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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Déjà-vu : les nombreux chômeurs espagnols repartent en Argentine

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 08/02/2011 à 19h08

Sur les traces de leurs aïeuls qui fuyaient alors la famine, les jeunes Espagnols repartent tenter leur chance en Argentine. Ils sont le plus souvent diplômés et qualifiés dans un pays où le taux de chômage des jeunes est de 40%.

Victoria baisse soudainement la voix, jusque-là marquée par l’accent tonique de Malaga (Andalousie) :

« Je n’en ai pas parlé à mes parents. J’attends d’être sûre parce qu’ils ne vont pas apprécier. »

Non, Victoria n’est pas une adolescente qui voudrait se faire un tatouage en cachette mais une femme de 35 ans, enceinte de six mois. Son terrible secret ? Si son maçon de mari ne trouve pas de travail rapidement, ils partiront avec leur nourrisson tenter leur chance en Argentine.

« Il est Argentin et ses amis nous disent que là-bas il pourra trouver quelque chose, c’est sûr, même si ça ne sera pas forcément bien payé. »

Secrétaire dans un club automobile, Victoria apporte pour l’instant le seul salaire à la famille.

« Mais ici, tout est instable avec la crise. »

Lui est arrivé il y a déjà dix ans en Espagne, en plein boom économique gonflé par une bulle immobilière qui faisait pleuvoir les boulots bien payés pour les maçons comme lui.

« Il a toujours travaillé depuis son arrivée. Jusqu’à l’année dernière. Depuis, rien du tout. »

Le couple vient justement de fêter son premier anniversaire de mariage.

Cinq millions de chômeurs, les « Gachegos » repartent

Si elle se décide, Victoria retrouvera à Buenos Aires de nombreux Espagnols partis sur les traces de leurs aïeuls qui pensaient aussi à l’époque que l’Eldorado se trouvait du côté de l’Amérique latine.

La plupart venaient alors de Galice, verte région du nord de l’Espagne qui s’est vidée d’une population affamée : quelques deux millions de personnes seraient parties, en différentes vagues, entre 1860 et la fin du XXe siècle. (Voir la vidéo)


Pour les Argentins, tous les Espagnols sont d’ailleurs encore souvent des « Gallegos », ou plutôt « Gachegos » selon la prononciation en vigueur avec le célèbre accent séducteur argentin.

Alors que le taux de chômage chez les jeunes dépasse 40% en Espagne et que près de cinq millions de personnes ne trouvent pas d’emplois, la forte croissance qu’affichait l’Argentine en 2010 a de quoi faire rêver.

Le quotidien galicien El Faro de Vigo s’inquiète :

« Près de 29 000 Galiciens diplômés sont partis travailler dans d’autres pays depuis le début de la crise. »

La fuite des jeunes cerveaux

Selon une étude menée par le numéro un mondial du travail temporaire Adecco au printemps dernier et qui continue à faire du bruit en Espagne, quelques 1 200 Espagnols arrivent chaque mois en Argentine depuis le début de la crise.

En tout, plus de 110 000 Espagnols ont quitté le pays. Les chercheurs précisent « le profil-type du demandeur d’emploi » :

« Un homme âgé de 25 à 35 ans, hautement qualifié, venant des branches de l’ingénierie, de l’architecture ou de l’informatique. »

Ces chiffres impressionnants ont même été brandis par l’opposition pour dénoncer la gestion du Premier ministre socialiste, José-Luis Rodriguez Zapatero. Mariano Rajoy, lui-même originaire de Galice et leader de l’opposition conservatrice, a accusé :

« Le chômage des jeunes provoque une nouvelle émigration alors que 5,5 millions d’immigrés étaient venus travailler en Espagne ces dernières années grâce à l’héritage que nous avions légué aux socialistes. »

La fuite des jeunes cerveaux était aussi au cœur de la visite récente à Madrid de la chancelière Angela Merkel qui s’accompagnait en théorie de dizaines de milliers d’offres d’emplois qualifiés non pourvus dans une Allemagne vieillissante.

Les chiffres d’Adecco disputés

Mais si les séjours temporaires des Espagnols à l’étranger sont de plus en plus courants, la rupture avec le cocon familial et les amis reste difficile dans un pays où la moitié des jeunes de 18 à 35 ans vivent encore chez leurs parents.

Les chiffres d’Adecco sont d’autre part disputés car ils incluent de nombreux Argentins, fils et petit-fils d’Espagnols, qui ont pu adopté la nationalité espagnole ces dernières années grâce à une nouvelle loi.

