Ibere espace

L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

L'ETA répond par les bombes à l'asphyxie de son entourage

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 22/09/2008 à 14h06

Trois voitures piégées ont explosé en vingt-quatre heures au nord de l’Espagne, faisant un mort, lundi à l’aube et une vingtaine de blessés. Avec ce coup de force, l’ETA prétendrait répondre aux coups juridiques et policiers qui lui ont été portés récemment, mais également faire taire les critiques internes.

Les trois véhicules auraient été volés et préparés en France, selon le ministère de l’Intérieur, avant d’exploser ce week-end au Pays-Basque et en Cantabrie. La troisième victime mortelle de l’ETA depuis le début de l’année est un brigadier de 46 ans, Luis Conde de la Cruz, qui passait ses vacances dans un complexe militaire de Cantabrie. L’explosion, vers 01h00 du matin, a également blessé gravement une femme de 70 ans qui se promenait dans la zone.

Ces attentats ponctuent de manière sanglante une semaine où l’entourage politique et militant de l’ETA s’est vu étouffé par la justice espagnole. Deux formations politiques, Action nationaliste basque (ANV) et le Parti communiste des terres basques (PCTV) ont été interdites par l’Audience nationale, principale instance pénale espagnole, en moins d’une semaine.

L’ANV dispose de 437 conseillers municipaux au Pays Basque et en Navarre qui devraient rester à leur poste en tant qu’indépendants. Le PCTV compte sept députés à l’assemblée régionale basque qui sera probablement rénovée en mars prochain. Le groupe devra être dissolu. La même semaine, la Justice a également condamné douze représentants du comité de soutien aux prisonniers basques - Gestora pro Amnistía ou Askatasuna - à des peines de huit à dix ans de prison en le qualifiant « d’organisation terroriste ».

Le ministre de l’Intérieur, Alfredo Pérez Rubalcaba, a affirmé aujourd’hui que ces attentats, « une barbarie », étaient prévisibles. Quelques heures après l’annonce de l’interdiction d’ANV, on avait déjà découvert une bombe-ventouse défectueuse sous la voiture d’un policier qui venait de traverser Bilbao sans qu’elle explose. L’ETA chercherait ainsi à démontrer qu’elle peut encore frapper fort, malgrè le démantèlement du « commando Biscaye » en juillet dernier. Elle aurait d’ailleurs pu s’appuyer sur certains de ses membres qui avaient alors échappé au coup de filet pour commettre ces attentats, selon les médias espagnols.

Mais le message meurtrier pourrait également viser à faire taire un malaise interne. Des dissensions se font entendre depuis la rupture de la trêve, en juin 2007, provenant notamment du collectif des prisonniers d’ETA et d’anciens membres réfugiés au Mexique. Deux des ex-dirigeants de l’organisation ont ainsi fait savoir en novembre dernier qu’ils s’en distanciaient.

Le Collectif de Réfugiés Basques au Mexique réclamait lui par écrit, en août, « une stratégie politique qui respecte totalement les droits humains, en nous situant dans des paramètres purement politiques et en laissant de côté la lutte armée qui, outre la souffrance qu’elle cause, est chaque jour plus rejetée par la société basque. »

  • 2199 visites
  • 10 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • de prada
    • Posté à 15h10 le 22/09/2008
    • Internaute 32423

    ETA c’est un peu comme le PKK en Turquie : Je t’aime et je te déteste.
    Je t’aime parce que tu représentes le révolté « romantique » contre la dictature, les grandes puissances de l’argent et le droit du peuple basque à son auto-détermination. Et je te déteste parce que tu n’es plus le représentant du peuple basque et que tu t’enfonces dans l’aveuglement et la non auto-critique...et que le terrorisme est synonime depuis le 11 septembre d’AL-QAIDA

    Le parallèle avec la Turquie ne s’arrête pas là, comment prétendre à la démocracie quand on innégalise à tout và les partis politiques...Malgré les dires de Zapatero, tout çà c’est du pain bénie pour ETA.

    La première solution est de « cicatriser » les plaies du franquisme qui reste la grosse tâche de l’Espagne actuelle (trop de non dits, trop de haine). On découvre encore des fosses (au Pays Basque, comme ailleurs) des victimes du franquisme). C’est important car on oublie trop souvent que ETA est né en réaction contre le franquisme. Et s’il est encore en action au début du 21ème siècle, c’est que tout n’est pas encore parfaitement démocratique dans les hautes sphères de l’état espagnol...De plus (c’es mon avis), l’Espagne dans son ensemble (à part les grandes villes) demeure trop conservatrice pour évoluer dans le bon sens...Si on y ajoute les commentaires journalistiques sur le Pays Basque vus de Madrid...C’est pas gagné

