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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Espagne : plus besoin de feindre le risque de devenir folle pour avorter

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 24/02/2010 à 11h10

(De Madrid) L'avortement est devenu un « droit » en Espagne cette semaine après l'approbation au Sénat d'une nouvelle loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Le projet controversé de loi a
achevé mercredi son parcours parlementaire sous les huées de certains
conservateurs.

Il était confiné depuis 1985 aux pages du code pénal, et dépénalisé dans seulement trois cas : après un viol (avant trois mois), en cas de malformation du fœtus jusqu'à vingt-deux semaines et si la santé de la mère, physique ou mentale, courrait un danger.

Près de la totalité des IVG étaient pratiquées sous cette dernière condition, qui n'était pas limitée dans le temps et laissait donc la porte ouverte à des avortements très tardifs.

Empar Pineda, porte-parole de l'association des cliniques ACAI a réagi :

« Je suis très heureuse, la loi en vigueur était complètement obsolète. »

Un projet porté par la ministre de l'Egalité Bibiana Adio

Les établissements privés réalisent aujourd'hui 97% des IVG en Espagne, car la plupart des hôpitaux publics refusent de les pratiquer par « objection de conscience ». Leurs patientes sont donc réorientées vers le privé mais les opérations restent financées dans la plupart des cas par le système public.

Il est tout simplement impossible d'avorter en revanche dans les deux régions de Navarre et d'Extremadure. La nouvelle loi devraient désormais permettre aux femmes d'exiger être suivies dans leurs centres de santé publique.

Porté par la jeune ministre de l'Egalité Bibiana Aído, membre du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, le projet de loi a fait l'objet d'intenses débats, parfois tendus, depuis deux ans.

La numéro deux du Parti socialiste (PSOE) et sénatrice, Leire Pajin, lui a rendu hommage mercredi depuis l'hémicycle, dans un discours parfois interrompu par les huées de certains conservateurs :

« Alors qu'on la traitait d'assassin, je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu un seul mot déplacé de la part de la ministre Aído. »

Une reproduction de fœtus, star de la campagne anti-avortement

Une association luttant contre l'avortement a ainsi décidé de baptiser « Bébé Aído  » la reproduction en plastique couleur chaire d'un fœtus de douze semaines qu'ils ont fait fabriquer en masse puis distribué à tous ce que l'Espagne compte de personnalités politiques et de décideurs. Avec une attention spéciale pour Bibiana Aído qui l'a reçu en plusieurs exemplaires.

La poupée était même devenue l'emblème des centaines de milliers de personne (selon l'AFP, plus d'un million selon les organisateurs), qui s'étaient rassemblées à l'automne pour dénoncer le projet de loi.

L'un des points les plus largement polémiques touchait alors au droit pour les mineurs de plus de 16 ans d'avorter seules. Le groupe socialiste a finalement accepté d'introduire l'obligation d'avertir un parent ou tuteur, sauf si cela les met en « danger » et qu'elles risquent alors de subir des « violences » familiales, des « menaces », ou que cela les mènent à des « situations de détresse ».

Un concept trop flou selon la première force de l'opposition, le Parti populaire (PP), qui menace de recourir au tribunal constitutionnel pour bloquer l'ensemble de la nouvelle loi dont la mise en route est prévue pour dans quatre mois. Empar Pineda ironise :

« C'est ce qu'ils avaient fait pour la loi actuelle et cela avait retardé son entrée en vigueur de deux ans. C'est d'ailleurs la même loi qu'ils défendent aujourd'hui bec et ongles. »

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  • Homere elmero
    Homere elmero
    communiste primitif
    • Posté à 02h11 le 25/02/2010
    • Internaute
      communiste primitif

    Le droit a l'avortement devrait faire partie depuis toujours des conditions incontournables pour qu'un pays intègre l'Union Européenne... Mais on préfère inscrire le libéralisme économique comme critère obligatoire plutôt que le droit des femmes...

  • Enlendil
    Enlendil answers to Homere elmero
    Etudiant
    • Posté à 02h23 le 25/02/2010
    • Internaute
      Etudiant

    Pas d'accord du tout. Bien que je sois à 200% pour l'avortement (choisi hein : o) je ne suis pas pour l'imposer à des pays qui n'en veulent pas...
    L'avortement rentre quand même clairement en conflit avec la religion et la morale en règle générale, et je ne pense pas que nous devions imposer l'absence de « morale religieuse » aux pays pour pouvoir entrer dans l'UE.

  • Hulkovitch-
    Hulkovitch- answers to Enlendil
    • Posté à 02h34 le 25/02/2010

    Avec les religions oui, mais avec la morale, c'est une question de point de vue. On peut avoir une conception de la morale qui juge odieux le fait de vouloir interdire à une femme d'avorter, sans pour autant tomber dans le relativisme. C'est après tout directement issu de la morale des droits de l'homme (elle même issue de la laïcisation du christianisme, d'ailleurs).

  • écrits vains
    • Posté à 14h23 le 25/02/2010

    Absolument d'accord. D'ailleurs, si j'ai bien compris ce qui se dit aux infos ici, à cette loi devrait s'ajouter une meilleure éducation sexuelle, ce qui n'est pas du luxe. Selon les filles à qui j'ai eu l'occasion d'en parler ici, ce serait absolument inexistant, et vu l'éducation déplorable que leur donnent leurs parents, tu m'étonnes qu'il y ait des centaines de grossesses non désirées !

  • Artemisia.G
    • Posté à 20h17 le 25/02/2010

    Encore une preuve, s'il en fallait une, que le combat féministe est loin d'être terminé !

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