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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Une fillette enlevée à sa mère parce qu'elle l'allaite encore

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 12/06/2011 à 19h33


Affiche de soutien à Habiba imaginée par une blogueuse

(De Madrid) Le déchirement d’une jeune mère, séparée de sa fille de 15 mois par les services sociaux parce qu’elle l’allaite encore et de façon jugée chaotique, mobilise sur le Web.

Elle s’appelle Habiba et est KO depuis que le 30 mai, les services sociaux de la région de Madrid lui ont brusquement retiré la garde de sa fille de 15 mois pour la placer dans un centre d’accueil.

« Habiba est effrayée, désespérée », expliquait l’association de protection de l’enfance Fundación Raíces peu après dans une lettre ouverte. Avant de dénoncer :

« L’angoisse et le désespoir d’une mère à qui l’on a arraché la fillette qu’elle tenait dans les bras est interprété comme un signe évident d’instabilité mentale par ceux qui affirment la protéger.  »

Près d’une semaine plus tard, la mère n’a pu voir son bébé qu’une heure, le 9 juin.

« Elle répète encore et toujours la même phrase : “Ils ne me rendent pas ma fille”, a témoigné le lendemain Lourdes Reyzábal, présidente de la fondation, dans les pages du quotidien El Mundo.

L’allaitement, “chaotique et nuisible” pour les petits enfants

Habiba est un pseudonyme. La jeune Marocaine de 22 ans au cœur brisé et aux seins gonflés par le lait que sa fille ne tête plus depuis dix jours doit être protégée “ par la plus grande confidentialité ”, explique-t-on à la fondation, débordée par l’ampleur médiatique que commence à prendre son combat.

Maltraitée par son ancien partenaire, Habiba avait trouvé refuge avec sa fille dans un centre social d’accueil pour mères et enfants géré par le gouvernement de Madrid.

Le 30 mai, l’Institut madrilène des mineurs et de la famille (IMMF) apprend à la jeune femme qu’il assume la tutelle de la fillette.

On lui reproche de ne pas suivre le programme prévu pour elle et la petite. Un programme qui “ consistait à suspendre l’allaitement, considéré ‘ chaotique et nuisible pour les petites filles et petits garçons ’, assure la fondation Raíces.

‘On pourrait croire à une mauvaise blague’

L’IMMF cite aussi ‘ le manque de ressources économiques, de soutiens familiaux ’. La fondation qui a pris en charge la défense de la jeune femme s’indigne :

‘ Si cette histoire n’était pas vraie, on pourrait croire à une mauvaise blague : comment peut-on reprocher à une mère qui est accueillie par un service public pour familles en situation à risques de manquer de moyens économiques. ’

Son avocat demande à la justice madrilène qu’elle annule la décision des services sociaux et dicte une mesure préventive d’urgence pour réunir immédiatement la mère et la fille.

La mauvaise blague ne s’arrête pas là : Habiba a été expulsée du centre d’accueil dès qu’on lui a retiré sa fille. Pourquoi en effet l’héberger dans un centre pour familles en difficulté si elle n’a plus d’enfant ? Elle a finalement trouvé refuge auprès d’une association humanitaire.

La région n’impose aucun mode alimentaire dans la résidence

La région de Madrid a réagi cette semaine en affirmant qu’aucun mode alimentaire n’était imposé dans les résidence de ce type, tout en veillant cependant toujours au bien-être du bébé.

En plus de l’allaitement ‘ chaotique ’, les rapports émis par les professionnels du centre évoquent ‘ l’agressivité ’ dont Habiba aurait fait preuve envers les autres pensionnaires.

On l’accuse de ne pas pouvoir ‘ actuellement offrir à la fillette l’attention, les soins et la sécurité dont elle a besoin. ’

Mais une lettre adressée aux services sociaux peu après la séparation et largement diffusée sur Internet met à mal cette version.

‘ Une profonde blessure qui risque de laisser des séquelles ’

Son auteur, Ibone Olza, est pédopsychiatre et professeur à l’Université Autonome de Madrid.

Elle a pu rencontrer Habiba dans les premiers jours et estime que la mère, qui ‘ souffre énormément de la séparation (...) ne présente aucun trouble psychologique et ne consomme pas non plus de produits toxiques’. ”

“ Pour une fillette de 15 mois, être brusquement séparée de sa mère et déplacée dans un autre centre où elle ne connait aucun adulte représente une profonde blessure qui peut laisser des séquelles psychiques si on n’y remédie pas rapidement. ”

À propos de l’allaitement, Ibone Olza démonte également la théorie des responsables du centre :

“ Vous m’avez informé que la mère semblait offrir le sein lorsque la petite pleurait ou se donnait un coup, de manière émotionnelle et non nutritionnelle, voire même chaotique.

