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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Il l'a battue et laissée pour morte mais évite la plus lourde peine

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 02/02/2010 à 08h33


Dans une manifestation contre les violences conjugales à Séville en 2004 (Marcelo Del Pozo/Reuters)

(De Madrid) Il a attendu l'aube pour pénétrer dans l'appartement de son ex-femme, violant ainsi le périmètre de sécurité qui lui avait été imposé par la justice, avant de la battre avec une telle violence qu'elle est aujourd'hui tétraplégique. Mais il ne l'aurait pas surprise alors qu'elle était « sans défense », selon le tribunal suprême espagnol qui vient de réduire sa peine.

Considérée en France comme un modèle à suivre dans la lutte contre les violences faites aux femmes, l'Espagne s'émeut cette semaine devant deux verdicts de la cour de dernière instance du pays, qui réduisent les condamnations prononcées à l'encontre de cet agresseur ainsi que de deux autres hommes accusés d'avoir violé une jeune femme en 2004.

« Je dois la tuer pour tout ce qu'elle nous a fait »

La première affaire s'est déroulée en juin 2006. La victime, appelée María Antonia selon le quotidien El País, avait décidé de mettre fin à son mariage près d'un an plus tôt. Son époux depuis 1989 et père de ses deux enfants avait alors commencé à la menacer de mort.

Alertée, la justice lui a interdit de s'approcher de son ex-femme, mais il est malgré tout entré dans l'ancien domicile conjugal une première fois, fin 2005, pour la battre très violemment, « ne cessant que devant les pleurs et les suppliques de ses deux enfants », selon le rapport de justice du tribunal de Madrid.

Quelques mois plus tard, il attend l'aube pour se glisser dans l'appartement avec ses anciennes clefs, après avoir réussi à forcer le verrou de sécurité.

Ce sont les cris du père, « Je dois la tuer pour tout ce qu'elle nous a fait », qui alertent cette fois les deux enfants. Ils se retrouvent face à leur mère, au sol, battue par son ex-mari qui tient un couteau à la main, pris auparavant dans la cuisine, toujours selon le dossier, et qui tente de l'étouffer.

Elle n'a peut-être pas été surprise par son agresseur

D'abord laissée pour morte, elle est aujourd'hui tétraplégique et « aura besoin pour le restant de ses jours de l'assistance d'une tiers personne pour les activités les plus élémentaires de la vie quotidienne », selon le rapport juridique cité par le quotidien Público.

Condamné en première instance à vingt et un ans et dix mois de prison par le tribunal de Madrid, l'agresseur vient de voir sa peine abaissée à seize ans et dix mois par le tribunal suprême. Son jugement est sans appel.

Selon ses magistrats, la volonté de l'agresseur de surprendre sa victime alors qu'elle ne peut pas se défendre, de la « prendre en traître », selon une précision du code pénal espagnol, n'est pas prouvée. Un détail qui aurait fait basculer l'homicide volontaire vers l'assassinat.

L'agresseur a en effet affirmé qu'une dispute avait précédé les coups, et le tribunal estime qu'il n'a pas été prouvé que la victime dormait avant l'attaque.

L'avocate de la victime dénonce, elle, une « aberration juridique » dans les pages du quotidien El País, puisque « d'après les propos même de l'agresseur, on peut déduire qu'elle ne pouvait pas se défendre. » Le tribunal de Madrid avait lui jugé « incohérents » les propos de l'agresseur.

Des blessures et un kidnapping « nécessaires » pour commettre un viol

Depuis la révélation lundi de l'affaire, les juristes débattent du bien fondé de la sentence. Un débat d'autant plus animé en Espagne qu'un autre cas polémique l'a précédé de peu sur la scène médiatique.

On apprenait ainsi lundi que le même tribunal suprême avait abaissé de quatre ans les peines de dix-huit ans et demi de prison imposées à deux hommes qui avaient, en 2004, fait monter de force une jeune femme dans leur voiture avant de la violer sur un terrain vague.

La première sentence incluait une peine de prison spécifique pour les blessures causées à la victime et quatre ans pour séquestration illégale, mais la cour de dernière instance a finalement jugé que les blessures « n'excèdent pas les séquelles naturelles qu'entraînent ces conduites » et que le kidnapping est ici un « moyen nécessaire » pour commettre le viol, puisqu'il est limité au temps nécessaire à l'agression.

Une logique qui ne manque pas de scandaliser Altamira Gonzalo, présidente de l'association de femmes juristes Themis, pour qui une même « bienveillance » des juges envers les agresseurs unit ces deux cas récents, qui relèvent pourtant tous deux de la violence de « genre » si surveillée en Espagne.

