Espagne : victime et ancien de l'ETA dans le même immeuble
Responsable du meurtre de 25 personnes au nom du groupe séparatiste basque ETA, Iñaki de Juana Chaos sort samedi de prison dans une ambiance des plus tendues. Après vingt-et-un ans d’enfermement, il emménage dans l’immeuble de la veuve d’un militaire assassiné par son organisation et dans la même rue que plusieurs autres personnes ayant souffert du terrorisme basque. En dénonçant l’affaire, certains médias espagnols n’ont pas hésité à donner son adresse exacte, ce qui aurait forcé la police à lui attribuer une protection spéciale après que des graffitis menaçants sont apparus sur les murs de l’immeuble.
« L’un des terroristes les plus sanguinaires de l’histoire de l’ETA » , selon la police basque, « froid et narcissique » d’après les psychologues de prison, de Juana Chaos était le chef du comando Madrid dans les années 1980, une cellule de l’organisation basque qui, sous sa direction, a tué 25 personnes dans plusieurs attentats. Arrêté et jugé, il fut condamné à plus de 3000 années de prison en 1987 mais n’en a finalement purgé que 18 d’après la juridiction sous laquelle il avait été condamné.
Embarrassé par une libération aussi précoce, le gouvernement avait promis dans les jours qui précédaient sa sortie de faire « tout ce qu’il pourrait pour [l’]empêcher. » Il fut finalement accusé d’avoir proféré des menaces terroristes dans le journal basque Gara et condamné à trois autres années de prison. Ce procédé détourné avait alors suscité la polémique en Espagne et Iñaki de Juana Chaos s’était lancé en protestation dans deux longues grèves de la faim qui ont finalement duré presque sans interruption d’août 2006 à mars 2007. La photo de son corps émacié avait d’ailleurs fait le tour du monde lorsqu’il avait concédé une interview exclusive au quotidien britannique The Times.
Les médias ont amplement diffusé l’adresse exacte de l’ex-détenu
Alors qu’il s’apprêtait cette semaine à être finalement libéré, de Juana Chaos a entamé une nouvelle grève de la faim pour protester cette fois contre « le harcèlement médiatique et judiciaire » dont il se sent victime. La libération de l’un des prisonniers etarras n’aurait jamais manqué de faire du bruit mais la publication d’un article dans le quotidien madrilène El Mundo il y a deux semaines a précipité le scandale : l’appartement où il compte s’installer ce week-end se trouve en effet juste sous celui d’une veuve dont le mari, militaire, a été assassiné par l’ETA en 1979. Preuve s’il en fallait que le drame du Pays Basque divise la société en son cœur même, le même pâté de maisons abrite en outre plusieurs autres personnes ayant perdu un membre de leurs familles ainsi qu’un homme qui fut son otage pendant 116 jours dans les années 1990.
Devant l’ampleur que prenait le scandale ces derniers jours, le gouvernement a annoncé qu’il étudiait la possibilité d’interdire que les anciens membres de l’ETA s’installent aux côtés de victimes du terrorisme basque à leur sortie de prison. Pour l’instant, le Code pénal leur interdit « seulement » d’emménager aux côtés de leurs victimes directes. La justice a, quant à elle, réactivé une enquête visant à vérifier l’importance du patrimoine d’Iñaki de Juana Chaos qui s’était déclaré insolvable lors de ses procès, évitant ainsi de payer les indemnisations qu’on exigeait de lui. L’appartement de Saint-Sébastien est en effet au nom de sa jeune épouse, mais il appartenait auparavant à sa mère.
La tension qui entourait déjà sa libération s’est en outre trouvée renforcée par l’ample diffusion de son adresse exacte dans de nombreux médias espagnols (et donc également celle des victimes de l’ETA). Flairant l’aubaine, des groupuscules d’extrême droite n’ont pas tardé à repeindre l’entrée de l’immeuble à coup de graffitis menaçants, ce qui aurait poussé la police basque à accorder une escorte policière à de Juana Chaos dès sa sortie samedi, selon le quotidien 20 minutos. Des manifestations contre sa libération sont également prévues ce week-end devant son appartement.
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Le conflit basque porte sur l’indépendance de la province, des deux côtés des Pyrénées. Le conflit ETA est proche dans sa formation des conflits corses et bretons (FLNC, ARB). Seul, le conflit breton a détourné son action du meurtre (les seuls victimes officiels et reconnus sont des poseurs de bombes venus reprendre leurs engins, la jeune femme tuée en 2000 n’est pas revendiquée par l’ARB, mais c’est une autre histoire, à l’époque les paillotes corses brûlaient toutes seules).
Le fait que les bretons n’ont pas eu le même chemin tient au fait qu’ils ne sont pas, dans un premier temps, marxistes (depuis une partie du mouvement l’est). Les premiers attentats corses et basques ont une orientation marxiste. Tous ces mouvements naissent après une malheureuse phrase du président américain Wilson, sur l’autodétermination des peuples, aussi et surtout après l’avènement de l’URSS.
Les combats premiers sont l’autodétermination, l’indépendance. Après, suivant les régions, cela peut partir dans tous les sens, comme en Corse. L’IRA a obtenu l’indépendance de l’Irlande (le mouvement militaire ne portait pas toujours le nom de l’IRA), pour les Basques, le franquisme a été le point bloquant et l’organisation s’est radicalisée, pour ne plus en sortir.
Les liens les plus marquant sont une communauté d’entraide entre tous ces groupes, ainsi qu’avec les FARC et d’autres groupes.
En 2000, ETA et l’ARB volent ensembles 10 tonnes d’explosifs à Plévin (22). Pour l’ARB le seul attentat avec cette dynamite sera le dernier de 80 ans d’histoire. La bombe posée devant la poste de La Baule explose en fait derrière le McDo de la banlieue de St-Brieuc faisant un mort, le premier civil tué par l’organisation qui perd du coup le soutien des bretons, son financement et annonce dans la foulée sa dissolution (ses membres sont toujours en prison sans jugement – longue la préventive en France). Pour ETA, ce sera le début d’une longue série d’attentats. Plusieurs tonnes d’explosifs seront retrouvées par la Police, sur le trajet entre la Bretagne et le pays Basque.
On trouve aussi des rapports entre ETA et FARC, Corses Bretons et ETA, IRA-ARB et enfin IRA-ETA. Ces rapports sont surtout de l’aide matérielle, des planques, armes et liquidités, car en réalité il n’y a que le marxisme, l’indépendantisme qui rapproche ces différents mouvements et la « répression » policière. Les mouvements français s’identifient entre eux face à la répression policière et se soutiennent, surtout dans la décennie 70.
Pour finir, tous ces groupes se sont appuyés sur des mouvements politiques, culturels et linguistiques dont, en France, la revendication la plus durable était la reconnaissance les langues régionales (mais ces mouvements intellectuels n’ont pas forcément soutenus ces groupes très minoritaires).
Pour l’IRA les cibles sont les représentations dominantes anglaises en Irlande, puis Irlande du Nord.
Pour l’ARB les cibles sont la représentation de l’Etat et de la culture française (Poste, Perception, antenne de télévision, armée)
Pour les Corses la présence militaire et « occupante » française (gendarmerie, villa privés, complexes hôteliers)
Pour ETA les intérêts économiques, politiques et militaires espagnols (tourisme, militaires et policiers, transport…).




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