Ibere espace

L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

L'Espagne, le foot, Paul le poulpe et les superstitions

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 10/07/2010 à 11h56

Retransmis en direct vendredi, le verdict de Paul le poulpe prédisant la victoire de l’Espagne à la finale de la Coupe du monde a réjoui les supporters espagnols. Mais pas autant que la confirmation, tombée le même jour, que José Luis Rodriguez Zapatero n’assisterait pas à ce match. Appelez-la malchance, scoumoune ou poisse, le Premier ministre est accusé de la porter par un pays dont les habitants, sans (tous) tomber dans le vaudou, multiplient les petites superstitions.

C’était en 2007. « L’équipe nationale de basket avait gagné tous ses matchs jusqu’à la finale de la Coupe d’Europe », se souvient Quique Peinado, journaliste sportif à Marca.com. « Zapatero, qui n’avait assisté à aucune rencontre, est venu les soutenir. L’Espagne a perdu. Depuis, il a cette réputation de “ gafe ”. » Un oiseau de malheur qui aurait également précipité la défaite de son cher Barça face à l’ennemi juré, le Real Madrid, en assistant à une rencontre.

Plutôt la reine qu’un Zapatero portant malchance

Peu voulaient donc le voir dans les gradins lors de la finale de la coupe d’Europe de football en 2008. Un site avait été créé et une pétition lancée pour lui demander de garder ses distances. « Mais l’Espagne a gagné », a reconnu vendredi, fair-play, son adversaire politique Mariano Rajoy, président du Parti populaire, alors qu’on l’interrogeait sur les mauvais augures entourant le chef du gouvernement. Avant de se ressaisir : « C’est vrai que j’étais là aussi, ça a dû équilibrer. »


Capture d’écran d’un groupe Facebook contre la venue de Zaparero à la finale de la Coupe du monde

Après deux jours de suspense, le gouvernement a finalement annoncé vendredi qu’il n’irait pas en Afrique du Sud, rendez-vous politiques et situation économique obligeant. Les groupes Facebook organisés contre sa venue ont peut-être achevé de le convaincre.

C’est finalement la reine Sophie et le couple princier qui représenteront l’Espagne dans les gradins.

Un bon signe selon les « spécialistes ». La famille royale à en effet la réputation de porter chance depuis les Jeux olympiques de 1992 à Barcelone. « Chaque fois que la famille royale allait voir un athlète, il remportait ensuite une médaille », nous assure-t-on.

Le poulpe ne finira pas en tortilla

L’absence de Zapatero, la présence des monarques : deux « bonnes » nouvelles pour les superstitieux, mais qui n’arrivent pas à la tentacule du nouvel oracle des crédules et des angoissés

A midi, plusieurs chaînes de télévisions et les sites des grands quotidiens espagnols ont tous retransmis le choix de l’octopode le plus célèbre de l’Histoire. (Voir la vidéo)

Après quelques secondes d’angoisse, « Paul le poulpe a choisi l’Espagne ! », ont titré tous les journaux. Heureusement pour lui. Les Ibériques pensaient déjà à quelle sauce ils pourraient le manger.

La star trône sur le site de 20minutos.es et fait la une des quotidiens depuis la victoire contre l’Allemagne.

Mais en bons ennemis de l’incertitude, les Espagnols cherchent à confirmer auprès d’autres spécialistes : crabes, souris, un autre poulpe ... Tous concordent, sauf une perruche de Singapour qui n’a apparemment pas l’aura de Paul.

Manolo et son tambour rassurent les superstitieux

Tout pourrait donc sembler en ordre pour une finale victorieuse. D’autant que plus personne ne songe à coller la réputation d’ensorceleuse à Sara Carbonero, journaliste aux grands yeux verts que même le Times de Londres avait soupçonné d’avoir déconcentré son gardien de but de fiancé, Iker Casillas, officiant à quelques mètres d’elle sur le terrain, après la défaite surprise contre la Suisse.

Mais il manquait un élément qui a finalement achevé de rassurer les superstitieux avant la finale : « Manolo, celui du tambour, revient en Afrique du Sud », clamait mercredi soir la radio Cadena Ser.

