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Dans les coulisses de l'encyclopédie en ligne et d'autres projets de libre diffusion des connaissances humaines…

Wikipédia en grève ?

Publié le 15/12/2011 à 12h10

Connaissez-vous le SOPA alias le Stop Online Piracy Act ? Il s’agit d’un projet de loi américain qui fait rapidement son chemin à Washington. Il va être aujourd’hui proposé au markup, phase d’examen et d’amendement par l’ensemble de la chambre des Représentants. Soit quasiment de la dernière étape avant le vote officiel.

Que dit-il ce SOPA ? Disons, pour faire court qu’il s’agit d’un super-hadopi. Par rapport à la loi française de 2009, l’objectif reste le même : « civiliser  » Internet au nom de la défense de la propriété intellectuelle. Ce qui change c’est l’arsenal juridique. Le législateur américain frappe directement là où ça fait mal.

Il menace de couper les deux principales ressources des sites internet jugés coupables.

  • Tout d’abord, l’argent  : les réseaux publicitaires et les services de paiement en ligne se doivent de suspendre toute relations avec eux.
  • Ensuite, le référencement : les moteurs de recherche sont tenus de retirer tous les liens y conduisant. Le site est condamné à la clandestinité.

Ces mesures sont graves. Pourtant une simple notification écrite d’un ayant-droit suffit pour les appliquer, à moins que le site n’envoie, à temps, une contre-notification prouvant qu’il se conforme au droit d’auteur. Dans ce dernier cas, une procédure pénale pourra être envisagée. Entre des simples allégation d’un côté et des preuves tangibles de l’autre, on mesure d’emblée l’inégalité du rapport de force.

Autant dire que les petits et grands acteurs du web sont rapidement montés au créneau. Le 16 novembre, ils organisaient collectivement un jour de la censure, American Censorhip Day. Depuis le site Americancensorhip, ils continuent d’inciter les citoyens américains à contacter individuellement leur Représentant ou Sénateur et à entreprendre diverses manifestations.

Parmi ces acteurs engagés contre la SOPA, on trouve la Wikimedia Foundation, association californienne qui gère de nombreux projets encyclopédiques, dont Wikipédia et ses 200 déclinaisons linguistiques. Au cours du American Censorphip Day, elle a publié une mise au point à ce sujet – Teofilo en a publié une traduction française sur le « bistro » (le centre de discussion des wikipédiens francophones).

Elle s’inquiète notamment de l’existence concomitante de deux dispositions. D’une part, de simples allégations suffiraient pour demander le retrait d’un contenu encyclopédique dont le statut légal n’est pas toujours évident (pour avoir une idée de ces complications on pourra se référer à la controverse récente sur la Liberté de panorama). D’autre part, si les contributeurs ne réagissent pas rapidement en apportant des « preuves » tangibles l’encyclopédie toute entière risque d’être très lourdement pénalisée.

L’appel de Jimmy Wales

Cet engagement suffit-il pour autant à renverser la vapeur ? Représentants et Sénateurs sont vraisemblablement sujet à une pression considérable des lobbyistes de la culture, moins nombreux, mais plus influents que la masse des activistes numériques. Doit-on aller plus loin ? Le co-fondateur de Wikipédia, Jimmy Wales, serait de cet avis.

Ce week-end dernier, il a lancé un « request for comments  » (appel à commentaires) sur sa page de discussion. Il ne s’agit pas d’un vote, mais d’un « straw vote » ou sondage, visant à déterminer l’opinion générique de la communauté wikipédienne. Jimmy Wales devait en effet rencontrer prochainement quelques hauts responsables politiques, et souhaitait pouvoir moduler son argumentation et ses réclamations en fonction des orientations du wikipédien moyen.

Les contributeurs étaient invités à se positionner autour de la question suivante : devrait-on temporairement fermer le site en guise de protestation ? faire pression sur les Représentants en mettant en grève l’un des cinq sites les plus visités du web américain ?


