médias en parlent, pourtant l’événement est d’importance. L’Assemblée nationale est sur le point de remédier à l’une des principales carences du code de la propriété intellectuelle en France : l’absence de liberté de panorama.

Comme je le soulignais dans un précédent billet, le code promeut, en son état actuel, un espace public troué. L’article L. 112-2 considère en effet les créations architecturales comme des « œuvres de l’esprit ». A ce titre, leurs auteurs peuvent exiger une rétribution sur toute reproduction publique de leur œuvre.

Evolutions et révolutions de la jurisprudence

Ce statut dérive d’une jurisprudence ancienne. A la fin du XIXe siècle, la photographie suscite des peurs parfois irrationnelles. Plusieurs particuliers intentent des procès pour « vol d’image ». En conséquence, l’Etat bannit les photographes de l’espace public : parcs, immeubles et monuments leur sont interdits.

Au début du XXe siècle, cette législation draconienne s’assouplit. Néanmoins, les œuvres architecturales échappent à ce désengagement. La contributrice Jastrow a ainsi déniché sur son blog une décision du tribunal de commerce de Mirecourt de 1924 qui indique :

« En reproduisant en cartes postales le monument, [le photographe] a commis une faute portant atteinte aux droits exclusifs de reproduction concédés par le sculpteur. »

Or, ces dernières années, la jurisprudence a pris une tournure toute différente. Sans remettre en cause le code, elle le contourne plus ou moins habilement en faisant intervenir des droits concurrents tels que le droit à la citation. 

Un arrêt de la Cour de cassation de 2005 déboute ainsi une plainte de Daniel Buren et de Christian Devret qui s’opposait à la diffusion d’une carte postale représentant la place des Terreaux à Lyon (et donc, par ricochet, leurs œuvres d’art qui y étaient temporairement exposées). Argument :

« L’œuvre […] se fondait dans l’ensemble architectural de la place des Terreaux dont elle constituait un simple élément. »

L’Assemblée saute le pas

Avec un temps de retard, le législateur est peut-être sur le point d’emprunter le chemin suggéré par le juge. Les députés examineront ce soir (à partir de 21h30) un projet de loi sur la copie privée. L’un de ses amendements (le n°22) vise à réformer l’article L. 122-4 du code de la propriété intellectuelle. ll insérerait la disposition suivante : 

« Toutefois est autorisée la reproduction par la peinture, le dessin, la photographie ou le cinéma des œuvres de toute nature situées de manière permanente dans l’espace public, y compris à l’intérieur des bâtiments ouverts au public, ainsi que la distribution et la communication publique de telles copies. »

La proposition est défendue par deux députés de la majorité, Lionel Tardy (UMP) et Jean Dionis du Séjour (NC). Selon toute vraisemblance, elle a des chances d’être adoptée. Cependant, comme le rappelle, le blogueur Choix du Chaos, elle intervient au terme d’une journée chargée :

« Le projet est le dernier à l’ordre d’une journée bien chargée, car dédiée au budget de la Sécurité sociale. Pour que la France avance dans l’ère Internet, il nous faudra donc remplir trois conditions : que les discussions sur la Sécu ne prennent pas tout le temps disponible ; que le projet de loi sur la copie privée soit accepté ; que l’amendement numéro 22 au projet de loi sur la copie privée soit accepté. »

Sur le site de l’Assemblée nationale, les deux rédacteurs explicitent leurs intentions dans un exposé sommaire. Ils prennent notamment acte du fait que plusieurs pays européens ont déjà libéralisé leur panorama – l’Allemagne fait d’ailleurs œuvre de précurseur : la « paranomafreiheit » prévaut depuis près d’un siècle et demi.

Certains pays possèdent dans leur législation une exception supplémentaire au droit d’auteur appelée «  liberté de panorama  », qui donne le droit de diffuser ses propres photos de bâtiments dont l’architecte est mort depuis moins de 70 ans ou de sculptures situées dans les jardins, malgré l’existence de droits de propriété intellectuelle de l’architecte ou de l’artiste.

