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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Meurtre du brigadier et ETA : deux couvertures médiatiques

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 17/03/2010 à 20h21


Des manifestants brandissent une bannière « Pourquoi pas la paix ? » à Bilbao le 17 mars (Vincent West/Reuters)

Déjà plusieurs fois que des Espagnols m’appellent, perplexes, depuis que l’on a appris le meurtre d’un brigadier français attribué à l’ETA, mardi 16 mars. Comment expliquer le peu d’espace que la nouvelle occupe dans les médias en ligne français ? « Et vous continuez vraiment à parler de “groupe séparatiste” ? »

La nouvelle est tombée mardi soir et rapidement, les journaux en ligne espagnols ont rapporté le « premier assassinat d’un policier français » par l’ETA de l’histoire en offrant une place d’honneur à la nouvelle.

Dans les débats télévisés, on s’empressait dès 23 heures d’envoyer les condoléances espagnoles à la famille et aux collègues de la victime, le brigadier chef Jean-Serge Nérin.

Sur les sites français, on parlait en revanche alors d’un braquage qui aurait mal tourné, tout en mentionnant parfois, plus bas, que la personne détenue aurait pu « parler basque ».

Au lendemain du meurtre, la « piste de l’ETA » prend un bien plus grand relief sur les sites français mais la nouvelle n’occupe pas, et de loin, l’espace qui lui est consacré en Espagne où l’on apprend avec force détails ce qui a pu se passer mardi et l’on découvre bientôt le parcours de Joseba Fernández Aspurz, le membre présumé de l’ETA arrêté en France.

« Est-ce de l’indifférence ? »

Sofia Ruiz de Velasco, une journaliste qui travaille pour un blog d’El País depuis Bilbao, s’interroge :

« Je comprends que les journaux n’aient pas eu le temps d’intégrer l’information dans les éditions papier, mais sur les sites non plus on ne lui donne pas beaucoup d’espace. Est-ce dû à un certain sentiment d’éloignement, à de la pure indifférence ou juste à une manière différente d’informer ? »

« En dix ans, plus de 500 etarras ont été interpellés et de nombreuses caches d’armes ont été démantelées en France », soulignent Le Monde et l’AFP. Et plusieurs policiers ont déjà été grièvement blessés par des
membres de l’ETA.

Mais mercredi en France, l’écho médiatique semble mener vers une interprétation plus « accidentelle » -les syndicats et certains responsables politiques dénoncent ainsi les violences que subissent les policiers « en général »- alors que les Espagnols se demandent si la France pourrait être désormais visée au même titre que l’Espagne.

« La France a payé le prix fort pour sa collaboration dans la lutte contre l’ETA », se lamentait pour sa part mercredi le premier ministre espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.

« Groupe terroriste » ou « organisation séparatiste basque » ?

Comme Sofia Ruiz de Velasco, plusieurs journalistes espagnols, plutôt trentenaires, sont surpris depuis mardi soir de (re)découvrir que les médias français évitent le plus souvent d’employer directement l’adjectif « terroriste » lorsqu’ils se réfèrent à l’ETA, lui préférant des expressions telles qu’« organisation séparatiste basque ».

Ce « livre de style » est partagé par nos confrères anglo-saxons. Ce qui n’empêche pas les médias français, américains ou britanniques de préciser dans un même article le nombre de victimes attribuées à l’ETA ou, pour le New York Times ce matin, que ce « militant basque separatist group » a été désigné comme étant une « organisation terroriste » par les Etats-Unis et l’Union européenne.

En Espagne, les médias sont bien plus directs. Ils parlent de « terroristes » et n’hésitent pas à qualifier les actes du groupe lorsque l’émotion est forte.

