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L'actualité espagnole commentée depuis Madrid par Elodie Cuzin.

Espagne : victime et ancien de l'ETA dans le même immeuble

Elodie Cuzin
Journaliste
Publié le 01/08/2008 à 20h50

Responsable du meurtre de 25 personnes au nom du groupe séparatiste basque ETA, Iñaki de Juana Chaos sort samedi de prison dans une ambiance des plus tendues. Après vingt-et-un ans d’enfermement, il emménage dans l’immeuble de la veuve d’un militaire assassiné par son organisation et dans la même rue que plusieurs autres personnes ayant souffert du terrorisme basque. En dénonçant l’affaire, certains médias espagnols n’ont pas hésité à donner son adresse exacte, ce qui aurait forcé la police à lui attribuer une protection spéciale après que des graffitis menaçants sont apparus sur les murs de l’immeuble.

« L’un des terroristes les plus sanguinaires de l’histoire de l’ETA » , selon la police basque, « froid et narcissique » d’après les psychologues de prison, de Juana Chaos était le chef du comando Madrid dans les années 1980, une cellule de l’organisation basque qui, sous sa direction, a tué 25 personnes dans plusieurs attentats. Arrêté et jugé, il fut condamné à plus de 3000 années de prison en 1987 mais n’en a finalement purgé que 18 d’après la juridiction sous laquelle il avait été condamné.

Embarrassé par une libération aussi précoce, le gouvernement avait promis dans les jours qui précédaient sa sortie de faire « tout ce qu’il pourrait pour [l’]empêcher. » Il fut finalement accusé d’avoir proféré des menaces terroristes dans le journal basque Gara et condamné à trois autres années de prison. Ce procédé détourné avait alors suscité la polémique en Espagne et Iñaki de Juana Chaos s’était lancé en protestation dans deux longues grèves de la faim qui ont finalement duré presque sans interruption d’août 2006 à mars 2007. La photo de son corps émacié avait d’ailleurs fait le tour du monde lorsqu’il avait concédé une interview exclusive au quotidien britannique The Times.

Les médias ont amplement diffusé l’adresse exacte de l’ex-détenu

Alors qu’il s’apprêtait cette semaine à être finalement libéré, de Juana Chaos a entamé une nouvelle grève de la faim pour protester cette fois contre « le harcèlement médiatique et judiciaire » dont il se sent victime. La libération de l’un des prisonniers etarras n’aurait jamais manqué de faire du bruit mais la publication d’un article dans le quotidien madrilène El Mundo il y a deux semaines a précipité le scandale : l’appartement où il compte s’installer ce week-end se trouve en effet juste sous celui d’une veuve dont le mari, militaire, a été assassiné par l’ETA en 1979. Preuve s’il en fallait que le drame du Pays Basque divise la société en son cœur même, le même pâté de maisons abrite en outre plusieurs autres personnes ayant perdu un membre de leurs familles ainsi qu’un homme qui fut son otage pendant 116 jours dans les années 1990.

Devant l’ampleur que prenait le scandale ces derniers jours, le gouvernement a annoncé qu’il étudiait la possibilité d’interdire que les anciens membres de l’ETA s’installent aux côtés de victimes du terrorisme basque à leur sortie de prison. Pour l’instant, le Code pénal leur interdit « seulement » d’emménager aux côtés de leurs victimes directes. La justice a, quant à elle, réactivé une enquête visant à vérifier l’importance du patrimoine d’Iñaki de Juana Chaos qui s’était déclaré insolvable lors de ses procès, évitant ainsi de payer les indemnisations qu’on exigeait de lui. L’appartement de Saint-Sébastien est en effet au nom de sa jeune épouse, mais il appartenait auparavant à sa mère.

La tension qui entourait déjà sa libération s’est en outre trouvée renforcée par l’ample diffusion de son adresse exacte dans de nombreux médias espagnols (et donc également celle des victimes de l’ETA). Flairant l’aubaine, des groupuscules d’extrême droite n’ont pas tardé à repeindre l’entrée de l’immeuble à coup de graffitis menaçants, ce qui aurait poussé la police basque à accorder une escorte policière à de Juana Chaos dès sa sortie samedi, selon le quotidien 20 minutos. Des manifestations contre sa libération sont également prévues ce week-end devant son appartement.