Une prise de conscience collective

On peut se demander ce qui a accéléré cette prise de conscience. Longtemps tolérés, les trous que dessinent les architectures protégées dans l’espace public paraissent aujourd’hui insupportables. L’exposé de Tardy et Dionis du Séjour souligne :

« Outre l’incompréhension que cela suscite auprès du public, cela gêne la diffusion même de ces œuvres sur Internet, les sites qui publieraient ces photos encourant le risque de poursuites en contrefaçon. »

Parmi les sites qui « encourent le risque de poursuites en contrefaçon  », il y a Wikipédia. Une récente prise de décision de la communauté francophone a finalement abouti au maintien de l’exception au droit d’auteur pour les bâtiments récents (63% de voix pour, 37% contre). 

Or, cette exception met Wikipédia hors-la-loi. La Wikimedia Foundation prescrit en effet que chaque Wikipédia doit se mettre en conformité avec la législation du «  pays où le contenu du projet est le plus consulté  ». Or, fr.wikipedia.org est une encyclopédie francophone, dont environ 72% des lecteurs sont français.

Parallèlement à cette prise de décision, les « wikipédiens » tentent de sensibiliser la société civile à cet enjeu. Fin septembre, le président de Wikimédia France, Rémi Mathis, appelait à rendre aux Français leur paysage architectural.

A l’annonce de l’amendement de Tardy et Dionis du Séjour, l’activisme des wikipédiens s’intensifie. Une section du Bistro (l’espace de discussion central des wikipédiens) invite les contributeurs français à contacter leur député. Plusieurs dizaines de lettres et mails ont été rapidement expédiés.

La blogosphère embraie rapidement sur cet appel. Wikimédia France diffuse un communiqué incitant les parlementaires à voter l’amendement. Les blogueurs Moyg et le Choix du chaos font connaître l’affaire auprès de leur public respectif. De son côté, Jastrow livre une intéressante analyse de l’amendement et de son éventuelle intégration dans la législation existante.

Rendez-vous en soirée pour mesurer l’ampleur de cette mobilisation.

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  • Féline
    Féline
    fée
    • Posté à 19h22 le 22/11/2011
    • Internaute 111221
      fée

    « l’une des principales carences du droit français : l’absence de liberté de panorama. »

    L’une des principales carences ? Je veux bien que ce sujet vous tienne à cœur, mais, euh...comment vous dire, n’avez-vous pas l’impression d’une très légère exagération ?

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à Féline
      wikipedien
      • Posté à 19h59 le 22/11/2011
      • 173195
        wikipedien

      J’ai recentré mon propos : ce n’est peut-être pas essentiel pour le droit en général, mais ça l’est pour celui de la propriété intellectuelle.

      C’est effectivement un sujet qui me « tient à cœur » en tant que wikipédien. La diffusion encyclopédique d’une bonne partie du patrimoine français en dépend.

      • Jean-marcR
        Jean-marcR répond à Pierre-Carl Langlais
        Contemporain
        • Posté à 21h41 le 22/11/2011
        • Internaute 92348
          Contemporain

        Sans parler du fait que cette brèche ouverte permettrait d’en ouvrir d’autres tout aussi importantes pour l’avenir d’un internet de la connaissance, du partage, et de la création par tout un chacun à base de remixages.

        Ce qui est une question pour le coup très principale.

  • Jean Karl
    Jean Karl
    Courageux anonyme
    • Posté à 20h29 le 22/11/2011
    • Internaute 114739
      Courageux anonyme

    Vous caricaturez un peu. On a toujours pu publier des photos d’architecture... Les journaux sont pleines de perspectives de concours ou de photos de réalisation...
    Tout ce qu’on aimerait, c’est qu’on nous demande notre autorisation (je la donne toujours par exemple) et qu’on fasse apparaître le nom de l’architecte.
    C’est la moindre des politesses non ?
    Après que Peï touche des royalties sur les millions de cartes postales de la pyramide qui sont vendues, ça me paraît une juste récompenses de son travail. C’est aussi ça le droit d’auteur. (ça vaudrait aussi pour moi, mais on ne fait pas de cartes postales de mes bâtiments... dommage).

    • A déménagé le 7-12-2011
      • Posté à 00h11 le 23/11/2011
      • Internaute 50999
        non connue

      D’accord avec vous pour la première partie de votre discours : c’est effectivement très facile d’obtenir l’autorisation, le plus souvent à titre gracieux de la part d’architectes « normaux », en dehors de certaines divas et ceux dont les droits sont gérés par des sociétés d’auteurs encore pires que la SACEM.

