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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Espagne : une caravane d'imams pour expliquer le don d'organes

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 16/02/2011 à 11h50


Dans un cimetière musulman de Sarajevo, en Bosnie-Herzégovine (Danilo Krstanovic/Reuters)

(De Madrid) C’est une question que des fidèles anxieux posent souvent à Said Ratbi, le président du Conseil islamique supérieur de la région de Valence (Ciscova). « Si mon corps ne m’appartient pas, n’est-ce pas un pêché que de donner l’un de mes organes après ma mort ? »

A l’heure de choisir de donner ou non les organes d’un proche décédé, le poids de la religion se fait sentir. Mais pour Said Ratbi, la réponse est limpide :

« Nous pouvons donner, car il s’agit de sauver une vie. Dans l’islam, toutes les autorisations et interdictions répondent à un principe simple : “Eloigner le mal et faire le bien.” »


Dépliant d’information sur le don d’organe en arabe

Mais les doutes subsistent, à en croire une enquête récente menée par l’Office nationale des greffes (ONT) et l’université autonome de Madrid, qui ont osé un découpage communautaire de la population pour étudier les différentes réactions face au don d’organes.

En Espagne, des leaders islamiques ont donc décidé d’organiser une caravane d’information destinée aux Musulmans. La religion musulmane commandant de mettre en terre très rapidement, ils expliqueront notamment que l’intervention est très rapide et que dès que les organes ont été prélevés, le corps est rendu aux familles.

La religion pousse de plus en plus à refuser le don

« Seuls 4% des organes donnés par des étrangers viennent de la population marocaine, alors que cette origine représente 13% du total des immigrés qui vivent en Espagne », souligne l’enquête, qui s’est fondée sur les lieux d’origine des habitants, les discriminations ethniques et religieuses étant interdites dans les enquêtes officielles.

Près de quatre habitants originaires d’Afrique du Nord sur 10 et 35% des Africains subsahariens interrogés ont déclaré ne pas vouloir donner leurs organes.

Une proportion bien plus élevée que celles trouvées chez les Européens occidentaux et de l’Est ainsi que chez les Latino-Américains (l’ONT préfère ne pas extrapoler sur les réponses des sondés asiatiques, l’échantillon étant trop petit).

Plus généralement, le refus des familles de donner les organes de leurs proches se fonde de plus en plus sur des motifs religieux en Espagne : cette justification représentait près de 10% des cas de refus en 2009 contre 7% deux ans plus tôt.

Le nombre de donneurs baisse en Espagne, leader mondial

L’enjeu est important car le nombre de donneurs a baissé en 2010 en Espagne, à cause notamment de la diminution du nombre d’accidents sur les routes, même si le pays reste leader mondial.

Pionnier, le Conseil islamique de Valence a donc décidé de lancer dès le mois de mars une caravane d’information qui parcourra une cinquantaine de municipalités de la région où vivent près de 150 000 Musulmans.

« Nous voulons leur dire qu’il s’agit d’un exercice de citoyenneté qui est aussi en harmonie avec notre religion.

Il faut en plus informer sur les aspects pratiques : où s’inscrire, comment les organes sont-ils prélevés et comment “ marche ” une greffe. »

Sceptiques, certains refusent de recevoir une greffe


Détail d’un dépliant bilingue arabe-espagnol expliquant les bienfaits du don d’organes (Ministère espagnol de la santé/Rue89)

Le scepticisme règne en effet sur les bienfaits de ce « miracle » de la médecine, à en croire l’enquête : près de quatre Africains du Nord sur 10 refuseraient de recevoir une greffe en Espagne, contre 90% de volontaires chez les Européens.

Said Ratbi met toutefois en garde contre les généralisations que pourraient inspirer l’enquête.

Les Nord-Africains installés en Espagne ne sont pas tous musulmans. Ils ne représentent pas non plus tous les musulmans d’Espagne : dans la région de Valence, un tiers sont espagnols.

Comprendre : une bonne partie des « fidèles » entrent dans les statistiques des donneurs européens plus généreux.

