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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Espagne : la Catalogne vote l'interdiction de la corrida

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 27/07/2010 à 20h42

Le parlement régional catalan vient d’interdire la corrida au terme d’un débat auquel pro et antitauromachie français ont participé.


(De Madrid) Pour les Espagnols amateurs de films érotiques, le paradis s’est longtemps trouvé en France. Jusqu’à la mort de Franco, alors que la censure faisait rage en Espagne, les Catalans étaient particulièrement bien placés pour passer rapidement la frontière, parfois par cars entiers, et s’installer devant les grands écrans français.

Aujourd’hui, les amateurs de corrida s’inquiètent de voir bientôt un même exode passer les Pyrénées, mais cette fois à la recherche d’arènes.

Les députés catalans viennent en effet de se prononcer pour l’interdiction des corridas sur leur territoire, où seules les arènes de Barcelone étaient encore en activité. La décision a été votée par 68 voix pour et 55 contre et s’appliquera à partie du 1er janvier 2012.

Le débat a été animé et teinté de questions identitaires autant que de considérations sur la maltraitance des animaux. Pionnières, les îles Canaries ont ainsi interdit les corridas dès 1991, en créant bien moins de remous.

« J’ai voté contre l’interdiction car je crois en la liberté », a déclaré le président socialiste de la région, José Montilla, après le résultat du vote qui a été reçu par une ovation mais aussi quelques larmes, selon les médias présents.

Les socialistes catalans ont bénéficié de la liberté de vote, tout comme le parti majoritaire, les nationalistes modérés de CiU, sur une question qui divisait au sein même des principales formations.

« Au-delà de la tradition et de l’esthétique, c’est un être vivant avec un système nerveux que l’on tue sur l’arène », a déclaré à l’ouverture du débat Anna Mulà, membre de l’organisation Prou qui a forcé le débat au parlement catalan en rassemblant plus de 180 000 signatures dans une initiative législative populaire, rapporte El País.

Déjà vif ces derniers mois, le débat ne semble pas près de s’éteindre après le vote, notamment à cause de sa charge politique. A l’issue du vote, José Montilla a déclaré :

« J’attends que tout le monde fasse preuve de modération et de sens de la responsabilité. »

Des Français invités à débattre en Catalogne

C’est justement parce qu’ils craignaient que le débat se déplace vers la sphère politique et identitaire que les défenseurs des droits des animaux ont rapidement fait entrer la France dans les échanges. Les aficionados cherchant à démontrer que Catalans et corridas font bon ménage ont également sollicité avec appétit des opinions jugées plus « neutres ».

En France, on suit aussi le débat depuis des mois, en appréhendant ou anticipant avec joie, selon les convictions, l’impact que cette abolition pourrait avoir sur les arènes de l’Hexagone.

Le président du conseil général du département des Pyrénées-Orientales, Christian Bourquin, le maire d’Arles et président de l’Union des villes taurines de France, Hervé Schiavetti, ainsi que le professeur français de philosophie, Francis Wolff, tous pro-corrida, ont ainsi été convoqués en mars à Barcelone pour participer au débat parlementaire décisif avant le vote.

La Fédération des luttes pour l’abolition des corridas (Flac) a elle aussi fait irruption dans la controverse espagnole en dévoilant qu’une pétition envoyée par une centaine d’élus français aux députés catalans pour leur demander de préserver la tradition taurine, et très médiatisée en Espagne, comprenait en fait les « signatures » de trois élus décédés.

Sa présidente, Isabel Marcoux, a été invitée à assister en personne au vote fatidique, mercredi.

« Pour nous, c’est un test », explique Thierry Hély, chargé de communication de la Flac. A la veille de la session plénière, il affirmait être « très confiant sur l’issue du vote » :

« On garde le champagne au frais. C’est un événement historique qui se prépare, le commencement de la fin, tout doucement. Après cinquante ans de mépris, nous sommes enfin proches d’une première victoire notable et concrète. »

Inquiétude chez les aficionados français

L’heure était moins à la fête, mardi soir, chez Bernard Raviglione, vice-président de l’association des aficionados de la ville de Céret (Adac), dans les Pyrénées-Orientales, non loin de la frontière espagnole. Même s’il ne pense pas que le futur de la corrida dans le reste de l’Espagne est en péril, il admettait alors son « impatience » teintée d’« inquiétude » avant le résultat du vote :

« Une part non négligeable du public dans nos arènes vient de Catalogne du Sud. La corrida, c’est aussi leur culture et ce n’est pas anodin qu’on les en prive. »

Il admet son désarroi devant un débat qui « a pris de telles proportions en Catalogne ».

