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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

En Espagne, même le roi n'est plus sacré

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 02/10/2007 à 15h14



Juan Carlos et la reine Sofia à Madrid le 9 juillet (Victor Fraile/Reuters)

Pendant très longtemps épargné par les critiques, le roi d’Espagne voit pour la première fois sa position contestée. Jeunes républicains, responsables politiques catalans mais aussi personnalités de la droite dure espagnole : les attaques convergent alors que Juan Carlos Ier va bientôt fêter ses trente-deux ans au sommet de l’Etat.

La saisie de l’hebdomadaire satirique El Jueves en juillet dernier, et la poursuite en justice des auteurs de la couverture, incriminés pour « injure à la Couronne » , avait réveillé la polémique en Espagne. Un juge décidera le 13 novembre s’ils doivent payer l’amende de 3600 euros finalement requise contre eux, mais l’existence même de ce délit, normalement passible de six mois à deux ans de prison ferme, a outré de nombreux espagnols, qui y voient une atteinte à la liberté d’expression.

Le débat commençait à peine à faiblir lorsque des jeunes indépendantistes catalans ont été photographiés en train de brûler des portraits du roi en plein centre de Gérone (Catalogne), le 13 septembre. Deux des protagonistes sont déjà poursuivis. En attendant leur jugement et galvanisés par la médiatisation de ces arrestations, des centaines de jeunes brûlent depuis, à l’unisson, posters du roi et de son épouse sur les places publiques et dans les campus de Catalogne.

Attaques parlementaires

Dans ce climat, les partis politiques républicains osent des attaques frontales, qu’ils savent pourtant sans lendemain. La semaine dernière, des parlementaires catalans ont ainsi proposé un amendement au Sénat pour que le chef du gouvernement remplace le roi au poste de général des forces armées.

Mais c’est la surenchère de critiques venant de personnalités de la droite dure espagnole qui a finalement fait sortir le très monarchique journal ABC de ses gonds, le week-end dernier. En dénonçant des attaques qui proviendraient à la fois « d’extrémistes fanatiques et de séparatistes » , le quotidien centenaire visait particulièrement un éditorialiste de la radio catholique COPE qui a récemment demandé à l’antenne l’abdication du roi.

Comme d’autres commentateurs conservateurs, ce dernier lui reprochait, entre autres, de ne pas s’être opposé au nouveau statut de la Catalogne et à la tentative de dialogue avec l’ETA, deux initiatives du gouvernement socialiste de José Luis Zapatero.

Une popularité jamais démentie

Puisque l’on n’est jamais mieux défendu que par soi-même, Juan Carlos a finalement répondu directement à ces critiques, lundi 1er octobre, en déclarant que la monarchie parlementaire avait permis « la plus longue période démocratique de stabilité et de prospérité en Espagne » . Une affirmation immédiatement soutenue par les deux principaux partis politiques du pays.

Contrairement aux plans de Franco, qui l’avait mis en place peu avant sa mort en 1975, Juan Carlos Ier, 69 ans, reste perçu en Espagne comme un acteur essentiel du passage « en douceur » de la dictature à la démocratie et l’opinion publique est majoritairement attachée à sa figure débonnaire. Un sondage de popularité, publié lundi par le nouveau quotidien Público, le plaçait ainsi en première position, suivi de près par son fils, le prince Philippe de Bourbon, devant toutes les principales personnalités politiques du pays.

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  • Anonyme

    Une monarchie parlementaire dans laquelle le roi reste le chef des armées, cela me rend tout de même sinon inquiet, tout du moins dubitatif...

    • Anonyme

      bah ca n’a pas empeché aznar d’aller en irak contre l’avis du roi... idem que blair au royaume uni !

    • Anonyme

      JE Felicite le Courageux « anonyme “ pas de couilles...

