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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Les restes de républicains bientôt sortis de la tombe de Franco ?

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 06/11/2008 à 14h10

Le Valle de los Caidos (Elodie Cuzin/Rue89)

S’il ne s’agit pas de détruire le Valle de los Caídos, le gigantesque mausolée qui abrite la tombe de Francisco Franco à quelques kilomètres de Madrid, ses fondations pourraient tout de même trembler.

La justice a ordonné mercredi la récupération des restes de huit républicains morts pendant la guerre civile et dont les ossements ont été rassemblés dans des cartons et enfouis dans deux recoins de l’immense cathédrale plus de vingt ans plus tard, sans que les familles des victimes n’aient eut leur mot à dire. Vendredi, l’Audience nationale, la plus haute instance pénale d’Espagne a mis un coup d’arrêt, provisoire, à ces recherches.

Malgré ses 74 ans, Fausto Canales a la voix ferme et le regard vif derrière ses lunettes teintées de violet lorsqu’il exprime sa joie sans triomphalisme, mardi soir. Il vient d’apprendre qu’un magistrat a accepté sa requête et ordonné la récupération des restes de son père et de son oncle qui reposent aux côtés d’entre 40 000 et 60 000 autres combattants de la guerre d’Espagne des deux bords, mais aussi de ceux de Franco et du fondateur de la phalange, José Antonio Primo de Rivera.

« Maintenant que l’on a cette autorisation, il faudra bien qu’on nous aide à les sortir de là. Les victimes et les bourreaux reposent ensemble, c’est intolérable. »

Fausto Canales se souvient encore du jour où les phalangistes sont venus chercher son père dans son lit, en pleine nuit, ainsi que six autres républicains du village, dans la région d’Avila, en Castille et León. Il avait quatre ans.

« Ils l’ont emmené à une vingtaine de kilomètres avec les autres et ils les ont fusillé et jeté dans un puit. Personne ne nous a prévenu lorsqu’ils sont venus les chercher vingt-trois ans plus tard mais dans les villages tout se sait et des gens nous ont dit à l’époque qu’on les avait emmené au Valle de los Caídos. »

L’ordre du magistrat s’inscrit dans le cadre de l’instruction sur les crimes du franquisme ouverte récemment par le juge Garzon, actuellement hospitalisé.

Les ossements de l’oncle de Fausto Canales, mort au front, auraient eux été rassemblés dans une boîte individuelle et amené en 1968 au Mausolée. Ceux de son père ont été déterrés et jetés dans le même carton que les six autres républicains fusillés la même nuit.

« Quand on nous a dit qu’on les avait déterrés, j’ai tout de suite pensé que ces malotrus n’auraient certainement pas bien fait leur travail, et effectivement, on a retrouvé un crâne sur place qu’ils avaient oublié. »

Les travaux pour la construction du Valle de los Caídos (« La vallée de ceux qui sont tombés ») ont duré près de dix-sept ans, entre les années 40 et 50. Le dictateur espagnol prévoyait d’y enterrer les restes de combattants des deux bords, républicains et franquistes tombés pour la « glorieuse croisade », mais de nombreuses familles de ces derniers s’y opposèrent.

Ses hommes ordonnèrent alors de déterrer les restes de républicains jetés dans des fosses plusieurs années auparavant, sans demander d’autorisation à leurs proches. Selon certains historiens, des ossements auraient même été utilisés pour renforcer la structure de la cathédrale, sculptée à même la roche, ce qui rendrait leur récupération extrêmement difficile, voir impossible.

Fausto Canales, lui, ne se laisse pas démonter :

« Lorsque je suis venu au Valle pour essayer de les trouver, un moine a su me montrer exactement dans quelle cavité les restes de mon père reposaient. L’entrée est scellée par du marbre, mais il ne devrait pas être si difficile de l’ouvrir. »

Membre de l’Association pour la Récupération de la Mémoire Historique, il a été motivé par les travaux d’Emilio Silva, l’un des fondateurs de l’organisation qui a retrouvé en 2000 la fosse où était enterré son grand-père.

Pourquoi avoir attendu aussi longtemps ? « Avant, le climat n’était pas vraiment propice pour parler de ces choses. » Le Mausolée de Franco fait partie des monuments évoqués dans la loi sur la mémoire historique votée par les députés espagnols en octobre 2007 après avoir été introduite par le gouvernement Zapatero et qui interdit tout acte exaltant le franquisme.

Pour la première fois cette année, les phalangistes et militants d’extrême droite ne pourront donc pas se recueillir sur sa tombe et celle de Primo de Rivera comme ils le faisaient chaque 20 novembre, date anniversaire de leur mort à tous les deux.

A lire aussi : Zapatero veut « dépolitiser » la basilique de Franco

Mis à jour le 2/11 à 20h, après la décision de l’Audience nationale.

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  • 3 réactions
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  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 18h32 le 07/11/2008
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    Ne pas oublier que la construction en question ( Valle de los Caídos) fut entièrement faite par des prisonniers politiques, dans des conditions particulièrement inhumaines.

    • morgan
      morgan répond à Lemmy_Nothor
      • Posté à 20h19 le 07/11/2008
      • Internaute 4849

      C’est vrai, et il faut ne pas l’oublier jamais.

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 11h46 le 08/11/2008
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    Et je voudrai aussi rajouter ceci....je trouve curieux, le manque total de curiosité de la part des lecteurs de Rue 89, lorsqu’il s’agit d’articles touchant l’Espagne. Moins de 500 visites ! !

    C’est pourtant un pays voisin.

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