Alors cette enquête : pragmatisme ou discrimination ? Malgré ses réserves, il salue l’initiative des médecins :

« Il est constructif de collaborer avec les différentes confessions pour savoir mieux informer. »

L’ombre du trafic d’organes plane

Du côté de l’ONT, on prend bien garde de stigmatiser. « Il s’agit le plus souvent de réticences culturelles et de méconnaissances plutôt que d’interdictions religieuses », explique le docteur María Valentin, responsable à l’ONT de la formation des leaders communautaires et religieux.

D’une voix passionnée, cette jeune médecin explique que c’est pour mieux comprendre les doutes de chacun que l’ONT a lancé les première rencontres informelle avec des médiateurs culturels dès 2007 :

« Certains ne veulent pas que l’on prélève des organes à leurs proches parce qu’ils pensent qu’ils sont encore vivants !

Il est déjà dur pour nous tous d’accepter qu’un être cher est décédé alors qu’on le voit encore respirer (à l’aide d’une machine) et que son corps est maintenu au chaud.

Alors, imaginez, si vous venez d’arriver en Europe et que vous n’avez avant cela fréquenté que très peu d’hôpitaux : votre relation à la mort est complétement différente. »

D’autres se souviennent trop bien des sombres réseaux de trafics d’organes qui sévissaient dans leur pays. C’est le cas par exemple d’Européens de l’Est qui « craignent qu’en se déclarant donneurs, ils permettent qu’on leur vole des organes de leur vivant. »

Toutes religions confondues, on a aussi peur que les corps soient mutilés, ce qui pourrait empêcher de respecter les rites funéraires. « On doit expliquer qu’il s’agit d’une opération chirurgicale qui respecte le défunt », ajoute María Valentin.

Le don d’organes abordé la formation des leaders religieux

Depuis deux ans, l’ONT « greffe » des cours sur le don d’organes sur un cursus « Islam et société » organisé par l’université espagnole à distance (Uned) et que suivent environ 120 leaders religieux.

Les médecins veulent maintenant renforcer leur travail auprès des Eglises évangélistes, très fréquentées par la population latino-américaine, importante en Espagne, mais aussi par nombre de Gitans espagnols.

Si ces Églises sont sur le principe favorables aux dons d’organes, leur structure, moins pyramidale que celle de l’Église catholique, ne facilite pas toujours la transmission du message, explique l’ONT.

« Des catholiques doutent aussi de s’ils peuvent ou non donner », souligne María Valentin, qui ajoute :

« Mais Jean-Paul II s’est publiquement prononcé en faveur en 1997 dans une encyclique et le message descend plus facilement jusqu’aux croyants à travers les différentes hiérarchies. »

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  • amonhumbleavis
    amonhumbleavis
    Rue89 fait monter le FN
    • Posté à 13h43 le 16/02/2011
    • Internaute 93168
      Rue89 fait monter le FN

    Mon papa musulman nous a clairement dit qu’il était pour donner ses organes qu’ils ne lui serviront à rien là où il va.

    Je ne sais même plus pourquoi et dans quel cadre il a abordé la question.

    Le problème constaté en Espagne ne vient-il pas du fait que le dialogue inter-génération est plus difficile dans les familles immigrées où en plus de l’âge, la culture est un clivage important entre les parents et les enfants ?

  • graou02
    graou02
    un diable qui s'habille en Prada
    • Posté à 16h25 le 16/02/2011
    • Internaute 138559
      un diable qui s'habille en Prada

    Franchement je ne comprend pas pourquoi certaine personne refuse de faire un don d’organe, surement qu’ils ont peur que « les gens » fassent n’importe quoi avec. Dans ce cas là il faudrait montrer tout la directive d’un don d’organe pour enfin lever tout soupçon. De toute façon quand on est mort et bien.... nos organes ne nous servent plus à rien alors autant les donner pour sauver une vie. J’imagine toute ces personne qui attendent parfois depuis des années pour recevoir un rein (par exemple).... J’aimerais pas être à leur place. Surtout que ce débat me fait réfléchir maintenant que je regarde la 7e saison de Desperate housewives où Suzane a eu un accident où elle a perdu son rein et malheuresement tout les jours elle est obligé d’être sous dialyse (un truc que je connaissais pas avant) en attendant un organe compatible avec elle.......

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