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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Les Espagnols retournent en masse à la soupe populaire

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 06/12/2008 à 13h19


Julian et Adolfo organise la distribution de nourriture (Elodie Cuzin/Rue89)

Crise économique oblige, les organisations caritatives espagnoles sont confrontées à une forte hausse des demandes d’aides d’urgence et la « nouvelle » pauvreté se fait sentir jusqu’au cœur de Madrid. Dans un quartier touristique, entre galeries d’art, cafés et pubs irlandais, on ne remarque pas forcément cette dame qui, bien habillée et trainant son caddie, s’engouffre soudain dans un immeuble gris et discret.

Au bout d’un couloir sombre, quelques chaises ont été installées contre un mur. Ceux qui attendent, une grande majorité de femmes, la saluent d’un signe de tête mais le silence règne. Jusqu’à ce que la mince porte qui leur fait face s’ouvre et qu’un papi lance un jovial : « Au suivant ! ».

A l’intérieur, l’ambiance se fait plus chaleureuse, plus grâce à la bonne humeur des volontaires qu’à la lumière jaunâtre des néons. Certains, comme Julian, 70 ans passés, viennent depuis près de vingt ans aider à la distribution d’aliments de l’organisation religieuse Saint Vincent de Paul, deux fois par semaine (il n’y a pas de Restos du cœur en Espagne, où la plupart des aides bénévoles sont fournies par des organisations religieuses).

Le profil de la pauvreté en Espagne a radicalement changé

Ancien ouvrier de l’industrie automobile, Julian est aux premières loges pour observer la rapide dégradation de la situation économique :

« Quand je suis arrivé, à la fin des années 1980, on ne voyait que des Espagnols. Mais depuis quinze ans, ils avaient totalement disparu et on avait à faire à une majorité de familles immigrées. Depuis trois mois, les Espagnols reviennent. »

Et de faire visiter l’entrepôt où sont conservées des tonnes d’aliments réparties auprès des organisations caritatives par la branche espagnole des Banques alimentaires d’Europe.

« C’est aussi la première fois qu’on voit autant d’hommes venir eux-mêmes chercher les provisions. Ce sont surtout des professionnels indépendants qui n’ont plus de travail à cause de la crise de la construction. Il y a deux jours, un monsieur est venu qui avait tout perdu, jusqu’à sa fourgonnette, parce que plusieurs de ceux qui sous-traitaient chez lui ont fait faillite et ne l’ont pas payé. »

Un bruissement se transforme en éclats de rire dans le couloir : une maman arrive avec cinq rejetons, dont des jumelles réchauffées par deux anoraks vert pomme identiques. « Et encore, elle en a laissé à la maison, elle en a sept », glisse en douce l’une des volontaires, l’air malicieux et un peu exaspéré.

La famille remplit ses sacs avec les victuailles qui ont été organisées en petits tas individuels par Julian et ses comparses : petits pots de bébé, riz, lait, sucre, mais aussi quelques douceurs. Cette semaine, c’est du riz-au-lait.

« Au suivant ! » Une femme accompagnée par son fils adolescent entre à son tour, silencieusement. Judith, équatorienne, se décide finalement à parler, rapidement, pressée de rentrer :

« Cela fait trois ans que nous vivons en Espagne et j’ai commencé à venir ici pour la première fois il y a quelques semaines. Mon mari est au chômage depuis quatre mois, il travaillait dans la construction. C’est la dame chez qui je travaille qui m’a parlé de cet endroit. Comme nous sommes cinq à la maison, cela m’aide beaucoup. »

Il n’est pas toujours évident d’obtenir des témoignages ici, et tout bonnement impossible de prendre des photos des familles qui viennent s’approvisionner. Une belle jeune femme marocaine s’explique, tout en restant assise sagement dans la file d’attente : « Je suis allée bien toute ma vie et je traverse deux mois de difficultés : pas question qu’on immortalise justement ce moment ! » Fou rire nerveux chez ses voisines de bancs.