    A écouter sur Pirenifoto : La présentation du film GAL à St Jean de Luz
    Lien

    l’hommage à Popo (militant d’IparetarraK disparu après une fusillade)

    Lien

    • KIKI21000
      KIKI21000 répond à de prada
      retraité
      • Posté à 16h10 le 22/09/2008
      • Internaute 53190
        retraité

      Si la justesse des attentats dans un pays non démocratique, l’Espagne de Franco,n’est pas à démontrer. L’assassinat du bourreau Carillo ; même si d’aucun peuvent considérer la démocratie bourgeoise comme inachevée,la discussion doit être prioritaire. devant des actes non compris par une majorité de personnes, qui ne sont pas nécessairement hostiles aux revendications, mais qui écoutent les médias frileuses, les directions bourgeoises peuvent distiller leur venin, et sont écoutées, voir approuver.
      Il y a une énorme différence entre l’Espagne de 1970 et celle de 2008. Très peu de cible des attentats ne méritent leurs sorts. Est-ce qu’un balayeur travaillant sur le lieu d’un attentat est responsable d’injustice créée par les dirigeants de l’état ?
      la révolution est au bout du fusil ! A quelle bout ?
      un vieux qui se souvient de discussions de comptoir

  • akelarre
    • Posté à 15h16 le 22/09/2008
    • Internaute 14127

    Je suis une espagnol né au pays basque français ( eukadi norte, comme ils disent), je suis fier de la langue, de la culture et de l’identité basque, mais sérieusement : quelle légitimité ont encore ces guignols... ? ! ! ! Rappelons qu’à sa création en juillet 1959, l’ETA était un mouvement qui se caractérisait essentiellement par son opposition frontale au régime dictatorial du général Franco... L’ETA aurait du disparaître en 1973 après l’attentat contre Carrero Blanco, elle n’a plus aucune raison d’être de nos jours. Basta ya !

    • Job
      Job répond à akelarre
      • Posté à 16h05 le 22/09/2008
      • Internaute 9860

      eukadi norte ? on dit pas plutôt iparralde ?

      • akelarre
        akelarre répond à Job
        • Posté à 13h09 le 23/09/2008
        • Internaute 14127

        Non, je t’assure qu’à Sansé, on dit Euskadi Norte... C’est côté français qu’on dit Iparralde ( qui signifie « côté nord »).

         
        • paco
          paco répond à akelarre
          • Posté à 17h07 le 23/09/2008
          • Internaute 17955

          on le dit en espagnol (le nord, en basque, c’est ipar, donc on peut dire Ipar Euskadi). Donc tout dépend qui sont les « ils » dont tu parles...

          • akelarre
            akelarre répond à paco
            • Posté à 12h07 le 24/09/2008
            • Internaute 14127

            Paco, porque vivo en Francia, del otro lado de la frontera me llaman « gavacho », si sabes lo que es. Y son los mismos que dicen que Baiona esta en Euskadi Norte.

            Xabi

        2 autres commentaires
  • nemo3637
    nemo3637
    Déchoukeur
    • Posté à 22h10 le 22/09/2008
    • Internaute 44521
      Déchoukeur

    Le plus grand service à la démocratie qu’ait rendu ETA fut l’éxécution de Carrero Blanco en 1973. Après, ça a déraillé. Je partage tout à fait les opinions de prada,kiki et askelarre.

  • paco
    • Posté à 22h50 le 22/09/2008
    • Internaute 17955

    La stratégie d’ETA ne fait plus vraiment discussion : plus de représentativité dans la population, un soutien faible et des errances meurtrières incohérentes (trève/attentats/trève...).
    Ce qui peut être discuté, c’est la stratégie politique et judiciaire de lutte contre ETA : car, qu’on le veuille ou non, si les attentats sont toujours pus rejetés, les objectifs politiques d’ETA sont soutenus par une partie encore non négligeable de la population du Pays basque (indépendantisme, « socialisme »). Les interdictions de partis, de médias, d’associations se multiplient. Argument (citations du jugement de l’Audiencia nacional) : « il font partie du projet politique d’ETA » ; « ETA n’est pas seulement une fraction armée, mais représente aussi un front politique qui fixe les objectifs stratégiques ». Donc, interdiction de tout groupe dont les idées sont proches de celles d’ETA. On est quand même très très près du délit d’opinion !

  • de prada
    • Posté à 08h25 le 23/09/2008
    • Internaute 32423

    Paco a raison, ETA c’est aussi une vitrine politique. Qu’on soit d’accord avec le national-socialisme de Batasuna ou ANV, il est inadmissible que le juge Garzon et l’Audiencia Nacional innégalise ce parti qui représente plus de 10% de l’électorat basque. Si on veut la démocracie qu’on l’on en accepte toute ses composantes. A t’on eu l’idée d’illégaliser la LCR en France...non ! ?

    de Prada

    Lien

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.