Le supporter le plus célèbre de la sélection espagnole, désigné « numéro 12 » de l’équipe, n’avait raté aucun match de La Roja depuis 1982 lorsque, malade, il a été forcé de retourner précipitamment en Espagne à la fin du premier tour de la Coupe du monde. Un départ annoncé avec angoisse dans les plus grands médias espagnols.

L’arrivée de l’Espagne en finale malgré son absence a-t-elle remis les superstitieux sur le chemin de la rationalité ? Pas tout à fait. L’agence de presse espagnole Efe nous apprend que « Manolo, el del bombo » est revenu à temps pour assister à la deuxième mi-temps de la demi-finale contre l’Allemagne. Soit juste à point pour voir le défenseur Carles Puyol marquer le but décisif, le seul du match.

Simple coïncidence ?

  • 21774 visites
  • 34 réactions
Vous devez être connecté pour pouvoir commenter : ou créez un compte
  • VickingJack
    VickingJack répond à Djob
    caressotherapeute bénévole
    • Posté à 12h21 le 10/07/2010
    • Internaute 96126
      caressotherapeute bénévole

    Ouai ! On pourrais même simplifier les prochaine élections. Laisser Paul le poulpe choisir ! ça éviterais tous ce tintouin d’urnes, de campagnes, de financements,...

  • Gontran Abdelkader-Kowalski
    Gontran Abdelkader-Kowalski
    explorateur prolétaire
    • Posté à 14h16 le 10/07/2010
    • Internaute 104077
      explorateur prolétaire

    Jorge le lama du Pérou, Gianfranco la grenouille d’Italie, Mercedes la jument du Mexique, Wen le panda de Chine, Samantha la kangourou d’Australie et Tor-Edvald le petit baleineau d’Islande ont aussi pronostiqué la Roja !

    Nous sommes en entente des résultats concernant Bernard et Bianca, Gus-gus, Nemo, le Roi lion, Baloo et Bagheraa, Oliver et ses amis SDF, Berlioz et les aristochats...

  • asooyap
    asooyap
    Etudiante
    • Posté à 14h19 le 10/07/2010
    • Internaute 98014
      Etudiante

    Merci pour cet article. étant en Espagne depuis quelque mois, ça me permet de bien cerner l’ensemble.
    Je veux dire il y a deux jours je crois, ils en parlaient à mon boulot de paul. Alors je leur ai demandé c’est qui paul ? il m’ont dit que c’est la poulpe qui prédit les victorieux de rencontres sportives, je peux vous dire que j’étais pour le moins éberluée.
    Quoi qu’il en soit, j’espère que la roja va gagner demain, de tout coeur, rien que pour les revoir aussi heureux, brandissant les drapeaux, klaxonnant de toutes part, entonnant des « yo soy español, español, español “ dans les rues, les bars, les voitures.
    Ce serait une expérience inoubliable que de pouvoir partager cette première étoile de champion du monde avec eux

  • A déménagé le 04-03-2012
    • Posté à 16h49 le 10/07/2010
    • Internaute 89071
      non connue

    Je pense personnellement que ces « prédictions » et l’importance qu’elles prennent dans l’espace médiatique ont bien une conséquence sur l’issue du match, mais pas celle que l’on pense.

    Il faut se rappeler que le foot et le sport en général n’est pas uniquement une performance physique mais également une performance mentale.

    Les prédictions du poulpe sont à double tranchant, soit elles mettent une pression supplémentaire sur les papables ou bien elles les libèrent du stress de la rencontre en donnant l’impression aux joueurs d’avoir déjà gagné. Et vice-versa pour les adversaires.

    Quoi qu’il en soit, il s’agit d’une influence qu’il ne faut pas négliger. Regardez la selecao brésilienne qui a montré que malgré un avantage offensif et technique sur les Pays-Bas, elle pouvait perdre à cause de l’énervement et d’un certain sentiment de confiance. Regardez l’Allemagne qui était sans conteste la meilleure équipe de ce mondial mais qui était méconnaissable face à une Espagne qui se contente de mettre le strict minimum de buts dans les filets pour avancer dans la compétition.

Retour sur Rue89

Note Les notes de blogs ne sont pas toutes mises en forme par l'équipe de Rue89 contrairement aux articles du site.