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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Le resto de Ferran Adrià ferme : la cuisine moléculaire orpheline ?

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 27/01/2010 à 17h20


En 2012, le restaurant catalan El Bulli fêtera ses 50 ans de vie. En 2012, il fermera aussi ses portes pour deux ans. Ses 52 tables, dressées seulement six mois par an, sont convoitées par des dizaines de milliers de gastronomes. Mais seuls 8 000 parviennent chaque saison à y prendre place pour déguster un menu coûtant près de 200 euros et comprenant des mets réinventés chaque année à l’occasion de nouvelles « collections ».

Ferran Adriá -avec un air de génie à la fois timide et exubérant lorsqu’il parle de ses créations- vient donc de décevoir ces milliers de gourmands qui comptaient tenter leur chance et décrocher une place à sa table en 2012 et 2013.

« En 2014, nous proposerons de la nourriture d’une façon ou d’une autre », a-t-il dit, tentant de rassurer l’auditoire réuni pour assister au forum international de gastronomie Madrid Fusión, tout en admettant ignorer « sous quelle forme et avec quel financement. »

« C’est comme si on demandait à Galiano d’aller à l’usine »

Fatigué par 25 ans de travail, « 333 jours par an, 15 heures par jours », Ferrán Adría a expliqué mardi que lui et son équipe méritaient de « normaliser [leurs] vies ». En référence au couturier britannique à la tête de la maison Dior, il a expliqué :

« C’est comme si on demandait à John Galiano d’aller à l’usine. À ce rythme, il est impossible de créer. »


Ferran Adrià en interview, juin 2009 (Stephen Hird/Reuters)

Révéré par beaucoup, tenu comme un grand artiste par d’autres -il fut l’un des invités de l’exposition internationale de la Documenta, à Kassel en 2007-, Ferran Adrià amuse aussi. Le critique gastronomique du quotidien Tha Guardian, Jay Rayner, ironise sur son blog :

« En fermant le restaurant, Adrià atteint un genre de perfection. Il sera désormais tellement “ select ” qu’absolument personne ne pourra aller y manger. »

Un « génie » aussi accusé de mettre en danger « la santé publique »

Les Espagnols lui sont en général reconnaissants d’avoir œuvré pour la gastronomie ibérique sur la scène internationale, mais ils osent aussi se moquer gentiment des excentricités du maître de la haute cuisine, né dans une banlieue populaire de Barcelone.

D’autres sont bien plus durs, comme cet autre chef étoilé espagnol, Santi Santamaria, qui avait dénoncé en 2008 ceux qui « remplissent leurs assiettes de gélifiants et d’émulsifiants de laboratoires » et mettent en danger la « santé publique », déclenchant ainsi une véritable « guerre des toques ».

Qui prendra la relève ?

Qui prendra la relève maintenant qu’il s’éclipse ? Et pourquoi ce départ pourtant démenti il y a peu ? Les opinions divergent et la déception fait rage chez les gastronomes du monde entier.

Selon Esmeralda Capel, l’une des fondatrices du salon Madrid Fusion :

« Ce type de génie ne s’hérite pas, il crée des disciples. Le jour ou un autre apparaîtra, cela ne sera pas pour le copier. De nombreux autres chefs espagnols font déjà preuve de beaucoup de talent, mais un génie comme Ferran Adrià n’apparaît que rarement. »

Pour beaucoup cela ne fait aucun doute, son héritier direct -le chef britannique tout aussi adepte des expérimentations culinaires- Heston Blumenthal, va enfin retrouver la première place du classement des meilleurs restaurants publié chaque année par la revue britannique Restaurant Magazine.

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  • patrick du 14-
    patrick du 14-
    de plus en plus naze
    • Posté à 17h28 le 27/01/2010
    • Internaute 40667
      de plus en plus naze
  • Jonas2
    Jonas2
    Les mouches ne me trouveront (...)
    • Posté à 17h43 le 27/01/2010
    • Internaute 19359
      Les mouches ne me trouveront (...)

