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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Espagne : elle traite son boss de fils de pute, la justice la défend

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 19/12/2010 à 11h02

L’une a traité son chef de « fils de pute » (« hijo de puta » en VO). L’autre a lancé quelques coups de pied de karaté menaçants et bousculé son patron. Tous deux ont été virés, mais la justice espagnole a considéré que leur comportement n’était pas un motif suffisant de licenciement. Ces décisions, qui tiennent compte de la tension générée par la crise, inquiètent les employeurs.

Bibiana travaillait depuis 2007 comme responsable des ventes dans une société madrilène spécialisée dans la formation de hauts dirigeants d’entreprises. Son salaire d’environ 1 830 euros était majoré de commissions qui montaient en moyenne à 1 300 euros mensuels.

Mais fin 2008, la direction avertit tous les employés qu’au regard des difficultés économiques que traversent l’Espagne et la société plus particulièrement, ils sont mis au chômage technique pendant un mois, ce qui sera déduit de leur salaires, apprend-on dans le jugement rendu récemment par le tribunal supérieur de Madrid.

Deux mois plus tard, Bibiana et une commerciale reçoivent une nouvelle lettre les informant que l’effort n’est pas suffisant :

« Vous recevrez un salaire mensuel de 1 000 euros majoré des commissions correspondant à votre poste. »

« Fils de pute », une insulte qui s’explique selon le juge

Après une réunion, deux jours plus tard, Bibiana apprend que son patron s’approprie une commission qu’elle pensait devoir lui revenir. « Tu es un voleur », lui lance-t-elle à voix haute avant de glisser plus bas un « fils de pute » amer, façon Nicolas Anelka.

Peu après, elle est prise d’une crise d’angoisse qui nécessite l’intervention du Samu espagnol et est mise en arrêt maladie pendant un mois. La société la licencie pour faute grave.

Ces expressions « ne peuvent pas être comprises dans leur sens littéral (...) mais dans le contexte de la situation d’extrême tension et de conflit existant dans l’entreprise », tranche pourtant finalement le magistrat.

De telles insultes méritent bien un blâme, complète-t-il, mais pas un licenciement, « la sanction la plus grave conçue dans le droit du travail ».

Jugeant la décision « surprenante », dans une déclaration recueillie par le quotidien Expansión, la société a décidé de faire appel.

D’autres chefs d’entreprise et juristes se sont déclarés inquiets devant cette jurisprudence qui prend de l’ampleur depuis le début de la crise économique.

Il fait tomber son patron : insuffisant pour le renvoyer

L’Espagne affiche un taux de chômage de près de 20%, et plusieurs juges ont déjà pris en compte la peur de perdre son emploi pour rendre des décisions similaires.

En mars, le tribunal supérieur d’Andalousie a ainsi estimé que le licenciement d’un agent immobilier qui avait lancé plusieurs coups de pieds, façon karatéka, en direction de son chef et l’avait bousculé jusqu’à le faire tomber n’était pas justifié. L’employé pensait être sur le point d’être renvoyé.

Un élément « primordial », selon le juge qui souligne dans un jugement confirmé plus tard en appel que « bien que cela ne justifie pas un tel comportement, il en atténue la gravité ». Ses actes n’étaient « pas assez graves pour constituer une cause de licenciement ».

En Catalogne, un magistrat a également absous en 2009 une employée qui avait aussi adressé un « fils de p. », (décidément une expression défouloir en Espagne), à son employeur.

La clémence des magistrats pourrait justement s’expliquer aussi en partie par la passion des Espagnols pour les jurons les plus variés.

« Ces cas soulignent la dégradation du concept d’autorité dans la société espagnol », se lamentait pour sa part le quotidien de droite El Mundo après l’affaire du karatéka.

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  • a déménagé le 29 décembre 2010
    • Posté à 11h55 le 19/12/2010
    • Internaute 115471
      ,,,

    euhhhh ma chère élodie il serait honnete de préciser que « fils de pute » en espagnol est moins fort qu’ici... ici, c’est une bagarre générale assurée, en espagne c’est presque affectueux, les potes entre eux peuvent se traiter de hijo de puta sans ça parte en live.... j’aurai jamais idée de dire à un de mes potes « t’es un fils de pute ».....même sur le ton de la blague

    ceci explique cela.....mais pas que les prudhommes espagnols soient beaucoup plus pro salariés que chez nous....

  • ydcl
    ydcl répond à Pierrrrre
    • Posté à 12h11 le 19/12/2010
    • Internaute 17421

    Pierrre, ayant vécu en Espagne, je peux te dire, que « hijo de puta“=‘pauvre con’, donc pas de quoi, fouetter un chat. Que le patron, fasse le trottoir, on verra bien !