Wikipedia en grève

Cet « appel à commentaire » a été assez rapidement détourné de ses intentions initiales. De nombreux internautes, non contributeurs, s’en sont servis comme d’une tribune pour dénoncer le SOPA. Si on tient uniquement compte des avis des habitués du site, on découvre un résultat finalement assez nuancé. Environ deux tiers à trois quart d’entre eux seraient favorables à une grève. Toutefois, on rencontre beaucoup de positions hésitantes : des soutiens conditionnés, des soutiens limités, des oppositions de principe, des oppositions à regret…

Dans l’ensemble ça reste plutôt un coup de bluff. Jimmy Wales souligne que même en cas de consensus absolu en faveur de la grève (ce qui n’est pas vraiment le cas) il faudra passer par un processus de longue durée impliquant nombre de discussions et procédures préalables.

Bluff ou pas, l’appel a bien fonctionné. Journaux et sites d’actualité l’ont rapidement médiatisé. Un contributeur va même jusqu’à penser que la menace de faire grève a eu finalement autant d’effet que la grève effective. 

Hier, la Wikimedia Foundation publiait une mise à jour à propos du SOPA. Une nouvelle mouture aurait été proposé, plus soft en apparence, même si elle est bien loin de résoudre l’ensemble des problèmes initaux. L’on ne peut s’empêcher de penser que la menace de la grève a eu une petite incidence sur cet assouplissement inachevé…

Le précédent italien

Même s’il s’agit d’un simple sondage, sans conséquences tangibles, ce type de scrutin politique est-il inédit sur Wikipédia ? Non. Dans une sorte de préambule à son appel, Jimmy Wales fait référence à un événement récent qui a marqué l’ensemble des communautés wikipédiennes :

Quelques mois plus tôt, la communauté wikipédienne italophone a décidé de bloquer temporairement l’intégralité de la Wikipédia italophone afin de s’opposer à une loi qui porterait atteinte à leur indépendance éditoriale.

J’ai suivi d’assez près cette affaire italophone. Je vais en retracer ici les grandes lignes — les lecteurs intéressés pourront également se référer à mon compte-rendu détaillé.

Début octobre, le parlement italien est sur le point d’adopter un projet de loi sur les écoutes dont l’un des amendements (le n°29 ou Comma 29) fait tiquer les wikipédiens. Cet amendement permet à quiconque de demander le remplacement d’une publication en ligne jugée diffamatoire par un « rectificatif » ou une «  mise au point  ». Le tout sur simple demande, sans entreprendre de procédure judiciaire, et sans que les auteurs impliqués puissent réagir !

Appliquée à Wikipédia, cette substitution enfreint trois des cinq principes fondateurs : le rectificatif n’est pas encyclopédique, il n’est pas neutre et, surtout, il n’est pas modifiable, car destiné à ne jamais être commenté.

Le trois octobre, des contributeurs ouvrent une section à ce propos sur « il Bar » (l’équivalent italophone du Bistro). Certains d’entre eux commencent à évoquer l’éventualité d’une grève. Cette proposition rencontre immédiatement une quasi-unanimité. Contrairement à ce qui a été parfois colporté par la suite, il s’agit d’une décision de la base. Le mouvement a été spontané de A à Z. Les diverses associations de Wikimédia n’ont réagi qu’après-coup.

La grève a duré 40 heures. Toutes les pages de l’encyclopédies renvoyaient à un manifeste signé des utilisateurs de wikipédia (cf. la version française dont j’ai été le principal rédacteur). Ce blackout s’est avéré extrêmement efficace. Les médias italiens l’ont bien relayé. Quelques jours plus tard, les parlementaires italiens enterraient l’amendement n°29.


Bandeau de la Wikipedia Italophone du 6 octobre (CC-BY-SA — it.wikipedia.org)

Wikipédia doit-elle se politiser ?

La grève des italophones a laissé des traces. Elle a déclenché une véritable onde de choc qui s’est propagé à l’ensemble des projets encyclopédiques, toutes langues confondues.

Suivant en cela l’analyse de l’avocat Mike Godwin (notamment connu pour avoir formulé le célèbre point Godwin), la Wikimedia Foundation a élaboré une notion générale à partir de cas particulier : le Project-Wide-Protest. Comme le montre l’initiative de Jimmy Wales, ce concept inédit ne paraît pas destiné à n’entretenir qu’une réflexion théorique.

Sur la Wikipédia francophone, un clivage a très vite émergé entre interventionnistes et non-interventionnistes. Quantité de billets de blogs ont été écrits sur le sujet (voir notamment ici, ici et ). Je vais me contenter ici de rapporter les principaux arguments des uns et des autres.