Les demandes d’aides d’urgence auront augmenté de 50% d’ici fin 2008

Depuis janvier dernier, Saint Vincent de Paul Madrid a vu le nombre de familles inscrites sur ses listes de distributions d’aliments passer de 288 à 360. Le panorama est encore plus sombre à l’échelle nationale. L’organisation catholique Caritas s’attend ainsi à une augmentation de 50% des demandes d’aides d’urgence -soupes populaires, distributions d’aliments et de vêtement, aides aux logements, etc.- d’ici fin 2008. Selon l’organisation :

« Ceux qui sollicitent le plus d’aide sont les femmes seules avec des familles à charge, les chômeurs de plus de 40 ans avec peu de qualifications professionnelles, les jeunes familles avec des enfants en bas âge et les femmes immigrées qui cherchent un emploi pour la première fois car leur mari a été mis au chômage. »

Le chômage, justement, figurait au sommet des préoccupations de 71% des Espagnols en novembre, selon le Centre d’investigations sociologiques, soit une augmentation de six points par rapport au mois précédent et loin devant le terrorisme (21,7 %) (Lire ici les résultats de l’enquête en PDF et en espagnol).

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  • holala
    holala
    Ingenieur
    • Posté à 15h08 le 06/12/2008
    • Internaute 61543
      Ingenieur

    Le principal moteur de l’economie espagnole a ete la construction durant de nombreuses annees. On estime a plus d’un million le nombre de logements vides et invendus. Beaucoup de jeumes ont quittes les etudes pour gagner rapidement de l’argent dans l’immobilier. La speculation a cree des richesses ephemeres, du a la circulation d’argent noir dans la vente et revente d’ appartement, reinvesti souvent dans des voitures de luxes. Les banques, les gouvernements ont laisses faire et laisses croire que le marche immobilier ne pouvait pas baisser.
    Aujourd’hui la fete est fini, retour a la realite. L’espagne mettra malheureusement longtemps pour se recuperer.

  • said sellali
    said sellali
    cadre à nantes
    • Posté à 17h30 le 06/12/2008
    • Internaute 25979
      cadre à nantes

    L’Espagne vit au dessus de ses moyens depuis plus de 10 ans déjà. En effet, le boom économique de ce pays était dû très largement à la bulle immobilière et à l’endettement ultra excessif des ménages espagnols.
    Ainsi, les espagnols vont souffrir le martyr car la fête est finie.Je parie que dans moins d’un an le taux de chômage de ce pays en déshérence sera de 20%-c’est à dire son taux d’avant la bulle immobilière-. Il n’y a pas à dire : cela va saigner.

  • LeLapin
    LeLapin
    Infopigiste
    • Posté à 19h24 le 06/12/2008
    • Internaute 31149
      Infopigiste

    Cette année les espagnols sont pauvres ? Pas tous ! Ce samedi dans un centre commercial français frontalier, j’ai pu voir une invasion. Il faut dire que les espagnols viennent en France pour acheter de la « marque ». Et même avec leur week-end prolongé et la proximité des Fêtes, je n’ai jamais autant vu d’espagnols ici.

  • N.MARECHAL
    • Posté à 13h51 le 07/12/2008
    • Internaute 9175

    L’Espagne connaît une crise plus forte car le système est plus fragile par rapport à nous.
    Ceci dit, je voudrai dire que la vague nous frappera de la même façon mais dans un délai plus long, nous serions un peu plus solide économiquement.

    Travaillant dans secteur industriel et plus particulièrement dans les transports internationaux, je constate que pour l’instant les entreprises françaises résistent assez bien face à la crise. Mais, une chose est parfaitement claire… nous ne sommes qu’aux prémisses d’une vague énorme.

    Je m’inquiète pour nous et pour des pays comme l’Espagne qui dès à présent subissent péniblement les premiers effets de cette crise. Que ce passera t’il lorsque nous serons au cœur de la déferlante ?

    Je surveille des tendances et celles-ci sont très inquiétantes en plus d’être sournoises, les cartes sont troubles malgré tout…

  • said sellali
    said sellali répond à N.MARECHAL
    cadre à nantes
    • Posté à 14h43 le 07/12/2008
    • Internaute 25979
      cadre à nantes

    Effectivement nous allons aussi connaitre la crise mais notre système productif est bien plus diversifié du point de vue industriel et commercial que l’Espagne, qui a été pendant 10 ans déjà une quasi monoéconomie basée très fortement sur la bulle immobilière.
    Ainsi, on construisait plus de logement en Espagne qu’en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne réunie.Ce n’était pas tenable sur le long terme. C’est ce qui me fait dire que l’ampleur de la crise en Espagne soit sans commune mesure avec nous et que même de façon plus global, la France sera le pays qui s’en sortira le mieux de tous les pays développés car nous sommes ceux qui avons le moins trempés dans la folie ultra libérale qui a engendré la bulle financière et immobilière.

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