      En revanche, je trouve que considérer un bâtiment comme une œuvre issue de la création d’une seule personne est un non sens, vu qu’il s’agit d’une création collective fruit des idées de la maîtrise d’ouvrage, des assistants à maîtrise d’ouvrage, entreprises, des bureau d’études associés ...

      Au cabinet d’architectes : l’associé signant l’œuvre, qui assure le plus souvent les échanges avec le maître d’ouvrage, n’étant que rarement celui ayant travaillé activement à sa conception.

      polym, programmiste / amo /photographe

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à Jean Karl
      wikipedien
      • Posté à 00h27 le 23/11/2011
      • 173195
        wikipedien

      Effectivement, des cas comme Buren ne sont pas la norme. Dans mon précédent billet, j’ai mentionné le fait que de nombreux architectes souhaitent au contraire favoriser la diffusion de leurs œuvres (d’ailleurs, les ayant droits demandent assez rarement le retrait des photographies de bâtiments récents hébergées « illégalement » par la Wikipédia francophone).

      Sinon, le problème ce n’est pas que Peï reçoive des royalties. Le véritable problème c’est que la pyramide s’intègre dans un espace public et que sa présence entraîne la privatisation d’une portion de cet espace (sur la photo du haut on ne peut plus voir une bonne partie du Louvres).

    • bencoi
      bencoi répond à Jean Karl
      cépascertain
      • Posté à 01h16 le 23/11/2011
      • Internaute 100663
        cépascertain

      Un architecte, il est payé, en général très bien, pour faire un travail (oui un travail). Faut-il qu’il bénéficie en plus d’une rente ? C’est d’une grande vanité.

      • Jean Karl
        Jean Karl répond à bencoi
        Courageux anonyme
        • Posté à 09h55 le 23/11/2011
        • Internaute 114739
          Courageux anonyme

        Les projets bénéficiant d’une telle rente sont rarissimes..
        Quant à la rémunération des archi, je crains que vous ne faisiez référence à des temps révolus.

         
        • la choukette
          la choukette répond à Jean Karl
          libre penseur si possible
          • Posté à 12h31 le 23/11/2011
          • Internaute 90914
            libre penseur si possible

          période révolue pour tout le monde,

          il n’y a pas que les archis et les musiciens qui souffrent de nos jour,

          bref aucune raison pour ne pas réadapter le droit d’auteur et la propriété intellectuelle à la réalité actuelle,

          et quand on voit ce que nos chers « représentants » nous ont pondus sur la copie privée on se dit juste que pour une fois que le bon sens l’emporte sur la connerie humaine on est en droit de s’en féliciter.

          nous payons des taxes et des impôts visant à compenser une pratique que nos législateurs s’entêtent à ne pas vouloir dépénaliser pour des raisons électoralistes.

          situation délirante mais bien réelle.

          le beurre, l’argent du beurre, le pot de crème , la crémière et son cul ... ça fait beaucoup là

        1 autres commentaires
    • mezneth
      mezneth
      Onomatopée antropomorphe
      • Posté à 01h36 le 23/11/2011
      • Internaute 70709
        Onomatopée antropomorphe

      Et donc pour celle la, rien de plus simple que de demander 1223 autorisations pour chacun des batiments figurés ?

      1- il s’agit d’un espace public. S’il faut demander l’autorisation chaque fois qu’un batiment figure sur une photo, c’est bien simple, on ne prend plus de photos dans un espace public.
      2- Les royalties, c’est avant tout fait pour permettre aux artistes de vivre, pas pour jouer le role de rente. Hors les architectes sont grassements payés pour leurs réalisations. Le jour ou les architectes ne seront plus payés qu’en droit d’auteur comme par exemple les écrivains, les musiciens, ou les dessinateurs d’albums qui malgré leur royalties sont souvent obligés d’avoir un travail alimentaire à côté, on pourra discuter du bien fondé des royalties des architectes. D’ici là, faudrait voir à pas pousser mémé dans les orties...

      • Jean Karl
        Jean Karl répond à mezneth
        Courageux anonyme
        • Posté à 10h00 le 23/11/2011
        • Internaute 114739
          Courageux anonyme

        1 - En l’occurrence le projet d’architecture n’est pas le sujet principal, donc pas besoin d’autorisation (les deux églises pas terribles doivent être tombées dans le domaine public depuis longtemps je pense...)
        2 - Les royalties sont pour toute création. Vous croyez que Apple ou Disney ne touchent pas de royalties ? De toutes manières cela doit concerner 0.1%% des projets d’archi... Quant au grassement payé, je vous garantis que j’aimerais bien.