      • Anonyme

        ben qquepart toi aussi t un courageux anonyme et moi aussi...

        alors tes réflexions hautement intellectuelles...

        un autre courageux anonyme

  • Infovite
    Infovite
    info-espress.over-blog.com
    • Posté à 16h10 le 02/10/2007
    • Internaute 8783
      info-espress.over-blog.com

    Un Roi garant des initiatives démocratiques attaqué par ses « sujets » ; voilà un sujet qui à de quoi inquiéter les « empereurs » républicains !
    Vraiment,« tout fout » l’camps...
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  • Anonyme

    Le commentaire de la Cope (radio de l´Eglise « catholique » espagnole) est plus une tentative de contre-feu contre les catalans brulant l´efigie du monarque que l´expression de la droite espagnole.
    Les ennemis de mes ennemis sont mes amis et en les attaquant je les force à reagir...
    La ficelle est grosse et la droite espagnole petite, qui ne veut rien savoir de réconciliation historique.

  • Anonyme

    Comme vous le rappeliez, Juan Carlos est l’homme qui a permis le retour de la démocratie en Espagne après la mort de Franco, le Caudillo l’ayant désigné pour son successeur en croyant qu’il perpétuerait sa dictature. Grave erreur !
    Il eut également un rôle décisif lors de la tentative de putsch militaire de 1981, en apparaissant à la télévision pour ordonner aux officiers putschistes de rendre les armes.
    Bref, Juan Carlos demeure populaire en Espagne pour sa personnalité et pour ses actes.
    Mais pour être juan carlistes, les Espagnols sont-ils monarchistes ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est frappant, c’est que les attaques viennent de plusieurs côtés. Les jeunes républicains, les Catalans et les gens de la droite espagnole lui reprocheraient-ils tous la même chose ? Ce serait bien surprenant.
    Ne serait-ce pas plutôt le signe d’un pouvoir qui touche à sa fin ?
    Ce qui pose la question de l’après-Juan Carlos. Que deviendra l’Espagne ? Felipe lui succèdera-t-il ? Et si tel est le cas, pour combien de temps ? Aura-t-il les épaules de son père, et perpétuera-t-il la monarchie constitutionnelle ? Et si tel n’est pas le cas, quel régime lui succèdera ? Les Espagnols proclameront-ils la République ? S’agira-t-il d’une république présidentielle, comme en France, ou parlementaire style IIIème et IVème républiques françaises ? Et sinon ?
    La seule chose qui soit certaine, c’est que la monarchie constitutionnelle, en Espagne, ne tient que par la personnalité de Juan Carlos.

    Thomas GREDAT

    • k_reno
      k_reno
      Voyageur
      • Posté à 18h44 le 02/10/2007
      • Internaute 15813
        Voyageur

      Au-delà de la popularité du personnage, son histoire lui donne une vrai légitimité et en tant que chef d’Etat (effacé), et en tant que dirigeant (théorique) des forces armées (pas sa nomination par Franco, mais sa résistance à la tentative de coup d’état). Bien des hommes politiques élus démocratiquement sont loin de pouvoir se targuer des mêmes faits d’armes, à cet égard l’attitude de la plupart des députés lors de la tentative de coup d’Etat est riche d’enseignements.

      Est-ce que l’Espagne doit se passer d’une telle figure ? Il faut rappeler que la transition vers la démocratie s’est faite avec une volonté de réconciliation nationale, et que la dictature n’a donc jamais été vraiment jugée. Combien d’Espagnols, certains agés mais d’autres moins, disent aujourd’hui « se vivia mejor con Franco ». Pour autant, l’extrême droite en Espagne est marginale et sur le plan politique et dans la mise en place des projets (tous les pays européens ne peuvent pas en dire autant).

      Qu’un monarque soit le garant des institutions démocratiques, c’est paradoxal, mais après tout les blessures du passé sont longues à guérir, et je ne suis pas certain qu’il faille souhaiter l’avénement de la République en Espagne avec impatience.