  • Les non-interventionnistes s’inquiètent de l’inadéquation entre ces boycotts et les principes fondateurs de Wikipédia. Celle-ci se définit en priorité comme une «  encyclopédie  » et n’a jamais prétendu faire de politique. En outre, elle se doit de préserver une « neutralité de point-de-vue  » afin de garantir l’exactitude des informations transmises. Typiquement, à partir du moment où Wikipédia s’engage contre le SOPA, pourra-t-on tenir l’article sur le SOPA pour objectif ?
  • Les interventionnistes soulignent que Wikipédia n’a jamais été un projet neutre. Le fait-même de «  favoriser l’accès du plus grand nombre à la connaissance  » induit déjà un positionnement « politique ». Cet accès est en effet plus ou moins contraint par les législations existantes. Du constat des contraintes au désir de leur aménagement, il n’y a pas loin. C’est d’ailleurs à l’initiative de quelques wikipédiens qu’un amendement sur la liberté de panorama a été déposé (puis rejeté) à l’Assemblée nationale, le mois dernier.

Apparemment inédit, ce débat a pourtant comme un air de déjà-lu. On le retrouve en effet dans un chef-d’œuvre de science-fiction vieux de 70 ans. En ouverture de son cycle de Fondation, Asimov présente le cas d’une encyclopédie qui est contrainte de se transformer en organisation politique pour survivre. J’ose espérer que États et ayants-droit ne nous acculeront pas à un tel dilemme…

Addenda : Au terme de l’examen du « Markup », le Congrès se montre plutôt divisé. Pour plus d’informations, il est possible de consulter l’article de Wikipédia sur le SOPA que je suis en train de rédiger.

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  • 35 réactions
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  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 14h19 le 15/12/2011
    • Internaute 53186
      inconsolable
    • ignored
      ignored répond à Anastaze
      "Prétentieusement votre"
      • Posté à 19h21 le 17/12/2011
      • 175861
        "Prétentieusement votre"

      Personnellement j’ai tenté pendant des mois de les joindre, envoyer un mail ou autre .., mais non ça marche pas, peut-être parce que leurs sources sont simplement ..., les états .. ( c’est de l’autoflagelation, en fait, potentiellement )

      HS ( ou presque )

      « Sarko & co mangent dans ma main le grain que sont mes mots, et toi, tu manges quoi ? »

      Quand vous voudrez faire les choses bien, commencez par le « début » ..
      « Faire les choses » en terme de révolution .., la première épreuve se trouve dans les consciences, seulement après, on s’attaque à la matière ..
      Pour se faire, connaissez vous quelque chose de plus précis que la science ?
      Que diriez vous si vous appreniez que la connaissance partagée ou connue à notre époque est soigneusement choisie .. ?
      Je sais pas ce que vous en penseriez, dans tous les cas, c’est la réalité, et celle-ci, la réalité, ne doit pas vous dépasser, mettez donc à jour vos connaissances ..

      Lien

      ps : Rue89 n’est pas l’endroit idéal pour découvrir la réalité, puisque 99% des médias sont possédés par une minorité ( précise ), pourquoi rue89 ferait forcément partie du 1% restant ? ..
      Restez donc soumis, faibles, si vous le voulez ..

  • Jean-Marc-de-passage
    • Posté à 12h50 le 15/12/2011
    • 177196
      souffle

    J’aime beaucoup ce que vous faites.
    Très cordialement.

  • suthek
    suthek
    D&S
    • Posté à 13h47 le 15/12/2011
    • Internaute 94317
      D&S

    On retrouve cette différence « non-interventionnistes » contre « interventionnistes » au moins depuis les Platoniciens (dans l’apologie de Socrate notamment, sur le non-interventionnisme politique) qui de ce point de vue s’opposaient radicalement aux Pythagoriciens qui ne se lassaient pas d’intervenir dans la vie politique locale (au point de se faire massacrer pour ça, d’ailleurs).

    On est bien loin d’un débat rutilant de nouveauté, en fait...

