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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Cinq langues au Parlement espagnol, une polémique

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 20/01/2011 à 12h24


Galicien, basque, catalan, valencien : quatre langues co-officielles viennent d’être autorisées au Parlement espagnol, en sus du castillan. Mardi, les sénateurs ont dû ajuster pour la première fois leur nouvelle oreillette alors que tous échangent couramment en castillan dans les couloirs du Sénat.

Débusqué par le quotidien El Mundo, Iñaki Padreda, 30 ans, est l’un des très rares Espagnols qui pourra désormais suivre sans traduction l’intégralité des débats des sénateurs (s’il lui en prenait l’envie).

Peu d’Espagnols parlent les cinq langues

Ses parents ont toujours parlé galicien à la maison, même lorsqu’ils ont emménagé au Pays basque, où Iñaki a appris l’euskera dès l’école primaire. Aujourd’hui responsable d’une boutique de meubles à Barcelone, il comprend et peut aussi s’exprimer en catalan et valencien (très proches).

Avec le pragmatisme de celui qui a toujours vécu dans un environnement polyglotte, il considère que « l’idéal serait que tous les Espagnols connaissent toutes ces langues », explique-t-il à Rue89 au lendemain de la première session plénière multilingue qui continue de faire beaucoup de bruit en Espagne. (Voir la vidéo de la sénatrice Pajin s’exprimant dans le brouahaha en quatre langues)


« Ça n’arriverait pas dans un pays normal »

« Gaspillage ridicule » : le premier parti de l’opposition, le Parti populaire (PP), et les conservateurs de Navarre ne sont apparemment pas d’accord avec le jeune polyglotte.

Galicien s’exprimant rarement dans cette langue, le leader du PP, Mariano Rajoy, a accueilli avec une ironie glacée l’inauguration du service de traduction : « Ça, ça n’arriverait pas dans un pays normal », a-t-il remarqué avant d’ajouter que « les langues sont là pour se comprendre et pas pour créer des problèmes ».

Son scepticisme n’a pas empêché sept nouveaux traducteurs d’inaugurer une nouvelle ère linguistique mardi soir. Au total, un bataillon complet de 25 interprètes se relaieront désormais au Sénat afin de traduire tous les débats sur les motions en sessions plénières. L’addition : quelque 350 000 euros par an.

Une dépense inutile en temps de crise ? C’est ce qu’affirme Mariano Rajoy pour qui l’on devrait plutôt parler (en castillan, s’entend) des « problème réels des espagnols : le chômage, le manque de crédits et le pouvoir d’achat. »

Mais pour le ministre de la Justice, Francisco Caamaño, « certaines valeurs valent plus que leur simple coût ».

« Normaliser la pluralité »

La Constitution espagnole reconnaît l’existence de quatre langues co-officielles dans certaines régions espagnoles, souligne le Parti socialiste : au Pays basque, en Galice, en Catalogne, aux Baléares, à Valence et au nord de la Navarre. Soit environ 18 millions d’habitants sur les 47 que comptent l’Espagne.

Le Sénat étant une « chambre territoriale », quoi de plus logique que d’y « normaliser la pluralité », a affirmé la sénatrice socialiste Carmela Silva, ardente défenseure de la mesure. D’autres indiquent qu’elle représente moins d’1% du budget de la Chambre.

Mais langues et identités régionales – ou « nationales » comme on les qualifie en Espagne – ont le pouvoir de provoquer immanquablement le débat dans un pays qui erre entre fédéralisme, décentralisation et centralisme.

Lors du débat sur l’interdiction de la corrida au parlement catalan, au printemps dernier, l’ancien torero madrilène Joselito avait ainsi refusé de répondre aux députés régionaux qui s’étaient uniquement exprimés en catalan.

Zapatero évitera de porter l’oreillette

L’initiative de créer un « Sénat-Babel » est partie d’une trentaine de parlementaires venant de régions à fortes identités, mais a rapidement été suivie par d’autres groupes, dont les socialistes au gouvernement.

Ces derniers ont toutefois pris grand soin de limiter l’usage des langues co-officielles aux débats sur les motions. Les propositions de lois et les questions au gouvernement resteront, elles, exclusivement en castillan.

Une stratégie judicieuse pour éviter à José Luis Rodriguez Zapatero d’avoir à porter une oreillette afin de comprendre ses propres concitoyens sénateurs.

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  • xavier-xavier
    xavier-xavier
    muntagnolu
    • Posté à 12h53 le 20/01/2011
    • Internaute 23086
      muntagnolu

    Les langues ne sont pas seulement des instruments de pensée et de communication, mais sont aussi des outils politiques, des marqueurs d’appartenance ou d’identité.

    Dans ce cadre, la décision espagnole est un fort symbole, qui va au-delà de la simple affirmation de la pluralité linguistique de l’Espagne.
    Des élus qui parlent et comprennent tous la même langue vont désormais, à certains moments, s’adresser les uns aux autres et échanger par l’intermédiaire de traducteurs et d’oreillettes ; de quoi est-ce vraiment le symbole ?

  • Tibokaya
    Tibokaya répond à xavier-xavier
    Jeune flegmaticien mayennais
    • Posté à 13h24 le 20/01/2011
    • Internaute 4477
      Jeune flegmaticien mayennais

    Je n’y vois pas que du mal... Le système français qui prône cette République Une et Indivisible et qui, pour accomplir cette chimérique idée, a tour à tour détruit toutes les identités régionales et locales, je trouve cela bien dommage. Pourquoi ne voir que des oreillettes quand on peut y voir l’ouverture à la culture de l’autre ? Je serais ravi d’être à leur place, car peut-être qu’avec cette mesure, plus d’Espagnols apprendront les autres langues que la leur.

