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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Sagrada Familia : a-t-on trahi Gaudi ? Les experts se déchirent

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 15/12/2008 à 19h55



La Sagrada Familia, cathédrale de Gaudi à Barcelone, lors d’un feu d’artifices en 2002 (Albert Gea/Reuters).


« Laissons Gaudi tranquille ! » C’est le cri de ras-le-bol d’un groupe d’artistes, intellectuels et directeurs de musées qui se sont associés pour défendre l’héritage de l’architecte catalan.

La Sagrada Familia, célébrissime cathédrale en construction à Barcelone depuis cent ving-six ans et inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, serait attaquée par des « tonnes de ciment avec pour seul objectif d’alimenter le tourisme ».

Environ 400 personnes ont déjà signé le manifeste « Gaudi en Alerte Rouge  », lancé sur Internet en juillet par certains des plus grands noms du monde de la culture catalane et espagnole, dont le directeur du Musée madrilène Reina Sofia, Manuel Borja-Villell, le président de la fondation Antoni Tapiés, Miquel Tapiès ou encore Rosa M. Malet, directrice de la Fondation Miró.

« Les travaux auraient dû s’arrêter à la mort de Gaudi, en 1926 »

La cible de leur critique ? Les travaux de construction du fameux « temple expiatoire » qui n’auraient pas dû, selon eux, continuer après la mort accidentelle d’Antoni Gaudi. Le maître fut écrasé par un tramway en 1926, après avoir consacré les douze dernières années de sa vie au seul projet de la Sagrada Familia.

Maria del Mar Arnus, critique d’art et farouche pourfendeuse des travaux qui se réalisent non seulement sur la cathédrale mais aussi sur d’autres emblèmes de l’architecture Gaudi, explique ses griefs :

« Gaudi partait de l’expérience pour élaborer ses plans, il faisait et défaisait à mesure qu’il avançait. Eux [les responsables actuels de la construction] travaillent seulement à partir d’une époque spécifique. On aurait dû ne conserver que la façade qu’il avait déjà achevée. Au lieu de cela, on exploite son nom comme une marque. »

Compliquant encore la tâche de l’équipe chargée de la construction après sa mort, un incendie a ravagé l’atelier de Gaudi au début de la Guerre d’Espagne, en 1936, détruisant toutes ses maquettes et travaux. Sur son site, la fondation, privée et religieuse, chargée de la construction du temple et qui a refusé de commenter pour Rue89 les critiques des signataires du manifeste, se veut rassurante :

« Malgré tout, on a récupéré beaucoup de fragments, et on conserve quelques plans publiés et photographies des maquettes originales. »

Le gigantesque chantier rappelle les constructions médiévales

C’est donc depuis la Grande-Bretagne que nous parvient l’une des voix de la défense du gigantesque projet. Le critique d’art du quotidien The Guardian Jonathan Jones explique ainsi sur son blog :

« N’importe qui peut voir que l’intérieur n’est pas de Gaudi et ne le sera jamais. Evidemment. Le travail collectif, cependant, a la poésie d’un spectacle architectural plus médiéval que moderne -l’effort centenaire qu’il faut pour construire une belle cathédrale. »

Pour Maria del Mar Arnus, cependant, l’outrage fait à l’oeuvre de Gaudi s’inscrit dans le contexte plus large du ras-le-bol de certains Barcelonais face à la mutation de leur ville.

« Certains beaux immeubles du centre ont été détruits pour laisser place à des hôtels. On détruit notre patrimoine. »

Photo : la Sagrada Familia, cathédrale de Gaudi à Barcelone, lors d’un feu d’artifices en 2002 (Albert Gea/Reuters).

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  • thierry reboud
    • Posté à 20h15 le 15/12/2008
    • Internaute 20923

    C’est sans doute un dommage collatéral de la manie conservatoire qui marque notre époque. Avec de tels experts, aucune cathédrale européenne n’aurait été achevée ! Compte tenu des délais de construction, aucune cathédrale n’est l’oeuvre d’un unique architecte, et c’est tout de même surprenant d’avoir à rappeler de telles évidences.

    Gaudi a deux mérites : avoir proposé la construction de la Sagrada Familia et lui avoir donné son style. La position des pétitionnaires revient à faire de la Sagrada Familia une oeuvre de Gaudi, et rien d’autre. Mais pour le coup c’est négliger le fait que Gaudi tenait à ce que la Sagrada Familia devienne effectivement une cathédrale.

    La question qui se pose est donc celle-ci : qui respecte le mieux l’oeuvre de Gaudi, ceux qui veulent la laisser intacte ou ceux qui veulent la mener au terme de ce que Gaudi avait lui-même prévu ?

  • kkadim
    kkadim répond à thierry reboud
    service public rhone alpes
    • Posté à 20h35 le 15/12/2008
    • Internaute 24768
      service public rhone alpes

    oui certes, le choix est là : laissez le batiment en l’état d’inachévement ( et il est bien plus majestueux déjà que bien des constructions, pourtant je l’ai visisté il y a trente ans ), ou bien finir la cathédrale : mais alors que faire ? Les oeuvres de Gaudi sont uniques, continuer la sagrada familia oui mais comment éviter un pastiche ? J’avoue que les derniéres images que j’ai vue des travaux m’ont déçu ; celà semblait sans âme.