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à suthek
      wikipedien
      • Posté à 15h10 le 15/12/2011
      • 173195
        wikipedien

      Oui, sur un plan conceptuel, c’est un peu un topos de la pensée philosophique occidental (plus près de nous, il n’y a qu’à songer à l’opposition développée par Max Weber entre l’éthique du savant et l’éthique du politique).

      Par contre, ce qui est nouveau et intéressant, c’est que le clivage s’exprime dans le cadre d’une encyclopédie participative, soit d’un programme global de diffusion des connaissances humaines. D’où tout un questionnement rétrospectif sur la notion-même d’encyclopédie : prétend-elle simplement décrire le monde ? ou décrire et agir (en tant qu’instrument de diffusion des connaissances) sur le monde ?

      • Jean-Marc-de-passage
        • Posté à 16h43 le 15/12/2011
        • 177196
          souffle

        La question a été résolue il y a plus e 250 ans il me semble bien.

        A moins de considérer ce qu’ont fait Diderot et tous ses amis comme chose distincte des Lumières (erreur je pense) qui ont éclairé les Usa, l’Angleterre, l’Ecosse, la France.
        Avec de légères conséquences politiques...

      • dilettante non mélomane
        • Posté à 16h45 le 15/12/2011
        • Internaute 107984
          En stand-by

        C’est vraiment un questionnement rétrospectif (cela ne correspond pas à mes souvenirs mais en même temps je ne suis pas partie prenante de la communauté), ou cela vient de la diversification des contributeurs à wikipédia ?
        En d’autres termes, ce questionnement vient-il des utilisateurs de la première heure, des utilisateurs habitués (quel sont les critères ? la fourchette du 2/3 au 3/4 est large), ou de l’ensemble des contributeurs à l’appel ?
        [edit : je pourrais essayer d’aller voir par moi-même, c’était juste une question comme cela.]

         
        • Pierre-Carl Langlais
          • Posté à 17h21 le 15/12/2011
          • 173195
            wikipedien

          Je me suis basé sur cette estimation qui a été émise avant le « débarquement » de nombreux internautes apparemment non contributeurs.

          Dans l’ensemble, j’observe tout au plus une différence nette entre contributeurs actifs et peu actifs : les premiers sont globalement plus hésitants à engager l’encyclopédie sur le terrain politique. Par contre, l’ancienneté n’a pas l’air d’être un critère déterminant : utilisateurs récents et utilisateurs historiques se répartissent assez équitablement chez les interventionnistes comme chez les non-interventionnistes.

          Je pense plutôt que ce qui compte et qui change depuis quelques années c’est l’intégration croissante de Wikipédia dans l’espace public, avec tous les devoirs (celui de respecter strictement les législation préexistantes) et les responsabilités (celui de préserver le contenu encyclopédique) qui vont avec.

        1 autres commentaires
      • Weatherboy
        Weatherboy répond à Pierre-Carl Langlais
        v2=notes articles en moins...
        • Posté à 23h31 le 15/12/2011
        • Internaute 38063
          v2=notes articles en moins...

        C’est une fausse question.
        Une description pure, est une description sans lecteur ou alors à l’intention d’un lecteur omniscient. Or ce n’est jamais le cas.
        Si Wikipédia « décrit », c’est toujours, avant toute chose, à l’intention de ceux qui ne savent pas pour « savoir ». C’est donc toujours in fine une transformation du lecteur, donc du monde.
        Une transformation dans une direction qui s’apparente à une recherche de vérité.

      • A déménagé le 9-4-2012
        A déménagé le 9-4-2012 répond à Pierre-Carl Langlais
        Explore l'indéterminé
        • Posté à 10h47 le 16/12/2011
        • Internaute 22643
          Explore l'indéterminé

        Comme l’avait notamment montré Foucault, le projet de l’Encyclopédie était foncièrement politique : il visait l’homogénéisation de l’espace social par celle du savoir. La révolution, en revanche, n’était pas le but.

         2 autres commentaires
  • Achernar
    Achernar
    Etudiant
    • Posté à 14h11 le 15/12/2011
    • Internaute 119490
      Etudiant

    En supposant que wikipedia US fasse grève, mais que les les politicards passent outre, on fait quoi ? Blocage permanent ?