  • Gordon Freeman
    • Posté à 12h15 le 19/12/2010
    • Internaute 38322

    Je vis en Espagne, et en comparaison de la France, les relations laborales sont systématiquement conflictuelles, que ça soit pour des boulots non qualifíés ou pour du travail au bureau. Les patrons espagnols sont restés sur un mode de fonctionnement correspondant à un marché du plein emploi : dans ces conditions de travail héritées de l’époque pas si reculée où l’Espagne faisait partie du tiers-monde, le patron demande ce qu’il veut à l’employé, sans se préoccuper des limites posées par la loi, et si l’employé n’est pas content, il change de boulot.
    Il n’est pas rare ici qu’on vous demande de venir bosser le dimanche parce qu’il y a une grosse charge de boulot - et si vous refusez ou demandez une indemnisation en conséquence (genre 150% qui est le minimum légal en France comme en Espagne), on vous ouvre des grands yeux ronds de surprise comme si ça n’était venu à l’idée de personne de respecter la loi.

    Forcément dans une langue aussi fleurie que l’espagnol, ça donne des envies d’être impoli.

    Le problème c’est qu’aujourd’hui à 20% de chômage tout le monde est bloqué, et les conditions de travail informelles sont devenu une source de stress monumental pour tout le monde, en plus de pousser tout le monde à travailler à reculons.

    Si l’Espagne veut des améliorations de productivité, il va falloir que les patrons espagnols commencent à respecter un peu leurs employés et fournir un cadre de travail de qualité, sinon ils continueront d’être considérés comme ils le sont par tous les espagnols aujourd’hui : une bande de rats égoistes et sans morale.

  • BobCat
    BobCat répond à nanabel
    observateur
    • Posté à 12h20 le 19/12/2010
    • Internaute 71310
      observateur

    En Grèce, un ministre se fait lyncher et en Angleterre la Rolls princière subit les coups de la foule en colère.

    En France quand Sarko se déplace, on fait le vide sur un rayon de 2km autour de son lieu de « visite », où il y a des personnes triées sur le volet, et qui sont toutes contentes de l’action de Sarkodonozor 1er.

    En Espagne, la justice se met du côté du plus faible.

    Qui déjà avait écrit quelque chose comme : « Verité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ... »
    (Excusez mon approximation, et veuillez me rappeler la citation exacte, j’ai appris cela en 2nde . . . il y a quelque temps déjà)

  • SchrödingerCat
    • Posté à 12h20 le 19/12/2010
    • Internaute 135457
      A la fois ......

    Pour avoir vécu 13 ans en Espagne, je confirme, c’est pas aussi grave là bas qu’ici. Mais c’est quand même le « ton » de la phrase qui définit si c’est irrespectueux, insultant, amical voire admiratif.

  • Orientaliste
    Orientaliste répond à la choukette
    intermittent de la recherche
    • Posté à 12h35 le 19/12/2010
    • Internaute 73107
      intermittent de la recherche

    Votre post est intéressant. Vous supposez que tous les lecteurs qui s’insurgent contre les patrons qui demandent des sacrifices sans égratigner leur train de vie sont tous, par principe, contre les patrons et la hiérarchie. En ce qui me concerne ce n’est pas le cas. J’ai connu un patron qui s’est privé de salaire pendant un an pour sauver sa boite. Ses salariés étaient payés et quand il demandait de venir un dimanche pour un coup de main on se retroussait les manches. Par contre j’ai vu aussi un patron augmenter son salaire et faire acheter une voiture de service dès son arrivée pour dégraisser dans la foulée. Ça interpelle...

  • City Zen
    City Zen
    Les politiques n'ont qu'un seul (...)
    • Posté à 13h39 le 19/12/2010
    • Internaute 137285
      Les politiques n'ont qu'un seul (...)

    C’est vrai qu’ils ont les insultes faciles en Espagne, donc on peut comprendre que la justice ait été clémente sur ce point. Mais pour le mini Bruce Lee, là, je comprends moins. Il le bouscule donc on se dit c’est pas grave, mais s’il s’était blessé gravement dans sa chute ? Bientot, on dira pour les hommes qui battent leur femme : « C’est la crise, faut les comprendre... et puis c’est juste une petite claque. »

  • nanabel
    nanabel répond à BobCat
    1ère version
    • Posté à 13h50 le 19/12/2010
    • Internaute 97292
      1ère version

    Plaisante justice qu’une rivière borgne ! Vérité au deçà des Pyrénées, erreur se tient au delà.

    La citation est de Blaise Pascal (pensée n°94).

    Alors que Montaigne aurait écrit dans (Essais II) : Quelle vérité que ces montagnes bornent, qui est mensonge au monde qui se tient au-delà ?

  • avocat
    • Posté à 18h16 le 19/12/2010
    • Internaute 37848

    A lire :

    PETIT GUIDE DES GROSSIÈRETÉS AU TRAVAIL
    Comment injurier son patron sans se faire virer ?
    Comment insulter son salarié sans être inquiété ?

    Lien

    Par Eric ROCHEBLAVE, Avocat Spécialiste en Droit Social au Barreau de Montpellier

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