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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Espagne : sœur de princesse tu es, sœur de princesse tu restes

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 17/05/2008 à 12h45


Telma Ortiz, la soeur de la princesse Letizia, en 2004 (Andrea Comas/Reuters).

L’échec est cuisant, et coûteux, pour la sœur de la princesse Letizia, épouse de l’héritier du trône d’Espagne, qui avait assigné 57 organes de presse en justice cette semaine pour leur interdire de la photographier. Une initiative inédite sur la péninsule. La juge a rejeté sa plainte, estimant qu’elle et son fiancé étaient bien des personnages publics avant de la condamner à payer les frais juridiques de ses nombreux opposants.

Telma Ortiz doit regretter amèrement le calme relatif dont elle jouissait jusqu’il y a peu, en tant que coopérante aux Philippines, d’autant plus qu’elle a elle-même provoqué le dernier tourbillon médiatique.

Rentrée avec son compagnon à Tolède, près de Madrid, il y a quatre mois, le couple estime vivre depuis un véritable harcèlement qui leur ferait même courir un « danger physique », surtout depuis qu’ils ont eu leur premier bébé. C’est d’ailleurs l’arrivée de leur fils qui aurait décidé Telma Ortiz et Enrique Martin Llop à entrer dans cette bataille juridique inédite.

La requête a provoqué un tollé chez les médias assignés

Arguant qu’ils n’étaient des personnages publics « ni par leurs fonctions, ni par leurs professions, ni pour avoir eu une conduite publique ostentatoire » et qu’ils refusaient « d’entrer dans le commerce de la presse people », leur avocat a demandé lundi que plus de cinquante médias, dont la bible des salons de coiffure espagnols « Hola », n’aient plus de le droit de « capter, diffuser, émettre ou reproduire » des images du couple, sauf celles qui seraient prises pendant des actes officiels.

La requête a provoqué un tollé chez les médias assignés qui l’ont immédiatement dénoncé comme une tentative de censure préventive allant à l’encontre de la constitution espagnole et du droit à l’information.

Le fait que seul certains organes de presse aient été mis en cause a en outre permis à leurs avocats de se plaindre de l’injustice de l’initiative.

Inutile de le préciser, l’ouverture du procès lundi a fait la une de tous les journaux après avoir attiré tellement de journalistes qu’ils avaient dû être répartis entre la salle d’audience et une pièce spécialement aménagée avec retransmission en direct de la séance.

« Les plaignants sont bien des personnages publics »

La juge a finalement rejeté la demande du couple, jeudi, en argumentant qu’ils étaient bien des personnages publics puisque, entre autres, leur plainte reconnait qu’ils participent parfois à des actes officiels devant l’oeil des photographes.

Elle les condamne en outre à payer les frais du procureur et, plus douloureux, ceux des avocats de tous les accusés. La facture pourrait s’élever à 50 000 euros selon la presse espagnole.

L’avocat du couple a peut-être commis une erreur en n’invoquant que le droit à l’image, et non pas le droit à la vie privée de ses clients. Il y a en effet des précédents de personnages autrement plus célèbres, comme Caroline de Monaco, qui ont réussi à faire valoir devant les tribunaux que des photos de leur vie quotidienne, même dans un espace public, violaient leur intimité.

Le caractère général de la plainte et le risque de créer un précédent de censure préventive n’ont sans doute pas aidé non plus au succès de la plainte.

Selon le quotidien El Pais, Telma Ortiz pourrait désormais tenter d’attaquer au cas par cas les organes de presse qui enfreignent son droit à la vie privée avec des reportages aux titres aussi édifiants que « Telma fait de la moto ».

Sa sœur, ancienne journaliste de télévision, n’a fait aucun commentaire public sur l’affaire. Leur petite sœur, Erika, est décédée en février, après une overdose médicamenteuse. Sans jamais l’affirmer ouvertement, tous les médias espagnols avaient alors accrédité la thèse d’un suicide.

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  • alexisgirszonas
    alexisgirszonas
    Etudiant en Master de (...)
    • Posté à 14h33 le 17/05/2008
    • Internaute 4951
      Etudiant en Master de (...)

    L’avocat a raté quelque chose... Le droit à l’image c’est une notion très subjective et ambivalente en tout cas en droit français. Le droit à la vie privée c’est différent puisqu’il est même reconnu au niveau européen dans l’article 8 alinéa 1 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme qui dispose que « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. » Raté ! Je pensais pourtant que la famille royale serait mieux défendue que cela.

  • pierrejcallard
    pierrejcallard
    http://www.nouvellesociete.org
    • Posté à 20h17 le 17/05/2008
    • Internaute 3366
      http://www.nouvellesociete.org

    Tout va nécessairement devenir plus transparent dans un monde de cam, d’internet, de You Tube.. et c’est une bonne chose pour la vie publique : c’est la fin des complots.

    J’aurais souhaité qu’elle gagne cette cause, toutefois, car il faut se méfier, d’un surplus d’information qui sert de censure. La presse people contribue à noyer l’important dans ce qui ne l’est pas, à cacher des infamies sous des potins et, surtout, à abêtir la population et à assurer ainsi le triomphe final de l’insignifiance.

    Pierre JC Allard

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