    • Taladris
      Taladris répond à Achernar
      Ancien observateur
      • Posté à 14h58 le 15/12/2011
      • Internaute 141499
        Ancien observateur

      Une web-guerilla : on surveille les politicards et les institutions qui soutiennent cette loi et à la moindre incartade (et avec ce genre de loi débile, cela ira très vite), on utilise leur propre arme pour les faire disparaître des principaux moteurs de recherche.

      Quand les sites des candidats aux Présidentielles ou les sites institutionnels à plusieurs millions ne seront plus référencés par Google, ils commenceront à réfléchir.

      Ce genre de loi ne peut apporter que le chaos et l’anarchie.

    • Pierre-Carl Langlais
      Pierre-Carl Langlais répond à Achernar
      wikipedien
      • Posté à 15h02 le 15/12/2011
      • 173195
        wikipedien

      La « grève » de la communauté wikipédienne ne diffère pas fondamentalement d’une grève normale : elle ne pourra pas soutenir un bras de fer durable. Si les politicards s’entêtent, ils peuvent passer outre à un prix plus ou moins fort en terme de popularité et de légitimité.

      Par contre, les conséquences de cet acte de coercition peuvent être assez lourd sur le long terme. il peut notamment précipiter l’avènement de nouveaux mouvements politiques sur le modèle des partis pirates européens.

    • PaulTron
      PaulTron répond à Achernar
      Ce champ sera visible par tous (...)
      • Posté à 17h38 le 15/12/2011
      • Internaute 168564
        Ce champ sera visible par tous (...)

      La seule manière de faire céder les politiques sur ce genre de loi, c’est de boycotter ceux qui en sont à l’origine, comme des majors.
      Même si vous aimez un artiste signé par une major, vous n’achetez plus ses disques, vous n’allez plus à ses concerts, tant que la major ne revient pas sur son lobbying....
      S’ils veulent la guerre économique, faisons là, c’est nous qui dépensons le pognon, après tout !

      • jino83
        jino83 répond à PaulTron
        citoyen curieux
        • Posté à 20h52 le 15/12/2011
        • Internaute 159282
          citoyen curieux

        exactement ,artiste ou film avec les major pour un moment de détente les gens ce rendent pas compte qu’ils ce prive de liberté dans le long termes .
        Tant qu’ont a pas de prise de conscience sur tout ce qui ce cache derrière un achat ça changeras pas .

  • dilettante non mélomane
    • Posté à 15h46 le 15/12/2011
    • Internaute 107984
      En stand-by

    Très intéressant, merci.
    « Sur la Wikipédia francophone, un clivage a très vite émergé entre interventionnistes et non-interventionnistes. [...] »

    => Ce débat est inédit sur la wikipédia francophone ? Il n’a pas eu lieu lorsque les fondateurs discutaient des principes liés à la création d’une encyclopédie participative (je n’ai pas eu le temps de suivre tous les liens) ?

    La position optimale se situe peut-être entre les deux archétypes proposés. D’une part, un projet encyclopédique améliorable par tous et destiné à être accessible au plus grand nombre est politique. On peut difficilement faire plus politique, une des idées sous-jacente à ce projet étant par exemple qu’une personne disposant d’informations valides et tendant à l’universalité serait plus à même de participer librement à la vie publique, de manière utile au bien commun. Une des idées sous-jacentes pourrait ainsi être la promotion de la démocratie. C’est plutôt politique, cela.

    Par ailleurs, « elle se doit de préserver une “ neutralité de point-de-vue ” afin de garantir l’exactitude des informations transmises. » Concernant certains sujets, on devrait même parler de conserver une attitude d’abstinence métaphysique, afin de permettre une évaluation pertinente des sources et références proposées, pour garantir la justesse des informations transmises. Ainsi, la « neutralité de point-de-vue » est ni une simple juxtaposition de points de vue en contradiction, ni une prise de position en fonction de ses pré-supposés propres.

    Concernant les engagements politiques divers (boycott, grève, menace de grève, soumission de projet aux organisations institutionnelles, etc.), la logique voudrait qu’ils ne soient menés que lorsqu’un gouvernement propose des dispositions menaçant ou contraires aux principes fondateurs de wikipedia (affaire usa), ou à ses principes méthodologiques (affaire italie).
    Ainsi, à partir du moment où Wikipédia s’engage contre le SOPA, l’article sur le SOPA pourrait être écrit de manière à rester valable, toujours dans le contexte des principes et règles de construction de wikipedia.