« Estimer que les lésions étaient “nécessaires” pour commettre le viol nous rappelle une époque que l'on croyait révolue, celle où il y a vingt-cinq ans le tribunal suprême exigeait de la victime une “résistance héroïque” pour pouvoir prouver qu'il y avait bien eu agression sexuelle.

Mais ces verdicts ne sont heureusement que deux exceptions et la majorité des tribunaux appliquent la loi en accord avec l'époque actuelle. »

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  • suthek
    suthek answers to Grums
    D&S
    • Posté à 21h19 le 02/02/2010
    • Internaute
      D&S

    Je pense surtout que leur réflexion est strictement hors du champ du viol ou de la violence « de genre ».

    Dans le deuxième cas par exemple, on aurait pas reproché à un type qui en a torturé un autre pendant une journée complète de l'avoir attaché. Ce serait comme reprocher à un braqueur de banque de porter une cagoule... Pourquoi ne pas les condamner aussi parce qu'ils n'ont pas fournis aux victimes les moyens de se défendre ? Tant qu'à faire...

    Le premier cas est un peu plus litigieux, à priori. Mais de toute façon il ne faut pas non plus oublier que, certes, les peines ont été réduites, mais que les gars, là, ils ont quand même encore quelques années à écoper avant d'être libre : 16 ans et 10 mois, et 14 ans et 6 mois, respectivement. Je veux dire, la justice a quand même fait son œuvre, c'est pas comme si ils sortaient demain et pouvaient recommencer en toute impunité.

  • Bourreau
    Bourreau answers to suthek
    Super-héros en formation
    • Posté à 22h06 le 02/02/2010
    • Internaute
      Super-héros en formation

    Pour moi l'argument ne prends pas.
    Dans le cas d'une torture à mort, dira-t'on que la mort n'était qu'une conséquence naturelle de la torture ? Ou que la torture était l'élément nécessaire à la mort ?
    La « justification » d'un acte n'efface pas pour autant le-dit acte. L'acte a eu lieu, il doit être jugé. Il peut y avoir des circonstances atténuantes, mais je ne pense pas qu'on rentre la dans ce domaine.

  • suthek
    suthek answers to Grums
    D&S
    • Posté à 22h07 le 02/02/2010
    • Internaute
      D&S

    Je ne pense sérieusement pas qu'il ne s'agisse d'une remise de peine. Mais l'article manque de détails à ce sujet, donc je ne peux pas sérieusement m'avancer.

    L'hypothèse la plus probable à mon sens (je n'y connais rien au droit ibère), c'est que les 16 ans pour le premier cas correspondent à la peine maximale pour une tentative d'homicide, alors que les 20 correspondaient à une peine maximale pour tentative d'assassinat.

    Et comme le qualificatif « d'assassinat » n'est pas garanti (visiblement c'est une parole contre l'autre, en gros, pour la prise par surprise), ils ont préférés ne garder que ce qui était assuré, soit la tentative d'homicide. C'est un détail loin d'être insignifiant, et la présomption d'innocence veut qu'il ne soit pas condamné pour se pour quoi il n'y a pas de preuves suffisantes.

    Mais je suis certain que j'aurais beaucoup plus d'alliés si j'avais utilisé le même type d'argument pour défendre les gens impliqués dans l'affaire de Tarnac, par exemple. J'en suis conscient.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 22h09 le 02/02/2010
    • Internaute
      non connue
  • jack_tance
    jack_tance
    Indépendant Révolté
    • Posté à 23h08 le 02/02/2010
    • Internaute
      Indépendant Révolté

    Bonjour,
    Pour mon premier commentaire, je suis désolé d'apparaître comme désagréable.
    Cet article fait référence à 2 affaires distinctes qui auraient mérité d'être séparées.
    L'enlèvement, la séquestration et le viol n'est pas le même délit que la violence conjugale ou post-conjugale.
    Le premier est commis par des voyous sans scrupules qui préméditent leur acte. Le second par un homme qui n'a certainement pas été suivi et écouté.Comme d'habitude....Mais je ne connais pas le droit espagnol. Je connais très peu le droit français dans cette matière également.
    Ce que je sais, c'est qu'après les années d'humiliations que j'ai subies et autres joyeusetés, j'ai du répondre à des fausses plaintes non vérifiées par les autorités,sans pouvoir répondre par une plainte en diffamation. Jusqu'au jour ou elle a sorti le bulletin scolaire de mon fils de la poubelle en me disant que je ne meritais que cela. Ce jour la sa tête à heurté le mur après avoir rencontré ma main gauche.
    Bien sur cet acte de violence n'a aucunes excuses............
    Je passe les détails, ils seront racontés ailleurs, mais dans cette histoire il y a :

    Une preuve de faiblesse et d'impuissance de ma part.
    Un sentiment de toute puissance de la part de Mme qui sait pouvoir se permettre tout et n'importe quoi. Personne ne vérifie ses accusations.