      • Anonyme répond à k_reno

        L’exemple de Sarkozy « modifiant » profondément la constitution de la Ve république et de tous ces candidats promettant la lune pour faire le contraire une fois élus montrent que la présence d’un souverain, neutre et capable de conseiller le chef du gouvernement n’est inutile, ni au Royaume Uni, ni en Espagne.
        Anonyme n’ayant pas réussi à s’inscrire
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      • Anonyme répond à k_reno

        En Espagne, il n´existe pas de parti d´extrème-droite aussi puissant que le Front National pour la bonne raison que les bon nombre d´électeurs d´extrême-droite votent pour le Parti Populaire, celui que dirigeait José-Maria Aznar qui a décidé la participation de l´Espagne à l´invasion de l´Irak. Les espagnols se souviendront de l´agression dont fut victime un jeune lors d´un meeting où Aznar prenait la parole. Le jeune avait eu le tort de crier « Non à la guerre,Monsieur Aznar ». Un membre de l´audience l´a agressé physiquement et cassé ses lunettes. Bien entendu, tous les membres du PP ne sont pas des fascistes et ce parti compte nombre de démocrates sincères,mais à mon avis cela ne se reflète pas assez dans la hierarchie du parti, il suffit de voir comment est traité par son parti le maire PP de Madrid, el Señor Gallardon, un modéré proche de la droite civilisée européenne.

  • Anonyme

    En ce qui me concerne, le cas de Juan Carlos cela ne relève pas pour moi de la monarchie. Il s’agit juste d’un profond démocrate et je me demande encore où en serait l’Esspagne s’il n’avait pas été choisi comme dauphin par Franco.
    C’est lui qui a installé de façon durable la démocratie en Espagne et c’est aussi lui en tant que chef des armées qui a eu le courage de se mettre en avant afin de faire rentrer les chars dans leur caserne. Je ne sais pas si un chef de gouvernement aurait eu le courage de le faire.
    Et comme il était dit dans un commentaire précédent, son attachement à la démocratie n’a pas empêché l’engagement de l’Espagne en Irak (que l’on approuve ou pas cette décision, il s’est plié au choix du premier ministre élu démocratiquement).
    Alors bien évidemment, on peut tegiverser pendant des heures en prétextant que c’est un régime d’un autre temps, que le budget de la monarchie a un coût pour le pays etc... Mais en ce qui me concerne, je pense que l’Espagne doit beaucoup à ce grand monsieur, et dieu sait combien je suis profondément républicain et anti franquiste (mon père a combattu du coté républicain lors de la guerre civile).

  • Anonyme

    Le problème c’est pas le Roi, c’est les extrémistes.

    Casser du sucre sur son dos leur permet de se donner facilement une visibilité qu’ils n’auraient pas eu autrement.

    Le vrai problème ne Espagne c’est plutot tous les nostalgiques de Franco qui someillent au PP, tout comme ce douloureux devoir de mémoire qui a lieu ces temps-ci a chaque nouvelle découverte de fosse commune..

    Mais bon c toujours moins rebelle que de bruler une photo...

  • Anonyme

    Ironie de l’histoire, le successeur de Franco garant de la démocratie ; Si le front populaire espagnol marxiste leniniste était arrivé au pouvoir ! ! je n’ose en parler tellement ca fait froid dans le dos.

    • Anonyme

      eh ben mets une couverture et va te coucher, la fièvre te fait délirer...

    • Anonyme

      Ben justement : le front populaire y est arrive au pouvoir et legalement LUI. Lors des elections avant la guerre civile, l’Espagne etait une republique, et c’est le front populaire qui a gagne les elections.

      je me demande ce qui fait le plus froid dans le dos.

      Michel
      BCN

    • Anonyme

      Le front populaire espagnol marxiste et léniniste. Dit comme ça, effectivement, ça fait peur...

      Je me permets simplement de rappeler que les communistes sont devenus puissants en Espagne au cours de la guerre civile, déclenchée par Franco ! Les « rouges » que celui-ci dénonçait n’étaient finalement « que » des socialistes, certes un peu moins tièdes que ceux que nous connaissons aujourd’hui, mais pas non plus les monstres assoiffés de sang que dépeignait la propagande fasciste...

  • Anonyme

    Petite digression en passant...

    Ceux là même qui s’organisent maintenant en jouant la carte de la provocation anti monarchiste sont les mêmes qui ont hautement médiatisé (et artificiellemnt gonflé) le courant anti-tauromachique catalan menant à la déclaration de Barcelone comme étant une ville anti-taurine (malgré les affluences record récentes dans la monumental) et qui ont ainsi donné une sensation de légitimité aux anti français qui se baseront par la suite sur ce mouvement « progressiste » espagnol dont le seul but est de provoquer des polémiques nationales visant à terme l’indépendance de la Catalogne...