    Dans la même logique, une action de grève autre que sporadique parait contradictoire avec les principes fondateurs de wikipédia, la totalité des informations recueillies étant là retenues par un petit nombre de personnes et à leur disposition seule, sans moyen de contrôle continu des usagers... Quoiqu’une grève de longue durée n’empêche pas que le matos soit entretenu parfaitement et dans le respect du bien public par les grévistes...

    [edit : j’ai un peu l’impression à la relecture d’avoir fait de la paraphrase. Pourtant, ce n’était pas mon but. Cela vient peut-être de ce que la position « non-interventionniste » décrite concerne pour ce que je comprends les principes méthodologiques, alors que la position « interventionniste » se réfère aux principes philosophiques, et que je sépare les deux. ]

    • Pierre-Carl Langlais
      • Posté à 15h49 le 15/12/2011
      • 173195
        wikipedien

      Dans la lignée de ce que vous proposez, un contributeur a récemment proposé de changer le premier principe fondateur. Au lieu de « Wikipédia est une encyclopédie » on aurait « Wikipédia héberge un contenu encyclopédique ». Sans aller jusqu’à remettre en cause des principes valables depuis dix ans, une réflexion de fond paraît nécessaire. Notamment parce que, qu’elle le veuille ou non, l’encyclopédie en ligne n’est plus un petit projet coupé du monde mais fait partie intégrante de l’espace public mondial.

      Sinon Wikipédia s’est effectivement pensé très tôt comme une « expérience politique ». Le Wiki de la Wikimedia Foundation référence ainsi une longue liste des philosophies et idéologies wikipédiennes.

      D’ailleurs, il y a à peine trois mois, la Wikipédia francophone a connu une sorte de montée de fièvre politique avec les Lienédia : Comité_d%27arbitrage/élection_d%27arbitres_pour_le_15e_CAr|dernières élections] du Comité d’arbitrage. Elles ont donné lieu à une multitude de manifestes, de contre-manifestes, d’accusations de fraude etc.

      • dilettante non mélomane
        • Posté à 16h51 le 15/12/2011
        • Internaute 107984
          En stand-by

        « Dans la lignée de ce que vous proposez, un contributeur a récemment proposé de changer le premier principe fondateur. Au lieu de “ Wikipédia est une encyclopédie ” on aurait “ Wikipédia héberge un contenu encyclopédique ”. “

        => Je ne pense pas que ce soit dans la lignée de ce que je propose. Cela engendrerait effectivement une refonte totale du premier principe. On aurait sinon ‘ Wikipédia héberge un contenu encyclopédique ’ et en même temps ‘Wikipédia n’est pas un journal, un hébergeur gratuit’. Donc Wikipédia est un hébergeur payant : -D. Une refondation effectivement !
        Cette proposition a l’air à première vue d’être donnée en réaction au contexte. Un peu dangereux d’utiliser cela comme principe...

        Je voulais plutôt dire que le paradoxe n’était peut-être qu’apparent, à partir du moment où l’on considérait que les deux premiers principes étaient de nature différente. Le second, méthodologique ; le premier... j’allais philosophique, mais je viens de le relire et de voir ‘Wikipédia n’est pas [...] une expérience [...] démocratique’. Du coup, je me trompais plus haut... J’avais pris mes idées pour des réalités : -D.

        Mais vous avouerez que pour un principe, le premier est curieux... Il mêle projet de mise à disposition et construction de données à vocation universelle, définition d’une non-encyclopédie... C’est bizarre. J’avais -de manière erronée- dans l’idée que le premier principe était celui d’une abstinence philosophique, et le second celui de la méthode permettant de l’assurer. D’ailleurs, wikipedia explique que si elle n’est pas une expérience démocratique, c’est que ‘Its primary, but not exclusive, method of determining consensus is through editing and discussion, not voting.’ Très curieux (de voir cela ici, pas le fait de ne pas décider par vote).
        Il y a clairement un mélange des genres dans les deux premiers principes. Le premier contient en partie le second : ce n’est pas un principe... Enfin il me semble.