C’est précisément ce que nous, professionnels de la santé, recommandons à toutes les mères.

Aussi bien l’association espagnole de pédiatrie que l’Unicef recommandent l’allaitement maternel pendant au moins deux ans et insistent sur le fait qu’il doit être ‘ à la demande , c’est à dire chaque fois que le nourrisson le demande ou que la mère le désire.

La parquet de Madrid a affirmé le 9 juin qu’il soutenait la plainte de la jeune femme avant de préciser quelques heures plus tard qu’il allait étudier plus en profondeur le dossier.

Déjà un groupe de soutien international

Des mamans blogueuses et d’ardents défenseurs de l’allaitement sont les premiers à s’être fait l’écho de l’affaire sur Internet.

Rapidement, la détresse d’Habiba a attiré les réactions de solidarité de milliers de personnes, en Espagne et bien au-delà. Sa première page de soutien sur Facebook compte déjà près de 5 000 membres et un groupe “ international ” en anglais est apparu le 10 juin.

C’est une blogueuse émue par le sort d’Habiba qui a crée le logo repris depuis dans toutes les manifestations de soutien sur Internet.

Un premier rassemblement a été organisé à Madrid jeudi 9 juin. D’autres sont en préparation sur Facebook.

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  • a déménagé le 02 avril 2012
    • Posté à 20h03 le 12/06/2011
    • Internaute 129992
      Non connue

    « Aussi bien l’association espagnole de pédiatrie que l’Unicef recommandent l’allaitement maternel pendant au moins deux ans et insistent sur le fait qu’il doit être “ à la demande ’ , c’est à dire chaque fois que le nourrisson le demande ou que la mère le désire. ”

    Ou comment culpabiliser les mères qui bossent ...

  • Elisssa
    Elisssa répond à a déménagé le 02 avril 2012
    psychologue, doctorante
    • Posté à 21h51 le 12/06/2011
    • Internaute 159843
      psychologue, doctorante

    Pour ma part, Sarkaubry, j’ai repris le boulot à la fin de mon congé mat, quand mon fils avait 3,5 mois (il est né un mois à l’avance), et je l’ai allaité exclusivement à la demande jusqu’à ses 6 mois, puis avec la diversification alimentaire, j’ai continué à l’allaiter à la demande jusqu’à ses 13 mois.
    Tout en travaillant à temps plein, avec 1 heure de route aller-retour dans la journée. Une situation assez classique, quoi, quand je vois mes collègues et amies. Rien de compliqué : il suffit de tirer son lait au boulot (on a le droit à une heure par jour (déduite du salaire), je prenais 2*30 minutes + une fois entre midi), et l’assistante mat (nounou ou crèche) donne le lait maternel en bib.
    Le lait maternel se conserve au frigo, au congèle...
    Et avec une ordonnance (souvent donnée à la maternité), la location du tire-lait en pharmacie est gratuite.

    Rien d’extraordinaire, rien de compliqué. Et gratuit. Juste les biberons à acheter. Et mieux pour la santé du bébé. Et de la maman. Et du papa (qui n’a pas de bib à préparer). Et puis, franchement, quand on bosse et que le bébé ne fait pas encore c’est nuit, c’est quand même vachement mieux de l’allaiter (je l’allaitais la nuit en étant allongée), que d’aller à la cuisine, stériliser un biberon (5 minutes), préparer le bib de lait, nettoyer +++ le bib de lait... tout ça avec bébé qui braille parce qu’il a les crocs...

    Mais bon, c’est sûr que ça fait perdre de l’argent à Nestlé, Guigoz et compagnie...

  • Elisssa
    Elisssa répond à femmedesbois
    psychologue, doctorante
    • Posté à 21h59 le 12/06/2011
    • Internaute 159843
      psychologue, doctorante

    Badinter n’est pas féministe.
    Vouloir enlever cette partie de la féminité (à savoir la possibilité d’être mère et d’allaiter), c’est nier un sacré pouvoir qu’ont les femmes.

    Moi, j’ai été scotchée de réaliser que moi, toute seule, mon corps a été capable de transformer un nourrisson de 3 kilos en un bébé de 6 mois de 8 kilos, rien qu’avec le lait que mon corps à fourni ! ! !