Et la situation en Argentine est loin d’être parfaite. La mort de trois enfants la semaine dernière qui souffraient de malnutrition y fait notamment scandale.

N’empêche, l’exode de profils qualifiés d’espagnols vers Buenos Aires se vérifie à travers de nombreux témoignages. Diego, publicitaire de 29 ans, a ainsi fait ses valises en 2009 lorsqu’il s’est retrouvé au chômage en Espagne.

« Bien sûr que la crise a joué. Madrid en ce moment ne m’offre pas ce dont j’ai besoin au niveau professionnel. »

L’excellente réputation des agences de publicité argentines a achevé de le décider. Il vit aujourd’hui dans le quartier branché de Palermo, à Buenos Aires.

« La crise argentine, c’est quand même autre chose »

Du côté des jeunes Argentins, arrivés en masse en Espagne il y a près de dix ans lorsqu’ils fuyaient le « corralito », la faillite du pays et le gel des comptes en banques, certains songent aussi à repartir.

Mais leur vision de la crise espagnole est, disons, plus détendue.

Belle blonde à la langue acérée, Lara Ruiz, comédienne et présentatrice de télévision installée à Madrid depuis trois ans, l’explique avec toute la verve argentine.

« Bien sûr, la crise existe en Espagne mais en Argentine, c’est autre chose. Au moins dans le centre de Madrid, tout reste bondé : les restaurants, les bars, la Gran Vía et ses magasins...

La vraie crise, celle que j’ai connue là-bas, c’est quand les gens n’ont pas de quoi manger. Pas quand on ne peut pas faire les soldes ! »

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  • 82 réactions
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  • labrisure
    labrisure répond à Vicfer-
    Personnage exceptionnel
    • Posté à 21h01 le 08/02/2011
    • Internaute 48949
      Personnage exceptionnel

    Etant en Allemagne l’été dernier dans le cadre de mes études, j’ai été impressionné par le nombre d’espagnols venus tenter leur chance dans ce pays.

  • callejera
    callejera répond à Dessine-moi un mouton
    procrastineuse
    • Posté à 21h14 le 08/02/2011
    • Internaute 123638
      procrastineuse

    et certains de ces français partent pour... l’Espagne !
    avec ses salaires inférieurs, c’est là ou se trouvent plusieurs entreprises européennes / internationales (même si les plus grandes sont déjà parties de l’autre côté de l’Atlantique)
    paradoxe : il a été bien plus facile pour moi de trouver un emploi ici que pour des centaines d’espagnols, l’enseignement des langues étant aussi médiocre qu’en France, si il faut des gens parlant français on cherchera des natifs, idem pour l’allemand et les autres langues européennes.
    tout dépend ensuite de sa resistance à travailler dans un call center, cela dit avoir la chance de vivre à Madrid ça vaut bien de passer un temps ses journées au téléphone avec des relous (de français : -))

  • Spanique
    Spanique répond à labrisure
    Slowpeople
    • Posté à 21h32 le 08/02/2011
    • Internaute 132464
      Slowpeople

    Ça c’est bien vrai nous avons un excédent de « télécos » (c’est à dire des ingénieurs en télécommunication) et l’Allemagne a besoin. Il y a même des accords entre les deux pays pour faciliter ces embauches.

  • Dessine-moi un mouton
    Dessine-moi un mouton répond à labrisure
    utopiste toujours
    • Posté à 22h24 le 08/02/2011
    • Internaute 64116
      utopiste toujours

    C’est tout simple : vous trouvez cela sympa de vivre en France quand vous avez 20 ans ? Des stages payés deux balles, au mieux un CDD de deux mois. Une simple manif, juste pour exprimer votre mécontentement (nous sommes dans une démocratie, ce me semble), et boum, des CRS, des lacrymos, des gardes à vue... Vous avez certainement vu cette video de ces vieux qui manifestaient récemment et qui se font gazer.
    C’est la somme de tout cela qui les fait partir. au Canada par exemple où, vous savez quoi, tout est fait pour le bonheur des citoyens. Pas leur « sécurité », leur bonheur.

  • Maxmaxence
    Maxmaxence
    Etudiant
    • Posté à 23h13 le 08/02/2011
    • Internaute 120649
      Etudiant

    Pompidou, avait en son temps, déclaré : « Si un jour on atteint les cinq cent mille chômeurs en France, ça sera la révolution »
    Le pauvre, il doit se retourner dans sa tombe en voyant l’Espagne actuelle, avec ses 20% de chômeurs !