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  • Kereven
    Kereven répond à JEANJISSKAN
    • Posté à 10h49 le 02/08/2008
    • Internaute 29900

    Le conflit basque porte sur l’indépendance de la province, des deux côtés des Pyrénées. Le conflit ETA est proche dans sa formation des conflits corses et bretons (FLNC, ARB). Seul, le conflit breton a détourné son action du meurtre (les seuls victimes officiels et reconnus sont des poseurs de bombes venus reprendre leurs engins, la jeune femme tuée en 2000 n’est pas revendiquée par l’ARB, mais c’est une autre histoire, à l’époque les paillotes corses brûlaient toutes seules).
    Le fait que les bretons n’ont pas eu le même chemin tient au fait qu’ils ne sont pas, dans un premier temps, marxistes (depuis une partie du mouvement l’est). Les premiers attentats corses et basques ont une orientation marxiste. Tous ces mouvements naissent après une malheureuse phrase du président américain Wilson, sur l’autodétermination des peuples, aussi et surtout après l’avènement de l’URSS.
    Les combats premiers sont l’autodétermination, l’indépendance. Après, suivant les régions, cela peut partir dans tous les sens, comme en Corse. L’IRA a obtenu l’indépendance de l’Irlande (le mouvement militaire ne portait pas toujours le nom de l’IRA), pour les Basques, le franquisme a été le point bloquant et l’organisation s’est radicalisée, pour ne plus en sortir.
    Les liens les plus marquant sont une communauté d’entraide entre tous ces groupes, ainsi qu’avec les FARC et d’autres groupes.
    En 2000, ETA et l’ARB volent ensembles 10 tonnes d’explosifs à Plévin (22). Pour l’ARB le seul attentat avec cette dynamite sera le dernier de 80 ans d’histoire. La bombe posée devant la poste de La Baule explose en fait derrière le McDo de la banlieue de St-Brieuc faisant un mort, le premier civil tué par l’organisation qui perd du coup le soutien des bretons, son financement et annonce dans la foulée sa dissolution (ses membres sont toujours en prison sans jugement – longue la préventive en France). Pour ETA, ce sera le début d’une longue série d’attentats. Plusieurs tonnes d’explosifs seront retrouvées par la Police, sur le trajet entre la Bretagne et le pays Basque.
    On trouve aussi des rapports entre ETA et FARC, Corses Bretons et ETA, IRA-ARB et enfin IRA-ETA. Ces rapports sont surtout de l’aide matérielle, des planques, armes et liquidités, car en réalité il n’y a que le marxisme, l’indépendantisme qui rapproche ces différents mouvements et la « répression » policière. Les mouvements français s’identifient entre eux face à la répression policière et se soutiennent, surtout dans la décennie 70.
    Pour finir, tous ces groupes se sont appuyés sur des mouvements politiques, culturels et linguistiques dont, en France, la revendication la plus durable était la reconnaissance les langues régionales (mais ces mouvements intellectuels n’ont pas forcément soutenus ces groupes très minoritaires).

    Pour l’IRA les cibles sont les représentations dominantes anglaises en Irlande, puis Irlande du Nord.
    Pour l’ARB les cibles sont la représentation de l’Etat et de la culture française (Poste, Perception, antenne de télévision, armée)
    Pour les Corses la présence militaire et « occupante » française (gendarmerie, villa privés, complexes hôteliers)
    Pour ETA les intérêts économiques, politiques et militaires espagnols (tourisme, militaires et policiers, transport…).

  • r0d
    r0d répond à Kereven
    exilé heureux
    • Posté à 14h13 le 02/08/2008
    • Internaute 49006
      exilé heureux

    Merci pour cette contribution.

    Cependant je ne suis pas d’accord avec certains points. Par exemple, je trouve un peu réductrice, voire fausse, la phrase suivante :

    « Le fait que les bretons n’ont pas eu le même chemin tient au fait qu’ils ne sont pas, dans un premier temps, marxistes »

    Il est vrai que l’ETA était d’inspiration marxiste au début, mais l’organisation s’est démarquée du marxisme depuis longtemps. Quant au FLNC c’est un parti nationaliste et son seul point commun avec le marxisme c’est son aspect révolutionnaire.

    Et puis affirmer ainsi que c’est l’unique cause de la différence entre les 3 mouvements, c’est pour le moins réducteur. Il y a un grand nombre de différences notables, et il me parait bien hasardeux de n’en considérer qu’une seule pertinente.