        Mais bon, c’est une opinion bien trop définitive que je donne ici. Il existe un lien simple sur wikipédia où retrouver les discussions préalables à la rédaction des principes ?

         
        • Pierre-Carl Langlais
          • Posté à 17h00 le 15/12/2011
          • 173195
            wikipedien

          Les principes servent de toute manière un peu de « loi-cadre » décrivant ce que wikipédia n’est « généralement » pas. Leur combinaison produit d’ailleurs des réalités assez distinctes dans les différentes wikipédias linguistiques.

          Par exemple, la wikipedia anglophone a assez largement tendance à rejeter toute pratique démocratique (toutes les décisions se font par débat et discussion) tout en relativisant grandement le troisième principe (de nombreuses images sont en « fair use » et non sous licence libre). Inversement, la wikipédia francophone vote très souvent (pas seulement pour les décisions communautaires, mais aussi pour les attributions des labels, les suppressions des articles etc.) mais applique assez strictement la publication sous licence libre.

          Après, je pense que c’est à la relative souplesse de ses principes que Wikipédia doit son succès. Un cadre trop contraignant aurait eu pour effet de réduire la communauté à petit groupe d’universitaire (soit un peu ce qui s’est passé sur Citizendium).

          Bref, je pense qu’on a largement de la marge pour ré-interpréter les principes au regard du contexte actuel — radicalement différent de ce qu’était Wikipédia en 2001.

          • dilettante non mélomane
            • Posté à 17h39 le 15/12/2011
            • Internaute 107984
              En stand-by

            « Après, je pense que c’est à la relative souplesse de ses principes que Wikipédia doit son succès. Un cadre trop contraignant aurait eu pour effet de réduire la communauté à petit groupe d’universitaire (soit un peu ce qui s’est passé sur Citizendium). »

            => C’est possible. Difficile à dire cependant ; l’utilisation des noms plutôt que des pseudo doit être un frein aussi.
            Mais il est vrai que le cadre épistémologique avec lequel j’essayais de regarder les premiers principes de wikipédia ressemble un peu trop à celui conditionnant une approche scientifique idéale pour ne pas rebuter potentiellement un grand nombre de contributeurs...

        2 autres commentaires
      • dilettante non mélomane
        • Posté à 16h59 le 15/12/2011
        • Internaute 107984
          En stand-by

        Merci d’avoir donné les nombreux liens (réponse indépendante de la précédente).

  • compte cloturé
    • Posté à 16h20 le 15/12/2011
    • Internaute 168639

    Ben là, l’administration Américaine a trouvé un adversaire de taille.

    Je n’ai jamais vu d’individus plus jusqu’au boutistes et procéduriers que les administrateurs et super-contributeurs de Wikipédia.

  • Samuel Vimaire
    Samuel Vimaire
    Ancien pauvre
    • Posté à 17h13 le 15/12/2011
    • Internaute 140339
      Ancien pauvre

    Les gens ont plutôt intérêt à apprendre comment fonctionne Internet s’ils ne veulent pas se voir censurer tout et n’importe quoi...
    - Apprendre ce qu’est une IP, une URL, un proxy, un VPN.
    - Comprendre qu’il n’y a pas que Google, Yahoo ou Bing comme moteurs de recherche.
    - Comprendre qu’Internet ne se résume pas à Facebook, Twitter, Youtube, et Google
    - Comprendre l’utilité de conserver sa vie privée sur le net.
    - Comprendre que l’Internet n’oublie rien.
    - Comprendre que l’Internet est conçu pour le partage entre personnes et non pour que des majors avides de pognon décident arbitrairement de ce qui est légal ou non.
    - Comprendre que l’Internet ne doit pas être un outil de flicage.

    Les gens ont beaucoup à apprendre et quand on voit pas mal de site leur mâcher le boulot pour tout et rien (bouton partager sur Facebook, vous loguer via Facebook, etc...), on se dit que c’est mal barré... -_-

    • dilettante non mélomane
      dilettante non mélomane répond à Samuel Vimaire
      En stand-by
      • Posté à 17h45 le 15/12/2011
      • Internaute 107984
        En stand-by

      L’un n’empêche pas l’autre, et ce pourrait être à chacun de décider la priorité de ses engagements : assurer sa sécurité d’abord puis contribuer ou commencer à contribuer en apprenant à se sécuriser. Vaste problème.