  • yogitea
    • Posté à 09h07 le 09/02/2011
    • Internaute 12493

    « Pour les Argentins, tous les Espagnols sont d’ailleurs encore souvent des “ Gallegos ”, ou plutôt “ Gachegos ” selon la prononciation en vigueur avec le célèbre accent séducteur argentin. »

    Petite précision :

    « gachegos » est du à l’accent des italiens lorsqu’il parlent espagnol. Dans les régions plus andines le castillan redevient normal.
    D’’autre part, c’est devenu une expression péjorative à l’égard des argentins d’origine espagnole de la part de ces italiens.

  • super_lapin
    super_lapin
    couillon de la classe moyenne
    • Posté à 11h13 le 09/02/2011
    • Internaute 135884
      couillon de la classe moyenne

    Comme l’ont dit certains, les français aussi quittent le pays.

    Il serait intéressant de savoir combien de français s’expatrie chaque année, même si nanabel a commencé à donner une réponse.

    Diplômés ou non d’ailleurs ! Il n’y a pas que les chercheurs qui partent. Les ouvriers, les non-qualifiés, les techniciens, les classes moyennes quittent de plus en plus la France.
    Combien partent chaque année au Canada ? Aux USA ? A Londres ?
    Qui n’a pas aujourd’hui 1 pote ou 2 qui est partit à l’étranger trouver une meilleure situation ?

    Le gouvernement devrait se poser la question. Lui qui a voulu faire revenir les grosses fortunes avec son bouclier fiscal devrait plutôt éviter de laisser fuir la jeunesse française.

  • ericparis11
    ericparis11 répond à labrisure
    juriste
    • Posté à 11h47 le 09/02/2011
    • Expert 57790
      juriste

    « L’Espagne est sorti de l’histoire au XVIII eme siècle et ne s’en est jamais remis. »
    « Bon ok je vous avoue que j’ai une aversion pour l’espagnol ».

    Voilà un « étudiant » nian nian qui devrait plutôt s’occuper de ses chères études au lieu de transformer ses préjugés et son inculture historique en certitudes.

    Surtout quand il de contente d’égrener des « données macro et micro » dans aucun recul.

    Contrairement à la France, qui adore donner des leçons à la terre entière mais continue à se croire le centre du monde, l’Espagne (toutes tendances confondues) a compris qu’il faut repenser son modèle productif. C’est en cours, mais ça ne se fera pas en 1 an, Mais cela portera ses fruits, à terme.

    Surtout, l’Espagne a la « chance » d’avoir dans le monde 400 millions de personnes parlant la même langue, ayant un mode de vie ayant puisé aux mêmes sources et permettant des échanges de population « pendulaires » comme décrits ci-dessus.

    Ici, à force de croire qu’Airbus (qui fabrique en Allemagne et demain en Chine) ou Renault (qui ne vend plus quasiment que des véhicules fabriqués en Roumanie ou...en Espagne) sont les signes de notre bonne santé, on va droit dans le mur.
    Nos diplômés partent aussi en masse, dans des pays à la culture et la langue différente, mais ce qui est sûr, c’est qu’il y a peu de chance qu’ils reviennent dans un avenir proche.

    Enfin, sur les fonds européens, nous les aurions concentrés sur les transports et le développement régional, au lieu de les verser dans le puits sans fond des industriels agroalimentaires, nous en serions pas aujourd’hui un pays du tiers-monde en matière de transports collectifs.

  • Gilles31
    Gilles31 répond à yogitea
    Gaucho
    • Posté à 12h17 le 09/02/2011
    • Internaute 57081
      Gaucho

    Peut être mais la « ll » se prononce « che » quasiment partout en Argentine, quelque soit l’origine des gens (italienne, espagnole,...).

    C’est d’ailleurs en Amérique latine un marqueur pour identifier l’argentin

    Quant au castillan « normal » , excusez moi mais nulle part en Amérique latine hispanisante on ne le parle, du moins parmi le peuple. Chaque région a ses spécialités linguistiques, sans parler des langues indigènes.

    Barbaro ! ! !

  • labrisure
    labrisure répond à ydcl
    Personnage exceptionnel
    • Posté à 14h55 le 09/02/2011
    • Internaute 48949
      Personnage exceptionnel

    Dans les années 80 l’Espagne à la pointe de l’Europe, faites moi rire. Et le rapport entre les banlieues et l’article ?

    A noter : sur Rue89 : ne pas soutenir la police, ne pas soutenir Sarkozy et ne surtout pas critiquer l’Espagne (encore moins faire l’éloge de l’Allemagne). Dis donc, il faut vraiment faire attention sur ce site.

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