    J'ai répondu à la police de cet acte et huit ans après je ne veux toujours pas rencontrer cette femme en privé. Je ressens un profond sentiment d'injustice en pensant au comportement des autorités, à leur complaisance. S'ils m'avaient permis la plainte en diffamation jamais le papier ne serait sorti de la poubelle. Et ma main gauche serait restée tranquille.

    Et si le comportement des autorités ne s'améliore pas rapidement pour remettre un peu d'égalité dans le traitement de ces affaires alors les violences décupleront.

    Certains parlent d'une femme tuée tous les trois jours, il y a aussi le suicide d'hommes divorcés très fréquemment.

  • suthek
    suthek answers to Bourreau
    D&S
    • Posté à 23h08 le 02/02/2010
    • Internaute
      D&S

    Le problème n'est pas pris dans le bon sens. Si la torture devait entrainer la mort, alors ce serait le meurtre qui serait condamné. Avec une aggravation pour le coté torture, écrite spécifiquement dans le code pénal je suppose (je suis pas juriste, je me contente de tenter un argumentaire valable dans toutes les situations).

    Après, je ne sais pas à quel point la fille violé du deuxième exemple était blessée (pas de précision dans l'article, donc bon...). Si les blessures n'était effectivement que quelques rougeurs aux poignets, on peut considérer qu'elle s'est blessé elle-même en tentant de se libérer (ça me semblerait assez logique d'ailleurs). Quand aux kidnapping, j'ai beau ne pas être un spécialiste du viol (on m'excusera, j'en suis certain), il est à peu près sur que si, c'était nécessaire dans l'optique de nos violeurs.

    Par ailleurs l'article est assez partisan, la citation à la fin n'a rien à voir avec la choucroute puisque les juges n'ont pas estimés les lésions nécessaire pour considérer le viol comme factuel. Ils considèrent juste que le kidnapping était nécessaire.

    Mais je me répète, je ne connais pas le code local, donc pour les détails de la décision... Je considère juste que ce ne sont pas des décisions machistes parce que largement justifiables par d'autres biais.

  • Virgule de Guillemet
    • Posté à 23h23 le 02/02/2010

    Les violences, qu'elles soient physiques ou psychologiques, qu'elles viennent de la femme ou de l'homme, sont toujours inacceptables.

    Mais ne pas oublier le petit point de détail de la masse musculaire qui fait que, généralement, c'est la femme qui reste sur le carreau.

  • Baloubalou
    Baloubalou answers to jack_tance
    -
    • Posté à 03h03 le 03/02/2010
    • Internaute
      -

    Ca va très vite. Qui n'a jamais donné une baffe à un enfant ? Qui n'a jamais bousculé quelqu'un, poussé par la colère ?
    Parfois on s'en sort, parfois tout s'enchaine, et on en paye les conséquences, il suffit de pas grand chose.

    En l'occurence vous et moi on est dans le deuxième cas, faut se dire qu'on a fait un geste malheureux, mais que c'est malheureusement humain. Faut comprendre la leçon et rebondir, ce genre d'erreur nous aide à nous construire. Maintenant, on sait où mène la colère...

    Si si, c'est un avantage. J'ai remarqué que c'est quelque chose que peu de gens ont, finalement. Même si tout monde sait que la violence est inacceptable, en pratique, les gens qui s'emportent (pour des broutilles) sont innombrables.

  • cooboolt-
    • Posté à 06h43 le 03/02/2010

    « Mais ces verdicts ne sont heureusement que deux exceptions et la majorité des tribunaux appliquent la loi en accord avec l'époque actuelle. »

    S'en est deux de trop ! ! !

    Je suis séparé et j'ai deux enfants.
    Humilié et brisé, je réussi à sortir de ce cauchemar alors que j'étais seul et à la rue.
    Je n'ai jamais levé la main sur mon ex et j'ai fait tout cela pour rester dans le coeur de mes enfants.
    A qui a t-il pensé cet homme ?
    Il est en taule et la mère de ses enfants ne peut plus s'en occuper, sans même parler de sa façon bestial d'agir.

    Par contre pour les violeurs, la taule c'est trop sympa.
    La castration chimique en plus, c'est mieux.
    Et ce serais moi, je leurs couperais les c..., par ce qu'ils ne les méritent pas.

    Bonne chance à ces deux femmes qui vont vivre difficilement pendant longtemps.