L’Adac se garde d’ordinaire de se mêler de politique mais la tournure des événements chez ses voisins lui fait soupçonner que « la défense des animaux n’est ici qu’un prétexte » derrière des batailles politiques.

Nicolas Sarkozy à la rescousse de la corrida ?

Tous deux concordent en tout cas lorsqu’ils prévoient que le vote positif à Barcelone pourra aider les deux députées françaises, Geneviève Gaillard (PS) et Muriel Marland-Militello (UMP), qui tentent de faire interdire la corrida dans le Sud de la France, où elle est encore tolérée en vertu d’une « tradition locale ininterrompue ».

Réputé grand amateur de corridas en Espagne, Nicolas Sarkozy apparaît également dans le débat espagnol. Un matador catalan aujourd’hui âgé de 75 ans, Joaquín Bernadó, a ainsi déclaré peu avant le vote au quotidien El Mundo qu’il manquait en Espagne « le courage qui existe en France » chez les taurins :

« On y a remis en cause la “fiesta” il y a quelques années mais son Président a défendu ce spectacle. Pourquoi personne n’ose le faire ici ? »

Mis à jour le 28/07/10 à 12h55. Ajout des réactions espagnoles après le vote.

Mis à jour le 28/07/10 à 11h55. Actualisation avec l’ajout du vote de l’interdiction de la corrida.

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  • vermisseau
    vermisseau
    étudiant ingénieur en (...)
    • Posté à 21h06 le 27/07/2010
    • Internaute 26276
      étudiant ingénieur en (...)

    tant qu’on y est, on n’a qu’à interdire aussi les ferias parce que y’a trop d’alcool... et pis allons y, de toute façon le sud n’est bon qu’à devenir un nid à touristes, leurs traditions bof ! on gardera juste le pastis...

    sinon, d’un point de vue plus terre à terre, si on arrivait en France à cet extrême qu’est l’interdiction des corridas, m’est avis qu’ensuite le pas serait vite franchi d’aller s’intéresser aux abattoirs et aux méthodes d’élevages

    car mieux vaut un taureau à corrida, élevé dans un pré, dont on prend soin et qui mange à sa faim, qui meure avec tous les honneurs dans une arène et dont des régions entières lui vouent un culte, qu’un boeuf nourri avec des granulés et qu’on envoie à l’abattoir dans des camions, tassé au milieu de ses congénères et dans un atmosphère anxiogène

  • Lemmy_Nothor
    Lemmy_Nothor
    - Gone fishing !
    • Posté à 21h06 le 27/07/2010
    • Internaute 12434
      - Gone fishing !

    La France devrait se taire quand il s’agit des affaires internes espagnoles. Le pays de la liberté , égalité fraternité laisse un gout très amer chez les republicains espagnols et catalans qui se réfugièrent au nord, pour y être internés et parqués comme des bêtes par les autorités françaises, et dans le meilleur des cas utilisés pour refaire les routes du sud de la france.
    Et aujourd’hui ils voudraient décider et donner leur avis sur le sort des corridas en catalogne ? Quel culot....

    Perso, je m’en tape complètement si il y a encore des corridas ici....il ne reste qu’une seule arène dans la ville, et ils peinent a vendre 400 billets pour les representations......350 étant achetés par des gens qui ne vivent pas ici.

    Allez donc a Valence pour les courses de taureaux....vous serez assis avec les fils et les petits fils de ceux qui chantaient ....La cara al sol il n’y a pas bien longtemps, et ce n’est pas très loin de la catalogne.....quelques kilomètres de plus en autobus.