  • Keldan
    Keldan
    Now future & karpe diem
    • Posté à 18h19 le 15/12/2011
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    C’est une loi américaine. Qui s’appliquera donc aux moteurs de recherche américains. Suffira d’utiliser un moteur de recherche non américain. Trop dur...

    Quant à la pub, bin suffit de se faire financer par de la pub non américaine. D’ailleurs une pub écrite en chinois, ça changera pas, toute personne sensée bloque les pubs.

    • MarxForEver
      MarxForEver répond à Keldan
      L'argent n'existe pas
      • Posté à 21h26 le 15/12/2011
      • Internaute 124072
        L'argent n'existe pas

      C’est exactement le commentaire que je m’aprêtais à mettre. Les politiques US sont aussi cons que leurs homologues en français. Les petits moteurs de recherche qui se développent un peu confidentiellement, à cause de la grande visibilité de google, ne vont pas manquer de profiter de l’occasion. Les US vont couler la seule industrie qu’il leur reste. Et si ceux de l’UE sont assez bêtes pour copier la loi US, des moteurs de recherche seront développés en Inde ou en Amérique du Sud. Voilà ce que c’est que d’être gouvernés par des gâteux restés coincés au 20ème siècle.

      • lolcat
        lolcat répond à MarxForEver
        nette
        • Posté à 09h05 le 16/12/2011
        • Internaute 159928
          nette

        Il y ira aussi des moyens de paiements ; paypal, cb, qui de surcroît sont basés sur le dollar.

        C’est une affaire à suivre.

        Il faut savoir que chaque opération bancaire européenne est divulguée à la nsa pour la lutte contre le terrorisme... Et, on se foutait de la gueule de l’urss : D

  • Fantomiald
    Fantomiald
    Entrepreneur
    • Posté à 22h52 le 15/12/2011
    • Internaute 81539
      Entrepreneur

    Vers un mai 68 de la culture ?

    Remettre en cause le modèle actuellement légitime de la diffusion de la culture, en diminuant le rôle des firmes spécialisées ne ferait que du bien à l’art et à la pensée : on aurait beaucoup moins de daubes.

  • Weatherboy
    Weatherboy
    v2=notes articles en moins...
    • Posté à 23h34 le 15/12/2011
    • Internaute 38063
      v2=notes articles en moins...

    De mémoire Wikileaks avait déjà montré que les américains suivent depuis longtemps ce qui se trame en France avec Haopi, on l’on essuit les plâtres de ces législations débiles.

  • KrustyLeClown
    KrustyLeClown
    "Héhéhéhéhé !!!"
    • Posté à 01h20 le 16/12/2011
    • Internaute 164453
      "Héhéhéhéhé !!!"

    Décidément, la contestation se propage partout, sur tous les fronts, dans toutes les sociétés. Moi qui croyais que le temps de la révolte style 60’s et 70’s était enterré, je suis bien content de m’être trompé ! ! ^^
    J’espère que ce n’est qu’un début ...

    • Deamon7
      Deamon7 répond à KrustyLeClown
      Petit agité
      • Posté à 08h23 le 16/12/2011
      • 49273
        Petit agité

      La révolte style 60’s et 70’s on voit où ça nous a amené. La société n’a jamais été aussi hygiéniste, fliquée et abrutie que maintenant.

      • A déménagé le 9-4-2012
        A déménagé le 9-4-2012 répond à Deamon7
        Explore l'indéterminé
        • Posté à 01h30 le 17/12/2011
        • Internaute 22643
          Explore l'indéterminé

        Mais, c’est justement parce que cette révolte a échoué.

  • A déménagé le 9-4-2012
    A déménagé le 9-4-2012
    Explore l'indéterminé
    • Posté à 10h52 le 16/12/2011
    • Internaute 22643
      Explore l'indéterminé

    Excellente mise au point, merci ! Cela me rappelle une autre affaire assez exemplaire etoy contre eToys. Je crois que les interventionnistes ont raison, à cause de l’agressivité hégémonique des forces économiques qui ne tolèrent l’existence d’aucun espace libre et se moquent bien de la liberté d’expression (sauf si ça leur sert juridiquement à défendre leurs intérêts).

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