    • michel 13
      michel 13 répond à Jean Karl
      • Posté à 09h48 le 23/11/2011
      • Internaute 49378

      Pas du tout d’accord pour que Peï et les autres touchent des royalties, ils sont déjà largement surpayés pour ce qu’ils produisent et cela suffit.
      Les architectes qui occupent l’espace public à leur seul profit devraient déjà être reconnaissants d’avoir été choisis et devraient être heureux de ne pas payer une redevance à la collectivité qui n’est pas forcément enthousiasmée par leurs délires, mais qui doit les supporter sans avoir pu donner leur avis sur le sujet.
      Alors les royalties sur les cartes posales et autres n’ont pas lieu d’exister. L’espace appartient à tout le monde, donc pas aux architectes.

    • Mikcey
      • Posté à 12h59 le 23/11/2011
      • Internaute 100537

      Quand un dentiste vous met un bridge il ne fait pas payer les gens qui vous regarde ou vous prenne en photo ?
      Idem pour un chirurgien esthétique ?

      Alors il y a un moment donné où il faut arrêter de se foutre du monde.

      L’architecte est payé pour dessiner et construire un bâtiment. Une fois celui-ci construit son travail est terminé. Le propriétaire du bâtiment doit avoir le droit d’en faire ce qu’il veut, y compris le modifier, le diffusé ou ne sais-je encore.
      En conséquence doivent-être abrogés la totalité des articles concernant les droits d’auteurs des architectes sur tout les bâtiments finis.
      Les plans et les maquettes qu’ils effectuent pour concevoir l’immeuble doivent eux être toujours protégés vis-à-vis de la copie car ils en sont les propriétaires.

      Le propriétaire doit systématiquement l’emporter sur le concepteur. Car c’est bien ce dernier qui a payé le concepteur et la conception.

      • racaillelerouge
        racaillelerouge répond à Mikcey
        Presquaire
        • Posté à 16h08 le 23/11/2011
        • Internaute 86247
          Presquaire

        De nos jours, les créateurs (ou les créatifs ?) semblent rechercher (comme dans la création musicale) à s’assurer une rente à vie.
        Faut il voir là un effet de la crise, ou un système de distribution / rétribution mal équilibré ?

        Si certains architectes souhaitent tirer profit à vie des images de leurs oeuvres, qu’ils acceptent alors aussi de garantir leurs créations dans l’usage qu’il en sera fait dans le futur.
        Sur des grands projets qui ont défiguré des quartiers entiers et pourri la vie de ceux qui y vivent 40ans plus tard, j’aimerai aujourd’hui que certains architectes aient à répondre de leurs créations ...(les magnifiques grands ensembles des années 60...).
        Ca pourrait servir d’exemple aux architectes d’aujourd’hui qui ne tirent toujours pas de leçon des (ho)erreurs de leurs prédécesseurs.

  • Fred24
    Fred24
    Rural
    • Posté à 09h48 le 23/11/2011
    • Internaute 89386
      Rural

    Le titre de l’article est stupide, on a le droit de montrer des photos d’architecture, c’est l’exploitation commerciale qui pose problème. Ce n’est pas du tout pareil

  • PaulTron
    PaulTron
    Ce champ sera visible par tous (...)
    • Posté à 10h51 le 23/11/2011
    • Internaute 168564
      Ce champ sera visible par tous (...)

    tout cela parce que François Marie Banier le vaut bien.... : -)

  • sartorio
    sartorio
    Internaute
    • Posté à 16h59 le 23/11/2011
    • 176271
      Internaute

    Il y a quelque chose que je ne comprends pas : pourquoi ne pas différencier les usages marchands et non marchands ? Que wikipedia reproduise une photo d’architecture pour illustrer un article est acceptable y compris par les artistes, mais qu’un tel amendement permettent à des éditeurs de cartes postales, posters, etc. ou à des produceturs AV ou des sites internet de reproduire des oeuvres de l’espace public dans un but commercial sans rémunérer les artistes est absolument inique !

    J’ai bien peur que le monde du libre se compromette dans cette affaire en servant la soupe aux marchands …

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