  • michel 13
    • Posté à 23h26 le 27/07/2010
    • Internaute 49378

    Chacun peut penser ce qu’il veut de la corrida, mais descendre dans l’arène face à un taureau de 650 kg, armé d’une paire de cornes impressionnantes, demande beaucoup de courage et mérite le respect. Il est vrai que la Star’Ac a plus d’adeptes.....
    Si tous les détracteurs de la corrida se posaient quelques simples questions sur l’origine de la viande d’élevage qu’ils consomment chaque jour, ce serait très amusant de découvrir leurs réponses.
    Il y a beaucoup d’hypocrisie dans les propos des anti, ce qui ne relève pas le débat sur la corrida.

  • to.jasmin
    to.jasmin
    etudiant
    • Posté à 09h31 le 28/07/2010
    • Internaute 75309
      etudiant

    oui. c’est une sacrée hypocrisie. je trouve aussi qu’il y a beaucoup plus de violence dans nos méthodes d’élevage. il y a même quelque chose de sain dans cette mise en scene de la mort d’un animal. la corrida n’en fait pas un acte anodin. C’est une des dernières tradition, archaique c’est sur, mais qui nous rappelle à nous citadins que tuer un animal ce n’est pas rien.

  • Yaumegui_from_Paris
    Yaumegui_from_Paris
    « Il ne suffit pas d'être (...)
    • Posté à 09h40 le 28/07/2010
    • Internaute 8001
      « Il ne suffit pas d'être (...)

    Personnellement, je suis pour la réintroduction des ours des Pyrénées dans les arènes pour des combats contre des taureaux.
    C’était mieux avant, du temps des Romains.

  • Yvon le Zébulon
    Yvon le Zébulon
    L'homme d'esprit n'est pas seul (...)
    • Posté à 09h47 le 28/07/2010
    • Internaute 65781
      L'homme d'esprit n'est pas seul (...)

    On ne va pas revenir cinquante fois sur l’analyse des arguments des pour et des contre. les « pour » auront du mal à se faire entendre : C’est définitivement non !

    SI VOUS ÊTES TROP SENSIBLES, NE VISIONNEZ PAS CETTE CHOSE !

    Je ne suis pas certain que Cro-Magnon se livrait à tant de cruauté, mais il est vrai que Cro-Magnon n’était pas forcé de se lever tôt pour « gagner plus »....sans savoir « quoi ».
    Parce qu’ici, la honte humaine n’est pas à vendre : elle existe ou non !

    Où se trouve la « fierté » de l’homme, dans une telle monstruosité ?
    (je cherche !)

  • dad-ô-space
    dad-ô-space
    Doux Rêveur...
    • Posté à 11h12 le 28/07/2010
    • Internaute 118468
      Doux Rêveur...