    Ca peut paraitre hors sujet mais l’actualité récente de ce côté des pyrénées m’incite à penser que divers mouvements franchement pas reluisants savent de mieux en mieux utiliser la propagande et la promptitude des médias à se saisir de sujets pourtants creux et vides de sens pour en faire de pseudo grands sujets de réflexion... J’attends avec impatience la réponse de Sarkozy aux anti de tout poil qui l’ont assailli de requêtes depuis trois mois visant à terme à l’abolition de la corrida pour savoir si cette nouvelle tendance à la désinformation par le matraquage médiatique de faux débats s’avère payante ou pas...

    Juan Carlos ne bougera pas, ne vous faites pas d’illusions, il est très bien où il est...

    • Anonyme

      pfff relier la corrida et la royauté espagnole
      le rapport c est quoi ?

      le roi entrant dans l areine ?

      bon d accord je sort

  • Anonyme

    « la corrida et la royauté
    le rapport c est quoi ? “

    R. Girard a expliqué ca de facon lumineuse.

    • Anonyme

      bonsoir
      ma boutade douteuse m interdit elle ?
      de vous demander plus de précision
      girard article texte livre
      merci

      • Anonyme

        Sans probleme,

        Commencez par :

        Titre : La violence et le sacré, René Girard en Poche

        (Seulement si vous n’etes pas tres féru d’anthropologie, voici une approche plus facile a lire :
        Le Bouc émissaire (Girard,Poche) )

        Bonne lecture

  • Anonyme

    J’ai vécu le franquisme, j’ai vécu la transaction et la naissance de la démocratie, je sais que tout n’est pas rose en Espagne, mais elle progresse et la liberté est là.
    Faudrait peut être se rappeler ce qui a été la république en Espagne et voir que ici en France le président est plus totalitaire et son train de vie ressemble plus à une monarchie d’autres siècles.
    Quant au PP, et Mariano Rajoy les seuls arguments d’oppositions sont les faits divers, et une fois ceux-ci réglés ils n’ont aucun argument.
    Les démocrates ou droites modérés en Espagne ne trouvent pas des affinités ni s’identifient avec le PP (seul les nostalgiques du franquisme).
    Il est vrai aussi que le système des gouvernements autonomes des régions ont fait ses preuves, des régions qui avaient été des plus pauvres comme l’Andalousie et l’Extremadura se sont modernisé dans tous les domaines, et notamment dans la santé et l’école (un exemple donc la France pourrait tirer la leçon), que ce soit des socialistes qui ont contribué à cela ? Mais c’est surtout parce que en laissant un peu d’autonomie aux régions, elles ont su exploité ses potentielles et les utiliser en faisant profiter au niveaux local.

  • Anonyme

    Juste trois constats ex abrupto :
    1- il y a dans l’Europe des 27, 7 monarchies parlementaires. Leur stabilité est exemplaire et le niveau de vie de ces pays est très nettement au dessus de la moyenne
    2- habitant à moins de 100 km de la frontière espagnole depuis plusieurs dizaines d’années, j’ai pu constater qu’il est incontestable que le niveau de vie de ce pays a rattrapé et même dépassé le notre aujourd’hui en moins de 40 ans
    3- aussi provocateur que cela pourrait paraître d’emblée, je m’interroge sur le coût comparé des institutions d’une monarchie parlementaire et de celles d’une république : typiquement en France, où, outre la présidence, les deux chambres, conseil d’état, conseil constitutionnel, conseil économique et social, cour des comptes, inspection des finances, etc.., nous avons le copié-collé de ces structures dans 26 régions ET 100 départements, PLUS tous les districts, communautés urbaines, communautés de pays, communautés de communes, communes elles-même et j’en oublie sûrement, ce qui fait un bel empilement avec ses redondances, donc très budgetivore, qui frise parfois le ridicule ; il n’est pour s’en convaincre que de lire les panneaux des travaux routiers : Etat x%, Région y%, Département z%, District d%, Communauté urbaine u%, Commune c%, etc...

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