  • Schatje
    Schatje répond à thierry reboud
    • Posté à 20h42 le 15/12/2008
    • Internaute 37471

    Entièrement d’accord avec la seconde partie de votre message.
    Quand à la « manie conservatoire » de notre époque nous ne pouvons que regretter que celle ci ne s’applique qu’à tort et à travers pour des monuments emblématiques et ... rémunérateurs.
    Je pense par exemple à des restaurations très couteuses et très médiatiques comme la galerie des glaces.
    je pense que de son temps, Viollet le Duc aurait pu être aussi critiqué que le sont ces « finisseurs » de la Sagrada Familia.

  • la-grande
    la-grande répond à bifteack
    Etudiant
    • Posté à 22h43 le 15/12/2008
    • Internaute 62165
      Etudiant

    En effet il me semble également que la Sagrada Familia soit un projet ’du peuple » et non pas son oeuvre, je pense que laisser la Sagrada Familia dans l’état dans lequel elle était aurait été en tout point contre la volonté de Gaudi, pour ses oeuvres il y en a déjà tellement à voir.

    En plus de la beauté architecturale ce qui m’a vraiment marqué en la visitant et que l’église se construisait doucement grâce aux dons, ce qui est quand même à mon gout quelque chose de magnifique, Gaudi à seulement permit de réaliser se projet, et ce n’était surement pas pour qu’il s’arrête dés sa mort.

    Après que des artistes se plaignent contre le défigurement de leur ville je le comprend très bien, il faut réagir avant qu’il ne soit trop tard.

  • Les Grands Champs
    Les Grands Champs répond à Schatje
    Retraité, le doigt là où ça (...)
    • Posté à 22h45 le 15/12/2008
    • Internaute 61722
      Retraité, le doigt là où ça (...)

    « Je pense par exemple à des restaurations très couteuses et très médiatiques comme la galerie des glaces. »

    Cette galerie a été restauré par des fonds privé !
    Comme beaucoup d’autre restaurations au château de Versailles, et ailleurs.

    L’état n’a plus « depuis longtemps » les moyens d’en faire (des restaur.)

    « Viollet le Duc » Le massacreur !
    Il a restauré à SON idée, pas ce qu’il aurait fallu faire ; ce qui fait que nous pouvons voir des toitures en ardoises dans le sud-ouest !
    Impensable actuellement de faire ça.
    Mais il a sauvé des monuments, heureusement que TOUT n’est pas négatif !

  • Dorian.Gray
    Dorian.Gray
    Etudiant
    • Posté à 01h15 le 16/12/2008
    • Internaute 62496
      Etudiant

    La première trahison c’est bel et bien de faire payer 10 euros pour 5 minutes en haut (8 pour les étudiants).
    CQFD.

  • Anastaze
    Anastaze
    inconsolable
    • Posté à 06h02 le 16/12/2008
    • Internaute 53186
      inconsolable

    La question que pose cet édifice, c’est de savoir s’il est consacré à Gaudi, Dieu ou au tourisme.

    Si c’est Gaudi, il faut tout figer, comme pour les inachevés de Michel-Ange, ou les ébauches de Rodin.

    Si c’est Dieu, la foi doit accompagner son éternelle construction comme Lien (la conception de Gaudi).

    Si c’est le tourisme, il faut l’adapter au confort moderne, parking, ascenseurs, galerie commerciale, poste médical et de secours, expositions, foires et banquets, commodités etc.

    Le pire serait que ce soit les trois.

  • Jaycib
    Jaycib
    Désagrégé de l'Université
    • Posté à 10h22 le 16/12/2008
    • Internaute 37053
      Désagrégé de l'Université

    La Sagrada Familia a toujours suscité l’ambivalence, non pas parce qu’elle est inachevée, mais parce qu’elle laisse bien entrevoir les hésitations, les repentirs de l’architecte (sur le papier), et qu’on se demande pourquoi il les a eus. Autant les quatre tours et le portail [sud ? } et son formidable bestiaire suscitent l’admiration, autant le reste – et surtout le portail opposé, une horreur en ciment fabriquée de fraîche date – dégoûte des travaux d’« achèvement ». Cela dit, les défenseurs de la conception originelle de l’église n’ont pas tort (du moins sur le papier).

    Car c’est comme s’il y a avait eu deux Gaudi, l’artiste à l’imagination fertile, « délirante » mais très cohérente (dont on en la preuve éclatante dans toutes ses oeuvres « laïques » comme le palais Güell, le parc Güell, la casa Mila, la casa Batllo, etc.), mais aussi un austère croyant tenaillé par sa double casquette de créateur débridé et de chrétien modeste et obéissant. Il suffit de voir l’école de filles (privée) que Gaudi a conçue a quelques encablures de la Sagrada Familia – son côté prison hermétique et monacale fait frémir !

    A mon sens, ce que l’on peut voir de la Sagrada Familia à son stade actuel participe de ce déchirement. Je serais plutôt partisan, avec les signataires de la pétition, que l’on arrête les frais pour cette raison. Je crois que ce serait le point de vue de tout amateur de Gaudi le découvreur, le créateur pré-surréaliste, le suprême manieur et remanieur de matériaux de construction – je ne pense pas qu’il y ait actuellement un seul architecte ayant la même passion de la matière et de ce qu’on peut faire avec.

    Restent les légataires spirituels de Gaudi, qui veulent avant tout mener l’oeuvre « sainte » de l’architecte à son terme. Ce genre de débat est fréquent dans d’autres domaines de l’art. Dans le cas présent, on peut voir très nettement que les serviteurs de la volonté supposée de l’artiste (quelles qu’en soient les contradictions, et celles-ci me paraissent évidentes) ne partagent pas l’admiration pour Gaudi l’éclatant architecte et décorateur, le génie de l’art nouveau, naturellement sans égal où que ce soit dans le monde, dont les pétitionnaires sont naturellement de fervents amoureux.

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