Dix idées reçues (et tenaces) sur la science
« La science n’a pas de limites. » « Les scientifiques sont très intelligents mais socialement à la masse. » « Ce n’est pas la science qui est dangereuse, mais l’usage qu’on en fait. » Autant d’affirmations péremptoires… qui se discutent. Car la science baigne dans les idées reçues.

« Les scientifiques jouent-ils aux dés ? » de Bastien Lelu et Richard-Emmanuel Eastes (Ed. Le Cavalier Bleu)
Deux ouvrages récents ont entrepris, chacun à leur manière, de les dissiper.
Dans « Les scientifiques jouent-ils aux dés ? » (dir. Bastien Lelu et Richard-Emmanuel Eastes, éd. Le Cavalier Bleu), un collectif de jeunes scientifiques offre une réflexion sur de nombreuses idées reçues autour de la science et des scientifiques.
Démontrant qu’elles ne sont ni complètement justes, ni totalement fausses, mais toutes intéressantes à discuter et à nuancer.
En voici quelques-unes.
Certaines grandes découvertes se font sous la douche
Ou dans son bain, comme Archimède juste avant « Eurêka » ? Tout ça ne serait que légende. De belles histoires racontées après coup pour épater le peuple, transformant au passage le chercheur en génie inaccessible. La solution qui déboule à l’improviste pendant une balade ou un shampooing, c’est une étape possible dans la découverte, mais comme complément au raisonnement et à l’expérience. Alors n’exagérons rien : la douche ne permet souvent au chercheur que de garder la tête froide.
La démarche scientifique guide la démarche du chercheur
Une autre idée reçue trop idéaliste. La recherche ? Ce serait hypothèse-expérience-conclusion-nouvelle hypothèse. Et il est vrai que tous les articles scientifiques sont écrits dans cet ordre. Mais le format est totalement artificiel, codifié, et gomme toutes les aspérités du travail quotidien, entre tâtonnements et échanges avec les collègues, essais, erreurs et méthodes spécifiques à chaque discipline.
La vulgarisation réduit le fossé entre scientifiques et non scientifiques
Il faudrait déjà prouver que le fossé existe. Ensuite se demander si, en se collant d’office entre les deux rives, le vulgarisateur ne contribue pas au contraire à les éloigner. Et surtout, peut-on froidement séparer « savants » et « ignorants » ? Pour bien jouer son rôle, le vulgarisateur a sûrement intérêt à défendre le contraire.
Les scientifiques ont plus de culture scientifique que les autres
La réponse tient en quelques mots : « Il est certain qu’un chimiste connaît mieux la chimie qu’un ébéniste. Mais qui des deux en sait le plus en neurosciences ou en écologie ? » On pourrait ajouter : « Et pour lire le plan de montage d’un secrétaire Louis XV ? » Allons demander à des physiciens si, à leur avis, la pipistrelle est un oiseau ou à des biologistes, la date supposée du big bang.
Ce n’est pas la science qui est dangereuse, c’est l’usage qu’on en fait
C’est ce qu’aurait pu se dire Fritz Haber, après avoir réalisé la synthèse chimique de l’ammoniac (prix Nobel 1918) et celle des premiers gaz de combat. Pas d’accord, a cru bon de démontrer sa femme en se suicidant dès 1915. Certains scientifiques se lavent encore les mains trop facilement. Il est de notre devoir de les priver de savon.
Les scientifiques sont tous d’anciens bons élèves
Bon, d’accord, pour être chercheur il faut avoir fait des études, donc avoir été bon à l’école. Mais :
- on peut être scientifique sans être chercheur (technicien, ingénieur, secteur médical ou enseignant…) ;
- on peut devenir scientifique même après un parcours scolaire chaotique ;
- avoir été bon élève ne prouve pas qu’on a les qualités pour être un bon chercheur. Comment ? Qui a dit « au contraire » ?
L’Histoire ne retient que les bons scientifiques
Non. L’Histoire fabrique les bons scientifiques, nuance. Galilée, Newton, Einstein, Darwin, menés contre leur gré, souvent après leur mort, au Panthéon de la science. Galilée, un génie seul contre tous ? Il courtisait les Médicis à s’en faire la langue comme du verre poli. Et son « Affaire » conte l’Eglise a été inventée au XIXe siècle. Mais les hommes ont besoin de changer les guerriers en héros, les savants en génies.
Les scientifiques sont des hommes très intelligents et socialement inadaptés
Le mythe du vieux barbu au fond de son labo, omniscient mais qui n’a su s’entourer, dans sa vie, que d’éprouvettes. Or les chercheurs sont hommes et femmes, et les jeunes y fleurissent à tous les coins. Mais on le sait peu, car seuls les vieux passent à la télé. Quant à leur vie sociale… bon. Il y a bien quelques physiciens portant sandales et chaussettes. Mais ils ont une famille, eux aussi !