  • natoussia
    natoussia
    Intello à lunettes
    • Posté à 08h26 le 03/02/2010
    • Internaute
      Intello à lunettes

    Le sujet provoque beaucoup d'émotion, mais il ne faut pas perdre de vue que les agresseurs ont été, en tous les cas, reconnus coupables, et condamnés à de lourdes peines de prison !

    Les violeurs feront tout de même 14 ans, ce qui est lourd, plus lourd que la moyenne des condamnations pour viol en France, il me semble (à vérifier)... Si j'ai bien compris l'histoire, ils ont été condamnés « juste » pour viol, et non pour viol + violences + séquestration parce qu'ils ne se sont visiblement pas amusés à prendre la victime pour un putching ball tout en la gardant enfermée un mois... C'est tout ce que veut dire le jugement ! Personne n'a dit que le viol c'était bien, sinon ils n'auraient pas foutu les deux monstres à l'ombre pour 14 ans (14 ans ! c'est énorme, il y a 14 ans on était en 1996 les enfants ! ), un jugement est tout de même une question d'échelle dans la gravité. Genre, filer une claque à une femme, c'est mal. La violer en réunion, c'est atroce. La violer en réunion, la torturer barbarement, puis la tuer alors qu'elle est enceinte et handicapée, c'est le comble de l'horreur, et le jugement s'adapte à cette échelle. Après tout, c'est le boulot de la justice de déterminer la peine en fonction de l'échelle de gravité du crime, non pas en prenant pour référence la victime, mais l'ensemble de la société. L'idée de la condamnation n'est pas de « punir » le méchant, mais de protéger la société en le mettant à l'écart.

    D'ailleurs, je suis pas sûre que dans les faits ca change grand chose pour la victime de savoir ses agresseurs à l'ombre 14 ans au lieu de 18. Je veux dire, pour la victime, même la peine de mort ça n'est pas assez tellement ce qu'elle a vécu est atroce. Mais malheureusement, la justice n'a pas le pouvoir de réparer sa peine en une seule décision, ce n'est pas son rôle.

  • asozial
    asozial answers to Thalie 54
    bobo aus Berlin
    • Posté à 09h13 le 03/02/2010
    • Internaute
      bobo aus Berlin

    je ne vois aucun effort de ce gouvernement dans un combat émancipateur pour les femmes, sauf quand ça lui permet de camouflet grossièrement une politique raciste destinée à draguer les voix du FN.

    sinon la loi du talion, c'est justifier toutes les violences et se mettre au même niveau que l'agresseur. cesser de justifier le machisme est plus efficace, mais il faut avoir vraiment envie.

  • Firken
    Firken answers to suthek
    Curieux
    • Posté à 09h41 le 03/02/2010
    • Internaute
      Curieux

    Les décisions peuvent être justifiables et pour autant machistes si elles s'appuient sur un code qui l'est...

    Si je ne suis pas spécialement choqué à ce niveau par le premier cas (même si le fait que la différence entre homicide volontaire et assassinat ne se situe qu'au niveau de la volonté de « prendre en traître » la victime me paraît ... bizarre), le second cas pose plus de problème à mes yeux. Il semble en effet supposer que le viol est un acte qui se passe forcément avec moult violences physiques et typiquement sur des femmes kidnappées et amenées dans des terrains vagues...

    Ça serait passer à côté du fait que viol il peut y avoir entre un mari et sa femme dans le lit conjugal et avec un effet psychologique tout aussi destructeur même sans blessures physiques...

    Et donc que dans le cas décrit par l'article, à l'agression sexuelle s'ajoute bel et bien la séquestration illégale et les blessures causées avec toutes les conséquences psychologiques et physiologiques que l'on peut imaginer...

    Mais en même temps je ne suis pas « homme de loi ».

  • mass0
    mass0 answers to Baloubalou
    • Posté à 10h44 le 03/02/2010

    A la nature humaine , elle a bon dos.

    La colère ne justifie aucun acte violent, c'est ça être humain. Si vous vous laissez aller à vos pulsions colérique, c'est que vous êtes un animal.

    Certain on subit les même problème sans pour autant avoir dépassé la limite de la violence physique. (celle des lâches).

    Moi aussi j'aurais pu mettre des claques à mes enfants, c'est la facilité. Il est évident que c'est nettement plus dur de se maitriser, d'être un humain en somme.

  • Boris Carrier
    • Posté à 11h01 le 03/02/2010

    Oui, l'Espagne est vraiment exemplaire en matière de lutte contre la violence machiste : on y tient le décompte rigoureux des victimes, il est tombé par exemple de 70 à 58 je crois l'année dernière, et c'est un sujet avec lequel personne ne plaisante. J'y vis et j'ai vu l'évolution des mentalités. Une grande campagne par voie d'affiches prônait aussi le respect des femmes et l'égalité des sexes... qui dit mieux ?

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