Un traitement plus froid jusque dans les années 1990

Mais cela n’a pas toujours été le cas, se souvient Sofia Ruiz de Velasco. « Il y a eu un net changement de cap dans les années 1990. C’est alors que les médias ont commencé à oser titrer avec un “ ETA a encore tué ”. Avant cela, la pratique se rapprochait peut-être plus de ce qui se fait en France aujourd’hui », explique-t-elle en citant à l’appui un article d’El País datant de 1991.

Il titre sobrement « Une voiture piégée de l’ETA fait neuf morts et 45 blessés ». Cet attentat, qui a notamment coûté la vie à quatre petites filles, serait certainement traité bien plus viscéralement aujourd’hui, y compris dans ce journal de référence.

L’arrivée au pouvoir du conservateur José María Aznar en 1996, l’éxécution de l’otage Miguel Angel Blanco après un compte à rebours suivi dans tout le pays pendant 48 heures, la consolidation de la jeune démocratie... Sofia Ruiz de Velas observe encore :

« Il n’y a pas un seul facteur d’explication mais à partir de cette époque, les médias se sont dit que c’était en ne prenant pas parti qu’ils perdaient justement leur objectivité. »

Mercredi, dans un communiqué, Nicolas Sarkozy a attribué la responsabilité de la mort du policier à un « commando terroriste de l’ETA. »

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  • Tokani
    Tokani répond à Hulk
    Oldmole
    • Posté à 03h51 le 18/03/2010
    • Internaute 71184
      Oldmole

    Il s’agit certainement d’une » bavure » de ETA car je ne vois pas ou serait l’objectif stratégique ?
    On va nous ressasser une fois de plus que cette organisation terroriste est au bord du tombeau , que ses chefs sont tous enfermés et , telle l’hydre elle repartira de plus belle malheureusement pour l’Espagne et les Basques...

  • A déménagé le 2 mai 2011
    A déménagé le 2 mai 2011
    Délinquante au coin de la rue
    • Posté à 07h08 le 18/03/2010
    • Internaute 26137
      Délinquante au coin de la rue

    Il me semble que c’est plus basique que ça....

    Il vaut mieux en ce moment minimiser d’autres causes et tout baser sur l’insécurité (écouter le discours de Fillon d’hier, qui parle d’un autre policier qui vient de mourir, alors que celui-ci est encore en vie et sorti du coma)

    Se servir de la mort d’une personne pour continuer à ratisser les voix du fn, fallait oser ; et ils l’ont fait ! !

  • Firestarter
    Firestarter
    en recherche ACTIVE d'emploi
    • Posté à 09h27 le 18/03/2010
    • Internaute 99081
      en recherche ACTIVE d'emploi

    Tout d’abord je veux être clair : un policier a été abattu dans l’exercice de ses fonctions et c’est forcemment choquant. La douleur de la famille et des proches doit être indiscible. Je ne veux pas mettre en cause l’horreur de la situation.

    En fait, mon étonnement vient des réactions des instances policières qui semble réagir comme si le brigadier chef était mort suite à une agression anti-flic, un caillassage dans un quartier... là il s’agit d’un policier abattu par une organisation terroriste !

    Encore une fois je comprends la douleur mais pas la forme que revêt la réaction... SI Al Qaida avait ouvert le feu sur des policiers ou fait exploser un fourgon de CRS, je suis sûr que la réaction aurait été différente. Je trouve cela inapproprié. On dirait qu’il s’agit de « l’acte de violence urbaine de trop » alors que ce n’est pas le cas du tout, il s’agit d’un acte terroriste.

  • A déménagé le 02-02-2012-2
    • Posté à 09h58 le 18/03/2010
    • Internaute 82025
      non connue

    Je ne suis pas sûr que faire la différence entre terroriste et séparatiste soit si important. L’appellation terroriste est par définition sujette à caution, et on trouvera toujours quelqu’un pour évoquer la Résistance sous l’occupation.

    Parler d’assassin, en revanche, n’est pas polémique. C’est un fait.
    Et c’est peut-être en dépolitisant l’ETA qu’on en aura la vision la plus claire.

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