    La maternité fait de nous des déesses. Ce qui signifie que toute femme est une déesse en puissance, puisque nous avons ces capacités.
    Quand Badinter nie cela, elle réduit la femme.

    Je suis éminemment féministe. Je travaille à temps plein, je mène une thèse de doctorat, je suis super féminine, je ne suis pas mariée, mon fils porte le nom de ses deux parents (alors que Mme Badinter a renoncé à son nom de « jeune fille » pour prendre le nom de son mari), et je l’ai allaité jusqu’à ses 13 mois.

  • Radiotox
    Radiotox répond à emiboot
    • Posté à 22h04 le 12/06/2011
    • Internaute 151254

    Moi, ça ne m’étonnerais même pas.

    Je ne pensais pas que l’allaitement pouvait être aussi mal considéré, avant qu’on aborde le sujet avec des collègues.

    Certains trouvent ça dégoutant, y voit un rapport incestueux avec la mère, un coté exhibitionniste, animal...

    Au final, c’est plutôt eux qui devraient aller voir un psy...

  • emiboot
    emiboot répond à Radiotox
    No Homs land
    • Posté à 22h37 le 12/06/2011
    • Internaute 81944
      No Homs land

    Créer un trauma par la séparation d’une femme battue, précarisé et fragile et de son bébé pour un truc aussi con que ça, c’est ... je ne trouve pas de mot qui ne soient pas vulgaires là tout de suite.

    (HS : Dans le même ordre d’idée je me demande ce que pense tes collègues du fait de mettre au monde son enfant par les orifices suintants et naturels. Sans parler de faire caca. Moquerie facile, j’avoue.)

  • Darlice
    Darlice répond à emiboot
    alterécolo
    • Posté à 00h29 le 13/06/2011
    • Internaute 98785
      alterécolo

    En France, il y a trois contrôles obligatoires aux 2, 9 et 24 mois de l’enfant.... Pour les neuf mois de mon fils, en 2005, j’ai donc rempli le formulaire à renvoyer au médecin de la PMI (protection maternelle et infantile) dont je dépends. 3 ou 4 jours plus tard, la dite PMI m’écrit pour m’informer qu’une assistante sociale viendrait chez moi afin de s’assurer de ma situation... Pas glup ! Pourquoi ? Parce que l’alimentation de mon bébé était l’allaitement maternel uniquement, que j’avais choisi d’attendre un peu avant de lui infliger le vaccin obligatoire, que j’étais seule avec également une fillette de 9 ans... « Mais comment fait-elle ? ? ? »...... L’entretien s’est bien passé, deux heures à la gaver de thé avec un bébé rigolard et tétant à la demande comme toujours. Je n’ai plus jamais eu de nouvelles mais je me suis souvent dit que si je n’avais pas eu les bons arguments quant à mes choix éducatifs, que cette AS m’ait crue fragile ou que sais-je, les conséquences auraient pu être dramatiques pour notre heureux trio. J’ai continué de l’allaiter en amenant très doucement une alimentation plus variée jusqu’à ses 26 mois (youpii) ! ! ! .... J’imagine donc en effet que ce qu’il arrive à cette maman en Espagne, doit arriver en France également ! ! J’avais 38 ans à l’époque, si j’en avais eu 22 comme cette personne, les choses auraient été bien différentes je pense car une jeune fille est moins armée contre ce genre de situation, surtout aux vues de la sienne de situation qui l’a surement fragilisée. Mais j’avais passé l’âge de me laisser impressionner par ces institutions sachant que tout allait bien à la maison.
    Toutes mes pensées vont vers cette jeune femme et son bébé, les conséquences d’un tel choc (séparation, environnement inconnu mais aussi sevrage violent) peuvent être terribles pour un enfant. Le monde marche sur la tête, mais ça je ne l’apprends à personne !

  • lothi.123
    • Posté à 08h03 le 13/06/2011
    • Internaute 131953

    Et voilà, toutes les allaitantes de la planète vont en faire leur cheval de bataille et cette femme, qui n’aurait certainement pas été aussi médiatisée si elle n’allaitait pas ( mais qui en revanche aurait quand même pu se voir retirer son enfant ), va être sanctifiée sur l’autel de la Sainte Mère aux seins gonflés de lait.
    De quoi faire lever les yeux au ciel à Mme Badinter, et culpabiliser un peu plus celles qui travaillent et qui ne peuvent pas se dépoitrailler à la demande du rejeton pour lui confier à sucer pour le plaisir le bout d’un sein jusqu’à ses deux ans.
    Sainte Mère distributeur de lait 24/24, priez pour nous.

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