    Tu dis aussi, je cite :
    « On trouve aussi des rapports entre ETA et FARC[...] »

    Ces rapports n’ont pas été prouvés. La presse a abondamment repris cette infos, mais aucune autorité n’a confirmé quoi aue ce soit. Voyez par exemple cet article du Point : Lien
    seul est utilisé le conditionnel et ils précisent que rien n’est confirmé.

    Enfin, de ce que j’ai compris, la revendication « principale » de l’ETA est d’ordre culturel (identitaire en un sens).

  • ade7
    ade7
    rock star
    • Posté à 15h46 le 02/08/2008
    • Internaute 49582
      rock star

    Je ne comprends pas ce qui incite les médias espagnols à jeter de l’huile sur le feu en publiant l’adresse de ce type. Ils savent pertinemment les réactions que cela peut susciter de la part de chaque « camp » (quelle horreur de catégoriser la société Basque ainsi)

    De fait, il n’est pas à exclure d’ici quelques jours des manifestations illégales à Donosti (St Sébastien) et Bilbao, voire quelques actions de « kale borroka » (combats de rues, dont les hauts faits d’armes se résument à balancer des cocktails molotov sur des agences immo, des banques, et se faire savater par la Guardia Civil)

    En Espagne, la problématique Basque déclenche des réactions plus que passionnelles, notamment depuis les années Aznar qui jouaient sur la diabolisation caricaturale grâce à un savant matraquage médiatique de toute revendication culturelle ou linguistique basque en l’amalgamant au nationalisme « radical » de Batasuna. Cette manipulation médiatique a atteint le paroxysme de son cynisme lors de l’instrumentalisation des attentats du 11 mars 2003.

    J’ai pu lire dans certains commentaires que ETA était minoritaire au sein de la société basque. HEUREUSEMENT ! ! ! Cependant, il ne faut pas oublier que c’est le Parti Nationaliste Basque (PNV) qui est au pouvoir du Gouvernement Autonome Basque depuis sa création (me semble-t-il)
    Fait curieux, c’est que le PNV est un parti de droite et que plusieurs citoyens basques de gauche préfèrent voter pour un parti indépendantiste modéré de droite que pour le PSOE (le PS espagnol) toujours associé au Pays Basque au GAL qui a fait 27 morts entre 83 et 87 dont 7 touristes.
    Inaki de Juana fait partie de cette génération d’ETARRA qui a pris les armes à cette période où le jeune démocratie espagnole était plus que balbutiante (voire sclérosée au Pays Basque). Souvenez vous de la tentative de coup d’état en 81.
    Sans être un indépendantiste, il faut savoir que le gouvernement espagnol n’a aucun scrupule à piétiner les droits humains en matière de terrorisme (je vous invite à regarder le site d’amnesty international et d’admirer les performances de l’Espagne je pense que dans ce domaine là ils sont aussi champion d’Europe. Tant que poursuivront les violations des droits humains fondamentaux, la censure ( Egunkaria, un quotidien basque indépendantiste plus que modéré a été fermé en 2003 et son rédacteur en chef « mis au secret » pour avoir dénoncé la pratique de la torture sur les présumés ETARRA- le silence de RSF m’a bcp troublé à l’époque) et les arrestations arbitraires, ETA trouvera toujours du soutient et des ressources dans la société Basque et ce de part et d’autre de la frontière.
    Je vais arrêter les digressions, cette problématique est tellement complexe est caricaturée dans un manichéisme malsain qu’on en oublie des facteurs historiques importants...

    Je m’excuse pour ce commentaire si long au fil conducteur si maigre, mais cet article (excellent d’ailleurs) me renvoie automatiquement à ces éléments importants nécessaires à la compréhension de la problématique du terrorisme d’ETA.

    Tout ça pour dire que cette initiative n’est qu’une méthode plus subtile (que celle d’Aznar j’entends) pour alimenter la dissension actuelle au sein de la société basque, pousser les éléments des mouvements radicaux à l’erreur afin de décrédibiliser toute velléité nationaliste même modérée (un plan de réforme du statut de la région autonome d’Euskadi est à l’étude, je ne sais pas ce qu’il en est à présent depuis ma brousse africaine)

    C’est pas demain qu’on aura la paix...

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