Equateur : réponses aux riverains sur la « tête brûlée » Correa
D’abord merci aux vives réactions des lecteurs de Rue89, cela prouve que l’Equateur, ce petit pays andin, ne laisse pas indifférent.
Pour répondre à certaines critiques, je dois d’abord démentir l’affirmation de Mme Berthe selon laquelle j’aurais « suivi ces évènements depuis le bureau de l’Ambassade ».
Je me suis rendue sur la place de l’Indépendance, où se situe le Palais présidentiel Carrondelet, puis aux abords de l’hôpital (de la police et non militaire, comme l’affirme l’article du Monde diplomatique relevé notamment par Marc_r89), où était séquestré Rafael Correa.
Les partisans de Correa pas sûrs qu’il s’agissait d’un coup d’Etat
Personne en Equateur ni ailleurs ne remet en doute la violence des forces de l’ordre contre la population et le président de la République. Tout le monde a vu comment des agents de la sécurité, le visage couvert, lançaient des pierres contre la foule et arrosaient de gaz lacrymogènes des manifestants pacifiques.
La question n’est pas là. Aujourd’hui, le débat qui agite le pays est de savoir si ces émeutes correspondaient à une tentative de coup d’Etat ou pas. Les avis sont très partagés. Même parmi les défenseurs de Rafael Correa, la thèse du soulèvement général ne fait pas l’unanimité.
L’ex-président Lucio Gutierez (2003-2005) ne semble pas en mesure de pouvoir orchestrer un coup d’Etat avec la police. Certes, parmi les détracteurs de Rafael Correa, l’envie ne manque pas de le voir hors du pouvoir.
L’opposition de droite et une partie de la société équatorienne, dont les « pelucones », nom donné par Correa à la classe blanche dirigeante de Guyaquil (une référence aux « pelucas », les perruques des rois de France) mènent une offensive brutale contre le gouvernement.
Correa, dirigeant social au tempérament fougueux
Appuyés par quasiment l’ensemble de la presse équatorienne, ils rejettent la politique sociale du gouvernement. Avec Correa, l’éducation est devenue gratuite pour les plus pauvres, tout comme les services de santé. Ces progrès sociaux ont pourtant amélioré le sort de milliers de personnes.
Toutefois, le tempérament fougueux de Rafael Correa, ses interventions incendiaires contre ses opposants font de lui un personnage autoritaire. Son attitude belligérante envers la police n’était sans doute pas la plus adaptée pour débloquer un conflit.
Rappelons que les évènements ont réellement dégénéré suite à son échange avec les agents de police, même si cela ne justifie en rien la rébellion extrêmement violente de la police. (Voir la vidéo)
Une autre vidéo mise en ligne montre les moments les plus violents de l’assaut des militaires contre l’hôpital des policiers (Voir la vidéo)
- Sur youtube.comCorrea face aux policiers
- Sur youtube.comassaut des militaires contre l'hôpital tenu par les policiers
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卑語
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« Jeudi 30 septembre, des centaines de policiers se sont soulevés dans les principales villes équatoriennes, bloquant les rues et les avenues à l’aide de barricades de pneus enflammés, prenant le contrôle de l’Assemblée nationale, tandis que des effectifs des forces armées occupaient les aéroports de Quito, la capitale, et de Guayaquil, le cœur économique du pays.
Objectif déclaré de cette insubordination : l’adoption d’une “ loi de service public ” qui, supprimant toute une série de primes, gratifications et prébendes dont bénéficient militaires et policiers, va de pair avec une augmentation générale des salaires – en particulier pour les hommes de rang. »
pour remettre les choses un peu à plat.
« Un scénario qui rappelle celui du 11 avril 2002, à Caracas, lors de la tentative de renversement du président Hugo Chávez, le ministre des affaires étrangères Ricardo Patiño et le maire de Quito Augusto Barrera appellent la population, déjà rassemblée en masse devant le palais présidentiel, à se rendre à l’hôpital militaire, “ de façon tranquille et pacifique ”, pour en sortir M. Correa.
Commence un long face à face pendant lequel les “ forces de l’ordre ” répriment – sans doute un mort et une centaine de blessés – les partisans du président, tentant, à l’aide d’un déluge de gaz lacrymogène, de les empêcher d’approcher. Ce n’est qu’au bout de onze heures de chaos, à 21h25, qu’un commando de l’armée, affrontant violemment les mutins, viendra “ extraire ” M. Correa.
Conflit social qui dérape, estiment les uns – le coup de chaleur.
“ Conspiration qui se prépare depuis longtemps ”, d’après le président lui-même – le coup d’Etat.
A minima, un test – le coup d’essai.
Il a fallu attendre un temps interminable, dénoncé par les partisans du président, pour que les militaires viennent à la rescousse de ce dernier, alors que son intégrité physique était menacée. Si, dans l’après-midi, le général Ernesto González, commandant en chef de l’armée, avait manifesté l’appui de celle-ci aux “ institutions démocratiques ” et affirmé son soutien au chef de l’Etat, il n’en avait pas moins demandé que la loi controversée “ soit révisée ou retirée ”.
M. Gutiérrez a engagé le pays dans une politique néolibérale et s’est “ vendu ” à Washington – lui accordant, entre autres, une base militaire, à Manta.
Tandis que Mme Lourdes Tibán applaudissait les policiers et militaires séditieux, en précisant “ C’est l’heure !”, le chef du bloc Pachakutik à l’Assemblée nationale, M. Cléver Jiménez, convoquait “ le mouvement indigène et les mouvements sociaux à constituer un seul front national pour exiger le départ du président Correa ”.
Beaucoup suspectent leur ancien allié, M. Gutiérrez, chef du parti Société patriotique, d’être derrière cette tentative de déstabilisation. Absent du pays, il a, depuis le Brésil, appelé à dissoudre le Parlement et à organiser des élections présidentielles anticipées, précisant : “ Dieu fasse que cela ne soit pas vrai, mais m’arrivent des messages m’informant que Correa appelle ses forces de choc, constituées, à la base, par des Vénézuéliens et des Cubains, à sortir pour l’appuyer et affronter les gens qui sont contre lui ”, avant d’ajouter : “ Je crois que la tyrannie de Correa touche à sa fin ”.
L’opposition, dans son ensemble, cherchait le moindre prétexte pour lancer une offensive contre M. Correa. L’action des policiers factieux le lui a permis. Mais, on l’aura compris, au-delà des aléas de la politique intérieure équatorienne, c’est – après la tentative de coup d’Etat contre M. Chávez au Venezuela (2002), la tentative de déstabilisation de M. Evo Morales en Bolivie (2008), le golpe réussi au Honduras contre M. Manuel Zelaya (2009) – à nouveau un pays membre de l’Alliance bolivarienne pour les peuples de notre Amérique (ALBA) qui est attaqué.
Comme il se doit, la “ communauté internationale ” a exprimé sa réprobation et appuyé M. Correa. Mais le vocabulaire n’est jamais innocent. Alors que l’Organisation des Etats américains (OEA), dont sont membres les Etats-Unis, rejetait “ toute tentative d’altérer les institutions démocratiques ”, l’Union des nations sud-américaines (Unasur) condamnait, elle, “ une tentative de coup d’Etat ”.
Maurice Lemoine »
le diplo.




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