    Je suis né en Arles, dans un des fiefs de la Corrida en France. Une magnifique Arène Antique, où l’on sait pertinemment ce qu’il s’y faisait du temps de romains, mais on ne va pas épiloguer...
    Tout jeune, à environ 7/8 ans j’ai été invité par mon ami et sa famille à assister à une corrida. Mon vieux père ne m’avait dit qu’une seule chose à ce sujet : « observes bien, et fais-toi une idée »...ma mère, beaucoup plus sensible à la question animale, fût horrifiée par la décision de mon père....bref, j’y suis allé un peu troublé.
    Arrivé dans l’arène, je vois un monde fou et suis plus intéressé et impressionné par l’architecture et la grandeur de ce lieu, on sentait le poids des ans et l’histoire qui en ressortait.
    Il faisait chaud, ma glace commençait à fondre, on s’installe pour ce qui est appelé un spectacle. D’abord, la présentation des toreros, je vois leurs costumes qui brillent, ils sont bien sapés, je me dis que ça risque d’être joli à voir...
    Le spectacle commence, je suis impressionné par la puissance que dégage les taureaux, des bêtes majestueuses ! Je demande à mon copain ce qu’il va se passer, et sa réponse est des plus éloquentes : « le torero doit tuer le taureau ». Un grand « ? » les yeux écarquillés, vient m’assaillir...je demande « pourquoi ? », le père de mon ami répond : « parce que c’est comme ça... ». Réponse quelque peu évasive, me direz-vous.
    Le « combat » débute, le matador commence à s’acharner sur la bête...je vois du sang gicler. Je vacille un peu, la chaleur, le bruit, le sang, la bête qui souffre...et les gens, comme me l’a demandé mon père, j’observe...je vois les gens qui rient, applaudissent à chaque coup porté, je vois des gens qui s’amuse de la souffrance, et je n’y comprends rien.
    Je pose la question qui tue : « pourquoi ça vous fait rire ? » et on me répond que c’est un beau « combat »...je demande alors pourquoi on appelle ça un combat quand le match est truqué par le fait que le taureau n’est attiré que par la « cape » rouge...on me dit que c’est un « Art » pour le « toreristas » et que ça se respecte. Ça me laisse perplexe.
    Le taureau saigne beaucoup, je n’avais jamais vu autant de sang et je suis choqué. La bête est essoufflée, et commence à fatiguer...le « matador », on m’a dit que ça voulait dire « le tueur », sort une lame, on me dit que ça s’appelle une « puntilla » et que ça sert à la mise à mort du taureau. Le torero tueur tue le taureau, sans raison aucune me dis-je et tout le monde applaudit, brandit le poing, et se délecte apparemment du spectacle, je suis choqué, ce taureau était splendide.
    Le taureau est emmené et on me dit que ce dernier à fait preuve de bravoure...le torero est porté par des gens pour avoir tué. Je ne comprends toujours pas.
    Du haut de mes 8 ans, je demande à mon copain si on pouvait me ramener chez moi, et sorti de l’arène je sens que je vais vomir.

    Apparemment, c’est un monde très codifié, où les « traditions » sont légions et bien définies. Mais quel intérêt apportent-elles sinon de répondre au besoin de violence et de sang des humains ?
    La violence du combat m’a écœuré à vie, et je suis désolé de dire aux fanatiques des corridas, que ce ne sont que des jouisseurs de sang ! C’est pathétique de voir au 21ème siècle un tel spectacle inéquitable et sanguinaire. Les traditions ne valent quelque chose que si elles ont un sens pour l’humanité, et beaucoup d’entre elles encore ne se font que par pur refus du progrès.

    Les traditions, ce peut être accepter de rester dans le passé, dans l’erreur, rejeter le progrès ; les rejeter ce peut être refuser d’admettre qui l’on est, d’où l’on vient, ce peut être tourner le dos au groupe et accepter l’individualisme. Mais il y a quand même des limites à la bêtise humaine !

  • marsatak-
    marsatak-
    ontheroadagain
    • Posté à 12h33 le 28/07/2010
    • Internaute 115715
      ontheroadagain

    je n’ai vu que 3 ou 4 corridas dans ma vie, mais ce spectacle est tout bonnement fascinant. Je me rappelle de El Fandi et ses banderilles à zaragoza c’était fabuleux. J’ai vu aussi Castella à beziers avec ses véroniques, ça vaut un paquet de spectacles....Mais ce mouvement prohibitionniste s’inscrit dans un plus général ou l’on interdit tout, un mouvement hygiéniste ou tout ce qui dépasse doit être rasé ; coupé, tout ce qui n’est pas politiquement correct doit être attaqqué, jetté au pilori....ça s’inscrit très bien dans l’époque dans laquelle on vit... ensuite ce sera la chasse, le foie gras, les combats de coq, les férias ou on boit trop, il n’y a qu’à voir le triste pays dans lequel on vit, personne dans la rue passé 20h, des villages deserts, des gens qui restent chez soi, aucune folie, aucune originalité. C’est beau un pays qui dort.

    J’espère qu’il y aura encore longuement des corridas dans le sud et que chacun respecte les coutumes de chacun. Interdisez aussi les combats de coq aux antillais vous allez être bien reçus...

    Il ne faut pas se leurrer sur le vôte catalan. Je pense que les députés catalans se foutent comme de l’an 40 du sort des toros mais plutot font cela par mesure anti - castillane. Car la tauromachie est vue comme LE spectacle de l’Espagnolitude.

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