    A mon avis, l’histoire du XIXe, mais surtout du XXe en France montre avec les réminiscences de la IIIe République dans la Ve ont amené la politique d’intégration des immigrés africains à capoter sévèrement... Renier une identité bien présente pour que l’autre se convertisse à la vôtre, ça ne peut créer que de la violence...

    Socialement,

    PS : J’aime cependant bien l’avis de Yp2 ci-dessous.

  • pecu
    pecu
    retraité
    • Posté à 16h39 le 20/01/2011
    • Internaute 140471
      retraité

    voilà assurément l’argent du contribuable bien employé, sans compter les tonnes de papier que cela va générer afin d’imprimer tous les pré-rapports, les rapports, les résultats d’enquêtes, propositions de lois, lois, règlements et divers que produisent ce type d’assemblées. Mais il est vrai que la démagogie n’a pas de prix. Je pense qu’en Espagne, compte-tenu de la situation économique, il y aurait actuellement d’autres urgences.
    Mais si cette mesure est capitale pour faire avancer le pluralisme (tu parles Charles !) alors là je m’incline platement devant ce progrès démocratique fondamental. La France devrait suivre ce bel exemple. Et introduire le breton, l’occitan, le basque, le catalan, le patois nissarte, le chti, le verlan et quelques autres dialectes locaux au Parlement. Cela amènerait sûrement un peu plus de clarté dans le débat politique .

  • Luner
    Luner
    Etudiant en droit
    • Posté à 17h56 le 20/01/2011
    • Internaute 129493
      Etudiant en droit

    En Suisse :
    4 langues nationales (français, allemand, italien, romanche), et 5 ou 6 dialectes (Suisse allemand bernois, balois, zurichois, haut-valaisan, etc.)
    Chacun est libre de parler dans une des langues nationales.
    Les lois sont publiés en tout cas dans les trois langues les plus parlées et n’importe quel texte fait, en principe, fois (si divergence : interprétation selon les travaux préparatoires).

    Naturellement, les Conseillers fédéraux (le directoire de 7 ministres égaux du gouvernement) connaissent et parlent et comprennent les 3 langues principales (normalement quelques mois après leurs élections)

    Il n’y a aucun problème sur l’unité du pays, du fait du caractère très fédéral de la Confédération.

    Ainsi, c’est une bonne chose d’instaurer les langues locales : cela participe à la diversité du pays.

    Pour réagir à ceux qui ont peur d’un démantelement de l’Espagne : si les régions veulent se séparer, ne serait-elle pas libre de le faire, en vertu du droit des Peuples à disposer d’eux-même ?

  • Autist Reading -
    Autist Reading -
    In enculo cum vibro
    • Posté à 18h23 le 20/01/2011
    • Internaute 73535
      In enculo cum vibro

    Ce qui me fait marrer avec les régionalistes, c’est qu’ils font toujours croire que le français est une langue étrangère qui a été imposée à tous les peuples de France.

    Alors que le français est la synthèse de tous les dialectes des peuples de France. Une sorte d’esperanto à dimension locale.

    D’ailleurs, çà va plus loin, on n’hésite à piquer des mots qui viennent de plus loin. Anorak et kayak sont des mots esquimaux. Les emprunts à l’anglais sont légions.

    Mais c’est un mot d’origine arabe qui me vient quand je vois les solidarités nationales régresser en solidarités régionales. Le mot mesquin.

  • Letee
    Letee répond à Autist Reading -
    Étudiant
    • Posté à 18h25 le 20/01/2011
    • Internaute 137475
      Étudiant

    Débarrassons nous du français et de toute les langues pour ne parler plus que l’anglais ! Ça sera tellement mieux !

    Non mais qu’est ce que c’est que toute ces idioties ? Comment ça parler un dialecte/ une langue régionale est un retour en arrière ?
    Je suis alsacien, je parle donc Français parce que c’est mon pays, je parle allemand parce que je suis dans une région frontalière, je parle anglais parce que c’est une langue internationale utile et j’ai des notions de dialecte alsaciens parce que c’est dans l’histoire et la culture de ma région, et j’en suis fier. Pour moi l’alsacien n’est pas une menace pour le français, c’est un plus. Mais quand je vois comment l’enseignement Républicain a écraser les dialectes et langues régionales (de part les souvenirs de ma mère qui se faisait punir lorsqu’elle parlait l’alsacien dans la cour d’école, au point qu’elle le comprend mais ne le parle plus), je vous avoue que cela m’éloigne plus d’une « Nation » française que si elle respectait la richesse qui la compose...

    Et voir comment les gens sont étroit d’esprit dans leurs commentaires ici, je m’effraie ...
    Comme le dit si bien Yp2 : il n’est pas question de supprimer le français -> Le français étant le dénominateur commun de la nation, les langues régionales et dialectes étant la diversité qui apporte la beauté du pays !

  • inuit
    inuit répond à Luner
    grand nord
    • Posté à 18h49 le 20/01/2011
    • Internaute 82484
      grand nord

    L’exemple de la Suisse n’a pas de sens. Ils n’ont pas la chance d’avoir une langue commune leur permettant d’éviter ce problème. Chance qu’a l’Espagne...
    Quant aux indépendances, elles relèvent plus de l’égoïsme (ne pas partager sa tune et son pouvoir économique) en Espagne, que de réels problèmes de culture, identité, traditions...

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