    C’est marrant, mais quand je lis « première place du classement des meilleurs restaurants publié chaque année par la revue britannique Restaurant Magazine », j’ai le sentiment bien franchouillard de ne pas perdre grand chose et je me dis que je peux continuer à écumer sans regret les tables de mon cher Périgord.

  • lex-icon
    lex-icon répond à Jonas2
    chercheur
    • Posté à 17h59 le 27/01/2010
    • Expert 95902
      chercheur

    Le Périgord est fantastique pour son terroir j’en conviens très volontiers. Il faut à tout prix conserver les spécialités des régions.
    Mais c’est quand même intéressant d’avoir des gens qui inventent des textures, des saveurs à coté de cela, non ?

  • booli
    booli
    Doctorant
    • Posté à 18h20 le 27/01/2010
    • Internaute 55468
      Doctorant

    Je ne suis pas vraiment d’accord avec tous les commentaires anti Bulli. Je n’ai pas eu l’occasion d’y aller mais je l’envisageais assez sérieusement (bien que simple étudiant et pas spécialement riche mais j’habite pas très loin).

    A vrai dire j’envisage plutôt cela comme une expérience artistique pour le palais. Combien vaut un tableau de maître ? Combien vaut un billet file 1 fauteuil 1 pour un opéra joué et dirigé par les meilleurs de leur discipline ? Il y a fort à parier que manger au Bulli doit être une expérience comparable en terme de sens.

    Quant au prix du menu, il me semble avoir vu/lu/entendu que ces menus étaient vendu à perte (ils coûtent plus cher à produire que le prix auquel il est vendu), les revenus principaux de l’entreprise provenant de la partie hôtellerie, livres et autres produits dérivés.

  • pipolino
    pipolino répond à condamned
    .
    • Posté à 19h19 le 27/01/2010
    • Internaute 89242
      .

    D’accord avec vous une base d’aliments mélangés avec du vent.
    Certes le gout de l’aliment est très prononcé, les mélanges certainement judicieux mais l’ensemble ne nourrit pas son homme.
    Je pense même que quelqu’un qui se nourrirait uniquement de cette cuisine aurait des carences graves vu le peu d’aliments très très aérés.
    De plus en plus de glaciers et d’industriels de l’alimentation utilisent ce principe, moins d’ingrédients, plus d’air et pas moins cher.
    Ça fait cher le vent

  • Keldan
    Keldan répond à booli
    Now future & karpe diem
    • Posté à 14h36 le 28/01/2010
    • Internaute 5164
      Now future & karpe diem

    Le prix me fait pas vraiment tiquer. Après tout, tous les grands restos sont à ce tarif, même si c’est quand même un peu abuser mais bon, l’offre et la demande...

    Ce qui me gêne, c’est cette ambiance moderne, le truc bien tendance, rien qu’en lisant l’article je vois déjà les tables blanches, la lumière vive et les machins en métal partout. Bon c’est peut être la faute à l’auteur : D
    Et surtout le fait que la raison pour laquelle les gens font la queue pendant des mois n’est pas simplement dû à la qualité de la bouffe, mais au simple fait que c’est à la mode.

    Et même si je suis curieux de ce que peut donner une cuisson à l’azote, je doute apprécier le fait qu’un plat se mange vraiment en une bouchée... C’est pas trop dans ma nature, je préfère la côte de bœuf d’un kilo sur la table : D

  • rezba
    rezba répond à Keldan
    homard intempestif
    • Posté à 16h01 le 28/01/2010
    • Internaute 3623
      homard intempestif

    « Ce qui me gêne, c’est cette ambiance moderne, le truc bien tendance, rien qu’en lisant l’article je vois déjà les tables blanches, la lumière vive et les machins en métal partout. »

    Raté, El Buli, ça ressemblez plus à un resto de plage, avec des serveurs en short. Et la majorité des gens qui vont manger là-bas sont des restaurateurs, qui vont y découvrir d’autres façons de préparer les aliments.

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