Le chercheur fait des expériences et résout des équations
Une partie seulement : ce sont surtout les jeunes chercheurs qui font des expériences. Plus âgés, ils théorisent, cherchent des sous et organisent des réunions. Par ailleurs, on voit mal un historien écrire des équations. Lui, comme tout spécialiste en sciences humaines, il lit. Jusqu’à 65% de son temps. Et s’il y a un point commun dans les activités des chercheurs, c’est bien celui-ci : lire ce que font les autres, écrire aux autres ce qu’on fait.
La science n’a pas de limites
Tu parles ! La science, comme toute activité humaine, est encadrée par de nombreuses limitations. Les finances, les outils techniques à disposition, les barrières morales qui interdisent, entre autres, d’expérimenter sur l’humain. Mais aussi, les choix de société aboutissent par exemple sur des programmes d’étude – ou pas – sur les maladies orphelines. Sans parler de certaines régions de l’univers que, en théorie, on ne pourra jamais observer…
Au final, la science a ses limites, nombreuses, et heureusement. C’est une activité humaine menée par des êtres humains, avec leurs forces et leurs faiblesses. Et qui jouent aux dés ? La réponse de Bastien Lelu, l’un des coordinateurs de l’ouvrage, est sans appel : oui… et non :
- oui, car « il y a une part d’incertitude dans ce que les scientifiques inventent et avec quoi ils transforment notre monde. Ils flirtent en permanence avec ce qu’ils ne maîtrisent pas » ;
- non, car « leur travail est on ne peut plus sérieux, le contrôle par leurs pairs est un outil puissant pour avancer sur le chemin de la vérité, et ils cherchent avant tout à décrire la nature en langage rationnel » ;
- oui et non, car on peut très bien être un professionnel des statistiques et acheter tous les matins son ticket de loto. On peut très bien être un médecin cancérologue réputé et se griller un paquet par jour. Etc.
Les scientifiques, aussi complexes que leur métier
Au final, la discussion proposée par les auteurs de l’ouvrage est pleine d’enseignements, donnant une image réaliste de ce qu’est la science : complexe et vivante, riche de ses ambiguïtés et de ses contradictions. En bref, de son humanité.
Et ainsi en est-il de ses acteurs, les scientifiques eux-mêmes. On en trouvera un exemple remarquablement raconté dans le livre « Feynman » (Myrick Leland et Jim Ottaviani, éd. La Librairie Vuibert), portrait sous forme de BD du physicien Richard Feynman. Portrait qui illustre bon nombre des questions évoquées tout à l’heure.
Feynman qui mêlait ses intuitions géniales à son raisonnement logique implacable, énervant de justesse pour nombre de ses collègues. Feynman résolvant l’électrodynamique quantique comme un grand, avec des équations d’un mètre de long, et comme un gosse avec de petits dessins qui ont fait, dans l’ordre, rire puis l’unanimité.
Feynman qui affirmait que personne ne comprenait la physique, mais qui a passé sa vie à la raconter quand même, s’acharnant à la rendre belle aux yeux de tous. Feynman tête dans le guidon sur le projet Manhattan pour préparer la bombe atomique, puis jurant de ne plus jamais se fourvoyer dans un bâtiment militaire. Feynman qui savait ouvrir des coffres forts en une minute, mais terrorisé par les cartes de vœux que sa femme envoyait à ses collègues Bohr ou Fermi, parce qu’on l’y voyait habillé en chef de barbecue du dimanche.
Bref, un homme pas tout à fait comme les autres, mais un homme comme tant d’autres. Esprit scientifique captivant et original, comme tant d’autres. Les pieds sur terre et l’esprit ailleurs, guidé par les électrons autant que par ses émotions.
Lisez, vous verrez !
Editions Le Cavalier Bleu-mai 2011-176 p.-18€« Feynman » de Myrick Leland et Jim Ottaviani-Editions Vuibert-2012-272 p.-21€
- Sur cognition.ens.frSite du collectif Traces
- Sur vuibert.frLogicomix, autre BD scientifique chez Vuibert
- Sur espace-sciences.org150 autres idées reçues sur la science
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non connue
non connue
Bonjour, une chose qui nous rapprocherait certainement de la science serait de savoir jusqu’à quel point notre corps est capable de s’adapter je m’explique : Je connais le cas (je pourrais tout vous fournir si vous avez besoin...) d’un homme dont deux coronaires se sont totalement bouchées et une troisième qui était en voie dans laquelle on a posé un (ressort je ne sais plus le non...) et bien tout un réseau de veines secondaires s’est créé afin de palier à cela, sa mère avait eu également tout un réseau veineux venu alimenté son cerveau (tant bien que mal hein...) afin de pallier aux deux jugulaires bouchées après une chute dans la baignoire elle avait 85 ans...
Les médecins ne semblent pas du tout étonné de cela pourtant quand j’en parle autour de moi cela surprend tout le monde alors pourquoi ne pas parler enfin de la capacité du corps humain à se défendre et pourquoi ne pas penser à l’exploiter, à l’analyser, à le comprendre ? Merci.




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